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À propos deCollection XIX
Collection XIXest éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.
Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF,Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes class iques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse… Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces e fonds publiés au XIX , les ebooks deCollection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.
Daniel Defoe
Lady Roxana
ou L'Heureuse maîtresse
Notice mur Daniel Defoe
* * *
Il n’est pas rare, en littérature, qu’un livre immortalise un homme et tue l’œuvre entier de l’écrivain. L’abbé Prévôt est l’auteur deManon Lescaut,de Saint-Pierre Bernardin l’auteur dePaul et Virginie, Goldsmith l’auteur duVicaire de Wakefield,Daniel Defoe et l’auteur deRobinson Crusoe.ene s’inquiète pas de savoir si ces chefs-d’œuvr  On populaires sont, comme la fleur de l’aloès, une écl osion magnifique, mais solitaire, ou s’ils sont préparés, amenés, soutenus et comme expl iqués par une série d’autres ouvrages de moindre mérite, sans doute, mais d’un i ntérêt encore bien vif, puisqu’ils marquent les phases de l’évolution d’un grand esprit. Nul plus que Defoe n’a souffert de ce dédain superbe de la postérité. Nul plus que lui n’a des titres à entrer dans cette galerie des auteurs de chefs-d’œuvre et de curiosités littéraires qu’on ignore ou dont on ne se souvient pas. Daniel Defoe naquit à Londres en 1663. Il eut peur père un boucher. Il reçut une solide instruction. Son père était undissenterdissident ; c’est-à-dire un ennemi de l’Église ou anglicane officielle. L’instruction est souvent tenue en plus haute estime dans les sectes que dans l’Église dominante. Les raisons en seraien t faciles à donner ; mais elles sont aussi faciles à comprendre, et les exposer nous entraînerait trop loin. Userait également trop long de raconter comment Daniel Defoe, destiné d’abord au commerce de la bonneterie, jeta, si l’on veut me permettre cette application particulière d’une phrase leste et banale, ses bonnets par dessus les moulins, et, dès l’âge de 21 ans, s’annonça comme publiciste par un pamphlet où il prend parti pour la civilisation contre la barbarie, et montre à ses contemporains que la haine du catho licisme ne doit pas leur faire souhaiter de voir l’Autriche engloutie sous l’inondation des Tu rcs. Il est dès lors lancé dans la politique militante, à ses risques et périls ; et il ne s’y ménage pas. Complice du duc de Monmouth, et agent a ctif de la révolution de 1688, auteur d’un poème où il prouve que le devoir d’unvéritable anglais est de reconnaître Guillaume d’Orange, conseiller du nouveau roi, agit ateur parlementaire(Pétition de la Légion,il acquiert, sous la reine Anne, une notori été, qu’il paya cher, par la 1701), publication de son pamphlet,The shortest way with the Dissenters (« Le plus court chemin pour en finir avec les Dissidents »), ironie sanglante où il propose la pendaison comme unique remède, et dont les conformistes conçurent une rage d’autant plus grande qu’ils avaient pris d’abord Defoe pour un des leurs, et sa cruauté dérisoire pour un zèle de bon aloi. Leur déconvenue se traduisit par le pi lori et la prison dont leur tolérance gratifia l’auteur. Dans sa cellule de Newgate, celui-ci parvint, non s eulement à écrire, mais à faire publier un journal politique et satirique, que tout e la presse militante du monde entier peut fièrement revendiquer pour aïeul ; car s’il y avait déjà quelques feuilles de nouvelles ou d’adresses, rien de pareil n’existait encore. Ce journal,The ReviewLa Revue »), (« dont le premier numéro parut le 19 février 1704, fut d’abord bi-hebdomadaire. A partir de l’année suivante, il se publia trois fois par semai ne, et dura neuf ans. Il n’a jamais été réimprimé. Ce serait pourtant une grande curiosité, car on n’en connaît, paraît-il, qu’un exemplaire complet, jalousement gardé dans une bibliothèque particulière. Le reste de sa vie politique, quels qu’en soient les revirements et les péripéties, ne doit pas nous arrêter ici où nous avons à donner quelques notes bibliographiques et non pas à faire une biographie. Nous n’avons pas davantage à prendre parti dans la controverse
qui vient de s’élever sur la question de savoir si Defoe fut un héros ou un coquin. Tout en croyant, cette fois encore, que la vérité se tient entre les opinions extrêmes, il nous suffira de rappeler qu’après avoir été de nouveau condamné à la prison et à l’amende (20,000 francs, il passa les quinze dernières années de sa vie occupé de travaux littéraires dont le nombre et la valeur ne l’empêchèrent pas de mour ir dans la misère, à l’âge de soixante-dix ans (1731). Peu d’écrivains furent aussi féconds. L’œuvre de Du mas, à laquelle tant de collaborateurs mirent la main, est à peine comparable comme quantité à celle de Daniel Defoe, lequel n’eut jamais, que je sache, ni rédacteurs, ni préparateurs. On compte qu’il écrivit deux cent cinquante volumes et Brochures, p armi lesquels, sans parler de Robinson Crusoe,plusieurs romans de longue haleine, tels que :La vie, les aventures et les pirateries du capitaine Singleton ; la Vie du colonel Jack ; les Mémoires d’un cavalier ; la Vie de Moll Flanders ; la Vie et les aventures de Duncan Campbell,etc. Citons encore, dans des genres divers :l’Histoire du Diable, l’Histoire de la Grande Peste de Londres, morceau resté classique, leNouveau voyage autour du Monde,etc., etc. Les œuvres de Defoe n’ont jamais été réunies en une collection complète. L’édition en 4 vol. in 8°, de Londres, 1810, est bien insuffisante ; il en est de même de celle que l’on trouve à laBohn’s Standard Library, en 7 volumes, la seule que le public puisse aujourd’hui facilement se procurer. On en annonce heureusement une édition complète, moins les écrits périodiques, en vingt-deux volumes, chez MM. Bickers et fils. Le roman dont nous offrons pour la première fois un e traduction, exacte et complète, au publie français, est, avecMoll Flanders,la plus remarquable de Defoe, l’œuvre romancier. Encore une fois, je laisse à partRobinson Crusoe, livre unique, que tout le monde connaît, sans doute, mais qu’il me faudrait bien plus de pages que je n’en ai à ma disposition pour faire connaître ici. On trouvera dansLady Roxanales qualités et toutes les défauts de l’auteur : une négligence voulue, de s longueurs, des répétitions d’idées autant que d’expressions, une absence d’art, enfin, qui pourrait bien être, chez Defoe, le comble de l’art, car elle donne à ses récits une intensité de vie et une vraisemblance tout à fait extraordinaires. Il est inutile de dire que notre traduction n’esquive rien, qu’elle est un calque aussi fidèle et aussi pur qu’on a pu le faire, mais nullement un arrangement ni une interprétation. - Les romans de Defoe, dit M. Léon Boucher, profess eur de la Faculté des lettres de Besançon, toujours sous la forme autobiographique, ont un accent de sincérité qui leur donne l’air de confessions, et la fiction chez lui n’est que le trompe-l’œil de la réalité. -Cette dernière métaphore, qu’il faut être professeu r pour avoir le droit de se permettre, n’en donne pas moins l’impression assez exacte de l a manière de l’auteur deLady Roxana.notre temps de réalisme et de naturalisme, le t  En rait n’est pas fait pour déplaire. Et cependant peut-être sera-ton choqué en France, plus qu’on ne l’est dans la patrie dushocking,la liberté de langage, souvent grossière et tou  de chant parfois à la brutalité, dont l’auteur use sans le moindre embarr as. Mais la langue a pris, depuis le e XVII siècle, en Angleterre comme en France, des délicatesses outrées qui n’ont rien à voir avec la véritable morale. C’est le privilège de nos auteurs classiques de se faire lire de tous, et, qui plus est, de se faire étudier dans les classes, avec leurs nudités ou leurs rudesses d’expressions, sans qu’ils éveillent de pe nsées déshonnêtes dans les esprits les plus raffinés comme les plus innocents. Sans pa rler des autres où les exemples seraient trop faciles à prendre, qui reproche à Racine d’avoir, dans une pièce religieuse destinée à être jouée par des jeunes filles rigidem ent élevées, introduit ce vers où il est dit de l’altière Vasthi qu’Assuérus La chassa de son trône ainsi que de son lit ?
Qu’on ne s’effarouche donc pas trop si le lit est s ouvent et naïvement mis eu scène dans le livre de Defoe, dont je demande à donner ic i le titre entier, avec sa prolixité amusante et caractéristique de l’époque à laquelle il fut écrit : « L’Heureuse Maîtresse ou Histoire de la vie et de la grande Diversité de Fortunes de lle M de Beleau, plus tard appelée comtesse de Wintselsheim, en Allemagne ; qui est la personne connue sous le nom de Lady Roxana, au temps du Roi Charles II. » (Londres, 1724.)
PRÉFACE
* * *
L’histoire de cette belle dame porte avec elle son propre témoignage. Si elle n’est pas aussi belle ue la dame même est représentée l’être, si elle n’est pas aussi divertissante ue le lecteur le peut désirer, ni beaucoup plus u ’il ne peut raisonnablement s’y attendre, et si toutes les parties les plus diverti ssantes n’en sont pas appropriées à l’instruction et au perfectionnement du lecteur, le narrateur déclare ue ce doit être la faute de son récit ; il aura babillé l’histoire de vêtements inférieurs à ceux ue la dame dont il rapporte les paroles, préparait pour l’offrir au monde. Il prend la liberté de dire ue ce récit diffère de la plupart des pièces contemporaines de ce genre, bien ue uelues-unes d’entre elles aient rencontré dans le monde un très bon accueil. Je dis u’il en diffère en un point considérable et essentiel, à savoir u’il est fondé sur la vérité des faits ; de sorte ue l’œuvre n’est pas un conte, mais une histoire. La scène est placée si près du lieu où la partie principale de l’action s’est passée, u’il a été nécessaire de déguiser les noms et les person nages, de peur ue le souvenir d’événements, ui ne sauraient être encore complètement oubliés dans ce uartier de la ville, ne soit ravivé, et ue les faits ne puissent être restitués trop clairement par bon nombre de gens vivant encore aujourd’hui, ui, par les détails, reconnaîtraient les personnages. Il n’est pas toujours nécessaire ue les noms des p ersonnages se découvrent, et l’histoire peut n’en être pas moins utile de mainte façon. Si nous étions toujours obligé ou de nommer les personnages, ou de ne pas faire le ré cit, il en résulterait cette seule conséuence : c’est ue beau. coup d’histoires agré ables et charmantes seraient ensevelies dans l’ombre, et ue le monde serait à la ibis privé du plaisir et du profit u’il y trouve. L’auteur déclare u’il connaissait particulièrement le premier mari de cette dame, le brasseur, et son père, et aussi ses difficultés d’argent ; et il sait ue toute cette première partie du récit est vraie. Ceci peut, il l’espère, être une garantie de la bon ne foi du reste, bien ue la fin de l’histoire se passe à l’étranger et ne puisse pas ê tre si facilement attestée ue le commencement. Cependant, comme c’est la dame elle-m ême ui l’a racontée, nous avons d’autant moins de motifs de mettre en doute la vérité de cette dernière partie. A la manière dont elle raconte son histoire, il est évident u’elle n’insiste nulle part pour se justifier. Encore moins offre-t-elle sa conduite, ou même aucun trait de sa conduite, si ce n’est son repentir, comme modèle à imiter. Au co ntraire, elle fait de fréuentes digressions pour censurer et condamner justement ses propres actes. Combien de fois ne s’adresse-t-elle pas les reproches les plus pass ionnés, nous fournissant des réflexions pleines de justesse pour les cas semblables ! Il est vrai u’elle a trouvé un succès inespéré dans toutes ses fautes. Mais même dans la plus grande élévation de sa prospérité, elle reconnaît fréuemment ue les plaisirs dus à sa mauvaise conduite ne valaient pas le repentir, et ue toute les satisfactions u’elle avait, toute sa joie en présence de sa fortune, non , pas même toute l’opulence où elle nageait, ni son éclat extérieur, ni l’appareil et l es honneurs ui l’accompagnaient, ne pouvaient calmer son esprit, ni faire taire les reproches de sa conscience, ou lui procurer une heure de sommeil, lorsue de justes réflexions la tenaient éveillée. Les généreuses déductions ui se tirent de cette partie de l’histoire valent autant ue
tout le reste, et, étant le but avoué de la publication, la justifient pleinement. S’il y a des passages dans ce récit où, étant obligé de rapporter une action mauvaise, on semble la décrire trop clairement, l’auteur déclare u’on a pris tout le soin imaginable de se garder des indécences et des expressions immo destes ; et l’on espère ue vous n’y trouverez rien ui puisse exciter un esprit vic ieux, mais ue vous y trouverez, au contraire, à chaue page, beaucoup pour le décourager et le confondre. Les scènes de crime ne peuvent guère être représentées de manière uo uelues-uns n’en fassent un criminel usage. Mais lorsue le vice est peint sous ses viles couleurs, ce n’est pas pour le faire aimer, mais pour l’expos er au mépris ; et si le lecteur fait un mauvais usage d’un tel tableau, la méchanceté lui en appartient tout entière. D’un autre côté, les avantages du présent ouvrage s ont si grands, et le lecteur vertueux y trouvera l’occasion de tant de perfectionnements, ue nous ne faisons pas de doute ue ce récit, uelue médiocrement raconté u’il soit, ne pénètre jusu’à lui dans ses meilleures heures de loisir, et ne soit lu avec délices et profit à la fois.
* * *
LADY ROXANA.
Planche 1.
Un pour Un
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