Les fous m'ont évangélisé

De
Publié par

En considérant la folie comme une maladie et non plus comme une déshumanisation, les malades mentaux sont restaurés dans leur dignité humaine, puisque la folie, comme tout autre maladie, ne supprime pas la dignité humaine. On n’est pas moins homme et on ne cesse pas d’être homme parce qu’on est malade. Aucune maladie ne devrait faire perdre à l’homme son caractère spécifique, sa nature propre. La maladie installe l’être humain dans un état de faiblesse et de fragilité certaine. Il est un devoir sacré de protéger ceux qui sont fragiles. Les malades ou les fous ne pouvant plus protéger et défendre leur dignité par eux-mêmes, il appartient désormais aux bien-portants d’assumer cette responsabilité pour que ces malades mentaux ne se sentent ni rejetés, ni exclus, ni dépouillés de leur humanité.


Publié le : vendredi 25 mars 2016
Lecture(s) : 0
Tags :
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782332919502
Nombre de pages : 82
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

Couverture

Image couverture

Copyright

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-91948-9

 

© Edilivre, 2016

Dédicace

Je dédie ces pages à vous tous

qui avez un jour eu compassion

d’un seul d’entre tous ces nombreux « fous »

ou malades mentaux

qui étalent la misère de notre monde

sur les terre-pleins de nos cités.

Ces pages sont aussi l’expression

des accents de mon cœur

mais surtout

la formulation, certainement imparfaite,

de ma prière au Dieu de Miséricorde

pour le repos des âmes de tous les « fous »

morts sous le regard indifférent des bien-portants.

 

 

 

Celui qui dira « fou » à son frère sera passible de la géhenne de feu » (Mt 5, 22).

Je fais le rêve

qu’un jour notre société créera des espaces

où les « fous » pourront être accueillis

et pourront dormir à l’abri du soleil strident

et des fraîcheurs nocturnes de la saison sèche

ou des pluies diluviennes de la longue saison des pluies.

Image 1

Préface

Folie… ou maladie mentale ? Comment considérer la folie ? Dans certaines sociétés la folie a été souvent considérée comme une perte de la raison. Ce qui est une chose très grave, puisque l’homme ou plus exactement la personne humaine est définie comme un animal raisonnable. Si c’est la raison qui fait la différence spécifique entre l’homme et l’animal, c’est aussi ce qui fait sa dignité propre. Ainsi, celui qui est devenu fou a perdu la raison. Et s’il a perdu la raison on peut dire qu’il a perdu ce qui fait de lui un être humain : sa dignité humaine. Cette conclusion est devenue inacceptable. Et puisque les habitudes ont la vie dure, la société a commencé ou même a changé de langage. Au lieu de parler de folie, on y parle plutôt, et de plus en plus, de maladie mentale. Ce changement de langage correspond en effet à un changement du regard et de la conception que l’on se fait de ces personnes. Ainsi, en parlant de « maladie mentale », on considère la folie comme les autres maladies. Autrement dit, la folie n’est pas une perte de la raison mais un trouble de la raison. Dire que la raison est troublée c’est reconnaître qu’elle n’est pas perdue et qu’elle est toujours présente, bien qu’elle ne fonctionne plus selon les normes de la société. De fait, le malade mental fait de temps en temps un bon usage de la raison. Il prend même conscience que la raison est troublée. Ce qui est la preuve qu’il est une personne humaine pouvant apprécier le normal et le pathologique.

En considérant la folie comme une maladie et non plus comme une déshumanisation, les personnes victimes de cette maladie sont restaurées dans leur dignité humaine. En effet, la folie comme toute autre maladie ne supprime pas la dignité humaine. On n’est pas moins homme et on ne cesse pas d’être homme parce qu’on est malade. Aucune maladie ne devrait faire perdre à l’homme son caractère spécifique, sa nature propre. La maladie installe l’être humain dans un état de faiblesse, dans une fragilité certaine. Il est donc nécessaire de défendre ceux qui sont faibles. Il est un devoir sacré de protéger ceux qui sont fragiles. Parce qu’ils sont fragiles, ils sont plus vulnérables que les bien-portants. Ceux-ci ont une responsabilité infinie envers ceux-là. Les malades ou les fous ne pouvant plus protéger et défendre leur dignité par eux-mêmes, il appartient désormais aux bien-portants d’assumer cette responsabilité. C’est aux bien-portants qu’il revient de faire en sorte que les malades mentaux ne se sentent ni rejetés ni exclus, ni dépouillés de leur humanité. Tel est l’effort que propose Gilbert Montsé dans cette réflexion. Puisse-t-elle changer notre regard et notre comportement sur la maladie mentale.

En effet, « ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ceque Dieu a choisi pour confondre les sages » (1 Co 1,27).

Dominique NDEH

Les « Fous » m’ont évangélisé

« Celui qui dira « fou » à son frère sera passible de la géhenne de feu » (Mt 5, 22).

Avis au lecteur

J’ai longtemps désiré écrire une page au sujet d’une catégorie d’hommes et de femmes que notre société marginalise à cause de leur simplicité et de leur grande capacité à interpeller les « normaux » que nous paraissons être aux yeux du monde.

L’occasion m’est donnée cette année1. de me jeter à l’eau. Car il faut aussi parler de ces gens qui ne savent plus, sinon très peu et très maladroitement, faire comme tout le monde. Ils ont une autre vision du temps et de l’espace, de leur environnement, bref, du monde. Ces « pauvres en esprit » sont communément appelés « fous », « insensés », ou encore, pour employer un terme plus doux et moins choquant, « malades mentaux. »

Que le lecteur trouve à travers les lignes qui vont suivre assez d’interpellation pour porter un regard nouveau sur ces hommes et femmes qui fouillent dans les poubelles devant les maisons ou les coins des rues de nos cités, sans trop attirer l’attention de tous ceux qui les ont construites. Car il n’est pas rare de trouver dans nos villes des poubelles aussi bien hautes que les maisons qu’elles ont de la peine à embellir.

Pour faciliter la lecture de cet essai2., j’ai voulu d’abord partager avec le lecteur tout ce que j’ai vécu et appris auprès des « fous » pendant trente-trois années de ministère sacerdotal. Simples mais aussi généreux, ces « fous » savent donner sans compter et sans rien attendre en retour. Ensuite, en m’appuyant sur la Bible, je me suis employé à interroger l’Eglise et la société sur le regard qu’elles portent chacune sur la souffrance. Et pour conclure mes propos, je n’ai rien trouvé de plus beau et de plus noble qu’un éloge qui friserait la publicité de la folie.

Gilmont


1. La célébration de mes 33 ans de sacerdoce.

2. Je n’ai pas eu l’intention d’écrire un livre mais une réflexion sur la « folie ».

Ces humains :
Les malades mentaux (Fous)

Il se trouvait à Douala, il y a quelques années, au carrefour Dokoti, un malade mental très allergique aux embouteillages. Si vous rencontriez un embouteillage à cet endroit, vous devriez conclure sûrement que ce policier étrange serait absent. Où avait-il appris le fameux « Code Rousseau », autrement appelé « Code de la route », dont la plupart de nos taximen ignorent la couleur ?

Par contre, à Bafoussam au rond-point dit « Rond-point BIAO », encore appelé « Carrefour Maquisard », un autre malade mental passait sa journée à siffler à tort et à travers, feignant de réguler la circulation. Et comme ici, contrairement à Dokoti, personne ne lui avait jamais obéi, (même pas celui qui fait cette observation), le bonhomme se trouvait obligé de se ranger sur le terre-plein en face du grand magasin du coin avant de siffler en tendant les bras dans toutes les directions. C’est vrai que celui-ci serait plus nuisible à Dokoti qu’à Bafoussam, mais il reste à prouver que celui-là trouverait quelqu’un pour respecter ses consignes à Bafoussam. Ah ! Les gens de Douala ! Oh, de Bafoussam !

Dans le département des Hauts Plateaux à l’Ouest du pays, non loin de la ville de Bafoussam, un autre malade mental déclarait que les maisons, les camions citernes qui passaient sur la route transportant du carburant ou de l’huile de palme, les remorques, les semi-remorques et leurs marchandises, que tous les biens de la terre lui appartenaient et qu’il les avait acquis au prix de « cha’-tô »(cinq mille francs). Un matin du mois de janvier 1984, si j’ai encore bonne mémoire, il vint siffler dans la cour (du presbytère) en criant tout haut : « Je vais dire, je vais dire : mon père, mon père, j’ai vu, j’ai vu. » Quoi donc, mon ami ? « Descends à tel endroit, tu y trouveras un billon fraîchement formé sur lequel on a planté quelques pieds de poireau. Mon père, ce n’est pas un billon comme tous les autres. Ils viennent d’y inhumer un avorton cette nuit. Ils ne veulent pas que les voisins le sachent. Mais j’ai vu et je suis venu te le dire. A présent que tu le sais, je m’en vais. »

Ceux qui l’ont connu savent bien que lorsque « sa crise de vérité » venait à lui monter dans la tête, il s’affaissait toujours au même endroit dans une station à essence, et castagnettes en main, il commençait à débiter dans les pleurs et les larmes ces tristes souvenirs que les gens ne voulaient entendre qu’hypocritement, et de loin. Que de consciences cet homme a dérangées ! Très habile, il savait réveiller...

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.