Médecine expérimentale

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Fondée par Claude Bernard au XIXe siècle, la médecine expérimentale a orienté de façon décisive la recherche médicale et surtout la biologie moderne. C’est grâce à elle qu’a été mis en relief, entre autres, le rôle du système immunitaire, c’est-à-dire des moyens de défense développés par l’organisme contre les microbes. Situés au croisement de la génétique, de l’immunologie et de la pédiatrie, les travaux d’Alain Fischer consistent à identifier les bases génétiques et moléculaires de maladies rares, les déficits immunitaires héréditaires (DIH), provoquant une vulnérabilité infectieuse, des maladies auto-inflammatoires, auto-immunes et parfois des cancers.

Alain Fischer est médecin, professeur d’immunologie pédiatrique et chercheur en biologie. Il dirige depuis 2011 l’Institut Imagine de l’hôpital Necker – Enfants malades. Membre de l’Académie des sciences et de l’Académie nationale de médecine, il a reçu le Grand Prix de l’Inserm en 2008. Il est depuis juillet 2013 professeur au Collège de France, titulaire de la chaire de Médecine expérimentale.

Publié le : mercredi 5 novembre 2014
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EAN13 : 9782213685199
Nombre de pages : 72
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© Librairie Arthème Fayard et Collège de France, 2014.

ISBN : 978-2-213-68519-9

Les Leçons inaugurales dans la collection Collège de France/Fayard

Depuis 2003, les Leçons inaugurales du Collège de France sont publiées dans la collection Collège de France / Fayard. Quelques leçons antérieures y ont été également republiées.

 

164. Serge Haroche
   Physique quantique (2001)
165. Jacques Livage
   Chimie de la matière condensée (2002)
166. John Scheid
   Religions, institutions et société de la Rome antique (2002)
167. Roland Recht
   L’objet de l’histoire de l’art (2002)
169. Christine Petit
   Génétique et physiologie cellulaire (2002)
170. Édouard Bard
   Évolution du climat et de l’océan (2003)
171. Stuart Edelstein
   Les mécanismes de la transduction du signal en biologie (2003)
172. Mireille Delmas-Marty
   Études juridiques comparatives et internationales du droit (2003)
173. Pierre-Louis Lions
   Équations aux dérivées partielles et applications (2003)
174. Jayant Vishnu Narlikar
   Faits et spéculations en cosmologie (2003)
175. Michael Edwards
   Étude de la création littéraire en langue anglaise (2003)
Les Leçons inaugurales du Collège de France

Depuis sa fondation en 1530, le Collège de France a pour principale mission d’enseigner, non des savoirs constitués, mais « le savoir en train de se faire » : la recherche scientifique et intellectuelle elle-même. Les cours y sont ouverts à tous, gratuitement, sans inscription ni délivrance de diplôme.

Conformément à sa devise (Docet omnia, « Il enseigne toutes choses »), le Collège de France est organisé en cinquante-deux chaires couvrant un vaste ensemble de disciplines. Les professeurs sont choisis librement par leurs pairs, en fonction de l’évolution des sciences et des connaissances. À l’arrivée de chaque nouveau professeur, une chaire nouvelle est créée qui peut ou bien reprendre, au moins en partie, l’héritage d’une chaire antérieure, ou bien instaurer un enseignement neuf.

Chaque année sont pourvues, en outre, cinq chaires thématiques annuelles : Création artistique, Développement durable, Informatique et sciences numériques, Innovation technologique, Savoirs contre pauvreté.

Le premier cours d’un nouveau professeur est sa leçon inaugurale.

Solennellement prononcée en présence de ses collègues et d’un large public, elle est pour lui l’occasion de situer ses travaux et son enseignement par rapport à ceux de ses prédécesseurs et aux développements les plus récents de la recherche.

Non seulement les leçons inaugurales dressent un tableau de l’état de nos connaissances et contribuent ainsi à l’histoire de chaque discipline, mais elles nous introduisent, en outre, dans l’atelier du savant et du chercheur. Beaucoup d’entre elles ont constitué, dans leur domaine et en leur temps, des événements marquants, voire retentissants.

Elles s’adressent à un large public éclairé, soucieux de mieux comprendre les évolutions de la science et de la vie intellectuelle contemporaines.

Leçon inaugurale
prononcée le jeudi 15 mai 2014
par Alain Fischer,
professeur
Leçon inaugurale no 248
 

Monsieur l’Administrateur,

Mes chers collègues,

Chers amis,

Mesdames, Messieurs,

 

Me retrouver parmi vous aujourd’hui ne peut me laisser indifférent. Je mesure la responsabilité qui m’incombe d’occuper une chaire si prestigieuse, marquée du sceau de Claude Bernard, créateur de la médecine expérimentale. Je remercie Pierre Corvol, le précédent titulaire de cette chaire, d’avoir proposé ma candidature, Philippe Sansonetti de l’avoir si bien défendue, l’ensemble des collègues biologistes ainsi que l’Assemblée des professeurs, de l’avoir adoptée. Si je suis ici ce soir, c’est parce que j’ai pu bénéficier tout au long de mon parcours hospitalo-universitaire, c’est-à-dire de ma formation de médecin et de chercheur, de l’aide de guides et d’inspirateurs. Je voudrais citer, à ce titre : Claude Griscelli, qui a créé en France le champ d’études et de soins des déficits immunitaires – j’y reviendrai –, et qui m’a fait confiance ; les regrettés Pierre Royer, pédiatre, et Maxime Seligmann, immunologiste, tous deux médecins visionnaires et constructeurs de la médecine hospitalo-universitaire française ; Peter Beverley et Marc Feldmann qui, à Londres, m’ont donné accès au plus haut niveau de la recherche anglo-saxonne en immunologie.

J’eus la chance, très tôt, de travailler avec des médecins, des chercheurs, des médecins-chercheurs, des chercheurs-médecins profondément motivés pour construire un projet commun. Je tiens à citer, parmi beaucoup d’autres : Stéphane Blanche, Marina Cavazzana, Geneviève de Saint Basile, Jean-Pierre de Villartay, Anne Durandy, Sylvain Latour, Capucine Picard et Frédéric Rieux-Laucat, qui ont mobilisé tous leurs efforts pour comprendre et traiter les maladies génétiques du système immunitaire.

La médecine expérimentale vient de loin. Dans sa très subtile leçon inaugurale de la chaire de Philosophie des sciences biologiques et médicales, Anne Fagot-Largeault cite le célèbre mathématicien Pierre Simon de Laplace qui, vers 1820, réorganisa l’Académie des sciences et déclara : « Je ne mets pas les médecins à l’Académie des sciences parce qu’ils sont des savants, mais pour qu’ils soient avec des savants. » Il faut reconnaître qu’à l’époque, l’espérance de vie ne dépassait pas 30-35 ans, en particulier à cause du taux élevé de mortalité périnatale et infantile – une espérance de vie qui n’avait guère progressé par rapport à celle des premiers agriculteurs, il y a plus de 10 000 ans… Près de deux cents ans après Pierre Simon de Laplace, notre collègue Antoine Compagnon, dans un petit ouvrage sur Michel de Montaigne, écrit à propos des relations pour le moins conflictuelles qu’entretenait l’auteur des Essais avec ses médecins – il avait en effet beaucoup souffert personnellement, ayant perdu cinq de ses six enfants : « […] nos médecins n’ont plus rien des apprentis sorciers de la Renaissance et nous pouvons, semble-t-il [c’est moi qui souligne], leur faire confiance1. » Que s’est-il donc passé en deux cents ans ?

Les médecins ont appris à observer et à développer des outils pour ce faire en jetant ainsi les bases de ce que l’on appelle la « clinique ». Il me plaît d’évoquer ici René Théophile Marc Hyacinthe Laennec, qui fut professeur au Collège de France entre 1822 et 1826 et qui inventa à l’hôpital Necker-Enfants malades – l’hôpital où j’exerce – le stéthoscope. Puis vint Claude Bernard, qui introduisit la notion de raisonnement médical fondé sur l’expérience et l’esprit critique en médecine. Selon Georges Canguilhem, il « marque le tournant2 » ; et la chercheuse Claire Salomon-Bayet évoque, dans l’avant-propos d’un livre dédié à son œuvre, « le changement d’échelles et le changement d’objets3 » qu’il induisit. « La médecine expérimentale, comme d’ailleurs toutes les sciences expérimentales, […] sera simplement la science qui cherche à remonter aux causes prochaines des phénomènes de la vie à l’état sain et à l’état morbide », écrit Claude Bernard dans L’Introduction à l’étude de la médecine expérimentale en 1865. Sa pensée a orienté de façon décisive la recherche médicale autour de concepts fondateurs : la médecine ne peut être qu’expérimentale, le vivant (végétal et animal) est un objet d’étude qui lui est indissociable, les modèles animaux sont pertinents pour la recherche médicale, la médecine et la biologie requièrent la physique et la chimie. En un sens, Claude Bernard fut le précurseur d’une pratique moderne de la biologie : la biologie dite « des systèmes ». Il fut ainsi un des pionniers de la biologie et de la médecine dans cette seconde moitié du xixe siècle aux côtés de quelques autres géants : Rudolf Virchow, qui comprit le rôle essentiel de la cellule comme unité de base du vivant, omnis cellula e cellula ; Gregor Mendel qui, en croisant des espèces de petits pois, établit les lois de l’hérédité, support un temps oublié de toute la génétique moderne ; Charles Darwin bien sûr, le théoricien inégalé de l’évolution ; enfin Louis Pasteur, puis Robert Koch, les découvreurs des microbes. Claude Bernard penchait davantage pour le rôle du milieu intérieur : « Le milieu est tout, le microbe n’est rien. » Il n’appréciait pas les champs d’étude qu’il considérait comme inaccessibles à l’expérimentation, en accord avec sa vision de la médecine et de la biologie. Mais la génétique, la biologie cellulaire, la microbiologie et l’immunologie ont su peu à peu se plier aux règles expérimentales édictées par Claude Bernard.

1 A. Compagnon, Un été avec Montaigne, Éditions des Équateurs, Paris, 2013, p. 124.

2 G. Canguilhem, Le Normal et le Pathologique, Paris, PUF, 1943.

3 C. Salomon-Bayet, « Avant-propos », in Collectif, Claude Bernard. La méthode de la physiologie, Éditions Rue d’Ulm, 2013.

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