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Le Roman américain en question

De
149 pages
Voici le deuxième titre d’une nouvelle série encyclopédique s’adressant à toute personne qui souhaite acquérir des connaissances sur un sujet donné. Le concept en est simple. Nous avons fait appel à un spécialiste pour répondre à une centaine de questions sur le sujet traité. Illustré de photos et balisé de tableaux explicatifs, chaque titre offre aux lecteurs le panorama complet du sujet à l’aide d’une présentation originale et soignée qui permet une lecture instructive et agréable.
Dotée d’une littérature nationale riche et abondante, la nation américaine compte un nombre impressionnant d’écrivains ayant marqué le genre romanesque. Afin que nous puissions nous y retrouver autant dans l’imaginaire, dans la forme et dans les sources d’inspiration propres à ces auteurs, Marcel Labine nous offre une mise en contexte d’oeuvres incontournables qui témoignent de l’américanité.
Connaissez-vous les mythes fondateurs qui permettent d’estimer les romans américains ?
Savez-vous comment l’esprit de la conquête se traduit dans les romans du début du XIXe siècle ?
Êtes-vous en mesure d’identifier les éléments qui permettent de dire que Les Aventures de Huckleberry Finn est le premier texte de prose marquant le passage à la langue américaine ?
Quelle était la nature de l’American dream après la Deuxième Guerre mondiale et l’émergence de la société de consommation ?
Pouvez-vous identifier les écrivains de la beat generation ?
Voilà autant de questions auxquelles vous obtiendrez des réponses claires et précises. Avec son approche par questions et réponses, ce livre présente la matière de façon plus accessible et surtout beaucoup plus dynamique que les ouvrages savants.
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Extrait de la publicationExtrait de la publicationLa collection « en question » est dirigée
par Jean Yves Collette
Extrait de la publicationDU MÊME AUTEUR
Papiers d’épidémie, poésie,
Montréal, Les Herbes rouges, 1987
Territoires fétiches, poésie,
Montréal, Les Herbes rouges, 1990, 2001
Machines imaginaires, poésie,
Montréal, Les Herbes rouges, 1993
Carnages, poésie,
Montréal, Les Herbes rouges, 1997
Les Lieux domestiques, poésie et prose (1975-1987)
Montréal, Les Herbes rouges, coll. «Enthousiasme», 1997
Extrait de la publicationLE ROMAN AMÉRICAIN
EN QUESTION
Extrait de la publicationDonnées de catalogage avant publication (Canada)
Labine, Marcel
Le Roman américain en question
(En question ; 2)
ISBN 978-2-7644-0196-5 (Version imprimée)
ISBN 978-2-7644-1533-7 (PDF)
ISBN 978-2-7644-1904-5 (EPUB)
1. Roman américain - Histoire et critique.
I. Titre. II. Collection : En question (Montréal, Québec) ; 2.
PS371.L32 2002 813.009 C2002-941480-6
Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du
Canada par l’entremise du Programme d’aide au développement
de l’industrie de l’édition (PADIÉ) pour nos activités d’édition.
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l’édition de livres – Gestion SODEC.
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également à remercier la SODEC pour son appui financier.
Révision linguistique : Diane Martin
Maquette de couverture : Isabelle Lépine
Documents de couverture : « Kérouac », détail de la couverture
de Visions de Cody, collection « 10/18 », éditions Christian
Bourgois ; autres portraits : sources inconnues.
Mise en pages : Jean Yves Collette
Québec Amérique
e329, rue de la Commune Ouest, 3 étage
Montréal (Québec) H2Y 2E1
Téléphone : (514) 499-3000
Télécopieur : (514) 499-3010
www.quebec-amerique.com
© ÉDITIONS QUÉBEC AMÉRIQUE INC. 2002
Dépôt légal – troisième trimestre 2002
Bibliothèque nationale du Québec
Bibliothèque nationale du Canada
Extrait de la publicationMARCEL LABINE
LE ROMAN AMÉRICAIN
EN QUESTION
Q U É B E C A M É R I Q U E
Extrait de la publicationLES FONDEMENTS DE L’IMAGINAIRE
L’imaginaire de la nation américaine prend forme pendant
e eque, du XVII au XIX siècle, les pionniers conquièrent le
territoire. L’entreprise est difficile, mais elle est à la hauteur
des rêves de ces arrivants. De nouvelles façons de vivre, de
croire, de penser et d’écrire vont apparaître. L’imaginaire
de la nation se construit sur des mythes fondateurs parmi Mythes
Le mythe estlesquels on retrouve l’idée de recommencer la civilisation,
« le récit d’une histoirede vivre dans la pureté de la nature, d’être libres, unis et fondamentale servant
égaux dans une démocratie utopique. Pour la nation nais- de modèle et d’exemple,
soit à l’actionsante, c’est un destin providentiel. Les œuvres importantes
de l’homme, soit à
edu XIX siècle sont traversées par toutes ces préoccupations. la représentation
de sa destinée ».Ainsi, la nation s’identifiera à ces mythes, la littérature
Jean Morencyaméricaine y trouvera ses fondements et le roman, ses
figuLe Mythe américain dans
res dominantes. les fictions d’Amérique
Nuit Blanche Éditeur,1994.
Mythes fondateurs
Les mythes fondateursChaque société a besoin de représentations dans
lesquelsont les représentations
les elle peut se projeter et se reconnaître. C’est à partir de fondamentales
à travers lesquellesces modèles et de ces récits que prend forme l’imaginaire
une société naissante
collectif. L’ensemble de ces représentations constitue ce se pense et s’imagine.
Ils sont présentsqu’on appelle les mythes fondateurs d’une nation. Quels
dans les discours des
sont les mythes fondateurs qui permettent d’estimer à leur premiers intellectuels
américains : prêcheurs,juste valeur les romans américains ?
philosophes, hommes
politiques, etc.
Ils assurent une forme deLa production romanesque américaine est tellement vaste
cohésion sociale.
et diversifiée qu’il est presque impossible d’en présenter une
Extrait de la publicationimage complète. Il faut, au cœur de la multiplicité des
formes et des contenus, chercher des points de repère, des
figures emblématiques qui ont constitué un terreau dans
lequel la société américaine se reconnaît et se perpétue. Cette
matière organique a mis deux cents ans à se constituer.
L’essentiel des repères a pris forme avec les débuts de la
colonie et s’est achevé avec la révolution industrielle, vers 1850.
Il a fallu ce temps pour que la nation américaine amasse,
morceau par morceau, mythe fondateur après mythe
fondateur, ce qui allait définir son identité. La nation américaine
souhaite recommencer la civilisation. Elle voit dans la pureté
de la nature l’occasion d’implanter un nouvel Éden loin de
l’Europe corrompue. Sous l’influence de la Bible, elle se croit
investie d’un destin providentiel. Guidée par l’esprit de la
frontière, elle s’engage dans la conquête territoriale. La nation croit
en l’égalité des hommes entre eux, à la liberté et à la recherche
du bonheur. L’indépendance politique arrachée à l’Angleterre
et l’établissement d’un système démocratique unique en son genre
réalisent l’utopie d’une nation unie et homogène. Ainsi, ce qui
caractérise l’imaginaire américain, ce qui fait son «
américanité », est directement lié à son Histoire. Le foisonnement
imaginatif des récits, les innovations formelles, le caractère
résolument solitaire de certains romanciers, les thèmes
récurrents, les obsessions nationales, bref, tout est traversé
par les soubresauts de celle-ci. On ne peut pas aborder la
electure des romans américains du XX siècle sans y faire
référence. Ce qui cimente les romanciers les uns aux autres,
bien plus que leur origine raciale, leur appartenance
religieuse ou géographique, c’est l’adhésion à un passé collectif
qui ne cesse aujourd’hui de survivre comme une trace
archaïque. On comprend mieux le roman américain
contemporain lorsqu’on garde à l’esprit les mythes
fondateurs qui l’habitent.
Extrait de la publicationTout est à faire sur le nouveau continent. Il faut partir à
zéro, survivre physiquement et s’établir moralement. Dans
ces conditions, quel est le premier mythe fondateur à s’être
imposé dans l’imaginaire américain ?
Qu’ils soient venus d’Angleterre, d’Écosse ou d’ailleurs, les
premiers colons ont dû se couper de leurs racines
européennes ; ils ont dû quitter l’Ancien Monde, son mode de
vie et ses valeurs, pour tenter d’installer sur les rives d’un
nouveau continent une autre civilisation. Dans cette
perspective, la traversée océanique apparaît comme le geste
inaugural de cette naissance. L’homme nouveau issu de ce
pays s’est donc arraché aux mentalités et aux traditions
européennes. Avec cette traversée apparaît le mythe fondateur
du recommencement absolu : l’Américain est celui qui peut
(ou qui doit) recommencer sa vie à neuf. Voilà la première
obligation de l’émigré.
C’est cette première coupure que l’arrivant dut
accomplir afin de pouvoir refaire le monde. C’est par elle que le
premier jalon de la conscience américaine est apparu ; il en
a résulté une conscience divisée. Ainsi, fut d’abord Américain
celui qui n’a plus été Européen. Fut Américain tout
personnage, peu importe son origine et son statut social, qui a dû
affronter la nature sauvage, découvrant les rives du
continent aussi bien que le creux des Kaatskill, les terres fertiles
de la Pennsylvanie et les canyons, les déserts et même l’océan
Pacifique.
Les premières manifestations de l’american dream
trouvent leur origine et leur nécessité dans cette volonté
d’effacer la conscience divisée de l’Américain, de lui
fabriquer de toutes pièces une conscience que l’on pourrait dire
unifiée et qui parviendrait à masquer les autres coupures que
l’Histoire imposa à cette nation : coupure entre le colon et
Extrait de la publicationl’Amérindien du temps de l’installation ; coupure d’avec
l’Angleterre durant la guerre d’Indépendance ; coupure entre le
Blanc et le Noir depuis l’esclavagisme ; coupure entre le Nord
et le Sud après la guerre de Sécession. Ce ne sont là que les
ruptures les plus anciennes.
Voilà donc autant de « blessures symboliques » que
l’utopie du rêve américain tentera de soigner tant bien que
mal. On comprend aisément les raisons pour lesquelles ces
thèmes sont toujours présents dans les romans
contemporains. L’imaginaire américain n’a jamais pu se débarrasser
entièrement des traumatismes historiques.
Le protestantisme est omniprésent aux États-Unis. La foi
ayant été l’un des moteurs de l’entreprise coloniale,
comment l’interprétation de la Bible a-t-elle façonné le destin
américain ?
La Bible a donné un sens à ce rêve et à cette utopie. La
traversée océanique, en plus d’inaugurer la nouvelle
identité, insuffla à l’entreprise une dimension spirituelle qui
transforma les colons et les pères fondateurs en véritables
Élus. Fuyant les répressions religieuses en Angleterre, ces
exilés se métamorphosèrent en pèlerins. Ce qui allait
s’édifier sur les rives de l’Atlantique ne serait pas uniquement
Plantation une installation primitive, ce serait l’équivalent de « la
PlanC’est le terme tation du Seigneur » au milieu de laquelle renaît le jardin
à connotation biblique d’Éden. L’histoire de la colonie regorge d’analogies avec celleutilisé par les prêcheurs
puritains pour désigner du peuple élu. Dans leurs exhortations aux fidèles, les
prêl’établissement des echeurs du XVII siècle n’ont pas manqué d’appuyer sur ces
premiers colons.
similitudes. L’installation en Amérique répète celle en Terre
promise. La métaphore biblique a fait long feu et il faut voir
dans cette expérience un trait fondamental de l’Amérique
Extrait de la publicationtriomphante. Les héros justiciers (du western au récit de
guerre en passant par le roman policier ou la
science-fiction) sont des avatars de cette mentalité. La traversée du
continent est un remake de la traversée du désert et de la
fuite hors d’Égypte. Le fermier tranquille de l’Oregon ou de
la Californie est un nouvel Adam. Il est l’incarnation de la
pastorale américaine menée à bon terme.
Le territoire est immense et la nature l’occupe presque
toetalement. Au XVII siècle, les paysages américains sont
sources de rêveries littéraires et philosophiques. Le
mythe de la Pastorale se développe et domine jusqu’à la
révolution industrielle. Cette réalité a joué un rôle
capital dans la formation de l’identité américaine.
Quelles sont les caractéristiques de la « Pastorale
américaine » ?
Les terres au-delà des Appalaches et celles plus à
l’ouest, dont les limites sont encore indéfinies à
cette époque, sont des territoires que le fermier blanc
n’habite pas encore. Il rêve d’y construire sa maison,
d’y installer sa famille et d’y établir sa ferme. La
Pastorale américaine idéalise le territoire inhabité. L’Amérique Michel-Guillaume Hector
St John de Crèvecœurest perçue comme un espace champêtre, bucolique et
im(1735-1813)
mense. Elle est une terre nourricière et une parfaite
Écrivain établi commeextension du jardin d’Éden. Elle engage l’imaginaire
amérifermier près de
cain dans des représentations où l’ex-Européen retrouve New York. Ses Lettres
d’un fermier américainl’état d’innocence et recrée le paradis perdu. La Pastorale
furent très populaires
américaine est réalisable au creux de la virginité continen- et elles sont considérées
comme la première œuvretale. C’est dans les Lettres d’un fermier américain (1782), de
littéraire américaine.
Michel-Guillaume Hector St John de Crèvecœur, que le
mythe de la pastorale a été élaboré pour une des premièresfois. Pour Crèvecœur, le passé est décadent, les institutions
sont oppressantes et l’Europe est corrompue. En Amérique
par contre, la nature est pure et fertile. La nation américaine
est tournée vers l’avenir et le citoyen peut vivre librement
et en harmonie avec les éléments. Ce rapport idyllique avec
la nature entraînera le roman américain, de même que
cerTranscendantalistes taines œuvres de penseurs transcendantalistes comme
Ils regroupaient, R. W. Emerson et H. D. Thoreau, dans des rêveries
fusionvers 1840, nelles, des réflexions morales et philosophiques. Elles seronten Nouvelle-Angleterre,
des penseurs, en totale contradiction avec les notions de progrès et de
des philosophes et développement technologique, notions dominantes dans
des écrivains pour qui
ela conscience individuelle la seconde moitié du XIX siècle. De ces rêveries utopiques
était la mesure de tout. résultera donc une idéologie agrarienne. L’Amérique se
perIls proposaient une
cevant d’abord agricole, la vie idéale sera celle menée loinnouvelle relation avec
la nature qui était, des villes, en solitaire, en famille ou encore à l’intérieur de
selon eux, l’expression
petites communautés ne dépassant pas l’échelle humaine.de la présence divine.
eDurant le XVII siècle, au temps des colonies, la nature est
eun wilderness agressif et désertique. Au XVIII siècle, c’est
l’incarnation de la pastorale. C’est désormais le lieu où
s’expriment la liberté individuelle, le sens du travail et les
vertus de l’épargne, qui sont parmi les fondements majeurs
du développement du capitalisme et du protestantisme
américain.
Ainsi, entre les années 1770 et 1790, on n’imagine pas
encore comment l’industrie et la ville pourraient être
l’aveMachine dans le jardin nir de cette nation. L’Amérique se rêve sans la Machine
Paraphrase du titre dans le jardin. Elle se rêve en dehors de l’Histoire et du
du livre de Léo Marx, The
temps historique comme l’a montré Élise Marienstras dans
Machine in the Garden
(1964), texte essentiel Les Mythes fondateurs de la nation américaine (1976). La
Pasà propos de la notion torale suppose que le fermier s’y soumet, car seul cela peutde Pastorale.
lui être profitable. La technologie, le développement
industriel à proprement parler, suppose une maîtrise de la nature :
la machine soumet la nature.
Extrait de la publicationBonheurLe bonheur (ce « droit » inscrit dans le texte même de
« Nous tenonsla déclaration d’indépendance de 1776) s’acquiert dans un
ces vérités pour évidentes
rapport harmonieux avec la nature, qui est pleine d’ensei- par elles-mêmes –
que tous les hommesgnements et de connaissances cachées.
naissent égaux, que
Cette façon d’imaginer l’Amérique a traversé nombre leur Créateur les a dotés
e de certains droitsd’œuvres du XIX siècle et elle a survécu jusque chez
cerinaliénables, parmietains romanciers de la fin du XX siècle tels Rick Bass, Annie lesquels la vie, la liberté
et la rechercheDillard ou Jim Harrison.
du bonheur... »
Finalement, deux attitudes opposées et contradictoires
Déclaration
sont à l’origine du rapport que les Américains entretien- d’indépendance.
nent avec la nature. Il y a celle de l’aventurier, du
combattant, de l’ingénieux qui doivent faire leur place au
milieu du wilderness où se terrent l’Indien et les démons de
toutes sortes. De cette lutte pour la survie naîtront les
conquérants, les inventeurs, les industriels animés par une
pulsion qui les projettera vers l’Ouest, la révolution
industrielle, l’avenir et la prospérité sociale. L’autre attitude est
issue de l’utopie de la Pastorale. C’est une attitude
contemplative face à la nature. Elle ne favorise pas l’action ni la
lutte contre celle-ci. Elle créera des êtres sceptiques à l’égard
de l’idée de progrès. Les modèles oscilleront entre le
fermier idéal (reclus, isolé, autonome et libre) et le nomade
solitaire en rupture de ban avec la société, en exil dans son
propre pays et parti à la recherche d’un ultime refuge. Ces
deux attitudes contradictoires s’incarnent simultanément
chez plusieurs personnages majeurs du roman américain.
Cela constitue fréquemment leur drame profond, un drame
qui est à l’image même de celui vécu par la nation tout
entière. C’est en cela que de tels personnages deviendront
mythiques.Le développement des colonies nécessite le recul de plus
en plus marqué de la frontière sauvage. Dans ce contexte,
que représente le settlement (l’installation) en plein
wilderness (la sauvagerie) ?
Le wilderness (du vieil anglais wild-deor-ness : lieu où
habitent les bêtes) porte en lui une double signification venue
de la lecture de la Bible, comme le souligne Pierre-Yves
Pétillon dans L’Europe aux anciens parapets (1986). Cet
espace est à fois un lieu sauvage, un désert et un lieu sacré
Calling
(malgré le fait que concrètement, en Amérique, il s’agit plu-Le calling est
la connaissance de tôt de forêts !). Le traverser pour s’y installer favorise la
la mission terrestre et communication directe avec Dieu : on pourrait y vivre
personnelle que le fidèle
puritain reçoit de Dieu. l’expérience du calling. Y bâtir une habitation, c’est
édifier la Plantation du Seigneur. C’est selon cette double valeur
(profane /sacrée) que les héros coloniaux, tels ceux de
Hawthorne dans La Lettre écarlate, pensent leur rapport à la
nature. La colonie puritaine de Salem, comme celle de
Plymouth, s’édifie sur ces bases.
La dimension profane du wilderness favorisera
l’apparition de personnages, comme ceux issus de l’œuvre de James
James Fenimore Cooper Fenimore Cooper, enfoncés de façon presque païenne dans
(1789-1851) cette nature sauvage afin d’y retrouver, non pas l’homme
Écrivain reconnu nouveau imaginé par les puritains, mais bien plutôt l’hommepour ses romans
Le Dernier des Mohicans primitif rêvé au siècle des Lumières. À la corruption de
l’an(1826), La Pairie (1827) et cien monde, les puritains opposent les colonies sédentaires
Le Tueur de daims (1841).
On y voit un Blanc, réfugiées dans leur Plantation ; tandis qu’à cette même
corsurnommé ruption, les esprits éclairés d’Amérique et d’Europe
propo« Œil-de-Faucon »,
saient le modèle du « bon sauvage ». C’était évidemmentvivre selon les mœurs
amérindiennes. deux façons contradictoires de retrouver l’innocence perdue.
Gravure d’après Le nomade blanc qui faisait siennes les mœurs
amérinune photographie
diennes, jusqu’à parfois épouser une Indienne, transgressaitde Matthew Brady,
vers 1850. un tabou profondément ancré dans la morale protestante.
Extrait de la publicationLe settlement a eu pour effet premier d’unir l’homme à Dieu,
mais il a eu aussi celui de séparer pour longtemps l’homme
blanc du « peau-rouge ». Une mythologie et un rapport à
l’autre se sont construits sur cette exclusion.
Le sens de l’initiative et le désir d’entreprendre liés à l’esprit
puritain et à un haut sens moral ont contribué au
développement des États-Unis. Dans cette perspective, comment
le puritanisme a-t-il marqué l’imaginaire américain ?
La morale austère du protestantisme américain est
indissociable de son imaginaire. Elle suppose que l’être humain
est une créature prédestinée, que son destin a été tracé par
Dieu et qu’il lui incombe de réaliser ce destin en menant
une vie consacrée au travail et au Bien. Le fidèle puritain
cherche sa vie durant à obtenir la grâce de Dieu et, ainsi, à
être sauvé. La pensée puritaine sous-entend qu’il est possible
à l’homme d’entrer en relation avec Dieu sans la présence
d’un clergé. Chacun lit la Bible et l’applique à sa vie.
Le puritanisme est empreint d’un fort sentiment de
culpabilité qui se traduira par une attitude de refoulement
face à la sexualité, à la femme et au corps en général. Il ne
faut pas oublier que le Mal peut aussi être en soi et que le
fidèle se doit de guetter. Si on le trouve, on doit bien sûr
s’en confesser. À l’époque coloniale, tenir son journal intime,
écrire de la poésie, proclamer publiquement sa faute ou
Jérémiadecharger le pasteur de le faire à sa place pouvaient tenir lieu
eElle était, au XVII siècle,de confession. Aujourd’hui, la confession publique prend
une forme d’exhortation
plutôt la forme de révélations intimes et surprenantes publique pratiquée par les
pasteurs puritainsdans des talk-show télévisés ou la forme de longues
jéréet assurait une formemiades (confessions de toutes natures) dans divers romans de consensus social
contemporains (allant de l’autofiction à la complaint). et moral.Mais malgré tout cela, comment peut-on racheter sa faute,
comment savoir si l’on est un Élu ? En cherchant les
signes de la volonté divine dans sa propre vie, même la plus
banale. Le puritain étant un décodeur de signes, il pourra
voir dans l’enrichissement et la prospérité économique un
signe de l’élection divine. C’est là un des aspects de la thèse
Max Weber exposée par Max Weber dans L’Éthique protestante et l’Esprit
(1864-1920) du capitalisme (1964). Mais puisque cette morale apprend
Dans son essai,
aussi au fidèle à se méfier des plaisirs des sens, une cer-le sociologue allemand
développe la théorie taine retenue sera de rigueur. Des vestiges de l’esprit
selon laquelle puritain sont toujours présents dans la production roma-la morale puritaine
calviniste serait nesque actuelle.
un des fondements
du capitalisme.
La nation américaine ne pouvait pas se développer sans
expansion territoriale. Il s’agissait d’une nécessité. Au fil du
temps, cette expansion a acquis une valeur symbolique
différente de celle du jardin d’Éden. Comment l’esprit de la
econquête se traduit-il dans les romans du début du XIX siècle ?
Il existe deux modes d’occupation de l’espace continental,
le nomadisme et la sédentarité. C’est du premier que sont
nées les représentations les plus fortes du conquérant et de
l’aventurier. L’« esprit de la conquête » ou, dit autrement,
la pulsion vers l’Ouest, a produit un type romanesque
particulier : celui de l’homme de la frontière.
L’homme nouveau et la femme nouvelle,
individualistes, libres, démocrates et bénis de Dieu, sont ceux qui
repoussent les limites du monde civilisé et qui, s’enfonçant
dans les ténèbres du wilderness, apporteront la civilisation
jusqu’au Pacifique. Ces nomades qui ne laissent presque pas
de traces de leur passages (maison, terre, femme, enfants,
industrie, argent, etc.) survivent dans la mémoire collective.
Extrait de la publicationCes héros-pionniers s’incarneront aussi bien dans le roman
Pionniers (1913), de Willa Cather, que dans Les Raisins de la
colère (1939), de John Steinbeck.
En 1893, l’historien Frederick Jackson Turner rend
public son essai devenu célèbre : The Significance of Frontier
in American History. Selon lui, la dynamique de la
conquête expliquerait plusieurs des caractéristiques de la
psychologie américaine, son matérialisme et sa
débrouillarWilla Catherdise, entre autres. Le développement géopolitique
(1876-1947)justifierait l’importance de cette idée dans la lutte
révoluSon œuvre s’intéresse
tionnaire du pays. Cette théorie a trouvé ses détracteurs, principalement
à l’établissement,car elle n’éclaire pas tout, mais elle permet de comprendre
dans l’Ouest américain,le roman américain à travers une volonté fondamentale d’émigrants venus
de conquête. d’Europe à la fin
edu XIX siècle.
Photo : Université du
Nebraska, à Lincoln.
La formation d’une identité nationale est tributaire de
facteurs de tous ordres : géographiques, sociaux, religieux,
etc. Quelle est l’importance de la Révolution dans la
formation de l’identité américaine ?
Se percevoir comme un insurgé qui se révolte à bon droit
contre l’injustice et l’iniquité dont la métropole (Londres)
fait preuve à l’égard de ses colonies, voilà un jalon de plus
dans la formation de la conscience nationale. L’idée de
rompre avec la mère patrie a pris un certain temps à faire
eson chemin. Au milieu du XVIII siècle, les colonies
jouissent d’une certaine prospérité, l’esclavagisme étant la clé
de voûte de leur économie. L’agriculture et l’industrie
étaient efficaces et la pêche à la baleine se développait
rapidement. Le commerce avec la mère partie allait bon train
et la guerre que se livraient la France et l’Angleterre n’avait
pas encore d’effets sur l’économie coloniale.Les premiers mécontentements se firent sentir vers 1770.
Les coffres de la métropole ayant été vidés par les dépenses
militaires, Londres accumulait les acts qui imposaient aux
colonies de nouvelles et fortes taxes : 1764 : loi sur le sucre ;
1765 : loi sur le droit de timbre ; 1773 : loi sur
le thé. Cette loi taxait toute cargaison de thé
importée en Angleterre. La Compagnie des
Indes orientales, qui se trouvait dans de
graves difficultés financières, faisait pression sur
le gouvernement londonien. Elle fut
finalement autorisée par le Parlement à se soustraire
à cette nouvelle taxe. La grogne se fit sentir
aux colonies et, le 16 décembre 1773, à Boston,
des manifestants montèrent à bord de trois
navires de la Compagnie des Indes orientales
et jetèrent la cargaison entière dans les eaux
du port. Ce fut le Boston tea party. Beaucoup
ont vu dans ce geste la première
manifestation de l’esprit de la révolution. Suivront trois
années de turbulences et d’instabilité. En 1775,
des incidents ont lieu à Concord et Georges
Washington est nommé chef des troupesThomas Paine
continentales. En janvier 1776, Thomas Paine publie LeJournaliste et homme
politique né en Angleterre Sens commun. Cet essai est déterminant dans l’évolution des
en 1737 et mort à
idées révolutionnaires. Paine y affirme entre autres que « l’in-New York en 1809.
Il a rédigé de nombreux térêt de l’Amérique est qu’elle soit séparée de l’Angleterre ».
essais et pamphlets
Le texte n’est ni un pamphlet ni un manifeste. C’est unes’attaquant au système
monarchique, dont étude raisonnée, chiffres à l’appui, qui expose la nécessité
le plus célèbre est
dans laquelle se trouve l’Amérique de se couper de l’Angle-Common Sense (1776).
terre. Pour Paine, l’indépendance s’accomplira par un desCi-dessus, couverture
de l’édition québécoise trois procédés suivants : « la voix du peuple s’exprimant
du Sens commun.
dans le cadre légal du Congrès, la puissance militaire ouLes Cahiers du Septentrion
o(n 4, 1984). l’émeute ». Ses propos seront entendus et quelques moisLE ROMAN AMÉRICAIN EN QUESTION
est le deuxième titre de cette collection
Extrait de la publicationExtrait de la publication