Métier critique

De
Au Québec, pendant que la culture est de plus en plus évacuée des médias au profit du divertissement, la critique culturelle, lorsqu'elle n'est pas décriée, ne fait pas toujours l'unanimité. S'interrogeant d'abord sur la mauvaise réputation de ce métier, Catherine Voyer-Léger explore la façon dont il est pratiqué et se demande ce que serait un espace critique idéal.
Mais qui sont les critiques culturels ? Pourquoi leur travail est-il important ? Pourquoi demande-t-on si souvent à des vedettes de jouer aux critiques dans nos médias ? Est-ce que les nouvelles technologies changent la donne ? Qui est responsable de s'assurer que l'espace critique est un lieu sain où la discussion sur l'art peut avoir lieu ? Ce sont autant de questions qui ouvrent des pistes de réflexion dans cet ouvrage d'une grande pertinence où l'auteure invite tous les gens concernés, y compris le public, à analyser notre rapport à la critique pour entreprendre une discussion de société qui dépasserait les procès d'intention, les blessures d'orgueil ou les querelles de clocher.
Après des études supérieures en science politique à l'Université du Québec à Montréal (UQAM), Catherine Voyer-Léger fait carrière comme gestionnaire dans le milieu culturel. Très active dans les réseaux sociaux, elle lançait en 2013 Détails et dédales (Hamac), un choix de textes tirés de son blogue. Elle collabore à plusieurs périodiques et projets collectifs, est souvent invitée à prendre la parole dans l'espace public et tient une chronique mensuelle au Journal de Montréal.
Publié le : mardi 19 août 2014
Lecture(s) : 1
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782896648665
Nombre de pages : 216
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Catherine VoyerLéger Métier Critique
S E P T E N T R I O N
métier critique
Catherine VoyerLéger
MÉTIER CRITIQUE Pour une vitalité de la critique culturelle
 septentrion
Pour effectuer une recherche libre par motclé à l’intérieur de cet ouvrage, rendezvous sur notre site Internet au www.septentrion.qc.ca
Les éditions du Septentrion remercient le Conseil des Arts du Canada et la Société de développement des entreprises culturelles du Québec (SODEC) pour le soutien accordé à leur programme d’édition, ainsi que le gouvernement du Québec pour son Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres. Nous reconnaissons également l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada (FLC) pour nos activités d’édition.
Chargé de projet : Éric Simard Édition : Sophie Imbeault Révision : Solange Deschênes Mise en pages : PierreLouis Cauchon Maquette de couverture : Hugues Skene, KX3 Communication
Si vous désirez être tenu au courant des publications des ÉDITIONS DU SEPTENTRION vous pouvez nous écrire par courrier, par courriel à sept@septentrion.qc.ca, par télécopieur au 418 5274978 ou consulter notre catalogue sur Internet : www.septentrion.qc.ca
© Les éditions du Septentrion 1300, av. Maguire Québec (Québec) G1T 1Z3 Dépôt légal : Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2014 ISBN papier : 9782894487907 ISBN PDF : 9782896648658 ISBN EPUB : 9782896648665
Diffusion au Canada : Diffusion Dimedia 539, boul. Lebeau SaintLaurent (Québec) H4N 1S2
Ventes en Europe : Distribution du Nouveau Monde 30, rue GayLussac 75005 Paris
Introduction Métier raté
’est entendu :les critiques culturels sont des C ratés sympathiques ! Si la boutade est associée à un grand succès de Robert Charlebois (un texte de Mouffe), à dire vrai, l’idée ne date pas d’hier. e Auxix siècle, Théophile Gautier écrivait à propos de la jalousie présumée des critiques : « Il est douloureux de voir un autre s’asseoir au banquet où l’on n’est pas invité, et coucher avec la femme 1 qui n’a pas voulu de vous . » Même Diderot affirmait que l’occupation du critique était de « nous empê cher sans cesse de prendre du plaisir, ou […] nous 2 faire rougir de celui que nous avons pris . » Et que dire d’Erik Satie qui notait dans ses mémoires : « Le critique sait tout, voit tout, dit tout, entend tout, touche à tout, remue tout, mange de tout, confond 3 tout, et n’en pense pas moins . »
1. Cité dans Patrick Kéchichian, « La crise d’identité du cri o tique »,Les temps modernes, n 672, janviermars 2013, p. 15. 2. Ibid. 3. Cité dans Ghyslaine Guertin,La critique et ses malenten dus : le cas Glenn Gould,Les Presses de l’Université de Montréal, 2013, p. 12.
8métiercritique
Dans ses fameusesLettres à un jeune poète, Rainer Maria Rilke n’épargne pas la critique : « Les œuvres d’art sont d’une infinie solitude ; rien n’est pire que 4 la critique pour les aborder . » Bien que Rilke réfère davantage à la critique savante pratiquée par les universitaires, tout porte à croire que son jugement ne serait pas différent face à la critique pratiquée dans les grands médias actuels. Il déplorait tout regard sur l’œuvre qui ne soit pas qu’amour (le mot est de lui) et avait une opinion assez basse du jour nalisme dont il estimait qu’il ne repose sur rien de 5 la vie et singe l’art tout en l’offensant . C’est donc dire que cette image foncièrement négative des critiques n’est pas particulière au Québec. Elle souffre pourtant ici d’une virulence qu’on peut tenter d’expliquer par diverses hypo thèses parmi lesquelles la crainte des désaccords, la petite taille de la société et un désintérêt, additionné d’une suspicion, face aux discours analytiques. Être critique culturel, c’est donc un sport de combat. En plus du « mépris à peine voilé de leurs confrères mieux nantis des pages sportives, écono 6 miques ou politiques », les critiques doivent évi demment faire face aux artistes et aux acteurs des industries culturelles (producteurs, attachés de
4. Rainer Maria Rilke,Lettres à un jeune poète, lettre du 13 avril 1903. 5. Id., lettre du 4 novembre 1904. 6. Pierre Lavoie, « À la question : la critique théâtrale », o Cahiers de théâtre Jeu, n 40, 1986, p. 8.
introduction|métierraté9
presse, agents, etc.). Mais ce n’est pas tout : le public non plus n’aime pas tellement les critiques, leur reprochant par moments d’être des frustrés sévères, d’autres fois d’être complaisants. Il est assez rare qu’on entende de bons mots sur les critiques. Voyez cette introduction comme un aver tissement : le présent ouvrage en contient plusieurs.
Quelle critique ?
Comme je le soulignais à propos de Rilke, plusieurs auteurs ont abordé la critique sous l’angle univer sitaire, c’estàdire une pensée analytique déployée par des spécialistes dans le but d’étudier ou d’éclairer les œuvres, les courants, leur réception, leurs liens avec la société, dans un contexte de recherche fondamentale. Le grand public entretient peu de contacts avec cette critique. Je me concentrerai plutôt sur la critique journa listique qui se déploie dans les médias généralistes. Les revues spécialisées, dont nous parlerons peu, se retrouvent souvent quelque part entre ces deux pôles. En fonction de leur mandat, elles proposent des analyses plus fouillées que les médias généra listes. Comme elles sont moins pressées par le rythme de l’actualité et qu’elles donnent parfois la parole à des spécialistes universitaires, elles ont une parenté certaine avec la critique universitaire. En même temps, elles se déploient dans un format plus
10métiercritique
court et cherchent généralement à rejoindre un public un peu plus large que celui des publications dites savantes. Bien qu’il m’importe de distinguer les divers types de critique, ne seraitce que pour préciser mon objet d’attention, je tiens à dire qu’elles sont moins différentes qu’on pourrait le croire au premier abord. Ce sont le contexte dans lequel elles sont déployées (le type de publication ou le public visé) et les moyens (financiers, mais surtout temporels) qui leur sont octroyés qui les différencient. Mais toutes les formes de critiques devraient se ressem bler dans leur impulsion : dialoguer avec les œuvres et inviter un public dans la discussion. Ceux qui les pratiquent devraient aussi se reconnaître autour du partage d’une certaine culture et d’un sens de 7 l’analyse . Je m’intéresserai à la critique des médias écrits (mes exemples seront tirés surtout des grands quotidiens et hebdomadaires montréalais :Journal de Montréal,La Presse,Le DevoiretVoir), mais aussi à celle des médias électroniques (télévision et radio). Comme remarque préliminaire, permettezmoi de noter que la critique dans les médias électroniques, surtout à la télévision, vit une lente agonie. À Ici RadioCanada télé, il n’y a plus d’émission culturelle qui fait place à de la critique depuis la fin deSix dans
7. Nelly Kaprièlian, « Lettre à un jeune critique »,Les temps o modernes, n 672, janviermars 2013, p. 89.
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.