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Le Traitement de l’image du roi dans Guardar y Guardarse de Lope de Vega y Carpio par la mise en scène, les procédés littéraires et la versification

De
74 pages

Guardar y Guardarse, publication posthume de Lope de Vega, met en scène, sur un fond historique de Reconquête, les désirs amoureux d’un roi d’Aragon face aux exigences de sa fonction. Écrite en un Siècle d’or qui voit la consolidation de la monarchie absolue avec Philippe IV, le Grand, le Roi-Planète, cette comedia permet une approche de la représentation de la figure royale, montrant des monarques tour à tour souverains, amoureux, intransigeants ou indulgents, tentant de concilier leurs désirs typiquement humains et le devoir dû à leur fonction d’essence divine. Dans un but à la fois didactique et ludique, le phénix, le monstre de la nature, nous offre le tableau de la maîtrise de son art dramatique et de son art de la rhétorique au service de la représentation de l’image du roi.


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ISBN numérique : 978-2-334-23927-1

 

© Edilivre, 2017

Remerciements

J’adresse mes remerciements les plus sincères à ma directrice de mémoire, Madame Sylvie Thuret pour ses précieuses orientations et ses impressions éclairantes. Merci aussi à l’ensemble des étudiants de la section “Études hispaniques et hispano-américaines” de l’EAD de l’Université Paul Valéry de Montpellier III pour leur soutien tout au long de cette année de préparation. Enfin, toute ma reconnaissance et mon admiration vont à mon mari, Alain Doreau dont la patience sans limites et les encouragements permanents m’ont permis de mener à terme ce travail.

Sommaire

Guardar y Guardarse, publication posthume de Lope de Vega, met en scène, sur un fond historique de Reconquête, les désirs amoureux d’un roi d’Aragon face aux exigences de sa fonction. Écrite en un Siècle d’Or qui voit la consolidation de la monarchie absolue avec Philippe IV, le Grand, le Roi-Planète, cette comedia permet une approche de la représentation de la figure royale, montrant des monarques tour à tour souverains, amoureux, intransigeants ou indulgents, tentant de concilier leurs désirs typiquement humains et le devoir dû à leur fonction d’essence divine. Dans un but à la fois didactique et ludique, le Phénix, le Monstre de la nature, nous offre le tableau de la maîtrise de son art dramatique et de son art de la rhétorique au service de la représentation de l’image du Roi.

Mots clés : Théâtre (genre littéraire) espagnol

1500-1700 (période classique)

Vega, Lope de (1562-1635)

Siècle d’Or

Comedia

I
Introduction

“A la muerte de Felipe II en 1598 vuelve a plantearse uno de los temas que más habían preocupado a artistas, panegiristas y miembros de la corte, el de la representación de una imagen del Rey, que fuera, no tanto un trasunto de su persona física, como de la institución que representaba : la Monarquía Católica.”

CHECA CREMADES, Fernando1

Suivant cette préoccupation du moment, Fray Alonso de Cabrera propose dans un de ses sermons2, à Madrid en 1598, une profonde réflexion à propos de ce que doit montrer l’image de sa “Royale majesté”, tant sur les tableaux que dans les textes. Et pour atteindre ce but, représenter la personne royale d’une manière particulière, il suggère de se servir des nombreux artifices de la rhétorique.

Teresa Ferrer Valls, quant à elle, se référant auPrólogo al Lectorde laParte XIV,écrit que “[u]no de los argumentos más utilizados por parte de Lope de Vega en defensa del teatro en general, y de su teatro en particular, se fundaba en las posibilidades que el teatro ofrecía de mostrar de manera abreviada y sintética, como la pintura, los hechos históricos3. Lope de Vega, donc, et suivant en cela le mouvement proposé par Fray Alonso de Cabrera, utilise souvent comme toile de fond de ses comédies des faits historiques, montrant une ingéniosité particulière dans l’usage des moyens littéraires pour représenter les personnages de ses comedias4.

Cependant “le Phénix, le monstre de la nature5n’est pas un historien, mais un écrivain, bien qu’il ait souvent essayé au cours de sa vie de devenir chroniqueur du roi. C’est pour cela que certaines de ses comédies se déroulant à la Cour ou en présence d’un roi ne sont pas réellement historiques ou généalogiques. C’est le cas notamment d’une œuvre publiée dans laParte XXIV, Guardar y Guardarse, dont la trame ne correspond pas toujours à des faits réels bien qu’elle s’appuie sur des faits historiques importants pour l’histoire de l’Espagne, notamment laReconquista, d’importance capitale pour la construction et l’unité d’une nation en devenir, regroupée autour de la figure royale et de l’idée qu’on doit se faire de la monarchie. C’est en cela que cette œuvreGuardar y Guardarsem’intéresse : bien que ce ne soit pas une comédie historique, je me propose de rechercher comment Lope de Vega y représente la figure royale, et quels moyens littéraires utilise l’auteur deArte Nuevo de hacer comediaspour faire en sorte que les spectateurs soient sensibles à son point de vue6. Les techniques littéraires sont d’autant plus importantes à rechercher que le dramaturge dit de lui-même, dans l’Égloga a Claudio7, qu’il est un précurseur en ce qui concerne la peinture des différents personnages de théâtre8. De nombreux passages de Guardar y Guardarse décrivent la vie du roi à la cour, ses attitudes, sa personnalité. C’est sur ces parties que je me pencherai plus attentivement, afin de mieux percevoir la manière qu’a l’auteur de représenter le roi, et de voir comment il organise son œuvre pour que nous puissions comprendre sa pensée et être sensible à ce qu’il veut nous montrer. Il faut également remarquer que ce qu’il va exposer correspond à ce que le pouvoir semble attendre de lui, « [p]ouvoir (…) [qui] ne répugne pas à la représentation pour mieux s’affirmer et se faire reconnaître »9, pouvoir que représente le Roi dont l’absolutisme s’imposera de plus en plus au cours de ce siècle d’Or.

Dans un premier temps je résumerai l’œuvre, la Comedia famosa Guardar y Guardarse, la plaçant dans son contexte pseudo-historique, et dans le contexte historique réel du temps de Lope de Vega. Puis je me proposerai de relever les principaux traits de caractère des rois mis en évidence dans ses relations avec les femmes, le clergé et les hidalgos, les fonctionnaires, les graciosos. Je chercherai comment est présentée leur fonction, quel rôle joue la figure royale, comme autorité publique majeure, mais aussi comme personne humaine, en m’attachant au conflit qui apparaît entre “devoir royal” et plaisir personnel. Enfin je tenterai de savoir comment tout ceci est mis en valeur dans le discours théâtral, par la mise en scène, l’espace et le temps, par la structuration en actes et en tableaux, par les moyens littéraires, et par la versification.


1. Fernando Checa Cremades,Felipe II en el Escorial : la representación del poder real,inAnales de Historia del Artenº 1, pp. 121-140.

2. Fray Alonso de Cabrera,Sermon que predico el padre maestro fray Alonso Cabrera…, a las honras de nuestro Señor el serenissimo y Catolico Rey Filipo segundo que esta en el cielo, que hizola Villa de Madrid en santo Domingo el Real vltimo de Otubre 1598,p. 14.

3. Teresa Ferrer Valls,El juego del poder : los dramas de la privanza Seminario Internacional Modelos de vida en la España del Siglo de Oro. I. El noble, 1.El juego del poder, pp. 15-30.

4. Lope de Vega connaît en effet particulièrement l’histoire en général, et tout ce qui concerne la noblesse. Pour louer le mérite de quelques dynasties des plus prestigieuses, il écrit une quantité impressionnante d’œuvres, parfois sur commande, souvent avec une intention politique, pour obtenir les faveurs de la Cour. Marcella Trambaioli en donne de nombreux exemples dans son article Lope de Vega y la casa de Moncada et cite Thomas Case qui note : “No cabe duda que Lope buscaba el favor de gran número de estos nobles y administradores influyentes para reivindicar su reputación en esos círculos”.

5. Miguel de Cervantes, “Prólogo al lector” en Ocho comedias y ocho entremeses nuevos nunca representados, 1615.

6. Longtemps Lope de Vega, qui aurait aimé devenir chroniqueur royal, a utilisé dans ce but, entre autre, l’écriture et la représentation de ses comedias. Par exemple dans El premio de la hermosura il sollicitera ce poste par l’intermédiaire d’un des personnages, le jardinier Fabio. C’est pour cela qu’il me paraît intéressant de mettre en parallèle les faits historiques réels avec sa façon de représenter la figure royale, ainsi que le contexte historique fictif de Guardar y Guardarse.

7. Dans l’analyse de trois strophes de Égloga a Claudio, au cours d’une étude sur le vocabulaire de Lope de Vega, Léontine Salembien souligne que l’auteur se considère innovateur dans la manière de ‘‘peindre les sentiments, surtout l’héroïsme et l’amour, les mœurs de la Cour et les caractères’’, Bulletin Hispanique, tome 34, nº 2, 1932, p.100.

8. Extrait :Pintar las armas del armado Aquiles/ Guardar a los palacios el decoro/ Iluminados de or/ Y de lisonjas viles/ La furia del amante sin consejo/ La hermosa dama, el sentencioso viejo./¿A quién se debe, Claudio ? Y ¿ a quién tantas/ De celos y de amor definiciones ? / A quién exclamaciones ? / A quién figuras, cuantas/ Retóricas inventó ? Que en esta parte/ Es hoy imitación lo que hizo el arte. Egloga a Claudio, B. A. E., t. XXXVIII, p. 434.

9. Jean-Pierre Étienvre, Pour Une Histoire De La Métaphore Politique, in Introduction de Littérature Et Politique En Espagne Aux Siècles D’or, Colloque International sous la direction de Jean-Pierre Étienvre, Klincksieck, 1998, page 12.

II
Lope de Vega

“En seis días de diciembre de mil quinientos y sesenta y dos años, el muy reverendo señor Licenciado Muñoz bautizó a Lope, hijo de Féliz de Vega y de Francisca su mujer. Compadre mayor, Antonio Gómez ; madrina, su mujer (Luisa Ramírez)1.

Licenciado Muñoz

Alors que le théâtre est en train de devenir un phénomène culturel de masse, ce qui lui donne une importance nouvelle parce qu’il s’érige en moyen de propagande pour le régime monarchique, Lope de Vega remet en cause ses normes traditionnelles et, avec son œuvre « el arte nuevo de hacer comedias en ese tiempo » qui expose ses idées nouvelles, il est le fondateur de la « Comedia Nueva ».

Miguel de Cervantes dans son “Prólogo al lector” en Ocho comedias y ocho entremeses nuevos nunca representados, en 1615, surnomme Lope de Vega “le Phénix, le monstre de la nature2.On le connaît aussi commeFénix de los ingenios, et on le décrit comme un écrivain génial et brillant. Par l’importance de ses écrits, son étendue, il est l’un des écrivains majeurs du Siècle d’Or español, l’un des plus prolifiques de la littérature mondiale : on dit qu’il a écrit plus de 1700 comedias, et des milliers de sonnets, épopées, drames religieux, intermèdes.

Chez Lope de Vega le travail de l’écrivain et sa propre vie vont de pair. Sa façon de vivre, parfois inconvenante, certains excès dans son écriture, lui valent des condamnations et des exils. Sa vie est une succession d’aventures, principalement sentimentales et affectives3. Ces péripéties sont présentes dans son œuvre dont les textes traduisent les différents états de sa propre situation sociale et spirituelle. Très souvent dans ses comedias, il se montre lui-même à travers un personnage littéraire, évoluant suivant les aléas de sa vie.

Comme tous les écrivains du Siècle d’Or espagnol, il entretient des relations avec les nobles qui les emploient, les protègent et les utilisent4, afin de faire connaître les faits glorieux de leur famille. Ce phénomène de mécénat, qui n’est pas nouveau mais qui connaît son apogée à cette époque, est important pour comprendre l’analyse entreprise ici : mettre en scène un puissant, en l’occurence un roi, permet de vivre de son art, et donc engage à nuancer la présentation qu’en fait l’auteur.

Lope meurt le 27 août 1635. La majorité des espagnols le pleure, à tel point qu’une foule immense se rend à l’enterrement et que ce sont presque deux cents auteurs qui écrivent ses louanges qu’ils publient à Madrid et à Venise, louanges qui participent à la naissance d’un mythe en qualifiant de “digne de Lope” toute chose et tout sujet particulièrement excellents.


1. Ceci est l’acte de baptême de Lope de Vega, fait en la paroisse de San Miguel de los Octoes, difusé par Carlos Mata Induráin dans son blog de littérature “Insula Barañaria”, consulté le 7-12-2014.

2. page 2, paragraphe 5, ligne 6 de Ocho comedias y ocho entremeses nuevos, nunca representados / Miguel de Cervantes Saavedra ; edición de Florencio Sevilla Arroyo, Biblioteca Virtual Miguel de Cervantes, URL : http://www.cervantesvirtual.com/obra-visor/ocho-comedias-y-ocho-entremeses-nuevos-nunca-representados-0/html/ff32b9ea-82b1-11df-acc7-002185ce6064_2.html–consulté le 6-12014.

3. “Sin embargo, fue una vida sedentaria, pobre en acontecimientos externos. Lope no salió nunca de la Península, exceptuando su participación en una expedición a las Azores y su discutido enrolamiento en « La Invencible ». Lope fue un aventurero íntimo. Biblioteca virtual Miguel de Cervantes, Biblioteca de autor URL :http://www.cervantesvirtual.com/bib/bib_autor/Lope/a_biografico.shtml – consulté le 7-12-2014.

4. “emplea (n) a escritores para su mayor lustre y gloria, los protegen y utilizan.Vida y obra de Lope de Vegade Ignacio Arellano y Carlos Mata, p. 169.

III
L’Espagne de lope de Vega

“No se podría entender la figura regia sin la aparición de las monarquías absolutistas europeas, y en concreto con la aparición en España de la monarquía de corte absolutista de los Austrias”.

En accord avec cette déclaration de Pablo Rodriguez Medina1 se référant à Noël Salomon, il me semble intéressant d’exposer rapidement le contexte historique dans lequel vivait Lope de Vega, parce que ce contexte historique peut, d’une certaine manière, aider à la compréhension de la comedia Guardar y Guardarse.

Lope de Vega (1562-1635), a vécu à cheval entre deux siècles sous les règnes de trois monarques2. Dans l’Espagne impériale, la monarchie absolue intensifie le processus de centralisation du pouvoir. Ce pouvoir vient de Dieu puisque le roi est son représentant sur terre. Tous ses sujets lui doivent une obéissance absolue. Par contre, lui n’a pas à respecter la loi, et il n’a de compte à rendre qu’à Dieu lui-même. Il faut noter alors l’apparition d’une sorte de “mythe théâtral” du roi : ses sujets attendent de leur monarque, d’un bon monarque, qu’il corresponde à certains traits caractéristiques. Ses vertus idéalisées doivent être parfaites, il doit aimer ses sujets comme un père, et il est responsable de l’ordre social, suivant en cela la volonté de Dieu. Il est le centre de la vie sociale. C’est ce qui explique que les aspects principaux que présente le thème monarchique de Lope de Vega soient basés sur l’idéologie monarchique qui s’est élaborée au cours de l’histoire et qui détermine encore l’œuvre de gouvernement des rois de son temps.


1. In “La Ratonera, Revista Asturiana de Teatro” nº 8, consulté le 8/05/2003.

2. Celui de Philippe II...