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Le Pays bleu

De
202 pages

A HIPPOLYTE BABOU

A l’heure où, plus suave, embaume le tilleul ;
A l’heure où tout s’éteint, ou s’efface, ou s’écoule ;
MOI, je ne m’endors pas du somme de la foule,
Comme fera mon fils, comme a fait mon aïeul.

Dans ma chambre, la nuit, je veille encore ; et, seul,
Baigné dans un flot d’ombre, autour de moi j’enroule
Un drap qui sur mon corps en ondoyant se moule,
Et je m’étends ainsi qu’un mort dans son linceul.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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EN PRÉPARATION :

LES CAÏNS

 

 

 

POEME.

Eugène Vignon

Le Pays bleu

PRÉFACE

On a bien souvent et bien diversement défini cette belle chose, à la fois humaine et divine, qui s’appelle du doux nom de POÉSIE ; on a longtemps circonscrit, dans des limites plus ou moins étroites, au hasard de telle ou telle préférence plus ou moins capricieuse, son jardin d’Armide, domaine sans bornes que les arpenteurs n’auraient jamais dû profaner de leur toise.

« La poésie, c’est le cœur, » a soupiré la blonde lectrice de Jocelyn, a murmuré plus d’un pâle martyr d’amour sur la tombe d’Alfred de Musset.

« La poésie, » hurlaient autrefois les Tètes rondes, les abonnés du National et de la Réforme, « c’est la voix du peuple, la Némésis vengeresse, implacable... et non vendue. »

« La poésie, » ont dit d’une voix d’oracle les admirateurs d’Olympio — et répètent encore les fidèles du grand exilé, « la poésie, c’est l’imagination planant d’un vol d’aigle sur les deux mondes, celui de la nature et celui de l’humanité ; c’est la pensée créatrice, armée d’un outil incomparable, et taillant avec le vigoureux ciseau de Michel-Ange dans le bloc des faits ou dans le bloc des idées, pour en faire jaillir autant de Moïses ! »

Puis les dilettanti archéologues, — car la poésie a les siens, tout aussi bien que la musique, — ont pris la parole et se sont écriés :

« Votre poésie moderne ! elle est comme son époque : mesquine, individuelle, égoïste.

Autrefois, c’était l’écho multiple, l’incarnation splendide, le Verbe sonore de tout un peuple, de toute une famille humaine, de toute une période de l’histoire du monde.

Elle s’appelait Homère, c’est-à-dire la Grèce héroïque et l’Olympe des Grands Dieux ;

Dante, c’est-à-dire le moyen âge, la papauté, le saint empire, l’Italie guelfe et gibeline ;

Shakespeare, enfin ; c’est-à-dire l’humanité tout entière sous les traits de Falstaff ou de Roméo ; la grande médaille vivante, au double revers, bouffon et sublime !

Aujourd’hui, ce n’est plus cela.

Moi ! moi ! toujours moi ! Mes bonheurs intimes, mes souffrances intimes, ma vie intime ! Voilà mon cœur ouvert. Bonnes gens, prenez et lisez. »

On a dit tout cela, on a dit bien plus et bien mieux ; mais, en fin de compte, on a fini par s’entendre. On s’est partagé la pomme de discorde, et, fraternellement, on en a croqué les morceaux.

Il est donc à peu près convenu, à l’heure présente, que le cœur, l’imagination, la sensation même ; — ajoutez à cela, la politique... tempérée, la science et ses problèmes, l’industrie et ses merveilles, tout, enfin, — c’est-à-dire le monde, l’homme et Dieu, — tout est du ressort et de la compétence de la poésie. Le poète, en d’autres termes, se pose de nos jours comme Pic de la Mirandole : il réclame le droit de soutenir sa thèse sur toutes choses... et sur d’autres encore.

C’est ce qu’a pensé, bien plus, ce qu’a mis en pratique l’auteur du Pays bleu, avec une souplesse de forme, une variété de rhythme et d’accent, sur laquelle nous croyons inutile d’appeler l’attention.

Rêveries ineffables dans les sentiers perdus de l’idéal, écoles buissonnières dans l’azur ou les nuages, ascensions vers l’infini sur les degrés septicolores de l’arc-en-ciel, mystères de l’âme et de la nature hardiment dévoilés, visions du cœur hanté par de chers fantômes, sourires des fleurs et pleurs de la vigne ;

Et, à côté de cela, la vibration des cordes d’airain, le chant rauque et lugubre que font éclater dans le silence de la nuit les âmes des vespillons (M. Eugène Vignon les appelle tout bonnement des croque-morts), le mépris craché à la face des parasites, le stigmate vengeur imprimé au front des Caïns :

En quelques mots, voilà tout le livre.

« C’est un livre de bonne foi, » dirait le vieux Montaigne s’il pouvait encore parler.

C’est un livre de cœur et d’esprit, de talent et de laborieuse conscience, plein de choses cherchées et souvent trouvées, dirions-nous à notre tour, si notre profonde amitié pour l’auteur laissait à notre appréciation la chance de paraître aussi impartiale qu’elle l’est en réalité.

Quoi qu’il en soit, cher petit livre, nous aurions tort de retarder davantage, avec notre prose, le plaisir de ceux — et peut-être de celles — qui parcourront tes pages, humides encore des émotions fortes et vraies qu’elles expriment. Va donc, à la grâce de Dieu ! et puisse, à défaut d’une recommandation plus haute, notre adieu cordial, notre fraternelle bénédiction, te porter bonheur dans le voyage où tu t’aventures, — et qui n’est plus, hélas ! le voyage au Pays bleu !

 

JOSEPH BOULMIER.

I

QUAND JE M’ENDORS

A HIPPOLYTE BABOU

 

 

 

A l’heure où, plus suave, embaume le tilleul ;
A l’heure où tout s’éteint, ou s’efface, ou s’écoule ;
MOI, je ne m’endors pas du somme de la foule,
Comme fera mon fils, comme a fait mon aïeul.

 

 

Dans ma chambre, la nuit, je veille encore ; et, seul,
Baigné dans un flot d’ombre, autour de moi j’enroule
Un drap qui sur mon corps en ondoyant se moule,
Et je m’étends ainsi qu’un mort dans son linceul.

 

 

Je vous comprends alors, voluptés du suaire ;
Je te savoure enfin, calme de l’ossuaire ;
Et je ferme les yeux... Mon sommeil, plein d’oubli

 

 

Et mollement choyé par la lune et la brise,
Semble dire à la Mort : Je t’aime ou te méprise ;
Aux ensevelisseurs : Votre office est rempli.

II

QUAND JE MOURRAI

A JOSEPH BOULMIER

 

 

 

Ma dernière aube s’éteindra...
Nul peut-être, de ceux que j’aime,
Du pauvre rêveur ne viendra
Recueillir le souffle suprême.

 

 

Mes amis vivront disperses,
Perdus vers de lointaines grèves,
Les uns par la gloire bercés,
D’autres par l’amour ou les rêves.

 

 

Mais deux Flammes au reflet pur
Comme une aurore fraîche et blonde
Me feront voir un autre azur
Par delà l’azur de ce monde.