Le moment Benoît XVI

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Benoît XVI, expert au concile Vatican II, un des deux seuls cardinaux survivants du pontificat de Paul VI, théologien prolixe et lumineux, collaborateur - pessimiste aux yeux des uns, réaliste aux yeux des autres - de Jean-Paul II, a été chargé de faire entrer dans le troisième millénaire l'histoire tragique de l'Église du XXe siècle dominée par un concile indispensable et utopique.
Publié le : mercredi 10 septembre 2008
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EAN13 : 9782213644806
Nombre de pages : 320
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livre premier :
La mort de Jean-Paul II
et le nouvel horizon d'attente
Le pontificat de Jean-Paul II (1978-2005)
ou vingt-quatre ans de sursis (1981-2005)
L'attentat
L'ombre de la mort se plaça devant Jean-Paul II le mercredi 13 mai 1981, à 17 h 17. Alors que la voiture découverte (), dans laquelle il circulait debout au milieu de la foule rassemblée place Saint-Pierre pour l'audience générale, passait à hauteur de la porte de Bronze, deux détonations sèches coupèrent les bruits ordinaires et des centaines de pigeons s'élevèrent en nuage dans le ciel en un bref claquement d'ailes. Jean-Paul II s'écroula vers l'arrière-gauche du véhicule, la soutane maculée de sang, la tête renversée, les yeux clos, soutenu par son secrétaire particulier Stanislas Dziwisz, et son camérier, Angelo Gugel. L'instantané pris par un photographe de l'agence Sygma fit le tour du monde. Il revint dans les médias inlassablement tout au long des années du pontificat de Jean-Paul II, comme l'emblème de la lutte entre les forces du mal et la mission pacifique du pape, avec une part de mystère invincible. Cependant que la traversait en trombe la foule ignorante et stupéfaite pour rejoindre une ambulance, un homme était arrêté à la force du poignet d'une petite religieuse, sœur Lucia, que les gendarmes relayèrent. À 18 h 17, la station de radio Gire 2 annonçait la mort du souverain pontife. La nouvelle était démentie dans le quart d'heure suivant. Elle n'avait pas été relayée par d'autres médias. On apprit bientôt que l'homme arrêté était turc, qu'il avait visé le pape avec un Browning de 9 mm, qu'un complice avait réussi à prendre la fuite. On sut le lendemain que l'assassin s'appelait Mehmet Ali Agça. Rien de plus.papamobilepapamobile1
Toutes les biographies de Jean-Paul II consacrent à la tentative d'attentat contre Jean-Paul II des pages attendues. Mais aucune, même parmi les meilleures, ne considère l'événement le plus spectaculaire de l'histoire de la papauté contemporaine sous une autre présentation que celle d'un moment dramatique. Or l'attentat manqué contre Jean-Paul II fut porteur de conséquences inimaginables sur les années à venir du pontificat, dans la mesure où il infléchit l'ecclésiologie du pape ou, si l'on préfère, la vision de sa mission comme Vicaire du Christ. Certes, en octobre 1970, Paul VI avait été victime d'une tentative d'assassinat à Manille. Le poignard avait été détourné par Mgr Marcinkus, garde du corps du pape. Mais la résonance de ce geste finalement attribué à un exalté n'eut rien de comparable avec celui du 13 mai 1981. C'était la première fois qu'on attentait à la vie du pape sur le territoire même dont il est le souverain. Le choix du moment n'était pas neutre non plus. Indépendamment des facilités procurées par la foule au tueur pour s'échapper, il entendait signifier publiquement la négation de tout rôle dans le monde pour le pape polonais Karol Wojtyla. Car c'est de lui qu'il s'agissait davantage que du Saint-Siège en soi. Il était donc à la mesure de l'influence prise en moins de trente mois par un Polonais élu à l'âge de cinquante-huit ans. Symboliquement, Jean-Paul II allait avoir cinquante-neuf ans le 20 mai, c'est-à-dire le mercredi suivant. Il semble que le pape avait l'intention de se rendre à Varsovie pour administrer lui-même le sacrement de l'extrême-onction au cardinal Wyszinski, ancien primat de Pologne, archevêque de Gniegno et Varsovie à l'agonie. La presse italienne, toujours vigilante en toute question concernant le Saint-Siège, le mentionna dès la fin mai. Un fait est là, que l'attentat fût manqué ou pas : en un peu plus de cent ans, le Saint-Siège, débouté de sa mission sacrée par la sécularisation de la capitale de la chrétienté, considéré dans une certaine vision utilitaire pour de petites médiations entre 1878 et 1914, rabaissé dans ses prétentions d'arbitre de la paix en 1917, ignoré dans la Seconde Guerre mondiale avec un cynisme partagé par tous les belligérants, se trouvait depuis le concile Vatican II et les accords d'Helsinki en position de « troisième grand » compte tenu de l'équilibre de la terreur entre les deux blocs. L'attentat, par ailleurs, signait l'usage sans limites de la violence dans les relations internationales et du recours au terrorisme pour régler par intimidation les problèmes inattendus, telle l'élection d'un Polonais à la tête de l'Église catholique. C'est pourquoi la recherche du bras qui avait armé Ali Agça posa immédiatement un problème international. Le Vatican observa d'abord une réserve qui fait partie de son style. Mais, par-delà, la question se posait de savoir s'il était possible de mettre en cause publiquement les instigateurs du complot. Tout désignait l'URSS. Mais ce genre de crime public n'était pas dans ses habitudes. Précisément, la mise en scène choisie permettait d'imputer la tentative à un exalté. La responsabilité de l'Italie était toutefois en cause, qui avait laissé entrer le tueur et à qui, surtout, il appartenait de le juger comme le stipulaient les accords du Latran de 1929. C'est grâce à la situation singulière du Saint-Siège vis-à-vis du doit pénal que les grandes puissances, à commencer par les États-Unis, et tous les États traversés par le tueur (sept au total), purent laisser à l'Italie le soin de procéder à une enquête pour tenter d'aller au-delà du geste solitaire.2in extremis345
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