//img.uscri.be/pth/439adbf3c87c6224dc804691bbdd93c1fe47aa14
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 1,49 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : PDF - EPUB - MOBI

sans DRM

Ma famille contre-nature

De
198 pages

Les familles homoparentales, dont la mienne, n'ont toujours pas compris comment leurs vies pacifiques pourraient entraîner le naufrage de notre civilisation.


Car c'est de cela dont il est question depuis les premiers débats sur le mariage pour tous et l'adoption.


Depuis, la contestation n'a jamais complètement désarmé. Au contraire, tous les prétextes sont bons pour raviver les braises. On tente même un nouveau défilé : une élection approche.


Attention, je revendique le droit à chacun d'être en désaccord avec cette loi. Par contre, rester dans le viseur de la haine ne me paraît pas mérité. J'ai souhaité cet éclairage citoyen, documenté et passionné, comme antidote face aux fantasmes et clichés en tout genre.


Voir plus Voir moins

Couverture

Image couverture

Copyright

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-414-00488-1

 

© Edilivre, 2017

Préface de l’auteur

J’ai jeté les premières bribes de cet ouvrage au plus fort de la contestation anti-mariage pour tous au printemps 2013. Violence inouïe des propos et de certains actes, arguments fallacieux et grotesques, compromissions et complaisances de certains de nos élus avec les fanges les plus sordides du monde politique et religieux : ce vent mauvais méritait bien une réaction citoyenne concernée et éclairée.

Les familles homoparentales, dont la mienne, n’ont toujours pas compris comment leurs vies pacifiques pouvaient entraîner le naufrage de notre civilisation. Je pensais sincèrement pourtant pas que cette hystérie allait retomber et que mon livre n’aurait point le temps d’être achevé.

Il n’en fut rien. Depuis, la communauté LGBT et leurs enfants restent une cible facile. Le « pas d’amalgame », très en vogue de nos jours, ne semble pas s’activer pour nous. Les faux procès et autres boules puantes restent malheureusement d’actualité. « On » lève les boucliers régulièrement depuis 2014 contre une théorie du genre prétendument enseignée dans nos écoles. « On » parle d’une « légalisation des déviances » au cours d’un hommage au prêtre lâchement assassiné. Ecœurant et hors sujet.

« On » défile de nouveau dans les rues pour se faire un petit racolage électoral. Lorsque l’on a pas grand chose de mieux à proposer, autant défaire et ruiner l’espoir de quelques citoyens inoffensifs et pacifiques.

Il est plus que jamais primordial de mettre ces « on » face à leurs contradictions.

Exergue

 

« Si quand les nègres sont persécutés, tu ne te sens pas nègre, si quand les femmes sont méprisées ou les ouvriers, tu ne te sens pas femme ou ouvrier, alors, toute ta vie, tu auras été un pédé pour rien. »

Jean Genet – l’Enfant Criminel (1949).

Le déclic

Je suis une femme normale de 45 ans. Enfin, pas tout à fait. Normale oui, du point de vue de notre Président François Hollande, mais pas au regard de tous. La sexualité que je pratique aujourd’hui n’est pas normative, je suis homosexuelle.

Je vis avec la femme que j’aime. Nous élevons nos trois garçons, âgés respectivement de 19 ans, 14 et 13 ans. Il n’en a pas toujours été ainsi. J’ai aimé des hommes, j’ai aimé des femmes. Je connais le monde des hétéro, je connais le monde des homo. Au final, on se croise tous dans le même.

Je sais ce que c’est d’être perçue comme faisant partie du troupeau. Je sais ce que sais d’être perçue comme en dehors. Cela n’est jamais la même chose. Cela prendra du temps. Cela n’arrivera peut-être jamais.

Avez-vous déjà rencontré des hétéro cacher la véritable nature de leur sexualité ?

Tous les homo que vous connaissez osent-ils faire part spontanément de leur orientation sexuelle ? Combien s’assument réellement dans leur contexte professionnel ?

On ne peut pas leur en vouloir : certains milieux restent plus hostiles que d’autres. Les discriminations demeurent une réalité et la crise économique accentue bien entendu les crispations.1

Quand aux agressions physiques pures et simples, les associations de défense des minorités observent et dénoncent une augmentation de 54 %2 en 2013 du fait de la libération la parole (et de l’acte semble-t-il) homophobe grâce au travail réalisé notamment par nos amis, le collectif de la « Manif pour Tous » et des autres.

Outre ces cas de rejet pur et simple, voir d’hostilité, un autre phénomène s’articule quand vous révélez votre véritable sexualité. Vous encourez au minimum le risque de n’être plus considéré qu’à travers le prisme de votre orientation « différente » et d’incarner le pédé ou la gouine de service.

Avec l’arrivée des enfants, vous devenez obligatoirement visibles et franchissez l’ultime frontière d’un domaine normalement exclusivement réservé aux paires hétérosexuées : la parentalité.

Certains nous envisagent avec circonspection, d’autres saluent notre courage. D’autres encore remettent en cause notre existence.

Dès lors, proposer une loi légalisant le mariage Gay et l’adoption en 2012/13, témoigne du courage dont a fait preuve, dans ce cas là, nos dirigeants. C’est enfin une reconnaissance légale et un cadre juridique pour les couples homosexuels et leurs enfants adoptés(pour les autres, il faudra encore patienter). C’est leur permettre d’accéder à plus de sécurité, comme tous les autres citoyens. Celle loi, comme l’a rappelé le Président de la République, n’enlève rien à personne.

L’ampleur des réactions épidermiques, manifestées et revendiquées par une partie de l’opinion, nous a profondément peiné, même si cela ne constitue malheureusement pas une nouveauté.

Les contestataires n’ont pas manqué de soutien depuis 2012, voir d’instigateurs parmi certains élus de la République en quête de promotion et d’électeurs.

Les sentiments que nous avons pu éprouver, ma famille et moi, face à des prises de position visant à nous dégrader, ont réveillé en moi une fibre militante quelque peu embourgeoisée. Ce livre s’est donc imposé comme une évidence.

Tous ces gens, à qui on a tendu un micro ou qui ont pris une plume pour disserter du bien fondé de nos existences, sans nous connaître et nous juger sans autre forme de procès, ont abondamment, hélas, nourri mon projet.

Mais le temps de l’écriture s’étire lentement, surtout lorsqu’il se nourrit de recherches dans le souci d’un éclairage indispensable et salutaire : études scientifiques, citations, témoignages, etc.

Mes occupations familiales (3 enfants à charge), professionnelles et potagères, puisque comme Candide je me plais à cultiver mon jardin, (au sens propre comme au figuré), ont sérieusement différé la clôture de cet ouvrage, espéré pour l’été 2013.

Devant le retard accumulé résultant de cette activité pluridisciplinaire3, je pensai humblement que ce travail serait vain, une fois la loi passée et le débat dépassionné.

Finalement, tout le monde retournerai à ces occupations, en constatant bien que cette loi ne bouleversait pas grand chose, en réalité.

C’était sans compter sur ma compagne, ma muse, fidèle lectrice et inspiratrice qui m’encouragea fermement : « Continues ! de toutes façons, on ne trouve pas pléthore d’ouvrages sur le sujet : ton essai pourra toujours éclairer, informer et espérons-le : rassurer ! »

Je l’aime.

C’était sans compter également avec nos amis du collectif la Manif pour Tous et les autres4.

Galvanisés par leur rassemblement de 2013, ils s’activent aujourd’hui dans une entreprise de déstabilisation systématique, basée sur un profond rejet de tous les modèles qui ne sont pas les leurs.

Ce n’est plus seulement les familles homoparentales qui en font les frais : en effet l’accès à la PMA et la GPA semble définitivement ajourné pour les couples homos.

A chaque annonce, pourtant censée combler les injustices sociales ou faire taire les clichés, ces gardiens du temple agitent l’épouvantail de la destruction de la famille.

La lutte contre les stéréotypes hommes/femmes à l’école, la modernisation de la loi Veil sur l’accès à l’avortement, ont, entre autres, servis d’exutoire.

C’est surtout l’excellent projet de loi sur la modernisation de la famille qui en a fait les frais, le gouvernement ayant cédé sous la pression de la rue.

Son contenu semblait pourtant raccord avec la diversité des modèles familiaux et leurs aspirations qui compose notre pays aujourd’hui.

Par exemple, et c’est loin d’être anecdotique, un enfant sur dix vit dans un foyer recomposé. Or, leurs beaux parents (dont je fais partie comme d’autres amis en union hétérosexuelle), n’ont toujours pas la possibilité d’avoir un statut juridique qui les relie aux enfants dont ils s’occupent au quotidien.

Aujourd’hui, le lien biologique prédomine encore, légalement, sur les véritables liens affectifs et les preuves concrètes de soin et d’éducation dispensés à nos enfants, biologiques ou non.

Ceci constitue un véritable archaïsme, non seulement pour les familles homoparentales, (200 à 300 000 enfants5) mais aussi pour les familles recomposées« classiques », beaucoup plus nombreuses (1,5 millions d’enfants concernés pour 720 000 familles – chiffres Insee).

Entraver l’accès aux mêmes droits pour ces familles en arguant la sacrosainte filiation biologique, émane d’un obscurantisme suranné doublé d’une formidable hypocrisie.

En effet : quid des enfants adoptés ou « reconnus » par un père autre que le géniteur ? Entre autres.

Les familles recomposées ne constituent pas d’ailleurs, une tendance typiquement contemporaine.

Elles existent depuis bien longtemps, tout comme les familles monoparentales, compte-tenu de la prolifération consternante des décès au cours des siècles.

Ce qui a changé aujourd’hui, c’est que ces familles sont plus le fruit de divorces que la résultante des veuvages. Les enfants vont donc être élevés en « co-parentalité » mais la loi ne reconnaît pas cet état de fait.6 Ces familles attendront encore grâce aux fiers hérauts de la famille française qui veillent à leur salut.(Ce fut déjà le cas sous la présidence Sarkosy, en 2007, avec les mêmes conséquences, nous y reviendrons).

Pour toutes ces familles et pour la mienne, je n’ai aucunement envie que des tartuffes nous dictent leur monopole – pas encore une fois – plus dans ce monde là.

Au vu des derniers renoncements étatiques, mon témoignage m’apparaît d’autant plus de salubrité publique aujourd’hui.

Pis ! Le prétendu malaise vécu par nos enfants dont on se fie de se soucier, est grandement entretenu et essentiellement véhiculé et distillé par ces détracteurs et leurs théories fumistes, qu’ils nous assènent d’un ton péremptoire.

Ils contribuent, à chaque saillie verbale, à l’entretien d’un climat malsain dans lequel doivent évoluer notre progéniture déjà accablée, selon eux, d’être indignement encadrée.

Encore une fois, merci pour ces leçons d’humanité.

Se sont-ils au moins rendu compte que le véritable malaise que nos enfants peuvent ressentir un jour provient de ces à priori négatifs, véhiculés à tous les échelons de la société et résultant d’une même méconnaissance, dont ils ont usé et abusé tout au long de leur croisade anti-mariage gay et adoption ?

A votre avis, comment des enfants et leurs parents homo, comme nous, ont vécu leur crédo de vouloir « sauver la famille » :mais pas n’importe laquelle, celle qui est digne.

Ces gens n’ont cessé de leur asséner que leur existence n’avait pas lieu d’être.

Assurément, le genre et la préférence sexuelle de leur parents leur garantissaient de multiples traumas : intégration sociale difficile, troubles du comportement, propension à l’homosexualité, etc.

Ce à quoi nous répondions devant notre poste de télévision, ou à la suite d’une lecture de certaines revues de presse en famille :

« Nous n’allons pas plus mal que vous, mais merci quand même de vous en inquiétez – LOL – ».

Je passe sous silence certains termes fleuris de mes garçons, on risque de me reprocher qu’ils sont mal élevés parce que je suis gouine.

Ce livre dresse donc une liste non exhaustive des agitateurs de tout poil : civils, politiques, religieux, tous détenteurs de la vérité absolue et de leurs belles actions.

On constatera qu’ils ne contribuent pas, c’est le moins que l’on puisse dire, à l’existence d’un climat social apaisé.

Nous les avons bien entendus. Se souvenir des inepties ou autres saloperies proférées sans gêne aucune, constituent à mes yeux un devoir de mémoire pour toutes les familles salies honteusement, gratuitement.

On trouve également tous les autres, pas franchement hostiles mais réticents à approuver ce qu’ils ressentent comme un bouleversement de société inutile et contre-nature.

Ce ressenti et ce rejet naît avant tout de la peur et de la méconnaissance, pas toujours illégitimes, tant notre société est organisée depuis des siècles autour du couple hétérosexuel et du modèle familial unique.

Partout, que se soit en religion, chez les premiers psychanalystes, chez les scientifiques, on a attesté de la fiabilité de ce monopole que j’ai qualifié « d’hétérocentré », dicté par la Nature ou par Dieu, selon.

Nous ajoutons à cela et c’est sa résultante logique : la peur d’une perte de filiation et par extension de la non perpétuation de notre espèce.

Il est bien compréhensible dès lors, d’avoir de sérieux doutes et d’envisager l’homoparentalité avec défiance.

Cet ouvrage s’adresse à tous ceux et celles qui se trouvent décontenancés face à cette évolution à travers ce début de reconnaissance légale. J’entends bien leurs craintes et ne les méprise aucunement.

A travers un exposé de ce qui est « naturel »ou non, prouvé scientifiquement ou pas, j’apporterai, je l’espère, un éclairage nécessaire.

Bien sûr, des anecdotes personnelles, symboliques de notre parcours, sauront faire partager un peu de la vie réelle et non phantasmée qui est la nôtre.

Cette essai pourra toujours revêtir un caractère éducatif :

« Observation de la famille homoparentale en milieu naturel plus ou moins hostile : les différents biotopes, union, procréation, éducation. ».

Ou l’on constatera que notre quotidien domestique s’apparente plutôt au ronron banal de la vie familiale contemporaine plutôt qu’à une séquence de « Priscilla Folle du Désert7 ».

Enfin, personne, et surtout pas nous, ne s’est proposé de détruire le modèle « un papa et une maman. »

Encore une fois, l’accès à plus de justice pour certains n’enlèvera rien aux autres.

Dès lors, le dernier slogan de la « Manif pour Tous » intitulé « Tous nés d’un père et d’une mère », nonobstant d’enfoncer les portes ouvertes, s’avère dramatiquement hors sujet.

De mémoire, il me semble qu’aucun mouvement LGBT8, n’a revendiqué l’accès au clonage ou à la parthénogenèse9.

Oui, nous sommes tous nés d’un père et d’une mère, mais nous ne seronspas forcément tous élevéspar nos géniteurs pour de multiples raisons : adoption, décès, reconnaissance légale, fuite des parents biologiques devant leur responsabilité. Rien de nouveau sous le soleil.

Nous revendiquons donc le droit, nous, familles homoparentales, recomposées ou non, de fonder une famille et d’élever nos enfants dans la sécurité car en l’absence de preuves, nous ne sommes pas plus inadaptées que les autres.

C’est plutôt la réflexion de ceux d’en face qui paraît stérile : eux, qui prétendent être les seuls dépositaires de la mission divine ou naturelle : croître et se multiplier.

Nous verrons d’ailleurs que cette fameuse nature leur réserve bien des surprises.

Pourtant, les opposants à cette évolution continuent de vouloir gâcher nos vies, qui ne les regardent pourtant pas.

Ils y parviennent – quelquefois.

Ils nous empêchent d’accéder aux mêmes droits – souvent, en illustrant ainsi une superbe injustice qu’ils prétendent combattre.

Mais au bout du compte, nous avons déjà fait fi de leur absolution : nous existons et nous sommes vivants.


1Le nombre de témoignages reçus en 2011 sur des actes d’homophobie au travail est en forte hausse par rapport aux années précédentes (+ 36 %) – extrait « L’homophobie, une discrimination toujours actuelle » – Le Monde.fr 16/5/2012.

2(Source le Parisien.fr du 13/05/2014 qui précise également une augmentation de78 % pour l’ensemble des agressions : insultes, menaces, etc).

3A ce propos je suis toujours sidérée lorsqu’une personnalité comme Pierre Moscovici, arrive à écrire aussi promptement (livre paru en octobre 2013) compte tenu de sa lourde charge exercée comme Ministre de l’économie et des finances – Finalement, assurer une partie du ménage, des courses, de la cuisine pour 3 adolescents affamés, du suivi de leurs études, s’avère beaucoup plus chronophage.

4Je pense notamment à Farida Belghoul, ses amis d’extrême droite, leur e-mailing constitué de rumeurs amalgamées sensé épouvanter les parents d’élèves de confessions musulmanes et catholiques pratiquantes face au programme de luttes contre les stéréotypes hommes/femmes à l’école début 2014.

5Il n’existe que très peu de données statistiques sur les couples de même sexe en France. En 1999 encore, la norme hétérosexuelle était si forte que les instituts statistiques refusaient de considérer comme des couples les personnes de même sexe – (…) – l’estimation de l’association des parents et futurs parents gays et lesbiens, qui avance le chiffre de 200 000 à 300 000 enfants ayant un parent homosexuel est tout à fait plausible.)

6Enfin, une loi à minima risque de voir le jour pour la rentrée 2014 mais vidée de toute ambition, elle ne changera pas grand chose sur le plan concret dixit les associations de protection de la famille.

7Film australien de 1994 : road movie drag queen haut en couleur où le héros découvre sa paternité, entre autre.

8LGBT : Lesbienne – Gay – Bi – Trans.

9Parthénogenèse : mode de reproduction non sexué présent dans le règne animale voir page 71.

Ma famille homparentale en province :
milieu et influences diverses

Jusqu’ici tout va bien

Après avoir longtemps vécu en centre ville (Lyon et Paris), je vis aujourd’hui avec ma famille recomposée (ma compagne, mon fils de 14 ans, mes 2 beaux-fils de 14 et 19 ans), dans un village de 1 700 âmes, proche d’un grand centre urbain – quand même.

En 2001, consécutivement à la naissance de mon fils, j’ai quitté (avec ma compagne de l’époque) mon centre urbain festif et bobo pour un peu de verdure, de paix et de logement de plain-pied.

Malgré les mises en garde de pas mal de citadins purs et durs, inquiets quant à notre survie dans un milieu qu’ils envisageaient plus hostile, nous avons été plutôt bien accueillies.

Je n’ai jamais ressenti une quelconque animosité de la part des habitants, à cette époque.

Les démarches administratives en mairie ou lors de l’inscription de mon fils à l’école se sont déroulées sereinement, sans questionnement intrusif.

Bien sûr, nous alimentions certaines discussions, mais il faut bien parler de quelque chose.

Les rares questions que l’on osait me poser concernait le père, bien évidemment, où plutôt à son absence mais dans des proportions pas tellement plus affolantes qu’auparavant.

Ce qui a véritablement changé la donne et montré les limites de la tolérance, c’est lorsque je me suis séparée en 2008 pour vivre avec ma compagne actuelle, mariée et mère de 3 enfants. Nous avons cependant survécu (voirpages 90 à 92).

Tolérance zéro ?

La honte la plus absolue pour les adolescents et les jeunes hommes qui m’entourent aujourd’hui, puisque nous rencontrons régulièrement les copains de nos fils, réside dans l’homosexualité – masculine – principalement.

On vérifie ce vieux cliché où l’homosexualité féminine serait mieux perçue, en tout cas par les mâles. C’est vrai que c’est l’un de leurs phantasmes n°1, illustré bien sûr dans chaque film X hétéro qu’ils consomment au gré du Net.

Mais bon, ça s’arrête là. On s’aperçoit bien vite qu’il considère l’homosexualité féminine comme une sous-sexualité, vu qu’on se prive volontairement de bite, outil indispensable pour arriver au 7ème ciel. Ah, s’ils savaient…

Pour les gays, c’est moins condescendant mais plus violent. Je le répète : c’est la PEUR PRIMALE pour ces jeunes hommes en devenir.

Se faire sodomiser par exemple, (puisqu’ils réduisent souvent l’homosexualité masculine à cet acte), équivaut à une soumission, une négation de leurs valeurs viriles… d’ailleurs, où les situeraient-elles sinon ?

C’est même déjà un acte structurant fort : se définir en tant qu’hétéro, c’est échapper à la honte et au bannissement.

Bien sûr, la sodomie est allègrement pratiquée avec les filles, mais ça, c’est normal. Elles sont là pour ça.

« C’est tout naturel (!) entre un homme et une femme et elles aiment forcément ça » (sic).

J’ai beau leur dire qu’un cul n’est pas plus sacré qu’un autre, je trouve rarement d’écho.

Dans ce contexte, vivre son homosexualité au grand jour ou assumer sa famille homoparentale ne s’annonce pas toujours évident.

Bien sûr, cela dépend des enfants, qui naissent et évoluent avec des sensibilités différentes. Cela dépend aussi des parents, de leur capacité à se positionner clairement et fièrement10.

On a vécu cet état de fait avec mon beau-fils de 19 ans, plus à l’aise aujourd’hui avec cette question car nous avons été quasi adoubées depuis par l’ensemble de ses potes, de « ses frères » comme il dit. Ayant eu très peu de relation avec son père, présent pour la forme mais absent dans le fond, il s’est créée une belle relation entre nous. Lorsque je contemple aujourd’hui ce beau et fringant jeune homme, je me dis avec un petit peu de fierté que j’y suis pour quelque chose.

Malgré cette belle entente familiale constructive, nous nous sommes bien vite aperçu, ma compagne (sa mère) et moi-même, que l’avouer au reste du monde, (ses amis principalement), posait nettement plus de problème :

il n’invitait personne à la maison(rappel : il vivait dans notre foyer depuis l’âge de 11 ans).

Pourtant, la quasi totalité de ses amis connaissaient notre situation et ne semblaient guère nous craindre au vu des échanges que nous avions lors de contacts extérieurs.

On suppute que les discours toxiques de son père et de son frère aîné, resté vivre avec ce dernier dans une totale amertume, ont certes influencé ce garçon devenu adolescent.

Ses grands parents maternels, par réaction envers leur fille (ma compagne), dont la vie et les choix nécessitaient selon eux leur approbation et leur ingérence, ont également apporté, à défaut de leur soutien, leur lot de négativité.

Puis enfin, il trouva les mots pour le dire et se confia à ses meilleurs amis (au cours de sa 16ème année), qui le rassurèrent.

Ce fut un immense soulagement pour lui et depuis notre maison ne désemplit pas de jeunes gens joviaux et respectueux. Ils paraissent même nous estimer et ne fuient aucunement notre compagnie, au contraire. Nous distillons bien sûr ces relations, nous ne souhaitons pas sombrer dans le jeunisme non plus. Le fait est qu’ils nous apprécient pour nos qualités intrinsèques et ne nous envisagent pas qu’à travers le « particularisme » de notre sexualité.

Mais le chemin fut long : 5 ans.

Notre grand garçon eu beaucoup de mal à faire ce « coming out » par procuration. Les tabous sociaux et familiaux avaient bien entendu favoriser ce terrain.

Peut-être s’est-il aussi rendu compte également que les funestes présages proférés par des proches bien intentionnés : tes amis vont te fuir, tu ne pourras par avoir de petites copines, etc, étaient finalement plus dictés par des ressentiments personnels que tirés d’une quelconque expérience réelle.

Pour nos deux enfants âgés de 14 ans, l’acceptation, pour le moment, s’est opérée dans une moindre douleur. Ils avaient 6 ans à l’époque de notre rencontre.

Tout d’abord, pour mon fils naturel, déjà arrivé au monde dans un foyer homoparental : c’est à l’école primaire qu’il a découvert que son modèle était ultra minoritaire.

Dans son entourage proche, il n’avais pas trop fait l’objet, il me semble, de mise en garde concernant les traumas que son modèle éducatif pouvait lui réserver.

Il a très rapidement intégré ma compagne actuelle comme le deuxième parent de confiance sur qui il pouvait compter. Dans bien des domaines, il se confie d’ailleurs plus facilement à elle, tout comme j’entretiens certaines relations plus intimes avec mes deux beaux-fils sur certains sujets.

En fait, mon fils a surtout considérablement profité de l’évolution de statut de fils unique vers celui de « petitdernier » de fratrie : il sait qu’il ne sera plus jamais seul.

Pour mon second beau-fils, (6 mois d’écart avec le mien), l’apport d’un « frère » du même âge constitue un avantage également considérable.

L’homoparentalité lui étant « tombé dessus » plus jeune que son frère ainé, il éprouve beaucoup moins de réticence quant à évoquer son modèle familial. Cela ne semble pas constituer pour lui un handicap majeur et nos deux jeunes garçons invitent leurs copains à la maison quand bon leur semble.

Sont-ils pour autant à l’aise en toute circonstance ? Certainement pas.

Comment les choses se déroulent-elles pour eux à l’extérieur et principalement à l’école ?

Nous nous basons sur les faits que nous connaissons. Que pouvons-nous en apprendre ?

De la maternelle au lycée

On peut affirmer que leur scolarité élémentaire s’est déroulée dans un cadre idyllique pour tous les 3. Ils ont fréquenté l’excellente école maternelle et primaire de notre commune.

L’équipe enseignante, avec qui nous avons collaboré dans plusieurs domaines (délégation parents d’élèves, sorties pédagogiques), mérite d’être saluée pour son implication et sa disponibilité envers tous les enfants.

Jamais ils n’ont jugé notre situation avec circonspection, ce qui d’ailleurs, est généralement le cas dans toutes les écoles de la République.

Quant au relationnel entre les enfants en primaire, nos fils nous ont rapporté une seule anecdote.

Au point culminant de notre popularité dans le village, c’est-à-dire lorsque ma compagne a quitté son mari pour vivre avec moi et les proches années qui suivirent, les élèves (âgés de 5 à 9 ans pour la plupart) se sont tout à coup mit à se traiter « d’homosexuels » dans la cour de l’école.

Tous.

A la manière d’un épisode de South Park11, c’était devenue l’insulte du moment.

On suppose que les commentaires bienveillants de certains parents ou de frères et sœurs ainés venaient de produire leur résultante.

D’abord un peu décontenancés, nos enfants ont rapidement réagi, dixit Paul, 8 ans à l’époque, quand il fut visé plus particulièrement :

« Ma mère c’est ma mère, moi c’est moi et je vois pas comment j’pourrais être homo ????? »

Bien sûr, nous avons fortement soutenu et encouragé nos enfants au cours des discussions familiales qui suivirent.

C’était néanmoins la première fois que l’on devait justifier notre situation matrimoniale à nos enfants et préciser dans le même temps qu’elle n’impliquait pas forcément qu’ils avaient encore plus de (mal)chance de devenir gays

Au collège, on s’aperçoit rapidement qu’on va traverser les années de tous les dangers. On ne va pas s’étendre sur la déliquescence du système scolaire : programmes expurgés et tirés vers le bas, absence de système coercitif et incitatif au travail, redoublements proscrits, etc.

Ce sujet mérite une littérature à part entière. Je salue néanmoins le courage des enseignants qui essaient de faire leur travail dans cette pétaudière qu’est devenu le collège français.

C’est souvent également à ce moment là que nos chers petits vont pouvoir se retrouver en contact avec : l’alcool, le tabac, la drogue, la pornographie.

La violence ordinaire va prendre place peu à peu dans le quotidien de nos enfants, peu sensibles à ce sujet, tant qu’ils n’en sont pas eux-même les victimes. Les comportements et les actes qui nous ulcèrent, nous parents, ont déjà été banalisés par nos ados.

La règle de survie réclame de jouer profil bas, ne pas faire de vague, se fondre dans la masse.

C’est donc peu dire qu’aucune particularité n’est bonne à afficher, exceptées les différences religieuses ou ethniques.

Là, elles sont plutôt revendiquées et portées comme un étendard par certains, afin de marquer son appartenance à un groupe, à l’aide de postures ou d’attitudes plus ou moins hostiles.

Le racisme et l’anti-racisme (ou angélisme) ont sécrété, semble-t-il, tous deux les mêmes poisons.

L’ennemi commun...