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Maurice des Ombiaux Du Soleil dans ma Mémoire

De
230 pages

Contemporain de Camille Lemonnier et de Maurice Maeterlinck, récompensé par le Grand prix quinquennal de la Littérature française en 1929 par le gouvernement belge, Maurice des Ombiaux (Beauraing 1868 – Paris 1943) a publié un grand nombre de contes et de romans qui ont pour cadre le pays wallon, et, plus particulièrement, l'Entre-Sambre-et-Meuse.
Ardent défenseur du patrimoine culturel wallon, il est à l'avant-garde de nombreux mouvements en faveur de l'art wallon et des écrivains belges.


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Couverture

Image couverture

Dédicace

 

 

À Messieurs mes instituteurs et professeurs sans qui la littérature ne me paraîtrait pas aujourd’hui aussi envoûtante.

À tous ces écrivains wallons, fierté de notre pays de par la richesse inestimable du patrimoine légué.

J.B.

Préface

Je dois bien l’avouer : avant de rencontrer Jacques, j’ignorais jusqu’à l’existence de Maurice des Ombiaux. J’avais bien lu quelques auteurs wallons parmi lesquels le poète Henri Michaux, mais pas davantage.

Jacques a très vite comblé cette lacune, impardonnable selon lui, en m’invitant d’abord à lire « Totor ou le nouveau gros », puis d’autres titres de son auteur favori.

Nous n’étions pas encore sur un pied d’égalité (et ne le serons jamais tant l’érudition de Jacques à propos de ce prince des conteurs wallons est grande) mais, au moins, pouvions-nous débattre certaines questions relatives aux qualités littéraires de des Ombiaux, ses mérites et ses limites.

Nous n’avons pas toujours été d’accord et c’est bien mieux ainsi. L’essentiel est que ces échanges ont convaincu Jacques de se lancer dans l’aventure de cet essai que j’ai l’honneur de préfacer.

L’écriture a commencé en 2007, elle s’est achevée en décembre 2012. Dans l’intervalle, de nombreuses versions ont circulé entre nous, Jacques m’ayant confié la tâche de les relire et de les corriger, le cas échéant.

Je n’ai jamais hésité à donner mon avis ; de son côté, il a consenti à revoir sa copie quand j’émettais des réserves. Il ne m’en a jamais tenu rigueur, pourtant il lui en coûtait parfois d’élaguer.

Le résultat est là, imparfait sans doute, mais d’une honnêteté totale.

C’est pourquoi l’essai est magnifique, aussi.

Je souhaite aux lecteurs de prendre beaucoup de plaisir à le découvrir. Je veux croire que sa subjectivité même convaincra les plus curieux d’entre eux, s’ils ne connaissent pas des Ombiaux, de fouiller les bibliothèques et de consulter les sites de vente d’occasion en ligne pour mettre la main sur un de ses livres.

Jacques aura alors accompli sa mission de faire sortir de l’oubli ce conteur hors pair, ce chantre de la vie et de la Wallonie, ce fin gastronome.

Christine Opdecam

I
Avant-propos

Je ne suis pas écrivain et sans doute ne le deviendrai-je jamais. Du reste, je ne cherche pas à être qualifié de la sorte. Chacun son métier ! Je me considère avant tout comme un conteur « coup de cœur ».

Je vous livre une unique étude, depuis longtemps enfouie en moi. Sans les encouragements de mes proches, une paresse naturelle et le manque d’audace n’auraient jamais permis qu’elle voit le jour. Je ne pourrai jamais assez remercier toutes celles et ceux qui ont transformé mes nuits en cauchemars éveillés ! Les coupables se reconnaîtront aisément, quant aux autres, qu’ils consultent les remerciements en fin de volume !

Ce que je veux partager au-delà de cette étude, c’est le plaisir intense que l’on éprouve quand on se libère du trop-plein de son âme, qu’on exprime l’objet de sa passion et par là même, qu’on livre ses joies, ses envies, ses angoisses.

Lire les auteurs wallons et, plus particulièrement ceux de l’Entre-Sambre-et-Meuse m’a toujours procuré une volupté, non exempte de fierté. Il faut dire qu’à l’aube de mes trente ans, je n’avais jamais quitté cette merveilleuse contrée enchanteresse.

Vingt ans d’exil ensuite n’ont en rien altéré l’intense plaisir de leur lecture. Ils ont, par contre, métamorphosé la fierté en un sentiment de profonde identification, au point de ressentir la nécessité d’un retour aux sources.

J’observe avec tristesse que non seulement l’œuvre mais aussi le nom même de l’incontestable maître de la littérature wallonne qu’est Maurice des Ombiaux disparaissent des mémoires. Quel gâchis que l’oubli d’un si beau patrimoine, si proche encore.

Je souhaite voir raviver la flamme de la littérature wallonne et protéger les germes encore présents sur ces bois d’époque en voie de décomposition.

C’est au travers de l’œuvre et de la personnalité de Maurice des Ombiaux que s’articule ma goualante en faveur de la littérature wallonne.

Les derniers messages incantatoires à l’endroit de Maurice des Ombiaux datent de 1932, quand l’auteur se trouve au faîte de sa gloire, et que Georges Delizée publie dans son ouvrage tout en aménité « Le Prince de Wallonie ». Les ultimes remontent à 1944, où, au lendemain de la disparition de l’auteur, Paul Prist nous livre un émouvant « Maurice des Ombiaux ou La Chanson de l’Entre-Sambre-et-Meuse ».

Il y a belle lurette de tout cela !

Plus proche de nous, en 1968, Jean-Marie Horemans rédige un « Maurice des Ombiaux, prince des conteurs wallons ». Le livre en soi est remarquable : un ouvrage biographique se doit d’être complet, intègre et juste !

Pour l’inconditionnel, le titre du livre déjà apporte un bémol au talent du maître réduit au rang de conteur. Le prince “es toutes catégories” perd de sa superbe.

Le comble est atteint avec la communication faite en janvier 2007 par feu Roger Foulon à l’occasion d’une séance inaugurale de l’Académie royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique. Ce Thudinien dans l’âme, ancien président de l’Association des Écrivains belges de Langue française, met en exergue les rares critiques émises par Jean-Marie Horemans. Qui plus est, sa communication est parsemée d’imprécisions flagrantes.

Le camouflet suprême est infligé lorsque le maître y est qualifié d’écrivain mineur !

Rejetons cette basse provocation vexatoire et rendons plein hommage au maître de la littérature wallonne.

II
Imprégnation

Qu’elle est belle la vie dans l’Entre-Sambre-et-Meuse dans les années 1960-1970. Le vingtième siècle entre de plain-pied dans son dernier tiers. Quant aux enfants que nous sommes, encore imprégnés d’insouciance et de naïveté, petit à petit, nous poursuivons notre apprentissage. Les problèmes existentiels n’affectent guère notre quotidien. Tout nous semble propice à un déploiement d’extases que nous capitalisons machinalement sans coup férir pour profit ultérieur.

Loin des turbulences citadines, les uns après les autres, les jours coulent paisibles, semblables aux précédents.

L’Entre-Sambre-et-Meuse est le berceau de mes plus belles années, notamment sur les bancs des institutions scolaires. Certaines circonstances – favorables avec le recul du temps – qui affectent ma famille, m’obligent à passer d’un établissement à l’autre.

Ainsi je fais mes premiers pas à Walcourt, les suivants quelques années plus tard à Philippeville pour m’établir enfin à Florennes.

Cette trilogie d’instituts va marquer toute ma vie ! Non pas par l’établissement en soi, mais bien par l’enseignement de qualité qui y est prodigué.

Dès l’école primaire, et par la suite au cours de mes humanités, les enseignants, fiers sans doute de la tâche qui leur incombe, nous font découvrir la littérature, entre autres au travers d’auteurs wallons. Des gens de chez nous et d’autres aussi, bien entendu. Mais ne leur en déplaise, ceux-ci ne trouveront place dans le présent propos.

Je m’arrête aussi du reste aux régionaux : j’entends ceux-là mêmes qui ont mis en valeur l’Entre-Sambre-et-Meuse.

Tout commence au milieu des années 1960 quand, en quatrième année primaire, nous devons réciter, devant la classe toute entière et sur l’estrade, pardi ! les poèmes de Maurice Carême. Tiens, tiens, déjà un Maurice !

L’initiation se poursuit en sixième avec la lecture hebdomadaire, par notre instituteur, de passages homériques de livres d’Arthur Masson, notamment son « Toine Culot », un personnage haut en couleur. Nous sommes dans l’enchantement, tels les adeptes de Pindare écoutant ce dernier réciter ses péans dans la Grèce antique.

Ces matinées-là de lecture, jamais, ne sont ennuyeuses. Au contraire, nous les attendons avec impatience alors que, en autre temps, tout nous presse à déguerpir. À cette époque les cours se poursuivent jusqu’au sabbat et il nous tarde, nous les pensionnaires, de réintégrer le foyer familial.

La lecture terminée, avant de retrouver nos parents, nous pouvons emprunter un livre parmi ceux triés à notre intention et disposés sur des tables dans le couloir jouxtant les salles de classe.

Pouvoir choisir un livre et, de surcroît, le ramener à la maison, constitue un moment d’excitation intense, même si, je l’avoue, mes choix sont parcimonieux. N’empêche, c’est un début qui annonce de beaux lendemains. Je sens poindre d’intéressantes découvertes.

Ce sentiment est de courte durée !

Le soufflé ne tarde pas à retomber avec les premières années d’humanités, particulièrement indigentes en matière de lecture. Ces années d’enseignement secondaire sont à la lecture ce que la moquerie est à l’esprit !

La transition est mal préparée et nous sommes dépassés par les événements. Ce clivage entre primaire et secondaire est aussi profond que la faille de San Andreas. Et dire que nos grands-parents qualifiaient cet enseignement primaire de “préparatoire” !

Est-ce dû au passage aux années 1970 et à l’annonce des premières crises pétrolières ?

Faut-il y voir l’influence de ce mouvement hippie, né dans la foulée du festival de Woodstock et qui veut faire table rase du passé, ou celle de ces révoltes d’étudiants à Paris en mai 1968 ?

Que de révolutions avortées dans ces années-là !

Entre les deux, pour la première fois, l’homme marche réellement sur la Lune, enfin selon une légende amerloque ! Une fois n’est pas coutume, les Ricains nous copient ! Merci Jules Verne et Hergé.

Tandis que dans l’enseignement, nos chères mathématiques se modernisent grâce à Monsieur Papy. Le système rénové, cher au (seul) ministre de l’enseignement, prend le pas sur la méthode ancestrale, dite traditionnelle. C’est à plonger un œnophile averti dans le plus affreux des désarrois !

Je vous l’assure, nous sommes de véritables victimes.

N’en déplaise aux thuriféraires du ministre, le clivage entre les deux niveaux scolaires s’avère immense et l’absence de prise en charge des marmots, non encore rebelles que nous sommes, manifeste.

Mais la faute à qui ?

En me référant à notre bon Jean de la Fontaine, si ce n’est de la nôtre, ce doit être de la leur ou alors du système sans doute. Mais sans autre forme de procès, qui en paie la note ? Nous, bien entendu…

Qu’à cela ne tienne, d’autres belles années se profilent et vont nous combler de joie.

L’entrée dans le cycle supérieur des humanités ouvre, aux adolescents que nous sommes devenus, de nouvelles voies dans le monde de la littérature. Œuvres imposées par l’enseignant pour commencer, puis au choix de l’élève. À quelques nuances près, un modèle similaire au concours international Reine Élisabeth !

C’est pour moi l’occasion de fréquenter la bibliothèque de l’Athénée royal de Florennes. Je me procure bien certains ouvrages dans le commerce mais les véritables perles nichent dans ce local austère, à l’éclairage insuffisant, où les rayons du soleil ne pénètrent qu’avec parcimonie.

Malgré l’obscurité des lieux, j’observe une belle collection d’auteurs wallons d’hier et d’aujourd’hui. Il y a là Maurice des Ombiaux, Marcel Leroy, Joseph Chot, Henri Michaux… Après les Maurice Carême, Jean Tousseul et autres Arthur Masson des années d’enfance, voilà de quoi enchanter mon adolescence.

Il peut sembler curieux qu’un gamin de mon âge puisse être ainsi attiré par des auteurs wallons, mais, au vrai, quelle différence y a-t-il entre un écrivain wallon et un breton, un charentais ou un parisien ? Aucune frontière géopolitique ne pourra jamais séparer la culture, fût-elle française ou autre.

Mon choix pour les auteurs de chez nous se justifie d’autant plus à mes yeux que le programme de cours de la seconde langue nationale propose des textes d’auteurs flamands sans que le pouvoir de tutelle ne s’en offusque. Discrimination, insouciance ou volonté délibérée de laisser “ceux bien de chez nous”, comme l’écrivait Marcel Remy, dans les placards poussiéreux des réserves de bibliothèques austères ?

Je m’interroge encore aujourd’hui…

Quoi qu’il en soit, leur découverte, favorisée par l’ouverture d’esprit du professeur en charge du cours de français, et ma volonté de sortir des sentiers battus, va laisser une empreinte indélébile sur l’être en devenir que je suis.

Par l’effet d’une boulimie littéraire conjuguée à une curiosité insatiable, j’engrange durant mes dernières années d’humanités des richesses en tous genres.

Il va sans dire que les chanteurs à texte m’agréent tout autant. Après Georges Brassens, apparaît, au milieu des années 1970, le plus attachant des chantres de la Wallonie, Julos Beaucarne.

Tombée par hasard, par voie radiophonique, à l’heure du déjeuner, sa « Lettre à Kissinger » a tout l’effet d’une bombe neuronique dont les retombées conditionnent encore mon quotidien.

L’apothéose est atteinte quand j’assiste pour la première fois à un de ses concerts : nous sommes en février 1976 dans la petite salle communale de Corenne.

Là, Julos, accompagné de Raôul Duguay, grand efflanqué venu de nulle part, enthousiasme son auditoire, tout acquis à sa cause.

Que du bonheur à l’état pur…

Qu’elle est belle la vie en Entre-Sambre-et-Meuse dans les années 1970 !

La fin de la décennie contraste néanmoins fortement avec les belles années passées. Confronté aux réalités implacables des études supérieures, la lecture “non spécialisée” ne représente plus pour moi qu’une échappatoire.

Quant aux huit mois passés en Allemagne, sur le compte de l’État, pour effectuer mon service militaire (obligation civique en usage jusqu’à la fin du 20e siècle pour les jeunes Belges de sexe mâle, dûment estampillés), c’est le désert littéraire !

Heureusement l’envie de découvrir reste bien présente !

Libéré de ces obligations, je reprends mes lectures que n’entravent pas outre mesure – heureusement ! – mes toutes nouvelles responsabilités professionnelles. Au contraire puis-je dire, grâce aux possibilités offertes par les services sociaux de la Société nationale des Chemins de fer belges, où je viens d’être engagé. L’entreprise dispose d’une bibliothèque et met ses ouvrages à la disposition du personnel, selon un rituel dont seule l’administration a le secret. Ainsi, par exemple, la bibliothèque n’est accessible que par le biais d’une brochure renseignant les titres en rayons.

Mais peu importe, comme précédemment à Florennes, sa seule existence me remplit de joie. Une telle diversité, autant de volumes : trois carrières entières ne suffiraient pas à épuiser ce divin trésor !

*
*       *

L’annonce de la disparition de Georges Brassens me rappelle brutalement à la réalité et voit la dissolution même de mes années d’adolescence !

Mais, par la grâce de la plume d’André Tillieu, il nous en reste heureusement quelque chose de l’ordre des effluves sublimes. Son magnifique « Brassens, Auprès de son arbre », publié chez Julliard en 1983, est encore aujourd’hui considéré comme la meilleure des biographies du citoyen de Sète.

André Tillieu, l’ami belge de Georges Brassens, fut une des chevilles ouvrières, dans les années 1970, de la revue « Le Rail », éditée par les Œuvres Sociales de la SNCB, ancienne version. Il nous livre d’ailleurs, avec cette biographie de Georges Brassens, quelques anecdotes cocasses sur la société ferroviaire. Il raconte, notamment, comment, par une décision délibérée de l’entreprise de liquider ses livres de littérature pour céder la place à des ouvrages techniques, il lui fut possible, début des années 1970, de rendre davantage visite à son illustre ami, à Paris. En effet, non seulement la quantité, mais aussi la charge pondéreuse représentée par ces ouvrages le contraignirent à de multiples voyages vers la rue Santos-Dumont. Ce qui ne fut pas pour lui déplaire, bien entendu !

Par l’entremise d’André Tillieu, Georges Brassens put ainsi acquérir l’Histoire de la littérature de Louis Petit de Julleville qu’il avait compulsée en 1944 à la bibliothèque du XIVe arrondissement. Ayant vainement essayé de dénicher cette œuvre chez les bouquinistes, voilà qu’elle s’offrait à lui pour la modique somme de quatre cents francs belges, à peine dix euros aujourd’hui, pour huit volumes reliés et illustrés ! Poids affiché sur la balance : 50 kg !

La pêche miraculeuse devait se poursuivre avec, notamment, les vingt volumes de Lycée ouCours de littérature ancienne et moderne de Jean-François de La Harpe, l’œuvre complète d’Alphonse Daudet ainsi que des pièces d’Alfred Capus.

Quant à la bibliothèque de la SNCB, au vu des ouvrages encore disponibles au début des années 1980, il ne faut pas une grande imagination pour évaluer l’étendue du désastre créé par la dilapidation de son trésor littéraire !

« Signe des temps », écrivait alors André Tillieu, mais précurseur d’années de disette ! La mise au placard fin des années 1980 du service de prêt de livres de littérature au personnel aboutit naturellement, début des années 2000, à la vente intégrale de ces ouvrages.

L’histoire, sans arrêt, repasse les plats sans qu’on n’y prenne garde !

Comme dans les années 1970, la vente s’organise en plusieurs phases, mais à l’aide, cette fois, d’outils électroniques performants. Les cheminots, drapés d’habits d’enchérisseurs, misent sur les ouvrages à l’image des rapaces en quête de proies affaiblies.

Je prends, moi aussi, rendez-vous avec les pros des “biblios”, proxénètes de la bibliophilie, aux viles spéculations mercantiles !

Résultats des opérations : deux Maurice des Ombiaux – excusez du peu –, quelques ouvrages régionaux de folklore et autres traditions populaires ainsi que les œuvres complètes d’Honoré Agrippa d’Aubigné et un Antonin Artaud !

Sacrebleu, du gros comme du menu fretin !

Voilà comment de jeunes cadres, au demeurant sympathiques, sacrifient sur l’autel de la rentabilité ou de l’ignorance, à l’image de leurs aînés, un patrimoine culturel incomparable… Quoique peut-être, en l’occurrence, l’ont-ils sauvé ?

L’attrait de l’argent confère des vertus contestables aux plénipotentiaires. Il n’a jamais fait bon ménage avec l’art, n’en déplaise aux heureux acquéreurs dont je fais humblement partie.

Cette vente me laisse un sentiment partagé entre joie et tristesse. Sa maigre contribution à ma collection d’ouvrages ne peut le moins du monde compenser ce bradage. Contre mauvaise fortune, je fais bon cœur en contemplant les ouvrages de Maurice des Ombiaux, alignés avec délicatesse et précaution dans les rayons de ma bibliothèque personnelle.

III
L’auteur

C’est le 16 mars 1868 que naît, à Beauraing, un futur prince, vice-roi mais aussi cardinal : Maurice des Ombiaux.

Comment ! Ce chantre de l’Entre-Sambre-et-Meuse voit le jour hors de son périmètre d’inspiration ?

Tradition oblige, dans cette Belgique encore à la recherche de son identité, les jeunes mères retournent accoucher dans la demeure parentale. C’est donc au village de sa mère, aux confins de l’Ardenne et de la Famenne, de l’autre côté de la botte de Givet, que le petit Maurice vient au monde, en bordure du pays qu’il va décrire, chanter et aimer tout au long de sa vie, de son œuvre.

Maurice des Ombiaux passe ses années de secondaire au « vieux collège » de Thuin, comme il le nommait, un collège qui ne cesse d’être présent au cœur de sa mémoire.

Georges Delizée, dans le livre qu’il consacre à Maurice des Ombiaux, nous rapporte (p.15) :… Oui, j’étais fier de penser que notre vieux collège avait plus que d’autres des lettres de noblesse et plus dedroits à notre vénération, le présent y était, plus qu’ailleurs, relié au passé… C’est à cela que j’attribue l’esprit classique dont je suis imprégné, ce solide esprit classique de la Picardie, de la Thiérache et de la Champagne dont nous sommes le prolongement ethnique autant que géographique, ainsi que le besoin, qui apparaît dès mes premières œuvres, de mêler le présent au passé, les morts aux vivants, afin d’exprimer le cœur de la race et ses permanences à travers les siècles…

Puis, à l’instar de son père, il entre dans l’administration et parcourt, dans le cadre de ses attributions, le pays wallon, la région bruxelloise ainsi que la partie septentrionale du Royaume.

Ses pérégrinations nourrissent son imaginaire et sa verve au point qu’il laisse en héritage sur son pays wallon une œuvre abondante et d’une richesse exceptionnelle.

Après une brillante carrière diplomatique, il s’installe à Paris en 1919 et voue à la gastronomie un intérêt tout particulier. De 1924 à 1937, il publie de nombreux livres dédiés à l’art de la table et qui lui vaudront maints titres et récompenses.

Il meurt à Paris le 21 septembre 1943, non pas en exil, mais en retraite au cœur d’un pays qu’il chérissait et qui le lui rendait bien.

Maurice des Ombiaux est à la fois poète, conteur, romancier, historien, hagiographe, essayiste et critique d’art. Son œuvre éclectique est sans équivalent dans la littérature.

Cet écrivain « mystique-mi-raisin » cultive le paradoxe d’un discours tantôt paganisant tantôt charitable. Ses alternances stylistiques entre romans populaires à caractère païen et hagiographies à haute teneur charismatique en font un auteur controversé mais qui ne laisse, à aucun moment, le lecteur indifférent !

Ses nombreux ouvrages, aux accents hédonistes et épicuriens indéniables, tant sur l’art de la table que sur les vins de France, et particulièrement bourguignons, font autorité en matière de bienséance et, surtout, d’euphories pour le moins plaisantes.

En majeur, son œuvre fait rimer théologie et ampélographie ; en mineur, habits noirs et pinot noir ! Pour les uns, le repentir, pour les autres, la volupté !

Une épithète en filigrane – trait d’union imagé entre ces deux mondes – traverse son œuvre : grenouille ! Autant celle des bénitiers que celle des climats ! Si la première, sans réserve, le voue aux gémonies, la seconde le range parmi les plus grands, à la droite des premiers crus.

Maurice des Ombiaux est un bon vivant, un touche-à-tout ; il offre ses sentiments, ses incantations, ses grivoiseries, sa joie, avec une générosité totale.

Il décrit les faits et gestes du quotidien, tels qu’il les voit, comme il les vit, avec fidélité et justesse.

Tout est grandiose chez des Ombiaux : son œuvre qui pétille de joie naturelle et populaire, les exaltations nées des agapes vineuses et gastronomiques.

Tout est grandiose, rien n’indiffère. Ses récits marqués au coin de l’authenticité sont attachants ; sa littérature respire le terroir et nous le renvoie en abondance en de suprêmes effluves. C’est comme des Ombiaux la définissait lui-même, la recherche de laperfection dans la simplicité (cf. Georges Delizée, p. 96).

Rien ne peut mieux résumer Maurice des Ombiaux que l’introduction à son roman « Le Joyau de la Mitre », publié intégralement en 1915 et pour 10 centimes dans la « Feuille littéraire » d’Arthur Boitte.

Outre le fait qu’elle signale que l’auteur est né à Beauraing en 1868, elle précise surtout aux lecteurs qu’ilest conteur et romancier. Il s’est attaché à dépeindre le pays wallon. De poursuivre ainsi :Aucune particularité ethnique, folklorique ou légendaire de cette contrée ne lui a échappé et, aussi, l’on peut dire que c’est toute une race qui s’exprime dans son œuvre où, sous une grande bonhomie, apparaît une haute pensée et une philosophie d’un optimisme savoureux.

Quant à l’œuvre « Le Joyau de la mitre », avec ses liesses et ses farces, c’est une sorte d’épopée wallonne.

Son legs littéraire, c’est l’âme d’un artiste bien de chez nous ! Au moment où beaucoup de peuples revendiquent avec insistance leur identité, l’œuvre de Maurice des Ombiaux l’affirme avec l’opiniâtreté du juste.

Maurice des Ombiaux est aussi l’auteur d’une dizaine de préfaces dont celle, notamment, en 1931, de la très rare réimpression du manuel de cuisine « Le Pâtissier François » édité, pour la première fois, chez Elsevier à Amsterdam en 1655.

Ce livre, dû vraisemblablement à François-Pierre de La Varenne, écuyer de cuisine au service du marquis d’Uxelles, traite de « la manière de faire toute sorte de Pastisserie ».

La personnalité de des Ombiaux y est toute entière ramassée. C’est là qu’on y voit l’homme uniquement préoccupé de faire revivre un personnage injustement réduit à son guide culinaire.

L’essentiel, pour Maurice des Ombiaux, est de rendre à La Varenne tout le mérite de sa vie, de son art qui, au plus profond des chaumières au XVIIe siècle, en quelques révélations culinaires, a bouleversé le quotidien d’humbles citoyens !

À l’instar de cet acte délibéré, aux accents d’opiniâtreté, en est-il un, aujourd’hui, pour reconnaître la grandeur de Maurice des Ombiaux et lui octroyer la place digne de son rang ?

Lors de la réédition en 1908 de son ouvrage « Le Romantisme français », Pierre Lasserre précisait que le silence constitue la pire infortune pour un livre. Que dire de l’ensemble de l’œuvre léguée par Maurice des Ombiaux, tombée dans le plus profond oubli ?

Par son œuvre, miroir de certaines existences, l’artiste emmène le lecteur aux confins d’un univers particulier dont il lui laisse le soin de percer le mystère ou de s’en laisser envoûter.

Quel que soit son choix, c’est un défi que le lecteur se doit de rencontrer prestement, sans s’y soustraire, sous peine d’ignorer de justes réponses aux questionnements trop longtemps intériorisés.

VIII
Conclusion

Nous venons de découvrir, redécouvrir peut-être, Maurice des Ombiaux. Le lecteur était prévenu, il ne peut en effet laisser quiconque indifférent. Mais pourquoi diable cet auteur qui n’est pas le meilleur conteur wallon, le meilleur romancier wallon, le meilleur poète wallon, le meilleur essayiste wallon, le meilleur critique historique wallon, le meilleur critique d’art wallon,… est-il le maître incontesté des écrivains wallons ? Sans doute parce qu’il est tout cela à la fois et de surcroît le premier à avoir...