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La place de la jeunesse dans le modèle français Un état des lieux
Mélissa Klein Thierry Warin La place de la jeunesse dans le modèle français Un état des lieux
© Éditions Le Manuscrit 2008 www.manuscrit.comISBN : 978-2-304-01376-4 (livre imprimé) ISBN 13 : 9782304013764 (livre imprimé) ISBN : 978-2-304-01377-1 (livre numérique) ISBN 13 : 9782304013771 (livre numérique)
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Les auteurs tiennent à exprimer leur gratitude envers Nathalie de Marcellis et Hafid Gafaiti pour leur lecture assidue et leurs commentaires. Qu’ils en soient remerciés. Les omissions ou erreurs restent celles des auteurs.
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INTRODUCTION
Dans un passage désormais célèbre, le richissime Andrew Carnegie explique en 1891 qu’il n’est pas très heureux pour un père de léguer trop d’argent à son fils, car cela favoriserait l’oisiveté plutôt que le travail et la créativité (Carnegie, 1962). En 1993, des économistes se sont amusés à valider cette 1 conjecture (Holtz-Eakin et al., 1993) . A l’inverse, lorsque l’on naît pauvre, est-ce que cela favorise la créativité et l’énergie ? N’y a-t-il pas autre chose que la volonté individuelle pour réussir son ascension sociale, tels que par exemple des freins sociétaux ? L’environnement social d’un jeune héritier, même si celui-ci est versé dans la paresse, ne le condamnera-t-il pas à la réussite, quand l’environnement social d’un jeune du « 9-3 » le condamnera à la réplication sociale ? L’objet de cet ouvrage n’est en effet pas de s’intéresser au sort des catégories les plus riches de la population française, mais plutôt aux catégories les plus pauvres, et en particulier une certaine partie de la jeunesse française.
1 Holtz-Eakin, Douglas, David Joulfaian and Harvey S. Rosen (1993) The Carnegie Conjecture: Some Empirical Evidence.The Quarterly Journal of Economics108, 413-435. 9
Le 27 octobre 2005, deux adolescents de la banlieue parisienne décédaient électrocutés dans un poste de transformation d’Électricité de France. Suite à cet événement, la violence qui s’est rapidement propagée à des dizaines de villes en France a été d’autant plus choquante qu’elle impliquait pour l’essentiel des jeunes adolescents. Nuit après nuit, la France a vu sa jeunesse manifester dans la violence. Les grèves de l’année suivante contre le Contrat Première Embauche (CPE) menées par les étudiants ont continué d’interloquer les Français sur ce qui arrivait à la jeunesse. Peut-être avait-on largement sous-estimé les injustices qui la frappent ? La jeunesse n’est pas singulière, elle est plurielle: les jeunes des banlieues ont des problèmes différents de ceux de la jeunesse estudiantine. Qu’est-ce qui sépare ces deux jeunesses? Pourquoi certains jeunes se sentent-ils en manque d’avenir, quand d’autres manifestent dans la rue pour éviter de tomber dans ce qu’ils jugent être une situation précaire? Ces questions n’ont pas de réponses toutes faites, mais beaucoup d’études statistiques permettent de comprendre la situationdes jeunessesFrance. Par exemple, le taux de en chômage des jeunes à Clichy-sous-Bois, la commune d’où sont parties les émeutes, est de 33%. De plus, les jeunes issus de l’immigration, qui y habitent, nés de père ouvrier et sortis de l’école sans diplôme ou avec un CAP, ont un taux de chômage qui est de plus de 50% (Maurin et Savidan, 2 2006) .
2 Maurin, Louis et Patrick Savidan (2006)L'Etat des inégalités en France 2007.Paris: Belin. 10