Madame la Garde des Sceaux

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Par hasard, j’ai lu que l’historien Jacques Marseille – je ne le connaissais pas – avait désigné le baccalauréat comme un « monument d’hypocrisie nationale » et un « instrument d’inégalité sociale ».


Personnellement, je formule, à ce sujet, une critique sciemment provocatrice.


Le diplôme en question sanctionne le parcours d’éducation et instruction des femmes et hommes appelé-e-s à exercer la fonction suprême d’une véritable démocratie qu’est la citoyenneté, au travers de laquelle chacun-e détient une part égale de la souveraineté nationale. Ce devoir ne s’improvise absolument pas et exige quinze années de formation (« bac-15 ») d’un être humain – la plus longue et importante de sa vie terrestre – afin qu’il soit, au minimum, apte à la pratique de sa première profession ; une tâche incontournable et indispensable à la construction, au développement et maintien de sa liberté et son épanouissement individuel-le. Qui le sait ? Très peu d’entre nous, en vérité.


J’en ai pris conscience récemment, et j’ai pourtant trente-neuf ans.


Dès lors, je qualifie volontiers, désormais, notre système d’enseignement de filouterie nuisant intentionnellement à la transmission du savoir. J’en ai subi quelques répercussions, parmi des milliers d’autres.


Néanmoins, je dois d’abord m’en prendre à moi-même et non m’indigner ridiculement, crier à l’injustice et clamer mon « innocence ».


Certain-e-s relativiseront et réduiront mon infortune à une dernière « histoire belge » vécue et racontée en France...


Publié le : mercredi 27 janvier 2016
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EAN13 : 9782332998019
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ISBN numérique : 978-2-332-99799-9

 

© Edilivre, 2016

 

I

1

Madame la Garde des Sceaux,

Une lettre ne suffirait pas et j’en ai déjà adressé deux, les jeudi 17 juillet et vendredi 12 décembre 2014, à vos collègues, titulaires des portefeuilles de la santé et des sports, qui ne m’ont pas répondu.

« Vive la France ! Vive la “République” ! »

Voici une association de mots que je ne supporte plus d’entendre, tant elle me paraît, chaque jour, davantage mensongère. Elle sonne si faux, maintenant, au cœur de la prétendue « patrie des droits et de l’égalité » ; là où aurait eu lieu, en 1789, une révolution que je considère, vu les évolutions actuelles, comme un vague récit relevant, de plus en plus, du mythe ou de la légende.

Il y a peu, j’ai mieux pris conscience que je bénéficiais énormément des effets de la démocratie sociale ; les conséquences d’un passé composé des montagnes de cadavres de celles et ceux qui ont lutté, ou résisté, et donné leur vie pour mon bien-être. En réalité, ils et elles n’ont pas eu le choix et leur destinée s’est achevée par un assassinat précédé, ou non, de tortures. Des hommes et femmes detous âges, mais qui n’étaient cependant qu’une minorité pourchassée, par une autre, au milieu d’une majorité fermant les yeux et se bouchant les oreilles. En vérité, une bonne partie de cette dernière approuvait tacitement les meurtres commis.

Ces privilèges – au sein de l’humanité – dont je profite ne se maintiendront pas indéfiniment et succombent, en ce moment, face au démantèlement effectué dans l’indifférence quasi complète. Malheureusement, il est trop tard et je suis obligé de l’admettre à mon tour.

Je suis schizophrène et beaucoup de nos concitoyen-ne-s sont déjà terrorisé-e-s à la lecture de ce terme. (Le verbe de ma phrase est très à la mode, aujourd’hui, et hautement recommandé à la population.) Néanmoins, il ne s’agit que d’un nom commun et je clame que, dans mon cas, « handicap psychique » est aussi une définition appropriée de mes difficultés quotidiennes. La « maladie mentale »1dont j’ai souffert, je l’ai due à une cause nettement identifiable – je n’ai pas eu besoin de l’analyser au microscope : l’ignorance générale et caractéristique de l’espèce à laquelle j’appartiens. Naturellement, j’ai une étiquette collée sur le front ; je ne l’ai pas choisie, dois impérativement l’assumer et elle a l’allure d’un triangle coloré. (Je peux même en aligner plusieurs fixés à une barrette placée sur ma poitrine.) Avant et après ma naissance, on ne m’a pas demandé si j’avais le courage, la force et capacité de m’attaquer aux multiples problèmes – et les résoudre – engendrés par le simple fait d’être différentau cœur de notre « belle » société.

Mon mécanisme cérébral est ce qu’il est et restera le moteur d’une personnalité singulière. Quand un cerveau est défaillant – à l’exemple du mien –, il est vain – et aggravant (je le sais, désormais) – de le « tordre » en espérant ainsi ressembler à ses congénères. Depuis que je l’ai compris et que j’ai refusé de me plier à un « diktat » normativiste, j’ai vécu continûment un apaisement qui m’a conduit vers un petit bonheur intime ; il était pourtant suffisant. Fortement haineux, j’avais appris à aimer les gens autour de moi. C’était un bouleversement ; j’en étais stupéfait, parfois, et ravi, globalement. Ce fut bref : près de trois ans. (J’en ai trente-neuf.) Mon nouvel univers a été fracassé en raison de ma confiance en des élu-e-s et ma naïveté devant leurs fabulations.

2

Ne parvenant pas à m’intégrer dans les structures ordinairement fréquentées par des individus valides, j’ai découvert, pendant l’été 2013, l’existence de « la Fédération française du sport adapté (F.F.S.A.) […] créée le 27 juin 1971 sous le nom deFédération française d’éducation par le sport des personnes handicapées mentales. Elle prend son appellation actuelle de sport adapté en 1983. La F.F.S.A. remplit une mission de service public, elle est reconnue d’utilité publique en 1999. Fédération sportive la plus importante en nombre pour les personnes handicapées, elle reçoit une délégation du ministère des Sports, non pour une discipline, mais pour organiser, animer, coordonner les activités physiques et sportives en direction des personnes ensituation de handicap mental ou atteintes de troubles psychiques. […] La France est l’un des rares pays à posséder, avec la F.F.S.A., une fédération sportive qui s’attache à dépasser le concept de handicap pour valoriser les capacités des individus. La participation pleine et entière, l’accessibilité maximale à la vie sociale, culturelle et professionnelle réaffirmées par les plus hautes instances de l’État, sont unenjeu auquel la F.F.S.A. a souscrit de longue date comme étant un enjeu éthique. […]2 3 4 »

Je souhaitais jouer au ballon, mais il n’y avait pas d’offre en ce sens dans mon département, la Seine-Saint-Denis. Déçu, je me suis intéressé à une activité que je n’avais jamais pratiquée : la boxe française. Là-bas, quelques adhérent-e-s m’ont invité à les rejoindre au sein deleur équipe de basket-ball et futsal5. Je me suis rendu dans un gymnase des Hauts-de-Seine et j’ai perçu, dès la première séance, que les deux dirigeant-e-s n’avaient pas un profil correspondant à celui des professionnel-le-s que j’avais l’habitude de côtoyer, depuis ma prise en charge par la Sécurité sociale (au travers, principalement, d’une psychiatre que je vois régulièrement). J’ai été diagnostiquéen 2003 et mon cheminement atteste que mes difficultés sont apparues en 1981. À ce sujet, je me suis livré, en 2012 et 2013, à un vaste exercice autobiographique qui m’a sérieusement aidé à apprivoiser ma déficience ; c’est une excellente méthode thérapeutique.

3

Les événements et abus – dont j’ai été spectateur et victime – qui se sont produits entre les mois de février et novembre 2014 ont été rapportés au parquet de Nanterre. Mon dossier est constitué d’une centaine de pièces que j’ai dû collecter, classer et commenter. Dans l’ensemble, j’ai traversé uneannus horribilisdurant laquelle j’ai pu observer à quel point nous sommes enfermé-e-s et entretenu-e-s dans une illusion qui est, en réalité, la croyance en une démocratie ; nous nous en contentons et sommes rassuré-e-s. D’expérience, je le dis dorénavant : « Malheur à vous si, un jour, vous subissez une injustice. ».

4

Sur la vingtaine d’inscrit-e-s, nous étions trois à nous plaindre du comportement de notre entraîneur6, surtout lors d’un désagréable séjour à Nancy (en juin). Au cours de ce tournoi organisé à proximité de l’ancienne capitale de la Lorraine, nous avons été l’objet de pressions (certains ontété écartés), vu notre gardien de but (de vingt-deux ans) assis sur le terrain et pleurant suite aux reproches du président7, etc. Je rappelle que nous sommes mentalement fragiles, du fait d’une malformation biologique aléatoire, et je pose une question : « Pourquoi a-t-on créé le sport adapté ? ». Nous avions un encadrement à l’égal d’un vulgaire club de football où se retrouvent des hommes foncièrement dénués de réflexion. Dégoûtés, deux d’entre nous8ont exprimé, à plusieurs reprises, leur désapprobation et, en définitive, ont été rabroués – méchamment et à voix haute – pendant le repas de la soirée de clôture. Nos coéquipiers ont préféré se taire et, moi, j’ai employé la diplomatie et tenté de concilier, panser les blessures et d’évacuer la tension. Ma crainte a été de ne plus pouvoir conserver une neutralité et de devoir plaidoyer.

Personnellement, j’ai eu droit à un traitement particulier que je ne transcrirai pas ici, puisque je ne peux pas tout prouver. Mon unique témoin étant Nico qui nie complètement ce que je dénonce. Ses attitudes ont déclenché une querelle, entre lui et moi, dont je garderais volontairement le caractère privé, car je ne doutais pas que Patrick me donnerait tort ; cet individu n’étant pas fiable. Pourtant, il a parfois vu et entendu ce qu’il m’arrivait.

5

Le dernier week-end de septembre, je suis revenu avec appréhension. Je n’ai pas découvert d’associations équivalentes, ailleurs, et ne désirais pas délaisser mes camarades. L’assiduité de ce faux coach – à mes yeux – m’enlevait la joie que j’avais connue au début, la saison précédente, et je demeurais déstabilisé.

Vexés, Frédéric et Philippe n’avaient pas obtenu le renvoi de Nico qui s’était imposé parmi nous. En signe de protestation, ils avaient d’abord boudé le futsal au profit du basket-ball, puis pris contact avec un club9du Val-de-Marne et, le samedi 18 octobre, ont finalement annoncé leur départ en s’adressant aux adhérent-e-s10dont ils avaient escompté le soutien. Ils ont été polis et se sont correctement expliqués, mais le président – qui ne maîtrise pas ses nerfs – les a interrompus et a élevé le ton. Quelques instants plus tard, ils sont sortis du gymnase en étant accompagnés de cris et d’insultes. J’en ai été estomaqué et nul n’a osé réagir. J’ai su que mon heure sonnerait bientôt.

J’ai essayé d’éviter les ennuis, je me suis efforcé d’être constructif et, le samedi 22 novembre, la situation a dégénéré. Patrick s’est retiré à 14 h 3011et nous a confié-e-s à la vigilance de son « entraîneur »12. Les deux heures de football se sont transformées en une grande et longue récréation durant laquelle j’ai été de nombreuses fois bousculé sur le terrain par Nico, treize ans plus jeune que moi13. Valide, il jouait avec nous, à chaque fois, et, cetteaprès-midi-là justement, il avait composé un groupe au sein duquel il était appuyé par les deux meilleurs attaquants14. En face, j’étais en défense avec Vincent, le jeune homme avec qui je parlais le plus. J’ai résisté et me suis battu contre ce type qui, visiblement, avait l’objectif – ancien – de me faire tout simplement dégager. Lors de cette confrontation, j’ai éprouvé des douleurs aux articulations des membres inférieurs et été projeté au sol15, sur le dos et la tête près du mur (au pied du filet).

Je suis rentré furieux et attristé, et j’ai passé une mauvaise nuit.

Les maux ressentis dans la colonne vertébrale m’ont contraint, le dimanche matin, d’envoyer unSMScollectif signifiant ma décision de jeter l’éponge. Il n’a été suivi d’aucune réaction. Étonné, je renverrais, le lendemain, un message à Patrick et recevrais seulement un « Ok »16d’un responsable d’association absent au moment des faits et ne se souciant pas, à l’évidence, de recueillir mon témoignage des incidents qui s’étaient déroulés.

6

Fâché de ne pas être appelé, je lui ai adressé, le mardi 25, un courrier (en recommandé avec avis de réception) de manière à lui communiquer discrètement un aperçu de ce qui était à l’origine de la détérioration de nos relations. Stressé et vindicatif, je suis allé déposer une seconde main courante, signalant ces agissements, au commissariat de police de ma localité. La première remontait au 17 juillet, quatre semaines après notre retour de Nancy. Choqué d’avoir été malmené dans des structures se réclamant du sport adapté (financé par des fonds publics), j’avais aussi écrit une lettre – manifestant mon émotion (sur dix pages17) – aux ministres concernées, car je souhaitais ardemment savoir pourquoi ces sévices étaient possibles.

Je n’ai pas eu de réponse, Madame la Garde des Sceaux.

En décembre, ma psychiatre noterait, à deux reprises, une intense agitation chez moi – similaire à celle du début de l’été – et me prierait même de sortir de son cabinet, si je ne me calmais pas ; heurt qui ne s’était jamais produit en douze années de consultation. J’espérais, de sa part, plus de compréhension de ce que je lui narrais de ma cruelle mésaventure, mais elle devait être circonspecte. Dans ma vie, j’ai été agressé deux fois ; ordinairement, je me méfiais et j’étais prudent… Sauf ces soirs-là. Que de tels événements aient lieu est malheureusement constitutif du fonctionnement de notre monde. Néanmoins, je ne peuxvraiment pas les accepter dans un milieu prétendant proposer spécifiquement une activité physique protégée et réservée à des êtres vulnérables. Je demeure sur un sentiment d’abus et répète que les organisateurs réclament périodiquement des subventions et sponsors au nom des handicapé-e-s mentaux/ales, sensoriel-le-s ou psychiques.

En vérité, j’étais revenu sur mon idée d’abandonner la partie et je voulais retrouver mes coéquipiers – avec lesquels je n’avais pas eu d’ennui, au contraire. Le vendredi 28, j’ai téléphoné à un président ne s’exprimant toujours pas et insisté pour connaître clairement sa position. Il a été évasif et m’a demandé de ne pas me montrer parce qu’il devait interroger Nico à ce sujet, séparément et tranquillement. Il ne m’a pas parlé de mes camarades. J’ai été obligé d’acquiescer.

Refusant de rester inactif face à ce problème perturbant, je me suis rendu, le 29, à un tournoi organisé, à Villepinte, par la F.F.S.A. ; j’étais désireux de rencontrer les dirigeant-e-s, leur exposer mes déboires, recueillir leur avis et bénéficier, éventuellement, de leur assistance.

Le jour où je m’étais résolu à assumer ouvertement ma schizophrénie, je m’étais attendu à affronter inévitablement l’ignorance de toutes et tous. Par la suite, j’avais envisagé de m’y préparer en m’entraînant, à cette exhibition, au cœur d’un microcosme éclairé où je pouvais révéler ce que je suis sans craindre – en théorie – le jugement négatif des autres. Et, fort de cet appui, je m’étais vu m’affirmer plus sûrement et, ainsi, éviter d’être esseulé en livrant mon combat.

Naturellement, j’étais nerveux et je dissimulais mal mon ressentiment coléreux contre deux individus dont je contestais totalement le droit de prendre en charge des déficient-e-s. J’ai souligné leur incompétence et manque flagrant de psychologie ; un contraste aisé à établir en les fréquentant : la comparaison de leurs attitudes avec celles des personnes qualifiés que j’avais l’habitude de côtoyer était importante et consternante. Après quelques heures, j’ai été déçu de mes différents entretiens avec des interlocutrices/teurs dont je ne distinguais pas la fonction ; j’étais comme un chien dans un jeu de quilles.

7

Le samedi suivant (le 6 décembre), j’ai été destinataire, à 10 h 19, d’unSMSque je transcris :

Bonjour,

Merci de ne pas venir aujourd’hui.

Je vais te répondre et te renvoyer ton chèque et ton dossier médical.

Tu auras les réponses à toutes tes questions dans mon courrier.

Salutations.

Patrick

J’ai patienté et reçu, une semaine plus tard (le 13, à 12 h 44), le message suivant :

Bonjour,

Comme prévu, gymnase fermé aujourd’hui.

N’ayant pas tous les éléments, ma réponse à ton courrier et le chèque partiront milieu de semaine prochaine.

Patrick

Pressentant que je n’obtiendrais rien, j’avais rédigé, la veille, six lettres que j’ai expédiées18aux ministres de laSanté et des Sports – de nouveau –, à la procureure de la République19, au préfet des Hauts-de-Seine, au président de la Fédération française du sport adapté et à la maire de Colombes qui, le vendredi 21 novembre 2014 (date précédant les incidents, sur le terrain, me poussant au départ), s’était illustrée, dans les médias, en dénonçant des comportements intolérables au sein d’une association appartenant à la ville qu’elle dirige20. Je n’ai pas cru en uneréaction rapide et les deux avocates consultées antérieurement – parce que je sentais poindre des ennuis à l’horizon qui n’avaient pas lieu d’exister – m’avaient averti que je ne devais pas compter, dans mon cas, sur une « justice » sous financée et surchargée ; raison pour laquelle, choqué, je multiplierais les démarches : celle au Parquet ayant peu de chance d’être prise en considération. (J’ai principalement placé mes espoirs en la F.F.S.A et la Municipalité.)

Face à mon désappointement, elles m’avaient aussi conseillé de solliciter des journalistes ; ce que je ferais, pendant la période des fêtes de fin d’année, en rédigeant fébrilement un articleIde quatre pages résumant ce que j’avais vu et subi. Je l’enverrais, sans succès, à différentes rédactions21.

Secoué concomitamment par les drames de Dijon (lundi 21 décembre 2014) et Nantes (le lendemain) et redoutant, une fois de plus, un emploi du mot « schizophrénie » qui ruinerait le fragile crédit que j’avais acquis autour de moi en assumant franchement un handicap psychique, je me suis même permis de bricoler un communiqué de presseIIque j’ai posté, électroniquement, partout où je le pouvais. Mon objectifréel demeurait d’arriver à exposer les incidents connus dans un milieu prétendant accueillir les déficient-e-s dans de bonnes conditions et aider, dans le cadre d’une politique publique de lutte contre les discriminations, à leur intégration parmi les valides.

Je n’ai pas été entendu, Madame la Garde des Sceaux. Je précise que je n’ai pas craint de mettre immédiatement en avant, dans mes écrits, ce que je suis afin de tester la fameuse « tolérance » de notre société actuelle.

8

Le mercredi 17, j’ai vu ce mail (11 h 41) :

Monsieur,

En réponse au courrier que vous avez adressé au préfet des Hauts-de-Seine, le 12 décembre 2014, et arrivé dans notre service le 16 décembre 2014, je tiens à vous informer que nous prenons en compte votre ressenti et vos observations quant à l’association […], et que nos services envisagent d’effectuer une visite de contrôle de cet établissement afin de vérifier sa conformité avec la réglementation du code du sport.

Cordialement,

Et puis, rien.

9

Je ne suis pas un homme qui abdique, Madame la Garde des Sceaux. Ce n’est pas une question de pathologie, mais de tempérament. Quoique…

Anxieux et mécontent, j’ai relancé le président de laFédération française du sport adapté et la maire de Colombes, le 6 janvier 2015, et, supposant que Patrick me snoberait22– sans état d’âme –, j’ai requis, ce mardi-là, un huissier de justice de délivrer le pli directement à la personne désignée. Je me serais volontiers abstenu de cette dépense ; je n’en avais pas les moyens et ne les ai toujours pas. Pour la énième fois, j’ai vécu une vilaine semaine composée de nuits blanches : le clerc n’a pas pu assigner l’acte avant le 19, après deux tentatives avortées (m’a-t-on dit, au téléphone). En cas d’échec, je perdais la somme déboursée et m’en suis inquiété.

Furieux de ces tourments immérités, j’ai commencé à mener ma propre enquête et collecter des informations, puisque les rares camarades à qui j’avais narré mon infortune étaient sceptiques et brandissaient, tel un obstacle devant moi, la nécessité des preuves. En outre, j’ai appris, entre autres, que l’association dont j’avais été écarté venait de déposer, le 6, sa première demande d’affiliation23à la F.F.S.A. Pantois, des découvertes m’ont incité à soumettre aux responsables de celle-ci, le lundi 12 (par courrier et fax), des éléments en ma possession.

Chiffonné de percevoir que n’importe qui était libre de concrétiser n’importe quoi en France, je me suis procuré le texte de loi du 1erjuillet 1901 et un exemplaire du code du sport. De ma lecture est assez vite ressorti qu’un grand laxisme sévissait en cette matière. Mieux : de quelques clics de souris, on crée aisément une structure sous couvert delaquelle on peut tout improviser sans se justifier. Ne sont évoquées que les obligations d’accessibilité aux établissements (en faveur des invalides physiques) et l’enseignement contre rémunérationIII, dans l’ouvrage compilant la législation sportive. (Le mail de la préfecture m’a, dès lors, paru saugrenu.)

Est-il bien raisonnable, Madame la Garde des Sceaux, d’autoriser à « qui le veut » de « monter » – comme une « boîte » – un club prétendument destiné aux individus souffrant de déficiences mentales, psychiques, sensoriel-le-s ou intellectuel-le-s (suivi-e-s ordinairement par des psychologues et médecins spécialisés), à l’instar de celles et ceux qui dirigent une amicale de joueurs/ses de pétanque… En « République » française, oui. Dans notre beau pays rempli de « génies », une boule de fer et un-e handicapé-e sont équivalent-es ; le respect absolu de l’égalité, je présume. Il n’existe pas de contraintes juridiques ni de fonctionnaires d’État susceptibles de l’interdire.

En tant que patient, je peux témoigner que le travail accompli, pendant de nombreuses années, par ma psychiatre24(financée par la Sécurité sociale et ma mutuellecomplémentaire) a été altéré, en peu de temps, par un technico-commercial retraité et un chargé de clientèle affirmant qu’ils ont les compétences pour assurer notre entraînement, sans révéler leur véritable formation. (Je le saurais ultérieurement.)

Ulcéré de cette ineptie, je me suis tourné vers mon député – qui est, en l’occurrence, le président de l’Assemblée nationale – et lui ai confié ma réflexion, le mercredi 14 janvier :

Monsieur le Député,

J’ai eu l’honneur de rencontrer Monsieur […], votre collaborateur parlementaire, dans les locaux de l’hôtel de ville de Romainville, ce vendredi 925.

Je vous écris afin de vous exposer ma situation résultant des dispositions insuffisantes de la loi 1901 encadrant la création d’associations. À cette fin, je vous joins un articleIque j’ai rédigé et destiné, sans succès, à la presse ; il récapitule succinctement les événements vécus qui ont motivé ma démarche.

Je suis consterné après avoir lu que n’importe qui a la permission de créer un club se réclamant du sport adapté, réservé aux déficient-e-s mentaux/ales, sensoriel-le-s et handicapé-e-s psychiques, à l’égal d’une amicale de joueurs/ses de cartes ou de pétanque. En outre, rien ne contraint à l’usage de la démocratie à l’intérieur d’une association… Et nous sommes en France ?! Je comprends mieux les anomalies que j’ai relevées là où je jouais au basket-ball et football en salle, entre les mois de février et novembre 2014, et m’appelant à formuler les objections suivantes :

1. Une association ouverte au public, recevant des subventions de la mairie et utilisant un gymnase municipal ne peut pas être la propriété privée d’un seul homme, président unique de par son propre fait, car aucune assemblée générale n’est tenue annuellement26.

2. Le siège d’une association ouverte au public ne doit pas se trouver au domicile d’un des membres. (Celui du « président-chef », dans ce cas-ci.) Des maisons des associations se trouvent dans toutes les villes et ont été ouvertes pour les héberger, informer et conseiller.

3. Si deux personnes sont indispensables à la fondation d’une association, celle-ci doit obligatoirement disposer d’une assemblée générale annuelle et d’un conseil d’administration dès l’instant où quatre personnes en sont membres.

4. Une association appartient à ses adhérent-e-s, dès l’instant où ils et elles ont réglé leur cotisation annuelle.

5. Le président du conseil d’administration n’est pas unchef ; ceci doit être nettement écrit et c’est un sujet très sérieux : le « titre » monte à la tête decertains individus.

6. Il est aberrant qu’une seule personne soit responsable civilement. La responsabilité collective est automatiquement partagée par tou-te-s les adhérent-e-s fréquentant l’association etcelles-ceux-ci doivent le savoir. De cette façon, le comportement de consommateur/trice sera évité et le ou la président-e ne sera pas stressé-e d’endosser la responsabilité de toutes et tous. Il s’agit de civisme démocratique et deresponsabilisationcollective ; un exercice d’éducation et d’instruction aidant à la prise de conscience de son environnement social.

7. Face à l’appropriation que je dénonce, les adhérent-e-s du […] – le terme « handisport » ne convient pas et jette la confusion27 – ont juste les droits de payer et se taire. Le président à vie est chez lui, « en son gymnase ». Et la cotisation est la plus chère d’Île-de-France. (Renseignement donné par la F.F.S.A.)

8. Ne s’agit-il pas d’abus sur personnes reconnues vulnérables ?

9. Quelle protection des handicapé-e-s en France, si n’importe qui peut créer, en quelques minutes, une association se revendiquant du sport adapté ? Je rappelle qu’il s’agit d’hommes et de femmes à la santé mentale fragile. « Éducateur/trice » n’est-il pas un métier ? Et ce domaine spécifique ne demande-t-il pas une formation spécialisée ?

Les déficient-e-s ne doivent pas être privé-e-s de l’exercice démocratique, dans une association, et doivent participer aux assemblées générales encompagnie d’un-e parent-e, un-e proche, un ou une ami-e, etc. En réalité, un bon exercice d’intégration et de compréhension du monde dans lequel ils et elles se trouvent.

Certes, je ne suis pas juriste et cherche encore le chapitre « sport adapté » dans le code concerné. J’ai écrit à la Fédération française du sport adapté et j’attends toujours de leurs nouvelles. Je les ai prié-e-s de refuser la demande d’affiliation du […] déposée le 6 janvier 2015. Cette association a été fondée en 2005 et les dirigeants ne distinguent pas le handisport (handicap physique) du sport adapté (handicap mental, sensoriel ou psychique). N’est-ce pas choquant ?

En fonction de l’objet mentionné dans les statuts d’une association, une législation devrait immédiatement s’appliquer, de sorte que des êtres faibles ne s’exposent plus aux attitudes et agissements d’individus leur infligeant des torts invisibles qu’ils n’exprimeront pas, pour des raisons que vous saisissez sans doute bien. Je ne suis pas le seul à me plaindre, mais les deux déficients chassés en octobre 2014 refusent de se joindre à moi parce qu’ils ont peur de représailles. J’ignore s’ils ont reçu des pressions ou menaces ; je ne peux en savoir plus. Pourquoi ?

L’association dont je vous parle est membre de la Fédération française handisport […] et je n’y ai jamais vu aucun invalide physique28en dix mois, excepté le fils de ce président, lourdement handicapé ; donc, ne pouvant pas pratiquer du tout et j’ai eu l’impression qu’il était parfois exhibé afinde susciter une « atmosphère » handisport29. Autant d’activités pour déficient-e-s en un même lieu est incompréhensible et, de toute manière, ingérable.

Où ai-je mis les pieds, Monsieur le Député, en croyant franchir la porte d’une structure sérieuse ? L’absence d’une législation valable et la concurrence de fédérations30, sur le territoire national, sont les causes fondamentales de ce désordre et d’une histoire que j’ai vécue et qui m’a affecté. Je ne peux rien prouver, puisque ma parole s’opposera à celles du président (technico-commercial retraité) et de son entraîneur (jeune chargé de clientèle). L’un et l’autre ont des activités professionnel-le-s n’ayant rien à voir avec le domaine dont je dépends, et je ne comprends pas leur implication. Je m’attache à porter à votre connaissance tous les éléments concrets qui vous permettront d’apprécier que je ne délire pas. Cette situation est psychologiquement très éprouvante pour moi.

Les ministres de la Santé et des Sports, à qui j’ai écrit les 17 juillet et 12 décembre 2014, ne m’ont pas répondu.

Je vous remercie, Monsieur le Député, de votre aimable attention et j’espère encore dans les mots « justice » et « État de droit » en vous écrivant.

Je vous prie de croire, Monsieur le Député, en l’assurance de ma haute considération.

Je n’ai jamais eu de réponse, Madame la Garde des Sceaux.

10

Un camarade qui a été longuement un utile et agréable confident, quelques soirs de cette période, n’acceptait pas qu’une telle aberration fût vraie dans l’Hexagone. Finalement, il m’a lui-même transmis, déconcerté, ce texte (par mail), le dimanche 25 janvier :

La réglementation de lencadrement bénévole.

L’obligation de qualification imposée par l’article L. 212-1IVdu code du sportaux personnes enseignant les activités physiques et sportives est strictement limitée à l’exercice contre rémunération. L’encadrement bénévole est donc parfaitement libre.

Si la loi n’impose pas de contrainte particulière de qualification pour l’encadrement des activités physiques et sportives à titre bénévole, il est cependant fortement recommandé de posséder une bonne expérience31dans la discipline concernée, ainsi qu’une bonne connaissance32du public encadré, notamment s’agissant d’un public en situation de handicap33.

En effet, les bénévoles doivent assurer conjointement avec l’association la sécurité de leurs interventions34. Le bénévolat n’exonère en rien la responsabilité civile et pénale du bénévole en cas d’accident (en cas de faute personnelle du bénévole, bien souvent la responsabilité civile de l’association se substituera à celle du bénévole, celui-ci agissant comme préposé de l’association en vertu de l’article1 384Vdu codecivil)35.

Irresponsabilité et impunité, Madame la Garde des Sceaux. C’est édifiant !

Je peux appréhender que ceci vise à autoriser, par exemple, un père de famille à entraîner l’équipe de football de son fils, dans un petit village de Corrèze. Néanmoins, j’ai vraiment eu beaucoup de mal à concevoir que le milieu que j’avais fréquenté, en tant que handicapé psychique, était organisé de cette manière, car cela reviendrait à déclarer que, partout en France, celle ou celui souhaitant gagner de l’argent dans le sport doit être titulaire d’un diplôme, mais que, s’il s’agit d’un individu « désintéressé36 », il est apte à exercer les mêmes compétences. Autrement dit, les deux sont de niveau égal et les études d’éducation physique ne contiennent et valent rien : n’importe qui étant aisément capable d’effectuer un remplacement complet, vu qu’elle ou il a déjà et « naturellement » cette science enlui-elle. Donc, il apparaît clairement que les personnes concernées ont suivi cet enseignement dans l’unique but d’abuser des client-e-s conduit-e-s à croire qu’ils et elles sont entre des mains expertes. Et sur base de cette duperie, ces derniers/ères sont sommé-e-s de rétribuer une prestation ou un cours que le ou la premier/ère venu-e dispense facilement. Une formation entièrement vide de sens, somme toute, et servant juste à réclamer des sous. Quel terme employer pour désigner précisément cet état des choses : charlatan-e, menteur/se, arnaqueur/se ouescroc/que ?

Ainsi, j’invite votre gouvernement à étendre ces « brillantes dispositions » – dignes de nous – à l’ensemble des professions et, à mon tour, je pourrai improviser à ma guise, puisque je n’exigerai aucune rémunération. N’étant pas un être avide de fric et étant mû du « profond désir de soulager mon prochain », je peux, car je sais… Aussi longtemps que je reste un bénévole ! Et je vous suggère de me substituer gratuitement à un-e magistrat-e, de sorte que ma « généreuse proposition » allège les lourdes charges salariales du budget de la « justice ».

Je vous prie, Madame la Garde des Sceaux, de transmettre mes félicitations à vos collègues – en particulier celle et celui de la Santé et des Sports –, sans oublier les cinq cent soixante-dix-sept député-e-s37et trois cent quarante-huit sénatrices/teurs38veillant« consciencieusement » à notre « bien-être », grâce à leur « précieux » et « important » travail législatif.

11

Opiniâtre, je me suis adressé à la Fédération française handisport39et aux partis communiste et socialiste de la ville de Colombes formant « l’opposition municipale ». (Je leur ai joint une copie de l’articleIque j’avais dactylographiéet soumis à la presse, afin qu’ils et elles connussent les raisons de mes tourments.)

Une erreur de ma part, sur l’enveloppe, a retardé la réponse du directeur général de la F.F.H. de près d’un mois :

Paris, le 11 février 2015

Monsieur,

Nous avons bien reçu votre courrier recommandé en date du 14 janvier 2015 et vous en remercions.

Nous ne comprenons pas bien votre démarche, car nos clubs affiliés n’ont pas de compétence relative à l’encadrement médical et paramédical (qu’il soit physique ou mental).

Leur vocation n’est tournée que sur l’accompagnement sportif et si vous considérez ne pas être accueilli selon vos critères d’appréciation, alors vous restez libre de partir et de chercher une structure d’accueil plus appropriée à vos besoins.

Avec nos regrets et tous nos encouragements pour votre avenir,

Veuillez agréer, Monsieur, l’expression de nos sentiments les meilleurs.

Directeur général

Copie à : M. le président [Patrick] de […]

Mme la présidente du Comité régional handisport d’Île-de-France

Je vous rappelle, Madame la Garde des Sceaux, que j’échangeais des courriers avec des individus prétendant promouvoir, par le sport, l’intégration de personnes vulnérables et différentes et, ainsi, lutter contre les discriminations au sein de notre société.

12

Dans ma lettre du lundi 12 janvier, j’avais prié le président de la F.F.S.A. de suspendre la procédure d’affiliation du club dont je me plaignais, dans l’espoir d’éviter une configuration qui me troublerait profondément : celle consistant à voir des dirigeants – que je qualifiais de menteurs et vauriens – en être membres de plein droit, tandis que j’en serais, moi, exclu ; j’avais dû quitter l’association, l’avant-dernier samedi de novembre 2014, et je savais que je n’en retrouverais pas une ailleurs, puisqu’il n’y en avait pas. Je redoutais d’être psychologiquement fracassé en apprenant cette nouvelle. Je m’étais bien entendu avec mes camarades déficient-e-s et mes ennuis provenaient, en réalité, de valides ignorants qui n’étaient pas intimement touchés par des difficultés comme les nôtres.

Malheureusement impatient, j’ai fini par me rendre directement au siège, le vendredi 23 janvier, où le vice-président délégué et le secrétaire général m’ont reçu quelques minutes ; le premier m’a indiqué qu’il était justement occupé à rédiger une réponse à mes courriers. (Je la recevrais effectivement onze jours plus tard, par mail, le mardi 3 février.)

13

Le lundi suivant (le 26), l’huissier de justice m’a contacté et j’ai ensuite retiré, chez lui, trente-cinq feuilles placées, par Patrick, dans une chemise rose. Je lui avais demandé d’attester expressément l’état de ce qui lui serait remis, car je voulais récupérer un dossier médical quej’avais fourni, le samedi 4 octobre 2014, en respectant scrupuleusement les injonctions (retranscrites ci-dessous) des formulaires d’adhésion de la F.F.S.A. qui m’avaient été tendus, à Colombes, une semaine plus tôt.

Accompagnement des sportifs.

Lors de toutes les compétitions et rencontres organisées par la F.F.S.A., les responsables des associations sportives doivent se munir :

1° De la licence sportive portant attestation de la délivrance d’un certificat médicalmentionnant l’absence de contre-indication à la pratique sportive en compétition. (Instruction n° 00-066 J.S. du 7 avril 2000&code du sport.)

Les sportifs dont le certificat médical mentionne certaines contre-indications à la pratique sportive doivent présenter, avec la licence sportive, ce certificat médical lors de toutes...

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