Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 12,99 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

La Nouvelle Revue Française N' 95 (Novembre 1960)

De
204 pages
Georges Bataille, La Peur
Marcel Jouhandeau, Journaliers (III)
Dominique Aury, Songes
André Juxter, Nouvelles brčves
Philippe Beaussant, La Sculpture romane ou Le jeu de la pierre et de la foi
Bernard Waller, Dubalu
Chroniques :
Étiemble, Aragon et Claudel
Jean Ricardou, Description et infraconscience chez Alain Robbe-Grillet
Philippe Jaccottet, L'Orient limpide
Dominique Aury, Les Somnambules
Chroniques : le cinéma :
Dominique Fernandez, Antonioni, počte du matriarcat
Notes : la poésie :
Philippe Jaccottet, Un Nom toujours nouveau, par Pierre Oster (Gallimard) - Fragment du cadastre, par Michel Deguy (Gallimard)
Notes : littérature et essais :
Roger Judrin, Remarques sur Paul Claudel
Raymond Girard, Pour entrer dans le XXe sičcle, par Jean Duvignaud (Grasset)
Édith Thomas, Histoire de la bourgeoisie en France, I, par Régine Pernoud (Le Seuil)
Notes : le roman :
Lucette Finas, Le Silence de Cambridge, par Jean Reverzy (Les Lettres Nouvelles)
Dominique Aury, Le Bonheur du jour, par José Cabanis (Gallimard)
Claire Bonneraux, Le Sel et le Soufre, par Anne Langfus (Gallimard)
Notes : lettres étrangčres :
André Miguel, Saturnales, par Angus Wilson (Stock)
Willy de Spens, L'Autre Face, par José Corrales Egea (Gallimard)
Notes : les spectacles :
Jean Duvignaud, Reprise de Christophe Colomb au Théâtre de France
Notes : la musique :
André Boucourechliev, Musique ŕ Venise
Notes : les arts :
René de Solier, Biennale 60
Notes : lectures :
Willy de Spens, Antonin Artaud, le suicidé de la société, par Jean Hort (Éditions Connaître)
Denis Périer, Un Amour pour rien, par Jean d'Ormessson (Julliard) - Le Congrčs d'Aix, par Solange Fasquelle (Julliard) - La Tentation du Cardinal, par Jean-Jacques Thierry (Gallimard) - Le Temps de Chartres, par Maurice Clavel (Julliard)
Jean-Paul Weber, Le Secret des autres, par Gabrielle Rollin (Gallimard)
Jacques Bens, Un Dimanche ŕ la campagne, par Claude Sylvian (Gallimard)
Dominique Aury, La Termitičre, par Daniel Gillčs (Gallimard)
Les revues, les journaux :
Jacques Dupin, Deux počmes
Jean Guérin, Autour des éditeurs (suite)
Robert Kanters, L'amour tel qu'on le chante
Jean Guérin, Divers
Le temps, comme il passe :
Jacques Chardonne, Souvenirs
Roger Judrin, Jean Prévost ou Le lion obéissant
Ange Christine, Florence
Bernard Dufour, Pour une image
Georges Perros, Papiers collés
Le mois :
André Suarčs, Pharis
Jean-Paul Delamotte, Inconnaissance d'Aix-en-Provence
Yves Régnier, Le carillon
Jacques Bens, Drôle de liberté
Robert Levesque, Naissance d'une République
Marcel Thiry, Vue des femmes
Pierre Bettencourt, Espaces limités (II)
Textes :
Antonin Artaud, Lettre ŕ Jean Paulhan
Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

LANOUVELLE REVUEFRANÇAISE
LAPEUR
i
J'écrivisentêtedelapremièreéditionduCoupable 1 cesmots,dontlesensrépondait(dansl'ensemble)à l'impressionquej'avaisd'habiternous étionsen 1942unmondej'étaisdanslasituationd'un étranger.(Enuncertainsens,cettesituationneme surprenaitpaslesrêvesdeKafka,dediversesmanières, sontplussouventquenousnelepensonslefonddes choses.)
UnnomméDianus2écrivitcesnotesetmourut. Lui-mêmesedésigna(parantiphrase?)souslenom ducoupable. Lerecueilpubliésouscetitreestunlivreachevé. Unelettreetlesfragmentsd'unouvragecommencéfont l'objetd'unappendice.
i.Gallimard,1943. 2.Dianusestlepseudonymetirédelamythologieromaine dontjemesuisserviquandjepubliailapremièrefoiscespremières pagesduCoupable,enjuin1940,danslenumérodeCommercequi sortaitàcettedated'uneimprimeried'Abbeville. i
LANOUVELLEREVUEFRANÇAISE
II
Jen'aipasl'intention,danscesquelqueslignes, dechercherleprinciped'oùmaréflexionprocédait, maisdedire,plusmodestement,dequellemanière,à mesyeux,mapensées'éloignedecelledesautres.Sur-toutdecelledesphilosophes.Elles'enéloigneenpre-mierlieudufaitdemoninaptitude.Jen'aiquetrès tardentreprisd'acquérirlesconnaissancesvouluesje mefisdirequej'étaisbiendoué,quejedevais.mais lescritiqueselles-mêmesportantsurlepremierlivre decetouvrage,ellesnem'ontpasmanqué,m'ont laisséfroid.(J'aid'autressoucis,plusraisonnablespeut-être.)
J'aimeraisproposeraujourd'huicetteprincipaleexpli-cationd'uneattitudequis'éloignej'aipeur.Etje nemesuisjamaissentichargéderévélerlavérité; chaquejourplusnettement,mesdémarchessontd'un malade,aumoinsd'unhommeàboutdesouffle,épuisé. C'estlapeurquimeporte,lapeuroul'horreur decequiestenjeudanslatotalitédelapensée.
Larecherchedelavéritén'estpasmonfort(avant tout,jel'entendsdelaphraséologiequilareprésente). Etjedoismaintenantlemettreenavantplusquela vérité,c'estlapeurquejeveuxetque jerecherche cellequ'ouvreunglissementvertigineux,cellequ'atteint l'illimitépossibledelapensée. Ilm'asembléquelapenséehumaineavaitdeux termesDieuetlesentimentdel'absencedeDieu maisDieun'étantquelaconfusionduSACRÉ(du religieux)etdelaRAISON(del'utilitaire),iln'ade placequedansunmondelaconfusiondel'utili-taireetdusacrédevientlabased'unedémarcherassu-
LAPEUR
rante.Dieuterrifies'iln'estpluslamêmechoseque laraison(Pascal,Kierkegaard).Maiss'iln'estplusla mêmechosequelaraison,jesuisdevantl'absencede Dieu.Etcetteabsenceseconfondantavecledernier aspectdumondequin'aplusriend'utilitaire n'ayantd'autrepartrienàvoiravecdesrétributions oudeschâtimentsfutursàlafin,laquestionsepose encore lapeur.ouila-peur,àlaquelleatteintseul l'illimitédelapensée.lapeur,oui,maislapeurde quoi.?
Laréponseemplitl'univers,elleemplitl'universen moi évidemmentlapeurdeRIEN.
III
évidemment,danslamesurecequimefaitpeur encemonden'estpaslimitéparlaraison,jedoistrem-bler.Jedoistremblerdanslamesurelapossibilité dujeunem'attirepas. Mais,humainement,lejeuqui,pardéfinition,demeure ouvertest,àlalongue,condamnéàperdre.
Lejeunemetpasseulementencauselerésultat matérielqu'àlarigueurpeutdonnerletravail,mais lemêmerésultatdonnésanstravail parlejeu.Lejeu oulafortune.Lafortunedesarmesseconfondavecle courage,aveclaforce,maislecourage,laforcesont endéfinitivedesformesdelachance.S'ilspeuvent composeravecletravail,letravaildumoinsn'accède pasàsaformepure.Iln'enestpasmoinsvraiquele travail,apportantsonappoint,accroîtleschancesde celuiquijoueillesaccroîtdanslamesureoù,d'une
I,ANOUVELLEREVUEFRANÇAISE
manièreappropriée,celuiquijouetravaille.Maisla compositiondutravailaveclejeulaisseendernier l'avantageautravail.L'apportdutravailaujeucède àlafinlaplaceentièreautravail,lejeun'ayantalors quelaplaceréduiteàl'inévitable.
Ainsi,mêmesimoninclinationnem'avaitpaslivré àl'angoisse,lesvoiesqu'auraitpum'ouvrirlejeu nemelaissaientpasd'issueréelle.Lejeunemèneà lafinqu'àl'angoisse.Etnotreseulpossibleestletravail.
L'angoissen'estpasvraimentlepossibledel'homme. Maisnonl'angoisseestl'impossibleellel'estausens l'impossiblemedéfinit.L'hommeestleseulanimal quidesamortaitsufaireexactement,lourdement, l'impossible,carilestleseulanimalquimeureence sensfermé.Laconscienceestlaconditiondelamort achevée.Jemeursdanslamesurej'ailaconscience demourir.Maislamortdérobantlaconscience,non seulementj'aiconsciencedemourircetteconscience, enmêmetemps,lamortladérobeenmoi.
L'hommequiestlesommet,n'estquelesommet d'undésastre. Commelecoucherdélirantdusoleil,celuiquela mortensevelitsombredanslamagnificencequilui échappeelleluiéchappedanslamesureellele grandit.Acemoment,leslarmesrient,lerirepleure, etletemps.letempsaccèdeàlasimplicité quile supprime.
IV
Envérité,lelangageque jetiensnepourraits'achever queparmamort.Alaconditiondenepaslaconfondre avecunaspectviolentetthéâtral,quelehasardlui
I,APEUR
donnerait.Lamortestunedisparition,c'estunesup-pressionsiparfaitequ'ausommetlepleinsilenceen estlavérité,tantqu'ilestimpossibled'enparler.Ici, lesilencequej'appelle,évidemment,n'estapproché quedudehors,deloin.
Jel'ajoutesimaintenantjemourais,bienentendu d'intolérablessouffrancesseraientelles-mêmesaucompte demavie.Messouffrances,quirendraient,àlarigueur, mamortpluspénibleà dessurvivants,nechangeraient paslasuppressiondontjeseraisl'objet. Decettemanière,j'enviensàlafindulangage qu'estlamort.Enpuissance,ils'agitencored'unlan-gage,maisdontlesensdéjàl'absencedesens estdonnédanslesmotsquimettentfinaulangage. Cesmotsn'ontdesens,dumoins,quedanslamesure ilsprécèdentimmédiatementlesilence(lesilence quimetfin)ilsn'auraientdesenspleinqu'oubliés, tombantdécidément,subitement,dansl'oubli.
Maisjereste,nousrestonsquoiqu'ilensoit dansledomaineseulelalimitedusilenceestacces-sible.Lesilenceéquivoquedel'extaseestlui-mêmeàla rigueurinaccessible.Oucommelamortacces-sibleuninstant.
Laisserai-jemapenséelentementsournoisement, ettrichantlemoinsquejepuisseconfondreavec lesilence1? GEORGESBATAILLE
i.Non.PasencoreResteraitàrapprochermapenséedecelle desautres1Detouslesautres?C'estpossiblej'enarriveàl'issue préalablenepouvons-nous,àlafin,composerdansleurensemble lespossibilitésdelapensée(comme,àpeuprès,Hegellefit,qui, peut-être,enunsens,estmortnoyé.)?
JOURNALIERS (Suite)
Onm'a ditl'autrejour(c'étaitLéonor)Oncroirait « quevousneparleznipourêtreentendusouvent,nipour direquelquechose,seulementcommel'oiseauchante.»
Sivousplaidezàjustetitrecontreunedanseuseet qu'avantl'audiencevousvoyiezunvieuxmonsieur décorésortirducabinetdujugeetvenirbaiserlamain devotreadversaire,avantdechuchoterquelquesmots rassurantsàsonoreille,vous pouvezconsidérervotre procèscommeperdu.C'estcequim'estarrivéunefois, etlemagistratquivousacondamnégardesonvisage sévèreetd'apparenceintègre.Maseulevengeance,c'est depenseraujourilouvriralesyeuxsurlui-même dansl'éternité.
«Elleachoisilameilleurepart.» JeneveuxpasentrerencontestationavecleSei-gneur,maisilmesemblequec'estbienplutôtceluiqui achoisilamauvaisepartquimoralementaleplusde chanced'êtrejustifié. S'ilm'arrivedelaverlavaisselle,pourqueCélinese repose,quandÉlisepasselajournéedanssonlità compulserdevieillesrevuesetàécrire,jenemedemande passij'aitortouraison.Uneseulechosem'importe, c'estquepersonneautourdemoinesoitasservi,etde serviràlaplacedeceluiquiestaccablé.Lapartqui m'échoitdelasorte,apparemmentlapire,mesemblela meilleure.
JOURNALIERS
Sil'onprenaitàcœurtoutcequisepasseensoi,dans samaison,danssonpays,danslemonde,onne pourraitpassurl'heurenepasmourird'indignation,de désespoiroudedéception.
Cettenuit,j'aifaitdesrêvesmerveilleux.J'étaisà Rome,l'onmeparlaitdemespremiersContes,comme d'unesortedeséjourquej'auraisfaitdansunmondeà part,analogueàceluidelaGenèsequiaprécédél'his-toireunesortedemondedelégende.Cen'estpeut-être pastoutàfaitvrai,maiscelam'afaitdubien,parceque l'interprétationexpliqueunmystèrequimeconcerne seul. Ensuite,j'airefaitunepromenadequim'étaitfami-lièredansmonenfance.Non,riendetroublantcomme deseretrouverencoreunefoissurlavieilleroutede Sainte-Feyre,entourédesarbresdejadis,telqu'on était,avantdeseconnaîtrelespetitesMartin,lebois depinsqu'unecollinesoulevaitaumilieuduCiel,comme uneoffrande.Lamerveille,c'estlesouvenirquimereste decerêve,analogueauximagesd'Épinaldansun album.I,amémoiredessongesn'estpaslamêmeque celledelavie,desjoursc'estcommeunesorted'annexe. Elledemeureàpart.Lescouleursensontpluscrues, surtoutquandils'agitd'uneréminiscence,d'unerevivis-cence,quandonrepassedanslesommeilparunévéne-mentvécujadis.Lagravuresecharged'unesurim-pressionquienredoublel'intérêtcommesilacireavait deuxfoisétémordueparl'imagequ'elleconserve.
SaintPaulditdansl'ÉpîtreauxColossiensqueDieu nefaitpasacceptiondespersonnes.SansdoutequandIl juge,maisquandIlaime?S'Ilaimetousleshommes, Dieu,n'étantpasunÊtreabstrait,nenousaimepas touségalement.
I,ANOUVELLEREVUEFRANÇAISE
Cematin,entraversantlejardin,j'aieul'impression den'êtrenullepartetenaucuntemps.C'estainsiqu'on devraittoujoursvivre.Maislamerveille,c'est,sansle chercher,derendresensibleaussiauxautres,àceuxqui nousentourent,quel'onestailleurs,lescontingences n'ontpascours.
Unécrivainengagémesembleportercasquetteavec uneétiquetteau-dessusdelavisière,etriennem'est plusodieuxquelesuniformes.Apparteniràunparti, ouêtredepartipris,c'estàpeuprèslamêmechose.Il yaunphénomèned'aliénationmentaleoumorale.On estdéjàauborddufanatisme,detouslesmauxlepire. Non,rienn'estbeaucommed'êtrelibre,rienn'estplus respectablequ'unelibertéintérieurefarouche,irréduc-tible,mêmedevantl'Éternel.Lapersonnehumainen'a deraisond'êtreabsolumentqueparlà,etregarde-t-on autourdesoi,d'unboutàl'autredumonde,onne comptepluslesesclaves.
Lanuitdernière,versonzeheures,j'entendsdescris. Jemeporteàlafenêtre.Unefemmesetordaitaubord delachaussée,enproieàdesconvulsionsaffreuses.Un peuplusloin,uneprostituée,deboutsurletrottoir, disaitJemedemandecequefaitlapoliceUne « hystériqueSic'estpermisEtquiaunmari.Ilest venulacherchertroisfois.Impossibleàluidel'emme-ner,delaramener.Detempsentemps,çaluiprend,elle recommence.Moi,c'estmonmétierquejefaisetjele faissansplaisir.Monviceàmoi,ceseraitplutôtd'être fidèle.»
Léonormedit«Avouez,Jouhandeau,quetoutvous amuse,quelaviepourvousestunefête.»J'avouaique c'étaitsansdoutemafaiblesse.Alors,elledeprotester quec'étaitmaforceaucontraire.
Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin