Les Clowns. Le dictateur et l'artiste

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" Sur les murs du cirque totalitaire, les portraits du Grand Clown grimaçaient, victorieux, à l'adresse de l'Auguste, solitaire. "


Face à la puissance du dictateur, face aux redoutables moyens de manipulation et de déformation des tyrannies, l'artiste se sent bien seul, quand il tente de révéler ou réhabiliter la vérité. Il est vite broyé, à moins d'inventer des ruses, comme l'opacité et la duplicité.


Norman Manea dépeint la Roumanie des années 80, dans le cirque infernal du Grand Clown des Carpates, Ceau¿escu, entre tragédie et comédie. Il revisite aussi certains pans obscurs de la mémoire roumaine, en particulier le passé sulfureux de Mircea Eliade, quand il était un fervent adepte de la Garde de fer, mouvement d'extrême droite, nationaliste et antisémite.


Ces textes, courageux, ont parfois suscité de vives polémiques. Ils sont d'une brûlante actualité, dans une époque où les clowns sont de nouveau nombreux sur la scène.




Traduit du roumain par Marily Le Nir et Odile Serre


Publié le : jeudi 25 juillet 2013
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EAN13 : 9782021126129
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LES CLOWNS : LE DICTATEUR ET L’ARTISTE
D U M Ê M E A U T E U R
Le Boneur obligatoire Albin Michel, 1991 et coll. « Points » n° P1536
Le Retour du ooligan une vie Seuil, 2006 (Prix Médicis étranger, 2006) et coll. « Points » n° P1748
L’Heure exacte (nouvelle édition duhé de Proust, Albin Michel, 1990) Seuil, 2007
L’Enveloppe noire Seuil, 2009
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Fi c t i o n & C i e
Norman Manea
L E S C L OW N S : L E D I C TAT E U R E T L’ A RT I S T E
e s s a i
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Seuil e 25, bd Romain-Rolland, Paris XIV
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c o l l e c t i o n « Fiction & Cie » f o n d é e p a r D e n i s R o c  e d i r i g é e p a r B e r n a r d C o m m e n t
L’auteur et l’éditeur remercient Odile Serre de sa précieuse contribution à l’édition de ce livre.
 o u v r a g e t r a d u i t e t p u b l i é av e c l e c o n c o u r s d e l’ i n s t i t u t c u lt u r e l r o u m a i n d e b u c a r e s t
Titre original :Despre clovni : dictatorul i artistul Éditeur original : Editura Polirom  original : 973-681-964-7 © original : Norman Manea, 1992 All rights reserved
 978-2-02-112611-2
© Éditions du Seuil, octobre 2009, pour la traduction française
Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
fictionetcie.com www.editionduseuil.fr
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« Je ne suis qu’un clown irlandais, dit-il, a great joker at te universe. » Jacques Mercanton Les Heures de James Joyce*
* ©L’Aire, 1988, p. 60.
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Note de l’auteur (pour la première édition, Grove Press, New York, 1992)
En arrivant en Occident, il y a quelques années, j’ai res-senti l’urgence de décrire la vie sous la dictature roumaine – il fallait, surtout, tirer des enseignements de ce genre d’expé-rience. Mais je répugnais à contribuer aux clicés d’une souf-france déjà classifiée et commercialisée dans le répertoire de la dissidence est-européenne. La société totalitaire d’où je venais, avec ses extraordinaires mises en scène, n’était pas une aberration irréelle, diabolique – ce que le public occidental aurait préféré croire –, mais une réalité umaine susceptible de renaître un jour, sous d’autres formes, comme idéologie ou même comme structure sociale. Mais j’étais disposé, au début de mon exil, à discuter tout particulièrement de la relation entre l’écrivain, le Pouvoir et les masses opprimées, pas si innocentes que cela. Et, naturellement, de la relation entre l’écrivain et sa propre vulnérabilité. Dans tout système politique faisant une arme de la culture (couvrant l’artiste de punitions ou de privilèges excessifs), l’écrivain est sans cesse confronté à des pièges destinés à le compromettre, à détruire petit à petit son intégrité, et donc son identité. Il doit surtout apprendre à se protéger des pièges mentaux, des visions simplistes, non seulement à l’intérieur des systèmes totalitaires, mais où que ce soit. Ce qui parfois ressemble à une polarité élémentaire pourrait bien être une
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        simple complémentarité. Nombre d’antifascistes ont étécommunistes, comme on sait ; assez fréquemment, les adver-saires d’un système totalitaire (fascisme, communisme, fon-damentalisme religieux) se font, consciemment ou non, les avocats d’un autre totalitarisme. L’autentique esprit libéral de la démocratie n’est pas seulement opposé au totalitarisme ; il lui est étranger et se situe, de par sa nature même, au-dessus des polarités. M’efforçant depuis toujours de déjouer ces pièges, je suis devenu de plus en plus sceptique face au kitsc politique et méfiant devant ses étiquettes manipulatrices. Les masques communistes sont tombés des visages défigurés et las de mil-lions de captifs en Europe de l’Est, plongés dorénavant dans la longue et douloureuse transition vers une société civile, et pourtant mon scepticisme et ma méfiance n’ont pas baissé la garde. Sur l’autre rive, la société libre avait l’air tout à fait satis-faite, vengée par sa victoire ; elle considérait que l’effondrement de la partie adverse la légitimait, et se gardait de toute auto-analyse.Outsiderdans les deux systèmes, je ne pouvais ignorer la double ironie de cette situation. Les premières années d’exil, dans ce passage compliqué d’une rive à l’autre du monde, guère différent d’un saut dans le vide, bien des questions se sont accumulées. Il ne s’agit pas seulement d’un coc linguistique. On conçoit aisément pourquoi un certain temps s’écoule abituellement avant que l’exilé puisse se remettre à écrire, ou pourquoi l’écriture est intermittente dans l’exil. Je n’ai donc été capable, jusqu’ici, d’aborder que quelques-uns des sujets qui m’obsèdent. Les textes de ce recueil, soumis à une certaine rétorique dialec-tique, journalistique, s’attacent tous à la relation entre l’écrivain, l’idéologie et la société totalitaire, dans un pays où la tradition politique fut loin d’être admirable et où la dictature des dernières

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