Monologue d'un Foyalais

De
Publié par

Il y a quelques personnes aux Antilles dont l'itinéraire sort de l'ordinaire, qui ont, durant leur vie, défrayé la chronique, et sur lesquelles nous aimerions en savoir davantage. Georges Mauvois est de ceux-là.



Ancien militant politique, ancien journaliste à « Justice », ancien haut fonctionnaire, ancien avocat, ancien candidat à diverses élections politiques, Georges Mauvois (né en 1922) est, sans doute de ceux dont on peut dire qu'avec eux disparaîtra une bibliothèque. Son expérience est longue. Il fait partie de ceux-là dont on voudrait entendre, de leur propre bouche, le récit de leur parcours et la façon dont ils voient la tranche du siècle qu'ils ont traversée.



Voici que, précisément, Georges Mauvois décide de se raconter lui-même dans ce Monologue d'un Foyalais. Il le fait à sa manière - qui n'est pas ordinaire - avec une exceptionnelle liberté de ton. Et c'est, du même coup, le vécu de la société martiniquaise dans ces dernières décennies qu'il nous invite à regarder, avec ses yeux.


Georges Mauvois est connu comme auteur de pièces de théâtre bilingues créole et français dont les plus connues -pour avoir été jouées -sont les comédies :



Agénor Cacoul, Man Chomil, Misyé Molina, Nasse et Filbec



Il a traduit en créole le Dom Juan de Molière et l'Antigone de Sophocle.

Publié le : samedi 1 janvier 2011
Lecture(s) : 52
Tags :
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782844505514
Nombre de pages : 302
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Une élégante pugnacité
Voilà une traversée du siècle dans laquelle Georges Mauvois n’a jamais dévié du cap qu’il s’était fixé. Le discours est limpide, le stYle d’une aimable clarté et l’ensemble du texte se déguste comme une boisson pétillante, modérément alcoolisée, toujours rafraîchissante, jusqu’à créer une accou-tumance dans le plaisir de lire toujours plus avant. Notre FoYalais déroule sa vie de militant tout inspirée du désir de bien faire avec le regard étonné, souvent indigné, de l’hon-nête homme chez qui la candeur de l’enfant n’a jamais abdi-qué. La sincérité éclate d’alinéa en alinéa dans ces confessions d’allure voltairienne.
Rien, dans ce militantisme, n’a la saveur rance du chau-vinisme revanchard, ni l’aigreur agressive d’un nationalisme étroit. Georges Mauvois, patriote martiniquais affirmé, sûr de ses raisons, procède avec la modestie que lui confère son ama-bilité raffinée. Pourtant, point de concession dans ses convic-tions, point de reculades dans ses analYses : il sait où il veut aller. Il a la dignité de ceux qui disent beaucoup en peu de mots, et refusent l’inacceptable sans criailleries ni rodomon-tades. Depuis Éleuthère, le père admiré, dont l’exemple ne cessera d’accompagner le fils, ce sont plus de six décennies qui défilent dans ce précieux livre.
Des Mémoires auraient pu souffrir d’un soupçon de pré-tention, alors le conteur a choisi le Monologue, espèce d’exa-men de conscience d’un citoYen éclairé tourné vers le mieux-être de ses concitoYens. Précis et même juridique à certains moments, le stYle peut devenir convivial, voire fami-
1
0
GEORGESMAUVOIS
lier, imperceptiblement argotique dans d’autres passages. Car Georges Mauvois a été amené à vivre aussi en France, en ban-lieue parisienne, pendant des années. Et il n’en a pas rapporté que de mauvais souvenirs. Il Y a plutôt laissé des amis et, dans un coin de son cœur, une charge de tendresse brûle encore pour ses vieux camarades du Parti Communiste. Et là est l’honneur de Georges Mauvois, dans la longue fidélité qu’il a témoignée au grand parti des travailleurs qui fut, pour beau-coup d’entre nous, une grande flamme d’espérance et une réelle attente de jours meilleurs. Et tant pis si, aujourd’hui, certains mots sonnent un peu creux ! Nous Y avons cru, et Georges sait le dire de façon touchante.
Très attaché au poids des mots et des appellations, Mauvois le fonctionnaire révoqué par le gaullisme pour refus de soumission, l’avocat au barreau de FoYal, défenseur des justes causes, Mauvois, le responsable politique exigeant dans la raison et généreux dans son cœur, Mauvois, opposant, ne fait aucun cadeau. Ni Torquémada, ni stalinien, ni accusateur public, il est l’homme qui aime son paYs et a choisi définiti-vement le camp des opprimés. Parmi les victimes, on ne peut devenir bourreau, mais on peut conserver intact le sens du juste. Hostile au nom de Fort-de-France (qu’il ne nomme que FoYal) en raison de sa consonance colonialiste, il s’en prend par ailleurs sans faiblesse à la faune des copains et coquins, des édiles trafiquants et des politiques affairistes.
Et jamais, dans ce réseau de récits d’ici et d’ailleurs, le citoYen Mauvois ne prend la silhouette d’un homme d’appa-reil. Militant de base et de terrain, il n’abandonne pas le ton de celui qui a vécu dans la simplicité. Faisant alterner avec aisance les contes animaliers de la tradition créole, qu’il inter-cale dans l’ensemble, avec cette langue parfois un peu leste qu’il a, peut-être, rapportée de là-bas, il court sur le fil de son raisonnement en usant fréquemment du présent, comme s’il revivait dans l’instant les anecdotes dont il nous gratifie plai-samment. Une bonne partie de sa vie, donc du livre, a pour cadre la commune de Schœlcher, et c’est dans ce laboratoire de la vie politique municipale, qu’il puise quelques exemples
MONOLOGUE DUNFOyALAIS
passés. Rien de rassurant, dans sa description, mais belle démonstration de ce que l’on peut retrouver, aujourd’hui presque partout, depuis Paris jusqu’à la plus petite cité.
Parfois, on imagine sans peine le sourire de l’auteur quand il confesse ses rêves d’incorruptible, et va jusqu’à citer Eliott Ness, héros de série télévisée. Mais derrière la bonho-mie, c’est la profonde indignation qu’on peut mesurer chez le combattant de la justice, journaliste engagé, homme de conviction et d’action. Oui, Georges Mauvois nous fait, par ce livre, un cadeau d’importance. C’est léger, c’est immédia-tement accessible, et nul ne saurait entreprendre cette lecture sans Y rester baigné jusqu’à l’ultime passage. Un très légitime amour pour la langue créole sous-tend ces pages de beau fran-çais et, par là même, l’enfant du terroir ajoute sa pierre à l’édi-fice aujourd’hui solide construit par les défenseurs du vernaculaire. On connaît l’auteur de pièces de théâtre qui sait si bien manier l’idiome du peuple, et on a découvert en lui un précieux traducteur d’œuvres étrangères classiques. On n’est donc pas étonné de le voir conclure par un chaud plaidoYer pour le parler des Antilles.
Que dire alors, sans le gêner, de ce personnage important de la vie sociale, politique, littéraire, et militante de la Martinique ? Il faut le lire pour croiser, sans cesse, sa mesure et son engagement, son élégance et sa pugnacité, sa discré-tion et sa vivacité. Et pour qui n’est pas né dans ces parages tropicaux, quel honneur que celui qui consiste à pouvoir dire que l’ouverture d’esprit de ce grand Martiniquais en fait un exemple, non seulement pour ses compatriotes, mais aussi pour ceux, fussent-ils des gens du dehors, qui cherchent la vérité partout, Y compris dans le paYs où ils ont choisi de vivre. Sans doute Georges Mauvois n’apprécie-t-il pas qu’on parle de lui en ces termes élogieux, mais il reste évident que puisqu’il nous livre ses souvenirs, il lui est impossible de nier que ce qu’il a fait est bien. Or, après lecture des lignes qu’il signe, il apparaît que les actes de sa vie ont toujours obéi à
1
1
1
2
GEORGESMAUVOIS
la même philosophie. Tout ce monologue est pétri de justice et de progrès, phares qui ont guidé l’auteur dans sa naviga-tion. Qui n’aimerait pas en avoir autant à raconter ? Merci Georges ! Salut, camarade !
Pierre Pinalie
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

suivant