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Notes sur Chopin

De
178 pages
"J'ai passé avec Chopin plus d'heures que je n'en ai passé avec aucun auteur", confiait André Gide à une jeune pianiste en janvier 1951. Pianiste lui-même, et fin musicologue, l'écrivain avait à cœur de restituer Chopin à ses contemporains, tant il sentait que l'interprétation qu'en donnaient certains virtuoses de son temps en voilait les accents singuliers et contrevenait à son chant le plus intime. Il fallait revenir aux œuvres, à leurs "intentions". C'est comme critique qu'il choisit de faire part de sa "lecture" de Chopin, en proposant un fructueux rapprochement entre le compositeur des Scherzos et le poète des Fleurs du Mal. Gide se souvenait de ses années de jeunesse, où Baudelaire et Chopin étaient tenus l'un et l'autre pour infréquentables, et leurs oeuvres pour également "malsaines". Mais qu'avaient-elles vraiment en commun qui pût laisser craindre un tel ravissement des esprits ? N'était-ce pas à leur égale perfection que l'on devait ce "secret d'émerveillement auquel l'âme aventureuse s'expose sur des chemins non tracés d'avance" ? Il s'agissait dès lors que les interprètes ne vinssent pas gâter, par trop d'assurance, la "révélation" Chopin, cette pure disponibilité à l'inouï que recèle l'écriture.
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Extrait de la publication
D U M Ê M E A U T E U R
Aux Éditions Gallimard
Poésie L E S P OÉ S I E S D’ A NDR É WA L T E R .En frontispice portrait de l’auteur par Marie Laurencin. L E S C A HI E R S E T L E S P OÉ S I E S D’ A NDR É WA L T E R (« Poésie/Gallimard ». Édition augmentée de fragments inédits du Journal. Édition de Claude Martin). L E S NOUR R I T UR E S T E R R E S T R E S . L E S NOUV E L L E S NOUR R I T UR E S . L E S NOUR R I T UR E S T E R R E S T R E Ssuivi deL E S NOU V E L L E S NOUR R I T UR E S . A MY NT A S .
Soties L E S C A V E S DU V A T I C A N. Sotie. L E P R OMÉ T HÉ E MA L E NC HA Î NÉ . P A L UDE S .
Théâtre L E S C A V E S DU V A T I C A N. Farce en trois actes et dixneuf tableaux tirée de la sotie. Édition de 1950. S A ÜL . L E R OI C A NDA UL E . ŒDI P E . P E R S É P HONE . T HÉ Â T R E : Saül — Le Roi Candaule — Œdipe — Perséphone — Le Treizième Arbre.
Suite des œuvres d’André Gide en fin de volume
Extrait de la publication
n o t e s s u r c h o p i n
Extrait de la publication
ANDRÉ GIDE
N O T E S S U R C H O P I N
Avantpropos de Michaël Levinas
G A L L I M A R D
Extrait de la publication
© Éditions Gallimard, 2010.
Extrait de la publication
Lessur Chopin Notes été publiées en décembre ont 1931 dans un numéro spécial deLa Revue musicale consacré à Frédéric Chopin (après qu’il en fut consacré de semblables à Wagner, Beethoven, Liszt, Debussy, Fauré, Ravel, Stravinski…). Ce texte, auquel André Gide pensait et travaillait depuis les années 1890, fut ensuite repris, avec quelques légers aménagements, dans le quinzième volume desŒuvres complètesde l’auteur, paru aux Éditions de la NRF en 1939, puis aux Éditions de l’Arche, en 1948, dans une édition enrichie de fragments de partitions et de textes divers (fragments duJournal, feuillets et variantes), ici reproduits et complétés de nouveaux documents. Les notes de la présente édition sont regroupées en fin de volume, p. 153.
Extrait de la publication
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A V A NT  P R OP OS
C H O P I N , L E R O M A N T I Q U E B A R O Q U E ?
« Moi aussi, j’ai joué du piano. Mais, depuis longtemps, j’ai dû y renoncer et me contenter de lire sans exécuter. Lire ainsi la musique silencieusement et l’entendre en imagination, savezvous que c’est une joie parfaite ? Oui, lorsque je dois rester couché, ainsi qu’il m’ar rive souvent, ce ne sont pas les Pères de l’Église ou d’autres livres que je me fais apporter, mais des cahiers de musique […] Et que croyezvous que je me fasse apporter ainsi ?… Non, ce n’est point Bach ; ce n’est même pas Mozart… C’est Chopin. […] C’est la plus pure des musiques. » André Gide met en exergue ces propos du Père Abbé, dédicataire de cesNotes sur Chopin. « La plus pure des musiques », souligne Gide. Il poursuit : « C’est bien cela, que j’au rais à peine osé dire et suis soucieux d’abriter de toute l’autorité d’un dignitaire religieux si important et de si grand âge. »
Extrait de la publication
12
Notes sur Chopin
e Bach, Mozart, la référence auxviiisiècle est éloquente. Chopin (18101849) meurt presque aussi jeune que Mozart. L’écriture pour clavier de la fin du baroque, écriture qui établit une nouvelle relation entre la verticalité harmo nique et la puissance de la polyphonie, qui développe ce que l’on appelle la mélodie accompagnée, sera le berceau de l’œuvre de Chopin. À la différence des autres créateurs e du début duxixil se protège de l’in siècle, fluence beethovenienne et des disproportions formelles des premières formes romantiques. L’œuvre de Chopin se réclame de filiations baroques complexes, d’autant qu’elle se centre sur le piano seul, tout en participant sous un mode majeur à l’évolution de cet instrument et aux conséquences de cette évolution sur toute la création musicale de son siècle. Comme Beethoven, Schumann et Liszt, Chopin sait que le piano se situe au cœur des enjeux musicaux de son époque et qu’il n’est pas seulement le descendant du clavecin et des pianoforte de la e fin duxviiisiècle. Mais, contrairement à ses contemporains, il n’écrit que pour cet instrument et tient au res pect des proportions si fondamentales dans les e formes instrumentales duxviiiPour siècle. Chopin, le piano sera donc à la fois le lieu du dépaysement poétique et acoustique et ce cadre