La République sociale

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À l’heure de la révolution du Printemps arabe, des « indignés » en Europe, de l’« Occupy Wall Street » aux États-Unis et de l’ALBA en Amérique latine, se pose la question de la contribution de l’expérience communiste (Marx, Engels, Lénine...) au développement de leurs institutions.
Sur le plan électoral, au niveau théorique, est mise en avant la stratégie majoritaire absolue directe, à deux tours si nécessaire ; bien que dans la pratique, et dans le cadre de la poursuite de l’austérité actuelle depuis l’élection de 2012 en France et de 2014 en Europe, cela soulève des questions auxquelles nous essayerons de répondre. De ce fait, c’est l’occasion d’ouvrir le débat sur la « démocratie vraie ». Pourtant il ne faut pas négliger le contexte de la situation de l’économie, de la démocratie sociale et de la laïcité. Des annexes émergent l’intérêt d’un Forum d’action communiste écologiste et progressiste (FACEP) et une esquisse de projet pour que la République politique devienne une République sociale.


Publié le : jeudi 8 janvier 2015
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EAN13 : 9782332809544
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ISBN numérique : 978-2-332-80952-0

 

© Edilivre, 2014

Citation

 

 

Le socialisme déclare que la République politique doit aboutir à la République sociale.

Jean Jaurès

Aux citoyens : « Indignez-vous », « Engagez-vous » sur « Le chemin de l’espérance ».

Stéphane Hessel

Cela semble impossible… jusqu’à ce qu’on le réalise.

Nelson Mandela

Le marxisme n’est pas un dogme, mais un guide pour l’action.

Lénine

Dédicace

 

 

À ma reine, Malika

 

 

Introduction : la méthode de recherche des règles des élections.

« L’avenir appartient à ceux qui luttent » pourrait aussi s’appliquer à la révolution de « Jasmin » de Tunisie (2010-2011) ou celle d’Égypte ainsi qu’à d’autres pays arabes, comme celles plus anciennes des pays d’Amérique Latine (ALBA : Alliance Bolivarienne pour l’Amérique Latine). Pourtant, il ne faut pas être pressé pour pouvoir mieux voir leurs développements. Une des revendications, en plus des réformes sociales souhaitées (emploi, éducation, prix modérés des biens de consommations de base) et civiles (plus de liberté), est la demande d’une nouvelle Constitution et de nouvelles élections pour le pays. Dans ce texte, nous n’allons pas traiter l’ensemble des problèmes d’une nouvelle Constitution : il y aura des Constituantes pour cela, mais nous allons plus pleinement nous pencher sur le meilleur système possible en matière d’élection. C’est le but de ce texte. Il est aussi une opportunité pour montrer un nouvel apport très méconnu de nos jours des textes et faits communistes (Manifeste du Parti Communiste de Marx et Engels, Un pas en avant, deux pas en arrière de Lénine, l’élection au suffrage direct du soviet suprême en février 1917 et en octobre 1917, la mise en place par Gorbatchev, le secrétaire général du Parti Communiste d’Union Soviétique, de l’élection présidentielle de la Fédération de Russie au début des années 1990) et leurs conséquences pour la démocratie en général et pour la République Sociale Universelle en particulier. L’objectif du commentaire de ces éléments historiques est de montrer que ceci n’est pas seulement applicable à un pays comme la Russie, ou la France, mais donne des points de repères politiques universels pour que tout citoyen du Monde, quelle que soit sa position philosophique, politique, religieuse ou sociale, puisse se battre et s’en emparer afin de construire une véritable démocratie, en général, et la République Sociale, en particulier, dans chaque pays.

Tout d’abord, nous allons nous inspirer de la démarche des philosophes de l’Antiquité qui ont posé les bases de la démocratie. Le premier est Platon et le second Aristote. Si les démarches des deux philosophes sont différentes, elles sont complémentaires. Aristote fait la compilation des constitutions de sa connaissance : de Carthage, Rome, Athènes, Tyr et d’autres villes. Mais il ne cherche pas à savoir laquelle pourrait être la meilleure ; ce qui le guide, c’est le pragmatisme. Il cite les avantages et les défauts de chacune sans marquer de préférence. Platon, lui, a une autre démarche. Il part d’un principe : la justice, et à partir de ce principe, construit un modèle politique qu’il décrit dans son livre : La République, complété par deux autres textes ultérieurs, Le Politique et Les Lois. Notre démarche est de nous servir de la complémentarité de ces deux attitudes. Tout d’abord choisir le principe qui est le plus « démocratique » et, ensuite, regarder dans les différentes constitutions connues afin d’en retenir les mécanismes qui permettent de développer un modèle applicable à l’ensemble des pays, c’est-à-dire de réfléchir à un modèle universel de République valable pour tous les peuples où « à la place de l’ancienne société bourgeoise, avec ses classes et ses antagonismes de classes, surgit une association dans laquelle le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous ». (Manifeste du Parti Communiste, Éditions de l’Humanité, page 27).

Et comme la conquête de l’Espace (la planète Keppler 22B où la vie serait possible) est à l’ordre du jour, aussi bien au niveau des projets spatiaux des grands pays tel Curiosity pour Mars et Gaïa pour notre galaxie, la Voie lactée, que des films à succès, Stargate (La porte des étoiles), Starswar (La guerre des étoiles) et Avatar, nous préconisons un projet institutionnel qui soit réellement une République pour tous les étages de l’Univers. Dans l’esprit indiqué par Lénine : « Partir à l’assaut des étoiles ». Notre texte va comprendre quatre parties : l’approche électorale, l’approche économique, la démocratie sociale et enfin la laïcité.

Avec l’approche électorale nous verrons l’approche théorique, les différents scrutins, la prise de décision et l’étude d’un cas : les États-Unis et la démocratie.

Partie I

L’approche électorale

 

 

Dans l’approche électorale, nous allons passer progressivement de la théorie à la pratique.

Section A – L’approche théorique : les principes démocratiques des élections comprennent l’apport de Jean-Jacques Rousseau et de Marx, suivi de celui de Lénine.

1. L’apport de Jean-Jacques Rousseau et de Karl Marx.

Tout d’abord, le mot « démocratie » vient du mot grec « démos » (le peuple) et de « kratos » (le pouvoir). Dans son livre, Le Contrat Social (1762), Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) affine la notion de volonté générale au sens de l’intérêt du plus grand nombre et analyse les différents systèmes électoraux qui permettent d’aboutir au meilleur système de prise de décision. Ainsi il évoque la majorité relative (qui peut être inférieure à 50 % des voix + 1), la majorité absolue (qui est composée au minimum de 50 % +1 voix), la majorité renforcée (par exemple de 2/3 ou de 3/5 des voix) ; pour finir, il étudie même le cas du consensus. Une autre partie de son livre donne, en outre, des indications sur la notion de loi. Qu’est-ce qu’une loi ? Quels sont les différents champs d’application, qu’est-ce qui relève de la loi comme devant être l’interprétation de la volonté générale ? Si Jean-Jacques Rousseau analyse les possibilités des processus de prise de décision en ce qui concerne les différentes majorités, Karl Marx, Engels et Lénine, tout aussi bien dans leurs œuvres que dans les faits, précisent ces notions. Marx et Engels, dans Le Manifeste du parti Communiste (1848), expliquent la grande nouveauté de l’arrivée des prolétaires : le moment qui se prépare ne constitue pas la substitution de la domination d’une minorité sociale exploiteuse à celle d’une autre minorité sociale exploiteuse, c’est « celle de l’immense majorité au profit de l’immense majorité » (page 16, Éditions l’Humanité). Depuis fort longtemps, l’interprétation de cette phrase a été une interprétation sociologique. En effet, il s’agissait de dire que le prolétariat, c’est-à-dire ceux qui n’ont que leur force de travail à vendre et qui ne sont pas propriétaires des moyens de production, finirait numériquement majoritaire. Avec le développement du salariat, cette classification sociologique, et selon les calculs, indique que le prolétariat pouvait représenter près de 70 à 90 % de la société. Cela s’est, en effet, progressivement affirmé dans ce sens selon les pays. Mais il existe une seconde interprétation possible de cette phrase de Marx, c’est celle qui met l’accent sur la majorité politique. Jean Jaurès a déjà, à son époque, évoqué cette double interprétation par sa célèbre phrase : « Le socialisme déclare que la République politique doit aboutir à la République sociale ». François Mitterrand, lorsqu’il a été élu président de la République française, en 1981, a déclaré : « La majorité politique a rejoint la majorité sociologique ». Ainsi la majorité politique et surtout la majorité absolue (au minimum 50 % +1 voix) se dégage du combat politique et est parfois complétée par un mouvement social et/ou une orientation écologique qui aboutit à une majorité parlementaire issue directement des urnes. Le point qui nous intéresse dans la suite de cette étude sera de déterminer le ou les systèmes électoraux qui permettent à une majorité absolue de se dégager et nous appellerons ces systèmes politiques : majocratie ou démocratie. La démocratie étant le pouvoir de la majorité absolue directe sortie des urnes. En revanche, nous appellerons minocratie ou oligarchie politique les systèmes électoraux qui ne permettent pas de sortir directement des urnes, sans ambiguïté, une majorité absolue. Pourquoi une majorité absolue ? Tout d’abord Jean-Jacques Rousseau, dans son livre, précise : « Dans les délibérations qu’il faut terminer sur le champs, l’excédent d’une seule voix doit suffire ». Bien que cette phrase ne semble s’adapter qu’au cas de l’urgence, pourtant elle a un caractère universel. En effet, dans les autres cas, majorité relative, majorité renforcée ou bien l’unanimité, c’est la minorité, par sa capacité de blocage dans ces systèmes de vote, qui détient la réalité du pouvoir de décision et, de ce fait, on ne se trouve plus dans un système politique démocratique mais bel et bien dans une organisation oligarchique. Ce qui est par définition le modèle du pouvoir d’une élite minoritaire, fut-elle élue, contre l’expression du plus grand nombre.

De ce fait, il faut en principe faire l’effort, notamment par le débat mené à bien et la mobilisation populaire ; pour être considéré comme vraiment démocratique ; que les votes, autant que possible, soient adoptés ; au minimum, à la majorité absolue des élu(e)s dans les différentes assemblées. En pratique, cela nécessite, que le nombre de sièges dans les divers conseils soit impair ; pour éviter les blocages en cas d’égalité de vote des partis opposés. Bien sûr, en général, on se situe dans le cadre ; où nous sommes contre les diverses méthodes de « rationalisation » du Parlement, comme le vote bloqué ; qui s’opposent au débat et au travail législatif, en particulier, et aux activités similaires dans les différentes assemblées, de façon plus large. Pour comprendre la position de Marx à l’égard des élections, il est possible de se rapporter à un texte de Kautsky (1924) : Histoire de la première internationale (1864-1876) qui précise les points de vue des différents penseurs de cette époque (Proudhon, Bakounine et Marx) : « Et à ce moment critique, il se produit une scission. Les ouvriers des pays latins – France, Espagne, Italie – avaient, depuis longtemps, perdu confiance dans les méthodes parlementaires. Les élections de ces pays étaient dirigées par le Gouvernement et les Parlements n’avaient aucun pouvoir. Pendant cette période de réaction, l’anti – parlementarisme avait pris la forme pacifique du Proudhonisme, qui demandait aux ouvriers de renoncer à la politique et de se consacrer aux questions économiques en dehors de toute politique, à la création de sociétés de crédits mutuels, de coopératives, de sociétés d’assurances et de syndicats. Lorsque le mouvement ouvrier se développa et que la chute de Napoléon donna libre cours aux aspirations révolutionnaires, l’anti – parlementarisme prit une forme plus violente, dont l’inspiration fut donnée par le Russe Bakounine. Son but était la destruction du pouvoir par des insurrections armées qu’il fallait préparer sous forme de conspirations… Leur intention (les ouvriers anglais) n’était pas de rendre leurs Trade – Unions anti – parlementaires et hostiles à toute politique, mais ils se désintéressèrent de toute politique ouvrière indépendante… La politique de Marx différait de celle des bakouninistes en ce qu’il reconnaissait l’importance des méthodes parlementaires et du suffrage universel pour la classe prolétarienne dans sa lutte pour son émancipation. Elle différait aussi de celle des Trade – Unions en ce qu’il considérait le parlementarisme et la démocratie comme utiles dans cette lutte, à condition que le travail entrât dans l’arène politique en tant qu’organisation politique indépendante, en marge des partis bourgeois. Cette politique fut adoptée d’abord seulement par le Parti Social – Démocrate allemand ».

Après avoir vu les apports de Jean-Jacques Rousseau et de Marx, voyons celui de Lénine.

2. L’apport de Lénine :

Dans son livre Un pas en avant, deux pas en arrière (1904), Lénine écrit sur le deuxième Congrès du POSDR (Parti Ouvrier Social-Démocrate de Russie) qui débute le 30 juillet 1903 à Bruxelles ; mais qui se transportera à Londres, en Grande-Bretagne, où il s’ouvrira le 11 août 1903. Il a eu pour principal enjeu le vote sur la capacité d’adhésion ; doit-elle reposer sur un profond engagement à l’égard du parti, ce qui est la position de Lénine, ou bien suffit-il d’une simple sympathie pour être reconnu comme membre de l’organisation social-démocrate, ce qui est la position de Martov ? Jean-Jacques Marie, auteur du livre : Lénine – La Révolution Permanente (Éditions Payot, 2011) décrit, page 78, la situation : « Le congrès adopte l’article 1er de Martov par 28 voix contre 22 pour celui de Lénine (que vote Plékhanov) et une abstention. L’amendement de Lénine exigeant que les adhérents du parti lui versent une contribution financière est voté par 26 voix contre 18… 18 qui pensent donc que l’on peut être membre du parti sans cotiser ». Jean – Jacques Marie précise, page 79 : « Le 17 août, coup de théâtre : les cinq délégués du Bund, furieux que la majorité refuse un vote spécifique sur l’égalité des langues dans l’Empire, quittent le congrès, bientôt suivis par deux économistes. Les partisans de Lénine, minoritaires sur les statuts, deviennent majoritaires lorsque le congrès élit à bulletins secrets – par 24 voix contre 20 abstentions – un comité de rédaction de l’Iskra de trois membres (Lénine, Plekhanov et Martov). Les partisans de Lénine prennent le nom de Bolcheviks (ce qui veut dire majoritaire en russe), ceux de Martov, celui de Mencheviks (ce qui veut dire minoritaire en russe). » Mais le résultat de ce vote est qu’il provoqua une scission, qui n’aura de l’importance que par la suite. D’un côté il y a les Bolcheviks et de l’autre côté, il y a les Mencheviks. D’ailleurs, historiquement, ces deux tendances vont cohabiter pendant un certain temps dans le parti ouvrier social-démocrate russe.

À partir de là se posa une question : comment doit évoluer la représentativité de la majorité absolue dans les instances de la direction du parti et plus particulièrement du journal L’Iskra ? L’Iskra signifiant en russe L’Étincelle. La position de la minorité du Congrès du parti étant de reproduire la même direction qu’avant, composée de sept personnes, sans considération politique particulière. La position de Lénine était de réduire la direction à trois rédacteurs (dirigeants) dont deux rédacteurs représentant la majorité et un rédacteur représentant la minorité. Dans un contexte plus général, cela peut être interprété de la façon suivante : la majorité pouvant recueillir environ 2/3 des sièges de la direction alors que les minoritaires doivent au moins avoir 1/3 des sièges des dirigeants. Cette règle pouvant s’appliquer aux directions – à tous les niveaux – des partis, syndicats et autres associations ou établissements. Cette représentation de la majorité dans les instances supérieures, nous l’appellerons : Proportionnelle universelle majoritaire (2/3).

Comme finalement Lénine n’a pas eu gain de cause, il a démissionné de L’Iskra et a mené un long combat politique jusqu’au jour d’octobre 1917 où il a réussi à obtenir la majorité absolue directe au deuxième Congrès du Soviet Suprême de Russie. Les chiffres diffèrent selon que les auteurs sont pour ou contre la Révolution. Ainsi Orlando Figes, dans son livre La Révolution russe II (1891-1924), (Éditions Folio histoire, septembre 2009), indique page 904 : « Les Bolcheviks n’avaient pas la majorité absolue, ainsi que l’avait pensé Soukhanov, même si, avec le soutien des socialistes révolutionnaires (SR) de gauche, ils pouvaient faire passer toute motion de leur choix. Si les effectifs précis sont difficiles à déterminer, le comité d’accréditation du Congrès rapporta que, sur 670 délégués, 300 étaient bolcheviks, 193 SR (dont plus de la moitié SR de gauche) et 82 mencheviks dont 14 internationalistes. » D’après cette version, la majorité absolue revenait de manière commune aux Bolcheviks et aux SR de gauche. Par contre, Jean Bruhat dans son livre Lénine (Éditions Le Club français du Livre, 30 mars 1960), indique à la page 234 : « Les délégués au IIe Congrès pan russe des soviets arrivent. Les Bolcheviks sont en majorité (trois cent quatre-vingt-dix sur un total de six cent quarante-neuf) ». Pour sa part, Jean-Jacques Marie, dans son livre mentionné ci-dessus, précise à la page 213 : « Le nombre des délégués varie de 542 à 690 selon le moment du congrès ; à l’ouverture, les Bolcheviks en représentent quelque 51 % ». Dans cette version, les Bolcheviks ont la majorité absolue à eux seuls. Il faut rappeler que ces élections étaient organisées par la majorité du Soviet Suprême de février 1917, qui était notamment composée de mencheviks, de socialistes – révolutionnaires (SR), c’est-à-dire d’une fraction des paysans. Cette majorité de février 1917 a été rejetée par les élections parce qu’elle ne voulait pas de la paix à laquelle aspirait le peuple russe, ni de la réforme agraire souhaitée. Contrairement à ce que veulent nous faire croire les historiens au service du Grand Capital, la révolution russe d’octobre 1917 ne se résumait pas qu’à un putsch dont on décline sans arrêt, par exemple, la prise du Palais d’Hiver par les bolcheviks ; mais elle s’est appuyée sur un processus électoral conforme à l’organisation politique de l’époque depuis février 1917. Pourquoi majorité absolue directe ? Directe, parce qu’elle est sortie directement des urnes par le choix des votes des électeurs d’alors et qu’elle représentait plus de 50 % des sièges regroupant des Bolcheviks et des sociaux-révolutionnaires de gauche et non une majorité relative qui ne peut, à elle seule, prendre des décisions dans le cadre d’un parlement. Ainsi le choix d’une stratégie majoritaire absolue directe place la pensée politique de Marx et de Lénine au cœur de tout processus de décision véritablement démocratique – majocratie – par opposition aux minocraties qui sont en réalité des oligarchies d’élus, le plus souvent au service d’une minorité de grands bourgeois technocratiques et/ou financiers au lieu du peuple.

Après avoir procédé comme Platon dans la recherche d’un principe de référence – la justice selon lui – qui est ici la volonté générale (de Jean-Jacques Rousseau) pour nous. Il faut poser la question afin de savoir comment peut-elle incarner le mieux la souveraineté populaire ? La réponse de Marx est claire : c’est la majorité absolue ; et pour Lénine, deux précisions interviennent. Tout d’abord la majorité peut être représentée environ jusqu’à 2/3 des sièges, l’opposition disposant au minimum d’1/3 des sièges dans les organes élus. On appellera ce système préconisé par Lénine : la proportionnelle universelle majoritaire 2/3. De plus, seconde précision : cette élection comme celle du Soviet Suprême – février et octobre 1917 – doit être directe, c’est-à-dire une majorité absolue des voix doit sortir directement du résultat des urnes et non une majorité relative n’atteignant pas la barre de 50 %+1 sièges au minimum. En clair, la théorie communiste et, plus particulièrement marxiste, se traduit par une stratégie de majorité absolue directe.

Après avoir vu l’approche théorique, voyons un premier cas pratique : les différents scrutins.

Section B – Les différents scrutins.

La recherche du système électoral correspondant le mieux à l’expression de la volonté générale.

Il existe en gros trois types de systèmes électoraux. Tout d’abord, le système « uninominal », c’est-à-dire la capacité de voter pour des candidats dans le cadre d’une circonscription avec un poste éligible. La deuxième façon de voter est la « proportionnelle », c’est-à-dire la capacité de voter pour une liste. La troisième méthode consiste en la mixité des deux précédents types, c’est-à-dire que l’électeur dispose de deux bulletins qui lui permettent de voter, avec un premier bulletin, pour la liste d’un parti et, avec le second bulletin, dans le cadre d’une circonscription, de voter pour un candidat. Au final, l’assemblée ainsi élue sera composée de 50 % d’élus sur des listes et de 50 % de candidats élus dans les circonscriptions du pays en question.

1. Le scrutin uninominal

Pour ce qui concerne le scrutin uninominal, il peut être à un tour ou à deux tours.

Les pays anglo-saxons (Grande-Bretagne, États-Unis, Canada, Australie, Commonwealth-Inde et autres pays – dans leur ensemble) ont opté pour le scrutin uninominal à un tour. En fait de majoritaire, il ne s’agit pas d’une majorité absolue, mais d’une majorité relative. Ainsi s’il y a trois candidats A, B, C dans une circonscription, avec A : 40 % des voix, B : 35 % des voix et C : 25 % des voix, c’est le candidat A, ayant obtenu 40 % des voix, qui gagne, bien qu’étant minoritaire. En effet, la somme des voix des autres candidats B + C représente 35 %+25 % = 60 % des voix. Ce système est celui d’une minocratie, c’est-à-dire d’une oligarchie élective, et il n’est donc pas démocratique. Pourtant, c’est celui qui en théorie est le plus facile à transformer en majocratie, c’est-à-dire en système politique démocratique, car les circonscriptions existent déjà et il suffit d’organiser un second tour pour qu’un candidat atteigne au minimum la majorité absolue directe (50 % des voix +1 au moins). En effet, un second tour peut être organisé entre les deux candidats ayant eu le plus de voix au premier tour, c’est-à-dire, dans notre exemple, le candidat A : 40 % des voix et B : 35 % des voix, les autres candidats, dans notre exemple, le candidat C : 25 % pouvant se désister en faveur de A ou bien de B, permettant à l’un ou à l’autre, selon le report des voix qu’on appelle « la discipline républicaine », d’obtenir la majorité absolue directe c’est-à-dire 50 %+1 voix au minimum des votants. Ainsi parmi les scrutins uninominaux, le scrutin uninominal à un tour est minoritaire et donc anti­démocratique, c’est-à-dire qu’il représente un système politique qu’on peut appeler une « démocrature ». Pour avoir le scrutin démocratique, c’est-à-dire majoritaire absolu, il faut un second tour et procéder à « la discipline républicaine », c’est-à-dire réaliser le désistement et le report des voix entre les deux tours. Ce système s’appelle le « scrutin uninominal majoritaire absolu à deux tours ». Tous les pays anglo-saxons et du Commonwealth utilisent pour le vote de leur Parlement un système minocratique, c’est-à-dire anti­démocratique, puisqu’il ne permet pas l’expression de la souveraineté populaire par une stratégie majoritaire absolue à deux tours pour qu’un candidat obtienne, dans une circonscription, au minimum 50 % + 1 voix. Les systèmes antidémocratiques doivent être remplacés après des luttes sociales, politiques, économiques, culturelles, judiciaires et scientifiques, notamment par la mise en place d’un second tour dans ces pays anglo-saxons et du Commonwealth qui, actuellement, se servent du système politique « minocratique ». Mais pour ce qui concerne la majocratie, c’est-à-dire le système démocratique, le scrutin majoritaire absolu direct à deux tours doit être amélioré sur cinq points au moins :

1. Tout d’abord, la différence de population entre les différentes circonscriptions ne doit pas dépasser 20 % par rapport à une circonscription moyenne.

2. Le découpage doit être fait par une commission indépendante du gouvernement. Cette commission doit être composée de magistrats professionnels, si possible recrutés par concours. En clair, le découpage ne doit pas être réalisé par le ministère de l’Intérieur.

3. Il faut un renouvellement intégral du Parlement considéré et non par partie comme c’est le cas aux États-Unis avec les élections de mid-terme, ou bien pour le Sénat français qui est renouvelé par moitié ou bien pour le Bundesrat – Chambre haute de la République Fédérale d’Allemagne. En plus, l’élection du Parlement doit être simultanée, c’est-à-dire que la Chambre haute (Sénat) et la Chambre basse (Assemblée nationale) soient élues en même temps et pour la même durée.

4. Les circonscriptions doivent être relativement homogènes : recouper, par exemple, un territoire, une ville, un bassin d’emploi… ; en fait elles ne doivent pas être a priori arbitraires. Cela ne doit pas être un « charcutage électoral » à finalité partisane. Par ailleurs, dans le cadre du scrutin uninominal, seuls les deux candidats arrivés en tête peuvent se maintenir pour le second tour, donc pas de triangulaire voire plus.

5. Le financement des partis ne doit pas se faire directement ou indirectement par des entreprises ou des personnes morales, mais doit être réalisé par la puissance publique – l’État – en fonction des résultats électoraux, pour ceux ayant atteint le seuil minimum de 5 % par circonscription considérée.

Quand, au minimum, ces cinq conditions sont réunies, on parle de suffrage uninominal majoritaire direct « amélioré » à deux tours.

La stratégie majoritaire directe à deux tours présente cinq caractéristiques positives :

1. La capacité de rassemblement entre les deux tours, soit par désistement pour le scrutin uninominal majoritaire direct à deux tours, soit par fusion de liste avec la proportionnelle universelle majoritaire (60 %) directe à deux tours. Nous verrons plus tard ce que représentent ces 60 %.

2. Le développement de l’empathie qui, selon le dictionnaire Robert Plus, est la capacité de s’identifier à autrui par l’émotivité. En effet, pour le second tour avec les alliances possibles, un électeur pourra, dans certains cas, être amené à voter pour un candidat de son camp politique (gauche ou droite) qu’il n’a pas choisi au premier tour. On ne se limite donc pas à l’identité qui prédomine au premier tour entre l’électeur et le candidat ou la liste de son choix.

3. La stratégie majoritaire absolue directe à deux tours offre plus de combinaisons possibles à l’électeur qu’une élection à un tour. En effet, il lui sera possible, au second tour, de confirmer ou d’infirmer, c’est-à-dire modifier la tendance issue des urnes au premier tour.

4. La véracité du choix est plus grande en votant pour un camp ou l’autre (gauche ou droite), a contrario de la proportionnelle intégrale à un tour, par exemple comme c’est souvent le cas, pour l’élection du Parlement européen. Que l’électeur vote à gauche ou à droite, au final il n’y a pas de grande différence car le centre gauche (le Parti socialiste européen) et la droite (le Parti populaire européen) votent les mêmes textes ensemble et s’entendent sur l’essentiel, notamment pour les traités européens. De ce fait, il n’y a pas de véritable alternative entre ces deux camps. Aussi l’électeur est frustré et cela favorise...

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