La société du mépris de soi

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Comment ne pas voir que l'art du dernier demi-siècle dément catégoriquement le discours euphorisant des médias? Non, l'homme occidental n'est plus cet être conquérant qui échappe au temps et à la mort grâce à son insatiable créativité. L'homme occidental d'aujourd'hui souffre et dépérit, perd ses cheveux et ses spermatozoïdes, et courbe l'échine devant tous les pouvoirs comme il ne l'avait jamais fait. Comment expliquer cette fascination pour les représentations les plus piteuses de lui-même d'un homme qui n'avait cessé depuis des millénaires de se représenter en dieu, en phénix ou en roi?
François Chevallier propose une réflexion faisant apparaître l'art comme un véritable outil anthropologique – le révélateur involontaire donc impartial de la santé morale d'une société.
Publié le : mardi 2 avril 2013
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EAN13 : 9782072416897
Nombre de pages : 120
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FRANÇOIS CHEVALLIER
La société du mépris de soi
DeL’Urinoirde Duchamp aux suicidés de France Télécom
GALLIMARD
L AS O C I É T É D UM É P R I SD ES O I
FRANÇOIS CHEVALLIER
L A S O C I É T É D U M É P R I S D E S O I
DeL’Urinoirde Duchamp aux suicidés de France Télécom
G A L L I M A R D
© Éditions Gallimard, 2010.
À Dom
Plus tu travailles plus tu te sens de la merde. Et plus tu te sens de la merde et moins tu te défends.
Une femme de ménage citée par Florence Aubenas dansLe Quai de Ouistreham.
Jesus Curia Perez,Séparés(2007). Courtesy Modus Art Gallery, Paris.
Illustration numérique par Monique Stobienia / www.lasca.fr
L’IMPOSSIBILITÉ DU SENS
Il ne faut négliger aucun signe. Deux faits minuscu les de la presse et de l’édition, inaperçus de la plupart des lecteurs, révèlent un aveuglement généralisé de la société occidentale, y compris chez ses éléments les plus lucides, sur le sens à donner aux expressions d’elle même : 1° à la une duMonde diplomatiquede juin une œuvre de l’artiste espagnol Jesús Curiá illustre l’édito rial de Serge Halimi sur les élections européennes ; 2° le philosophe Alain Badiou reproduit dans sonSecond manifeste pour la philosophiecette année chez publié Fayard une œuvre de la plasticienne Monique Stobie nia censée être une visualisation de ses théories. Dans les deux cas, le choix de ces illustrations qui relèvent de l’art (contemporain) désubjectivé issu de Duchamp apparaît dangereusement approximatif.
En apparence bien sûr, pas de problèmes… Les deux personnages de Curiá qui s’élancent d’un pas martial dans des directions contraires sans voir (ou sans vou
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loir voir) qu’une lourde entrave de fonte leur interdit en fait toute rencontre et tout mouvement symbolisent l’impuissance à s’unir des nations de l’« Union » euro péenne. Exactement comme uneVierge à l’enfantillus trerait un article sur la maternité. Quant à l’œuvre de Monique Stobienia elle se présente comme une sorte de diagramme « paysager », un mélange de graphiques directionnels et de bulles vides sur fond d’espace illi mité reconstituant, d’après les propres schémas de l’auteur, son discours de philosophe…
Le problème est qu’au véritable niveau où se situe la lecture d’une œuvre d’art, particulièrement d’art contemporain, ni la « sculpture » de Curiá ni la « pein ture » de Stobienia ne signifient vraiment ce qu’on veut leur faire exprimer. On serait même tenté de dire qu’elles sont probablement à l’opposé de ce que les auteurs de ces apparentements terribles pensent eux mêmes. Car enfin le bronze de Curiá, au demeurant tout à fait académique, n’exprime pas seulement le fait de la « séparation » (même si son titre l’indique). Il est d’abord, et carrément, comme toutes les allégories post modernistes, une affirmation de l’impossibilité du sens, du refus de l’autre et de l’impuissance à vivre (person nages qui marchent dans des directions opposées en se tournant le dos, prison du coffrage, illusion du mouve ment…). Faute de toute indication informant le spec tateur d’une intention critique de l’auteur – faute d’un sens exprimé par sa subjectivité –, il n’est rien d’autre qu’une nouvelle figuration de l’éternelle rengaine de l’enfermement narcissique qui, depuis des décennies,
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