Le livre noir du Canada

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Ce survol de l'histoire du Canada recense des injustices, des pratiques discriminatoires, des propos racistes et haineux, des encouragements à la violence et des menées infâmes d'hommes politiques, de journalistes et d'intellectuels anglo-canadiens contre les Canadiens français, les Indiens, les Japonais et les Juifs.
Publié le : jeudi 24 juin 2004
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EAN13 : 9782895494751
Nombre de pages : 318
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Extrait


Les Anglais ont toujours considéré les Français, dont ils jalousent par ailleurs les femmes, la nourriture, la géographie et le climat, comme leurs ennemis… de prédilection. La conquête de la Nouvelle-France n’est qu’un épisode de cette rivalité millénaire. Elle remonte au temps de Guillaume de Normandie qui, en conquérant l’Angleterre avec ses barons en 1066, imposa une caste militaire franco-normande et, il faut bien le dire, la civilisation à la rustre paysannerie anglo-saxonne.

Durant la guerre de Cent Ans, de 1337 à 1453, les Anglais voulurent remettre aux Français la monnaie de leur pièce en tentant de s’emparer du trône de France et en établissant des zones d’influence sur le continent. La moitié de la France leur appartenait quand la Pucelle d’Orléans, ayant rallié son peuple, réussit à les repousser dans leur île brumeuse. En ajoutant une composante religieuse à l’inimitié séculaire, la rupture du lubrique Henri VIII avec le catholicisme romain, pour faciliter ses concupiscences charnelles, ne fit qu’accentuer les antagonismes ataviques avec la fille aînée de l’Église.

Les conflits coloniaux du XVIIe et du XVIIIe siècle, l’appui de la France à l’indépendance américaine, la Révolution française et l’épopée napoléonienne maintinrent à un sain niveau l’animosité réciproque. Des tensions au sujet de l’Afrique, au début du xxe siècle, attisèrent de nouveau l’antipathie partagée, au point que les deux peuples furent quelque peu perplexes à l’idée de se retrouver dans le même camp en 1914.

À l’époque de la guerre de Sept Ans (1756-1763), la France et l’Angleterre se disputent la maîtrise du continent nord-américain depuis près de cent cinquante ans. Soixante-dix mille Canadiens et leurs alliés indiens — assistés de quelques milliers de militaires et d’administrateurs coloniaux français — contrôlent tout le continent, à l’exception d’une mince bande du littoral atlantique où s’entassent près de deux millions d’Anglais. Les Britanniques rêvent d’en finir une fois pour toutes avec la poignée de « Français papistes » qui, malgré un rapport de forces outrageusement défavorable, leur tient tête en menant contre eux de féroces coups de main. C’est pourquoi, quand enfin ils les eurent conquis, ils ne leur firent pas de cadeaux. L’heure de vengeance avait sonné. Les Acadiens, pour leur part, étaient déjà passés à la caisse…

La tentative de génocide contre les Acadiens

C’est l’émouvant poème « Évangéline », de Longfellow, qui grave à jamais dans la mémoire collective le drame acadien. Grand-Pré, le 5 septembre 1755. Les hommes réunis dans la petite église du village. Le lieutenant-colonel John Winslow leur lit l’édit de déportation :

J’ai reçu de Son Excellence le gouverneur Lawrence les instructions du Roi. C’est par ses ordres que vous êtes assemblés pour entendre la résolution finale de Sa Majesté concernant les habitants français de cette province de la Nouvelle-Écosse. […] Vos terres, vos maisons, votre bétail et vos troupeaux de toutes sortes sont confisqués au profit de la Couronne, avec tous vos autres effets, excepté votre argent et vos mobiliers, et que vous-mêmes vous devez être transportés hors de cette province. Les ordres péremptoires de Sa Majesté sont que tous les habitants de ces districts soient déportés.

Des scènes semblables se répètent dans toute l’Acadie. Le forfait contre le peuple acadien a minutieusement été préparé depuis plus d’un an par le gouverneur de la Nouvelle-Écosse, le criminel de guerre Charles Lawrence. Il a pensé dans le détail la « résolution finale » de la question acadienne avec toute la perfidie dont on accuse souvent la fière Albion.

Afin de les empêcher de s’enfuir avec leurs bestiaux, il faudra avoir grand soin que ce projet ne transpire pas, et le moyen le plus sûr pour cela me paraît d’avoir recours à quelque stratagème qui fera tomber les hommes, jeunes et vieux, surtout les chefs de famille, en notre pouvoir.

Vous les détiendrez ensuite jusqu’à l’arrivée des transports afin qu’ils soient prêts pour l’embarquement. Une fois les hommes détenus, il n’est pas à craindre que les femmes et les enfants ne s’enfuient avec les bestiaux. Toutefois, il serait très prudent, pour prévenir leur fuite, non seulement de vous emparer de leurs chaloupes, de leurs bateaux, de leurs canots et de tous les autres vaisseaux qui vous tomberont sous la main, mais en même temps, de charger des détachements de surveiller les villages et les routes.

Tous leurs bestiaux et leurs céréales étant confisqués au profit de la Couronne, par suite de leur rébellion, et devant être appliqués au remboursement des dépenses que le gouvernement devra faire pour les déporter de ce pays, il faudra que personne n’en fasse l’acquisition sous aucun prétexte. Tout marché de ce genre serait de nul effet, parce que les habitants français sont dépourvus de leurs titres de propriété, et il ne leur sera pas permis de rien emporter, à l’exception de leurs mobiliers et de l’argent qu’ils possèdent présentement.


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