Les instruments de la politique environnementale

De
Publié par

Le développement de l’économie mondiale se heurte à de multiples limites planétaires entrelacées : réchauffement climatique, perte de la biodiversité, acidification des océans, épuisement des ressources naturelles, etc. Assumer la responsabilité de vivre dans l’Anthropocène, c’est considérer l’ensemble des ressources naturelles et des écosystèmes dans une perspective de développement durable. Comment choisir les instruments économiques adaptés aux échelles locales et internationales pour gérer l’économie globale sans atteindre les seuils écologiques critiques ?
 
Thomas Sterner est professeur d’économie de l’environnement à l’université de Göteborg et University Fellow of Resources for the Future (Washington). Récemment nommé membre du comité consultatif pour le climat au gouvernement suédois, il a également été économiste en chef de l’Environmental Defense Fund aux États-Unis, président de l’Association européenne des économistes de l’environnement et des ressources, et cofondateur de The Environment for Development Initiative. Il est professeur invité sur la chaire annuelle de Développement durable du Collège de France pour l’année académique 2015-2016.
 
Publié le : mercredi 20 avril 2016
Lecture(s) : 1
Tags :
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782213703138
Nombre de pages : 72
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Couverture
001

La chaire annuelle de Développement durable – Environnement, énergie et société reçoit le soutien de TOTAL.

© Librairie Arthème Fayard et Collège de France, 2016.

ISBN : 978-2-213-70313-8

Dépôt légal, avril 2016.

Les Leçons inaugurales du Collège de France

Depuis sa fondation en 1530, le Collège de France a pour principale mission d’enseigner, non des savoirs constitués, mais « le savoir en train de se faire » : la recherche scientifique et intellectuelle elle-même. Les cours y sont ouverts à tous, gratuitement, sans inscription ni délivrance de diplôme.

Conformément à sa devise (Docet omnia, « Il enseigne toutes choses »), le Collège de France est organisé en cinquante-deux chaires couvrant un vaste ensemble de disciplines. Les professeurs sont choisis librement par leurs pairs, en fonction de l’évolution des sciences et des connaissances. À l’arrivée de chaque nouveau professeur, une chaire nouvelle est créée qui peut ou bien reprendre, au moins en partie, l’héritage d’une chaire antérieure, ou bien instaurer un enseignement neuf.

Plusieurs chaires annuelles thématiques permettent également d’accueillir des professeurs invités pour une année (Création artistique, Développement durable, Informatique et sciences numériques, Innovation technologique).

Le premier cours d’un nouveau professeur est sa leçon inaugurale.

Solennellement prononcée en présence de ses collègues et d’un large public, elle est pour lui l’occasion de situer ses travaux et son enseignement par rapport à ceux de ses prédécesseurs et aux développements les plus récents de la recherche.

Non seulement les leçons inaugurales dressent un tableau de l’état de nos connaissances et contribuent ainsi à l’histoire de chaque discipline, mais elles nous introduisent, en outre, dans l’atelier du savant et du chercheur. Beaucoup d’entre elles ont constitué, dans leur domaine et en leur temps, des événements marquants, voire retentissants.

Elles s’adressent à un large public éclairé, soucieux de mieux comprendre les évolutions de la science et de la vie intellectuelle contemporaines.

Leçon inaugurale
prononcée le jeudi 22 octobre 2015
par Thomas Sterner,
professeur invité
Leçon inaugurale no 257

 

Monsieur l’Administrateur,

Chers collègues,

Mesdames, Messieurs,

 

C’est un grand honneur pour moi d’être invité à m’exprimer en ce jour au Collège de France. Je vous en remercie beaucoup.

En décembre 2015, Paris accueillera la 21e Conférence (dite « COP21 ») de la Convention- cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC). Avant son inauguration, nous pouvons d’ores et déjà voir les grandes lignes qui semblent se profiler en conclusion. Nous savons qu’il existe de profonds désaccords entre les pays, tant sur les objectifs à atteindre que sur les instruments à utiliser pour y parvenir. Nous sommes plusieurs à nous inquiéter de l’issue de cette COP. Réussirons-nous à faire suffisamment – et à le faire suffisamment vite ? C’est là que se situe le véritable enjeu de cette conférence climatique. Il semble à ce jour difficile de mettre en place des instruments suffisamment efficaces (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat/GIEC 2014) – j’y reviendrai plus tard –, mais tout d’abord, permettez-moi de passer en revue quelques problèmes environnementaux, autres que le climat. Certes, le climat n’est pas le seul problème environnemental, mais il est nécessaire de l’inscrire dans un contexte et une vision élargis de l’économie, de la société et de la nature.

Qu’est-ce qu’un problème environnemental ? Évidemment, ce n’est pas l’environnement qui est à la source des problèmes que nous rencontrons, comme semblent le croire certains, mais bel et bien l’homme ! La description et la conception des problèmes environnementaux sont souvent myopes, c’est-à-dire qu’elles se font par l’odeur des déchets ou bien par les fumées d’une usine se répandant dans un quartier. Le fait de pouvoir observer la Terre depuis la Lune a aidé à mieux comprendre notre situation dans l’Univers. Il y a de cela un demi-siècle, il semble que certains croyaient encore que les déchets disparaissaient si on les jetait dans la mer ! Nous avons noyé des munitions, des bombes et même des armes chimiques après la guerre. L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) exigeait alors, paradoxalement, des cheminées plus hautes pour limiter les risques de pollution, comme si la dilution était une solution à la pollution. Il m’a semblé révolutionnaire de pouvoir admirer la Terre de loin, entourée de sa pellicule fine hébergeant l’ensemble des écosystèmes, et de savoir qu’elle est notre seule maison. Tout ce qui est vie prend place dans cette couche fragile, et cela crée des liens entre la multitude des problèmes individuels, comme le traitement des déchets, l’extraction des ressources naturelles et les services des écosystèmes, que nous traitons souvent comme s’ils étaient des domaines ou des problèmes séparés. Or les écosystèmes sont tous liés les uns aux autres ; même si nous ne connaissons pas ces connexions en détail, elles existent, malgré tout. Nous respirons tous le même air, cultivons notre nourriture et puisons notre eau dans les mêmes écosystèmes où nous déposons nos déchets. Dans un certain sens, nous sommes comme les personnes qui vivent – figurativement, mais aussi littéralement – dans les décharges des grandes métropoles. C’est la rencontre de hasards tellement uniques qui permet la vie. Nous devons apprendre à en prendre soin.

Laissez-moi vous présenter quelques enjeux. Nous nous retrouvons face à une multitude de défis planétaires : tout d’abord, le réchauffement climatique, dont tout le monde parle ; ensuite, la perte de biodiversité ; enfin, d’autres formes de pollution moins connues.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.