Mankell (par) Mankell. Un portrait

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Henning Mankell, l'homme privé et l'homme public, celui qui vit un pied dans la neige suédoise, l'autre dans le sable africain. Celui qui aime écrire avant tout.


Pendant un an Kirsten Jacobsen a suivi le célèbre écrivain suédois dans ses déplacements dà travers le monde, l'a observé et a conversé avec lui. Dans ces entretiens, Mankell se livre comme jamais auparavant quant à son parcours personnel, son processus créatif, ses engagements sociétaux et politiques. De ces rencontres émerge le tempérament de l'homme : travailleur, solitaire, pressé, en colère, inquiet, impatient, altruiste, généreux. Un être profondément intègre qui lutte contre le racisme et place au cœur de sa vie et de son œuvre un postulat : démocratie et solidarité.


Mankell (par) Mankell est un portrait vivant, illustré de 80 photos, enrichi de nombreux témoignages de proches et d'amis (Eva Bergman, Kenneth Branagh, Desmond Tutu, Michael Ondaatje).



Kirsten Jacobsen, journaliste et écrivain danoise née en 1942, a réalisé une longue série d'ouvrages consacrés à des personnalités, parmi lesquelles Lars von Trier.



Traduit du danois et du suédois par Anna Gibson


Publié le : vendredi 25 octobre 2013
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782021107166
Nombre de pages : 304
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Extrait de la publication
MANKELL (PAR) MANKELL
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« La créativité est la pierre angulaire de ma vie. »PHOTO :LINAIKSEBERGMAN
K I R S T E N J A C O B S E N
MANKELL (PAR) MANKELL
Un portrait
TRADUITDUDANOISETDUSUÉDOISPARANNAGIBSON
É D I T I O N S D U S E U I L e 25, bd Romain-Rolland, Paris XIV
Extrait de la publication
CELIVREESTÉDITÉPARANNEFREYER-MAUTHNER
Titre original :Mankell (om) Mankell © original : Kirsten Jacobsen, 2011 Éditeur original : Gyldendal, Copenhague ISBN : 978-87-02-10898-9
Cette traduction est publiée en accord avec l’agence littéraire Leonhardt & Høier, Copenhague
ISBN 978-2-02-110715-9
© Octobre 2013, Éditions du Seuil pour la traduction française.
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NewDelhi 2011
Laissez-moi faire ce que je fais le mieux – racon-ter des histoires, et illustrer ainsi ma vision du monde. Je crois que la façon que j’ai de raconter donne peut-être la meilleure image de qui je suis. HENNING MANKELL
« Chers amis. » La salle est austère : murs blancs tachés, tubes fluorescents au plafond et ventilateurs qui bourdonnent ; le public se com-pose d’étudiants indiens, garçons et filles en proportion égale. Henning Mankell les salue et enchaîne par une question : « Combien d’entre vous rêvent de devenir écrivain ? » Trois ou quatre mains se lèvent. «I don’t believe you.» Je ne vous crois pas. Son anglais est décontracté. Il est à l’université de Delhi, la plus importante université indienne, trois cent vingt mille étudiants. Depuis des années qu’on lui propose de venir parler, ici à Delhi et au festival de Littérature de Jaipur, c’est la première fois qu’il a accepté l’invitation. Ce genre de contexte lui sied ; il est au mieux de sa forme et son public lui mange déjà dans la main.
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MANKELL (PAR) MANKELL
« Laissez-moi vous raconter une histoire. Je suis ici devant vous en tant que conteur, alors c’est logique. Comme vous le savez, j’ai passé une grande partie de ma vie sur le continent africain, principalement au Mozambique – je reviendrai plus tard sur les raisons qui m’ont conduit là-bas. « Au début des années 1980, le pays était en ruine suite à une terrible guerre civile. Des groupes de mercenaires et de bandits à la solde du régime d’apartheid qui sévissait encore en Afrique du Sud s’évertuaient à répandre la confusion et la peur au Mozambique. C’était une période terrifiante. Il n’est pas une seule personne qui n’ait alors subi d’une manière ou d’une autre les pires souffrances. Je me trouvais dans le nord du pays, dans la province de Cabo Delgado, à la frontière tanzanienne. Un jour, je me dirigeais à pied vers un village ; la zone avait été détruite, les récoltes brûlées, tout sentait la mort, la misère et la souffrance. « Soudain j’ai vu un garçon venir vers moi sur le sentier. Il était âgé d’une quinzaine d’années, très maigre, sûrement affamé, et vêtu de loques. Mais ce que j’ai vu en baissant les yeux, je ne l’oublierai jamais. Il avait peint des chaussures sur ses pieds. « À l’aide de végétaux, il avait fabriqué de la teinture pour peindre les chaussures qu’il ne possédait pas. J’ai pensé : voilà donc jusqu’où peuvent aller la force et la volonté d’un être humain pour préserver sa dignité, y compris dans les moments de pire détresse. En se peignant à lui-même des chaussures, ce garçon se ménage aussi un espoir d’avenir. C’est un homme qui résiste,a man of resistance. « Je ne sais pas ce qui est arrivé à ce jeune homme. Je ne connais même pas son nom. Selon toute vraisemblance il est mort, mais pour moi il est vivant. Il m’a montré l’une des choses les plus importantes qui soient, c’est que, même dans les situations de misère extrême, nous avons, nous
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autres humains, une faculté inouïe de défendre notre dignité et de résister. « Il peut survenir un jour, pour chacun d’entre nous, où nous devrons nous rappeler que nous possédons cette faculté, qu’il existe une issue, que nous pouvons préserver notre dignité quelles que soient les circonstances. Et opposer une résistance aux forces du mal et de l’oppression qui hantent encore le monde dans lequel nous vivons. « Nous avons tous la faculté de nous peindre des chaus-sures aux pieds. « L’image de ce jeune homme est devant moi quand j’écris mes romans, mes pièces, mes scénarios. J’imagine que tout écrivain écrit le genre de livres qu’il ou elle a envie de lire, mais moi, j’écris aussi pour ce garçon. Il sera toujours mon premier lecteur, bien qu’il soit sans doute mort et, même s’il est toujours en vie, très probablement analphabète. « Ce que je viens de vous raconter s’est produit dans la réalité, mais ce pourrait tout aussi bien être une histoire que j’aurais inventée. Selon ma façon de voir, il n’y a qu’une seule définition du mot fiction : écrire comment les choses auraient puse passer, même si elles ne se sont pas nécessai-rement passées ainsi. Pour moi, ce n’est pas plus compliqué que cela. »
Henning Mankell se tait et observe quelques instants de silence.
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