La télévision aux Etats-Unis

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Connue pour son caractère divertissant et l'omniprésence de sa publicité, la télévision américaine se démarque des autres télévisions tant par sa puissance que par son système économique. Contrairement aux télévisions d'Europe, cette télévision n'a pas été fondée sous régime public mais a tout de suite été soumise à la pression des annonceurs. Et la télévision de service public est née en 1969, c'est-à-dire bien après son homologue commerciale. Structurée par un large secteur à but non lucratif, confortée par d'innombrables fondations et animée par la société civile cette télévision nous fait découvrir un univers philanthropique, éducatif et culturel opposé au système libéral ascendant.
Publié le : vendredi 17 juin 2011
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EAN13 : 9782304022940
Nombre de pages : 163
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La télévision aux Etats-Unis
Vanessa Marson
La télévision aux Etats-Unis Rôle et singularité de la télévision publique dans un système ultra libéral
Essai
Éditions Le Manuscrit
© Éditions Le Manuscrit, 2008 www.manuscrit.com ISBN : 978-2-304-02294-0 (livre imprimé) ISBN 13 : 9782304022940 (livre imprimé) ISBN : 978-2-304-02295-7 (livre numérique) ISBN 13 : 9782304022957 (livre numérique)
Vanessa Marson
Introduction
La télévision américaine est la plus importante du monde par le nombre de chaînes qui la composent et parce qu’elle alimente une bonne partie du bloc occidental et des pays en voie de développement. Si elle s’est toujours démarquée par sa puissance, elle se différencie également de ses homologues occidentaux par son organisation et ses principes. Contrairement aux télévisions d’Europe qui sont nées dans la servitude, la télévision américaine a toujours été sous régime privé et intègre une structure de marché qui favorise « la libre concurrence et s’oppose donc tant à l’intervention de l’Etat qu’à la constitution de monopoles ou 1 d’oligopoles privés » . On parle alors de libéralisme, doctrine fondée sur le droit de disposer librement de sa force de travail qui légitime la propriété privée et l’égalité des droits des offreurs. L’une des conséquences de cette économie est la mise en place d’un système de consumérisme régi par la loi de l’offre et de la demande. Tel est l’environnement économique
1. SILEM(Ahmed), ALBERTINI (Jean-Marie),Lexique économique, Paris, Dalloz, 2002, p. 411. 7
La télévision aux Etats-Unis dans lequel évolue la quasi-totalité des chaînes américaines. Il peut alors paraître étrange dans un tel contexte de s’intéresser à une télévision philanthropique, peu connue du monde et dont la part d’audience n’atteint pas les 5% : la télévision non commerciale. L’intérêt d’une telle étude est de prendre le contre-pied de ce qui véhicule d’ordinaire l’image de la télévision américaine, un divertissement fondé sur la rentabilité maximale et soumise au grand public et aux annonceurs. En marge de cette réalité, la télévision de service public, dont l’organisation 2 dépend de la PBS (Public Broadcasting Service)tente de trouver sa place au côté des quatre grands serveurs hertziens (networks) que sont ABC (American Broadcasting Company), CBS (Columbia Broadcasting System), NBC (National Broadcasting Company) et Fox. Pour comprendre la place qu’occupe cette télévision, il est nécessaire de connaître l’environnement global dans lequel elle évolue. D’abord parce qu’elle est arrivée en 1969, c'est-à-dire bien après la télévision commerciale ; ensuite parce qu’elle est à la fois très différente et proche des serveurs privés. Différente par ses propriétaires, ses objectifs et ses programmes, ses modes de gestion et de financement. Semblable sur un point : elle n’a jamais été sous coupole de l’Etat se situant à mi-chemin entre privée et publique. Enfin, l’objet de la présente recherche étant de déterminer le rôle de la télévision de service public dans une sphère
2. L’utilisation des sigles étant fréquente se référer à leur signification située en fin de volume.
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Vanessa Marson libérale, l’impasse sur le modèle dominant est impossible. On commencera ainsi par faire un état des lieux de la télévision commerciale. Un rappel historique permettra de situer l’évolution du petit écran dans une perspective économique et technologique. En dépit du caractère libéral de la télévision dont le modèle s’appuie sur celui de la radio, l’attachement déclaré aux vertus d’un libéralisme sans limite n’aura été que de courte durée dans l’histoire américaine. Le système d’autorégulation des communications, e qui domine jusqu’à la fin du XIX siècle, est ébranlé par la création d’agences indépendantes de régulation et le mode de gestion du secteur des communications en sera durablement bouleversé. Depuis la création de la FCC (Federal Communications Commission) en 1934, ce secteur bénéficie d’une structure juridique inédite propre aux Etats-Unis. Une étude sur cette agence indépendante dégagera quelques grandes tendances du système réglementaire audiovisuel américain. On enchaînera sur l’environnement économique et les choix de programmation des chaînes commerciales. En raison du nombre de réseaux et de chaines câblées que compte la télévision américaine, l’étude se limitera aux chaînes hertziennes. Même si elles évoluent dans un marché en constante mutation et doivent faire face à une multitude de rivaux depuis les années 1980, elles n’en demeurent pas moins le socle de la télévision américaine. Considérés comme des firmes commerciales, les « supers-serveurs » évoluent comme telles. Dépendants des annonceurs, ils recherchent l’audience maximale. Mais la gestion de la
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La télévision aux Etats-Unis télévision par l’argent tient-elle suffisamment compte de la diversité sociale, ethnique et culturelle ? La réponse à ces questions servira de tremplin à la problématique centrale : quel est le rôle de la télévision publique face au modèle ascendant ? Il faut revenir aux années 1950 et 1960 pour comprendre ce rôle. Ces deux décennies marquent un tournant dans l’histoire de la culture américaine. Définie d’abord comme de la distraction, la culture de masse va être confrontée à la contestation des femmes et de certains groupes ethniques et sociaux sous-représentés ou laissés pour compte dans le système dominant. Cette pression va remettre en cause les codes de la représentation et la place du divertissement. Dans ce contexte mouvementé, les bases d’un plan d’actions culturelles visant à valoriser le domaine des arts et de l’éducation sont jetées. Dès le départ, la notion de mécénat public se démarque des formes que l’on connaît en Europe. La vie culturelle ne se nourrit pas de l’Etat mais de fonds privés comme ceux des fondations, des universités et des particuliers. Se met alors en place un système totalement inédit qui oscille entre sphère privée et sphère publique dont les fondements sont à rechercher du côté de l’histoire. Le modèle politique américain tel qu’il e est construit à la fin du XVIII siècle est méfiant envers la fédération. Cette réticence se traduit par la relégation des questions sociales, éducatives et culturelles au niveau des Etats. Jusqu’aux années 1960, les affaires culturelles sont restées le parent pauvre de la fédération et des Etats. C’est sous John Fitzgerald Kennedy (1961-1963), puis sous Lyndon B. Johnson
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