Les astics matent

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Quand je l'ai rencontrée la première fois, elle n'était pas encore sortie de la dépression causée par l'arrestation et l'incarcération de son fils, elle m'avait signifié, avec des termes crus, tout le mépris qu'elle vouait à la prison et aux petites gens qui fréquentaient la prison. Elle dit avoir déployé tous les efforts pour échapper aux cas sos, c'est ainsi qu'elle qualifie tous les marginaux. Par la faute de ce fils elle se voit renvoyée à cette image qu'elle a toujours cherché à fuir. Elle vit la détention de son fils comme un camouflet tous les jours répété, une offense permanente à sa dignité.
Publié le : vendredi 17 juin 2011
Lecture(s) : 393
EAN13 : 9782748198768
Nombre de pages : 197
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Les astics matent
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Zahia Draperi
Les astics matent
L'apprentissage de la coiffure sur la tête des orphelins
Roman
5 Éditions Le Manuscrit
© Éditions Le Manuscrit, 2007 www.manuscrit.com ISBN : 2-7481-9876-X (livre imprimé) ISBN 13 : 9782748198768 (livre imprimé) ISBN : 2-7481-9877-8 (livre numérique) ISBN 13 : 9782748198775 (livre numérique)
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. On cherche non pas à découvrir la vérité mais à prouver une hypothèse. On néglige tout ce qui la condamne, on ne voit que ce qui la sert. Claude Bernard
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LES AFFINITÉS SUSPECTES
Ce mercredi matin, la lune encore accrochée à un ciel gris et bas, je me suis réveillée avec un regard nouveau sur les choses qui m’entourent. Mes yeux, dès l’aube, s’écarquillèrent et se fixèrent sur chaque chose, sans ciller, comme si je les voyais pour la première fois. C’est bizarre. Tel un automate, je me suis extraite du lit. J’ai posé mes pieds sur les chaussons, sans les chausser, et je suis restée là debout à regarder le petit rectangle de ciel gris. Les volets de ma chambre sont toujours ouverts. Le rideau est placé à mi-hauteur pour que je puisse voir le ciel quel que soit le temps et la saison. Bon, il y a le principe de réalité qui, qu’on le veuille ou pas, est là ; aucun super effort, aucune bonne volonté ne peut l’anéantir, seule la folie peut nous en éloigner et c’est en cela que la folie est parfois salvatrice. Au bout de quelques secondes, j’ai compris que j’étais trop lucide pour être folle, j’ai baissé les yeux sur mes pieds qui me souriaient. J’ai dit bonjour. Bonjour à moi-même, à la chambre, au ciel et à mes pieds
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Les astics matent
qui souriaient toujours. Parfois à trop sourire on devient cynique, pour éviter toute provocation, je les ai glissés dans mes chaussons et leur imposa à eux aussi le principe de réalité qu’accentua une voix sortie du radio-réveil. Pègre, Péché, Pénitence, Peine, Perfidie, Perversion, Perquisition, Pessimisme, Persécu-tion, des pets successifs se déclenchèrent et répandirent leur pestilence. Qu’importe ! C’est le jour où je vais voir Alain. La gare de Survilliers-Fosses, en région parisienne, se trouve à mi-parcours du centre pénitentiaire, c’est là que j’attends Akila qui me récupère en voiture pour la suite du trajet. Le temps est maussade, il crachote aussi. Je me suis assise sous un des nombreux abris bus, à la sortie de la gare, face au bar tabac PMU, seul commerce visible dans le coin, il me sert de refuge quand l’impatience me fait arriver trop tôt. En attendant Akila, je lis méthodiquement les rubriques de mon canard enchaîné, je lève de temps en temps les yeux pour guetter son arrivée. Elle a une Renault grise. Voilà plus d’un an que nous nous rendons ensemble au centre pénitentiaire, une relation saine et amicale est née pour cette dame qui vient voir son fils incarcéré. Il est en prison depuis près de deux ans pour avoir, avec une bande de copains, agressé un commerçant, il n’est pas encore jugé
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