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Les Surprises de l'oncle Maxime

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198 pages

M. Maxime de Kéraden est un peintre de grand talent et de cœur plus grand encore, père ?

— Hélas ! non. Il a renoncé aux joies du mariage pour se consacrer plus spécialement à son art, et surtout à sa vieille mère, demeurée veuve de très bonne heure.

„ Mais il est oncle, ne vous en déplaise, et dans toute l’acception du mot et de la chose ; car il ne possède pas moins de quatorze neveux appartenant à trois branches de la même famille.

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William prend des attitudes sérieuses, restant devant le piano ouvert.

Marie de Grandmaison

Les Surprises de l'oncle Maxime

I

LA FAMILLE

M. Maxime de Kéraden est un peintre de grand talent et de cœur plus grand encore, père ?

  •  — Hélas ! non. Il a renoncé aux joies du mariage pour se consacrer plus spécialement à son art, et surtout à sa vieille mère, demeurée veuve de très bonne heure.

„ Mais il est oncle, ne vous en déplaise, et dans toute l’acception du mot et de la chose ; car il ne possède pas moins de quatorze neveux appartenant à trois branches de la même famille.

On voit d’ici quelle joyeuse bande cela peut former quand on se plaît à les réunir tous, ce qui arrive quelquefois à grand’mère et à l’oncle Maxime. Leur vaste demeure a le double avantage d’offrir l’air et l’espace de la campagne en même temps que le confortable de la ville.

Aussi comme on souhaite ces réunions qui procurent des plaisirs si variés !

L’été, ce sont les exercices de plein air, les jeux de balle, de volant, de tennis, de corde, de barres, etc., où l’on fait retentir les pelouses des plus bruyants ébats, des éclats de rire les plus sonores.

L’hiver, on organise les jeux de salon ; les devinettes faciles, les métiers, les charades en action, les gages, et surtout, oh ! surtout les histoires, que le petit monde réclame, soit à grand’mère, soit à l’oncle Maxime, qui sont l’un et l’autre de très charmants conteurs.

Ils savent si bien se mettre à la portée des enfants, que leurs histoires semblent toujours amusantes. De plus, ils répondent avec tant de bienveillance à leurs questions, que celles-ci sont souvent nombreuses ; elles ressortent des tendances propres aux différents caractères.

Mais, avant de parler de ces tendances spéciales à chacun, il faudrait d’abord présenter tous ces petits personnages.

Nous avons dit qu’ils descendaient de trois souches diverses :

D’abord, celle des Antonin Kéraden, frère aîné de Maxime, dont les enfants sont au nombre de six : Yves, Gaétan, Gilberte, Jacques, Loïse et Simon.

Puis, celle des Delpec, dont la mère est une Kéraden, sœur d’Antonin et de Maxime, où l’on compte trois garçons : Y von, Gilbert, Yan, et deux filles, Eliane et Annaïc.

Enfin la famille de Raymond Kéraden, le plus jeune frère, qui compose le trio d’Yvonne, Robert et Marcel.

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La pièce blanche fut mise par Maxime dans le chapeau. (P. 15.)

Tous ces frères, sœurs, cousins, cousines, s’échelonnent entre treize et cinq ans et se trouvent forcément être à plusieurs du même âge.

En voyant celle liste de noms, on pourra se demander pourquoi les aînés de chaque groupe ont pour patron saint Yves, alors que ce nom n’apparaît chez aucun des ascendants des Kéraden ou des Delpec.

Pour répondre à cette question, nous ferons connaître la vénérable aïeule, qui devra mieux que personne nous dévoiler le secret de cette particularité.

Gilberte de Kéraden était une aimable grand’mère bretonne bretonnante, c’est-à-dire originaire de cette partie de la Basse-Bretagne, dont le département du Morbihan a été formé.

Grilberte avait vu mourir son père et sa mère dans ce pays où elle était née ; elle-même s’y était mariée pour élever une nombreuse famille. Mille joies et mille peines la rattachaient donc à ce sol breton qu’elle n’eût voulu quitter pour aucun empire.

L’empire que la digne femme avait toujours préféré d’ailleurs, c’était celui du foyer domestique où sa vertu trônait en reine. Aujourd’hui qu’une couronne de cheveux blancs ornait son front, elle n’avait pas de plus grand bonheur que de se voir entourée de ses petits-enfants et de les charmer par les récits qu’elle leur faisait.

Grand’mère avait la mémoire pleine de souvenirs, et ses plus belles anecdotes pouvaient être prises dans sa propre existence.

Or on sait que rien n’intéresse autant les jeunes auditeurs que les histoires vraies, les choses arrivées, comme ils le disent eux-mêmes, et dont ils connaissent les héros.

Gilberte, en pure Bretonne, avait toujours été d’une grande piété, et dans toutes les épreuves qui lui étaient survenues, — car chacun en a sa part en ce monde, — elle avait montré une haute résignation, puisée dans un profond sentiment religieux. Elle s’exerçait souvent à le mettre en pratique et n’eût jamais manqué, par exemple, d’assister chaque année à l’un des nombreux pèlerinages ou Pardons qui se célèbrent dans les divers points de la Bretagne.

Elle aimait à se les rappeler maintenant avec ses petits amis ; elle leur narrait les divers épisodes de chacun d’eux. C’était celui de Saint-Cornély, si curieux et si renommé dans le Morbihan ; ceux de Saint-Jean du Doigt, de Notre-Dame du Folgoët, de Notre-Dame de Rumengol, de Notre-Dame de Quelven, de Notre-Dame du Roncier, vieux de dix siècles ; puis ceux de Sainte-Anne du Portzic, de Sainte-Anne de la Palue, qui attirent un si grand concours de visiteurs ; le trio des Notre-Dame de Moustoir, de Crénenan, des Carmès, qui forment ce que l’on appelle : la tournée des trois Pardons, auxquels les pèlerins zélés doivent se rendre successivement dans la même journée.

Il y a aussi le Pardon de Saint-Nicodème, près Pontivy, pour lequel les hommes laissent croître leur barbe, qui ne devait être coupée que le jour même de la fête et près de la fontaine de l’église.

  •  — A Saint-Nicodème aussi, continuait la narratrice, il existe une fort belle église, surmontée d’un ange qui excite l’admiration générale. Les jours de grande fête, on dispose dans la lande, à environ deux cents mètres. de l’église, un bûcher de fagots amoncelés, et la statue vient y mettre le feu.
  •  — Vient y mettre le feu ! s’écrièrent tous les enfants à la fois.
  •  — C’est, répondit la bonne maman en souriant, au moyen d’un mécanisme ingénieux qui part du clocher.
  •  — Ce n’est pas tout. En remontant vers son lieu de départ, le messager fait pleuvoir des fusées et autres pièces d’artifices que toute l’assistance salue de mille cris de joie.
  •  — Oh ! je voudrais bien voir cela, dit un des enfants.
  •  — C’est fort joli, repartit l’interlocutrice ; mais, dans de semblables fêtes, il ne faut pas que le plaisir et la curiosité l’emportent sur la dévotion même. Aussi, le plus beau de tous ces pèlerinages, parce qu’il est le plus sérieux, est-il le grand Pardon de Sainte-Anne d’Auray dont on chante dans toute la Bretagne :

    C’est notre mère à tous, mort ou vivant, dit-on.
    A Sainte-Anne une fois doit aller tout Breton.

„ Quel spectacle imposant c’était, mes enfants, de voir cette multitude pressée, débordant jusque sur la lande dont elle ébranlait l’air par le chant des cantiques !

Aujourd’hui, on a bâti une superbe église sur l’emplacement de la première, qui datait de plus de mille ans ; mais l’ancien souvenir est demeuré inoubliable dans ma pensée.

Depuis bien des années, la paralysie me prive de suivre mes chers pèlerinages. La dernière fois que je m’y rendis, j’avais emmené votre oncle Maxime, alors âgé de dix ans.

Je ne vous peindrai pas sa joie et son émerveillement à la vue de tant de gens qui arrivaient là, vêtus de leurs plus beaux habits.

Nous autres, Vannetais, nous portions des vêtements sombres ; mais les paysans de Léon avaient tout à fait grand air avec leur taille élevée, leur costume vert ou brun et leurs jambes nues et basanées.

Ceux de Tréguez étaient en gris et se faisaient remarquer entre tous, dans les cantiques, par le charme de leurs voix.

Et les Cornouaillais, quelle richesse et quelle élégance dans leurs habillements aux couleurs bleues ou violettes, sur lesquelles resplendissaient de superbes broderies !

Mon petit Jacques n’avait jamais rien vu de si beau ni d’aussi touchant que cette procession de paysans qui, suivant la croix, le front découvert et les yeux baissés, s’avançaient jusque sur le bord des grèves, pour mêler leurs chants pieux à la voix de l’Océan grondeur.

Il y avait, là aussi, des marins qui étaient venus pieds nus, avec les débris d’un navire fracassé, pour remercier leur saint patron de les avoir préservés du naufrage.

Cette foi si vraie, si naïvement exprimée, ne pouvait manquer d’émouvoir l’âme d’un enfant, et aujourd’hui, après tant d’années, votre oncle, mes chéris, en a conservé la mémoire.

Quand la procession fut terminée, nous rentrâmes dans l’église pour dire une dernière prière, avant d’aller, comme les autres pèlerins, boire un peu de l’eau privilégiée de la fontaine.

Toute la population était alors mélangée : les uns gravissaient le coteau sur lequel était située la double église, car il avait fallu bâtir une annexe à la première devenue trop étroite, tandis que les autres le descendaient. C’était un va-et-vient continuel.

Nous arrivions à mi-chemin de la descente lorsque nous rencontrâmes un pauvre vieillard à qui son genou, replié sur un emboîtage, ne permettait de marcher qu’à l’aide d’une béquille. Malgré cette infirmité et la chaleur accablante, le malheureux essayait de gravir, lui aussi, cette pente rapide qui menait aux chapelles.

Un instant il s’arrêta et se découvrit pour éponger son front ruisselant.

Ce chapeau tendu devant nous, comme pour demander assistance, suggéra au petit Maxime une pensée charitable. Se retournant vers moi, avec un regard de supplication, il s’écria :

  •  — Oh ! maman ! permets-tu que je donne à ce pauvre homme ma pièce de vingt sous !
  •  — Mais c’est tout ce que tu possèdes, fis-je, tout ce que tu as reçu pour fêter le saint Patron !
  •  — Je n’ai besoin de rien, répondit Maxime, et cela me fera plaisir de venir en aide à ce vieillard, qui se donne tant de peine pour faire son Pardon.

Sur un signe d’acquiescement de moi, la pièce blanche fut mise par Maxime dans le chapeau.

Alors une larme vint aux yeux du vieux pèlerin ; il dit au petit d’une voix émue :

  •  — Tu es un brave enfant et tu seras un brave homme ! Je te prédis, dès aujourd’hui, un heureux avenir. On dit que le bon Dieu écoute plus volontiers les prières du pauvre ; les miennes en ce jour seront pour toi ; et si, plus tard, tu éprouves quelque chagrin, adresse-toi à saint Yves, au nom du vieux mendiant ; c’est mon patron, et il ne m’a jamais rien refusé ; lui seul pourra payer l’élan de ton bon petit cœur.

Maxime fut tout pénétré de ces douces paroles ; elles lui mirent dans l’âme cet attendrissement qui est déjà une sorte de récompense d’une belle action.

Il oublia si peu le vieillard que, lorsqu’il parvint à l’âge d’homme, il s’en souvenait encore.

Aussi, prié par ses frères et sa sœur d’être le parrain de chaque aîné, ne voulut-il pas leur donner d’autre nom.

C’est pourquoi j’ai ici pour m’écouter un Yves Kéraden, un Yvon Delpec, et une petite Yvonne. Tous trois perpétuent le souvenir du bon pèlerin, mort depuis longtemps, mais dont la reconnaissance semble réellement avoir porté bonheur à son jeune bienfaiteur.

  •  — Je suis bien content de l’apprendre ! s’écria Yves.
  •  — Et moi aussi ! dit Yvon.
  •  — Et moi aussi ! répéta Yvonne comme un écho.
  •  — Je suis sûr, reprit l’aîné, que cela nous portera également bonheur d’avoir un si bon parrain !
  •  — Je le désire, mes chéris, proclama la grand’mère, et pour vous tous ; car vous êtes tous par le cœur les filleuls de l’oncle Maxime.
  •  — Oui ! oui ! cria-t-on d’un accent unanime, nous l’aimons tous autant.
  •  — Et il vous le rend au centuple ! affirma une voix d’homme ému que chacun reconnut sans peine.

II

LA FÊTE DE LA GRAND’MÈRE

A coup sûr, l’oncle Maxime les chérissait tous ses neveux, mais d’une façon intelligente et bonne, ou, pour mieux dire, de la vraie façon. J’entends que si, d’une part, il tenait à leur être agréable et à leur donner des encouragements lorsqu’ils les méritaient, en retour il ne manquait pas de les faire apercevoir de leurs défauts et de travailler avec eux à les en corriger.

La manière dont il s’y prenait vaut, je crois, la peine d’être signalée :

L’artiste semait les bons principes en même temps que la gaîté. Sa morale était aimable et attrayante ; elle ressortait sans effort des faits qu’il citait, des historiettes qu’il racontait, et parfois même des jeux qu’il organisait. Avec l’oncle Maxime, dont l’un de ses filleuls trouvait le nom prédestiné, on était, toujours sûr de s’amuser tout en devenant meilleur.

Un jour d’hiver, le bon parrain avait dit à ses jeunes hôtes que, pour la fête de grand’mère, il leur réserverait une surprise.

A cette fête arrivant dans les premiers jours de février, dès la veille, en décidant des heures de départ, les groupes se demandaient ce que cela pourrait bien être. Les uns pensaient à une excursion en traîneau, les autres à un jeu de croquet sous un hangar ; celui-ci parlait d’une dînette avec papillotes à coiffures grotesques, celui-là d’une sauterie....

Je me hâte de dire que nul n’avait deviné tout à fait juste.

Le lendemain, au réveil, le ciel était sombre et le temps pluvieux, et cela jetait comme un air de déception sur les minois si éveillés le jour précédent.

  •  — Pourvu qu’on ne remette pas la petite réunion et que l’oncle puisse exécuter la surprise !...

On fut bientôt apaisé sur le premier point, les chefs de chaque famille ayant déclaré que sous aucun prétexte on ne manquerait d’aller souhaiter la Saint-Gilbert à la bonne aïeule.

Restait l’autre question que tout le petit monde se faisait à part soi avec une certaine inquiétude.

Toutefois, celle-ci disparut bientôt dans la préoccupation du compliment qu’on allait dire à grand’mère et qu’on se récita les uns aux autres pendant la route pour s’assurer qu’on n’avait rien oublié.

On devine que tous ces témoignages furent trouvés charmants par la bonne aïeule, dont une bienveillante tendresse remplissait le cœur et qui se sentait naturellement portée à l’indulgence.

Grand’mère avait eu des larmes, mais de vraies larmes d’attendrissement en entendant le dernier de la bande lui scander, de sa petite voix argentine, ces quatre vers :

Je suis trop petit pour bien dire
Combien mon cœur sait vous aimer ;
Un gros baiser va vous traduire
Ce que je ne puis exprimer.

Mme de Kéraden embrassa le chérubin avec une effusion que l’on comprend. L’oncle Maxime en fit autant, sensible, comme toujours, à ce qui faisait plaisir à sa mère bien-aimée.

Et aussitôt il s’écria :

  •  — C’est très bien, petit Marcel, et puisque tu as si gentiment dit ton compliment, c’est à toi que je vais expliquer tout d’abord le plan de notre journée.
  •  — Elle va être dans l’eau notre journée, gémit l’un des grands.
  •  — Qui dit cela ? demanda l’artiste ; nous sommes à l’abri, je pense, et le mauvais temps n’arrête en rien nos projets.

Un épanouissement général accueillit ces paroles.