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Nouveaux Contes bleus

De
398 pages

JE connais des gens d’esprit, de graves et discrètes personnes, pour qui les contes de fées ne sont qu’une littérature de nourrices et de bonnes d’enfants. N’en déplaise à leur sagesse, ce dédain ne prouve que leur ignorance. Depuis que la critique moderne a retrouvé les origines de la civilisation et restitué les titres du genre humain, les contes de fées ont pris dans l’estime des savants une place considérable. De Dublin à Bombay, de l’Islande au Sénégal, une légion de curieux recherche pieusement ces médailles un peu frustes, mais qui n’ont perdu ni toute leur beauté ni tout leur prix.

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À propos deCollection XIX
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Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF,Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes class iques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse… Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces e fonds publiés au XIX , les ebooks deCollection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.
Édouard Laboulaye
Nouveaux Contes bleus
A MON PETIT-FILS ÉDOUARD DE LA BOULAYE MORT A CANNES, LE 25 AVRIL 1867 A L’AGE DE QUATRE ANS Quand je fouillais mes vieux grimoires, Pour te réciter ces histoires Que tu suivais d’un air vainqueur, O mon fils ! ma chère espérance ! Tu me rendais ma douce enfance, Je sentais renaître mon cœur. Maintenant l’âtre est solitaire, Autour de moi tout est mystère, On n’entend plus de cris joyeux. Malgré les larmes de ta mère, Dieu t’a rappelé de la terre, Mon pauvre ange échappé des cieux ! La mort a dissipé mon rêve, Et c’est en pleurant que j’achève Ce recueil fait pour t’amuser ; Je ne vois plus ton doux sourire, Le soir tu ne viens plus me dire : « Grand-père, — une histoire, — un baiser. » Que m’importe à présent la vie, Et ces pages que je dédie A ton souvenir adoré ? Je n’ai plus de fils qui m’écoute, Et je reste seul sur la route, Comme un vieux chêne foudroyé ! A vous ce livre, heureuses mères ! De ces innocentes chimères Égayez vos fils triomphants ! Dieu vous épargne ma souffrance, Et vous laisse au moins l’espérance De mourir avant vos enfants !
Glatigny, 25 mai 1887.
1 CONTES ISLANDAIS
JE connais des gens d’esprit, de graves et discrètes personnes, pour qui les contes de fées ne sont qu’une littérature de nourrices et de bonnes d’enfants. N’en déplaise à leur sagesse, ce dédain ne prouve que leur ignorance. De puis que la critique moderne a retrouvé les origines de la civilisation et restitué les titres du genre humain, les contes de fées ont pris dans l’estime des savants une place considérable. De Dublin à Bombay, de l’Islande au Sénégal, une légion de curieux recherche pieusement ces médailles un peu frustes, mais qui n’ont perdu ni toute leur beauté ni tout leur prix. Qui ne connaît le nom des frères Grimm, de Simrock, de Wuk Stephanovitch, d’Asbjœrnsen, de Moe, d’Arnason, de Hahn et de tant d’autres ? Perrault, s’il revenait au monde, serait bien étonné d’apprendre qu’il n’a jamais été plus érudit que lorsqu’il oubliait l’Académie pour publier les faits et gestes duChat bOtté. Aujourd’hui que chaque pays reconstitue son trésor de contes et de légendes, il est visible que ces récits qu’on trouve partout, et qui partout sont les mêmes, remontent à la plus haute antiquité. La pièce la plus curieuse que nous aient livrée les papyrus égyptiens, grâce à mon savant confrère, M. de Rougé , c’est un conte qui rappelle l’aventure de Joseph. Qu’est-ce quel’Ôdyssée,sinon le recueil des fables qui charmaient la Grèce au berceau ? Pourquoi Hérodote est-il à la fois le plus exact des voyageurs et le moins sûr des historiens, sinon parce qu’à l’exposé sincère de tout ce qu’il a vu, il mêle sans cesse les merveilles qu’on lui a contées ? La louve de Romulus, la fontaine d’Égérie, l’enfance de Servius Tullius, les pavots de Tarquin, la folie de Brutus, autant de légendes qui ont séduit la crédulité des Romains. Le monde a eu son enfance, que nous appelons faussement l’antiquité ; c’est alors que l ’esprit humain a créé ces récits qui édifiaient les plus sages, et qui, aujourd’hui que l’humanité est vieille, n’amusent plus que les enfants. Mais, chose singulière et qu’on ne pouvait prévoir, ces contes ont une filiation, et, quand on la suit, on est toujours ramené en Orient. Si quelque curieux veut s’assurer de ce fait, qui aujourd’hui n’est plus contestable, je le renvoie au savant commentaire du Pancha-Tantra,qui fait tant d’honneur à l’érudition et à la sagacité de M. Benfey. Contes de fées, légendes, fables, fabliaux, nouvelles, tout vient de l’Inde ; c’est elle qui fournit la trame de ces récits gracieux que chaque peuple brode à son goût. C’est toujours l’Orient qui donne le thème primitif ; l’Occident ne tire de son fonds que les variations.
Il y a là un fait considérable pour l’histoire de l ’esprit humain. Il semble que chaque peuple ait reçu de Dieu un rôle dont il ne peut sor tir. La Grèce a eu en partage le sentiment et le culte de la beauté ; les Romains, cette race brutale, née pour le malheur du monde, ont créé l’ordre mécanique, l’obéissance extérieure et le règne de l’administration ; l’Inde a eu pour son lot l’imagi nation : c’est pourquoi son peuple est toujours resté enfant. C’est là sa faiblesse ; mais , en revanche, elle seule a créé ces poëmes du premier âge qui ont séché tant de larmes et fait battre pour la première fois tant de cœurs. Par quel chemin les contes ont-ils pénétré en Occid ent ? Se sont-ils d’abord transformés chez les Persans ? Les devons-nous aux Arabes, aux Juifs, ou simplement aux marins de tous pays qui les ont partout portés avec eux, comme le Simbad desMille et une Nuits ?là une étude qui commence, et qui donnera qu elque jour des C’est résultats inattendus. En rapprochant duPentamerOnenapolitain les contes grecs que M. de Hahn a publiés il y a deux ans, il est déjà visible que la Méditerranée a eu son cycle de contes, où figurent Cendrillon, le Chat botté et Psyché. Cette dernière fable a joui d’une popularité sans bornes. Depuis le récit d’Apu lée jusqu’au conte dela Belle et la Bête, l’histoire de Psyché prend toutes les formes. Le h éros s’y cache le plus souvent sous la peau d’un serpent, quelquefois même sous ce lle d’un porc(Il Re POrcO de Straparole, anobli et transfiguré par madame d’Aulnoy enPrince Marcassin),mais le fond est toujours reconnaissable. Rien n’y manque, ni les méchantes sœurs que ronge l’envie, ni les agitations de la jeune femme partagée entre la tendresse et la curiosité, ni les rudes épreuves qui attendent la pauvre enfant. Est-ce là un conte oriental ? Le nom de Psyché, qui, en grec, veut direl’âme,ci ferait croire à une allégorie hellénique ; mais, i comme toujours, si à force de grâce et de poésie la Grèce renouvelle tout ce qu’elle touche, l’invention ne lui appartient pas. La légende se trouve en’Orient, d’où elle a passé 2 dans les contes de tous les peuples ; souvent même elle est retournée ; c’est la femme qui se cache sous une peau de singe ou d’oiseau, c’ est l’homme dont la curiosité est punie. Qu’est-ce quePeau d’âne, sinon une variation de cette éternelle histoire av ec laquelle depuis tant de siècles on berce les grands et petits enfants ? En ai-je dit assez pour faire sentir aux hommes sérieux qu’on peut aimer les contes de fées sans déchoir ? Si, pour le botaniste, il n’est pas d’herbe si vulgaire, de mousse si petite qui n’offre de l’intérêt parce qu’elle expli que quelque loi de la nature, pourquoi dédaignerait-on ces légendes familières qui ajouten t une page des plus curieuses à l’histoire de l’esprit humain ? La philosophie y trouve aussi son compte. Nulle part il n’est aussi aisé d’étudier sur le vif le jeu de la plus puissante de nos facultés, ce lle qui, en nous affranchissant de l’espace et du temps, nous tire de notre fange et nous ouvre l’infini. C’est dans les contes de fées que l’imagination règne sans partage, c’est là qu’elle établit son idéal de justice, et c’est par là que les contes, quoi qu’on en dise, sont une lecture morale. — Ils ne sont pas vrais, dit-on. — Sans doute, c’est pour cela qu’ils sont moraux. Mères qui aimez vos fils, ne les mettez pas trop tôt à l’étude de l’his toire, laissez-les rêver quand ils sont jeunes. Ne fermez pas leur âme à ce premier souffle de poésie. Rien ne me fait peur comme un enfant raisonnable et qui ne croit qu’à ce qu’il touche. Ces sages de dix ans sont à vingt ans des sots, ou, ce qui est pis encore, des égoïstes. Laissez-les s’indigner contre Barbe-Bleue, pour qu’un jour il leur reste u n peu de haine contre l’injustice et la violence, alors même qu’elle ne les atteint pas. Parmi ces recueils de contes, il en est peu qui, po ur l’abondance et la naïveté, rivalisent avec ceux de Norwége et d’Islande. On dirait que, reléguées dans un coin du monde, ces vieilles traditions s’y sont conservées plus pures et plus complètes. Il ne faut
pas leur demander la grâce et la mignardise des con tes italiens ; elles sont rudes et sauvages, mais par cela même elles ont mieux gardé la saveur de l’antiquité. Dans lesCOntes islandaisdans comme l’Ôdyssée,qu’on admire par-dessus tout, ce c’est la force et la ruse, mais la force au service de la justice, et la ruse employée à tromper les méchants. Ulysse aveuglant Polyphème et raillant l’impuissance et la fureur du monstre, est le modèle de tous ces bannis dont l es exploits charment les longues veillées de la Norwége et de l’Islande. Il n’y a pa s moins de faveur pour ces voleurs adroits qui entrent partout, voient tout, prennent tout, et sont au fond les meilleurs fils du monde ; Tout cela est visiblement d’une époque où la force brutale règne sur la terre, où l’esprit représente le droit et la liberté. J’ai choisi deux de ces histoires : la première, qu i rappelle de loin la folie de Brutus, nous reporte à la vengeance du sang, vengeance qui n’est point parti culière aux races germaniques, mais qui, chez elles, a gardé sa forme la plus rude. La légende de Briam, c’est la loi salique en action ; il est évident que pour nos aïeux, au temps de Clovis, le fils le plus vertueux et le guerrier le plus admirable, c’est celui qui, par force ou par ruse, venge son père assassiné. Que Briam ait ou non vécu , il n’importe guère ; son histoire est vraie, puisqu’elle répond au sentiment le plus vivace du cœur humain. Le christianisme nous a enseigné le pardon, la sécurité des lois modernes nous a habitués à remettre notre vengeance à l’État ; mais l’homme na turel n’a point changé ; il semble qu’une corde jusque-là muette vibre dans son cœur quand la magie d’un conte ressuscite ces passions mortes et réveille un temps évanoui.
1Icelandic Legends, collected by John Arnason, translated ! by P.J. Po well and Eirikir Magnusson. Londres, 1866, in-8°,
2BenfeyEinleitung,§ 92.
I
L’HISTOIRE DE BRIAM LE FOU
Au bon pays d’Islande, il y avait une fois un roi et une reine qui gouvernaient un peuple fidèle et obéissant. La reine était douce et bonne ; on n’en parlait guère ; mais le roi était avide et cruel : aussi tous ceux qui en avaient peur célébraient-ils à l’envi ses vertus et sa bonté. Grâce à son avarice, le roi avait des châtea ux, des fermes, des bestiaux, des meubles, des bijoux dont il ne savait pas le compte ; mais plus il en avait, plus il en voulait avoir. Riche ou pauvre, malheur à qui lui tombait sous la main. Au bout du parc qui entourait le château royal, il y avait une chaumière, où vivait un vieux paysan avec sa vieille femme. Le ciel leur av ait donné sept enfants ; c’était toute leur richesse. Pour soutenir cette nombreuse famille, les bonnes gens n’avaient qu’une vache, qu’on appelait Bukolla. C’était une bête admirable. Elle était noire et blanche, avec de petites cornes et de grands yeux tristes et doux . La beauté n’était que son moindre mérite ; on la trayait trois fois par jour, et elle ne donnait jamais moins de quarante pintes de lait. Elle était si habituée à ses maîtres, qu’à midi elle revenait d’elle-même au logis, traînant ses pis gonflés, et mugissant de loin pour qu’on vînt à son secours. C’était la joie de la maison. Un jour que le roi allait en chasse, il traversa le pâturage où paissaient les vaches du château ; le hasard voulut que Bukolla se fût mêlée au troupeau royal : — Quel bel animal j’ai là ! dit le roi.  — Sire, répondit le pâtre, cette bête n’est point à vous ; c’est Bukolla, la vache du vieux paysan qui vit dans cette masure là-bas. — Je la veux, répondit le roi. Tout le long de la chasse le prince ne parla que de Bukolla. Le soir, en rentrant, il appela son chef des gardes, qui était aussi méchant que lui : — Va trouver ce paysan, lui dit-il, et amène-moi à l’instant même la vache qui me plaît. La reine le pria de n’en rien faire : — Ces pauvres gens, disait-elle, n’ont que cette bête pour tout bien ; la leur prendre, c’est les faire mourir de faim.  — Il me la faut, dit le roi ; par achat, par échan ge ou par force, il n’importe. Si dans une heure Bukolla n’est pas dans mes étables, malheur à qui n’aura pas fait son devoir ! Et il fronça le sourcil de telle sorte, que la reine n’osa plus ouvrir la bouche, et que le.
chef des gardes partit au plus vite avec une bande d’estafiers. Le paysan était devant sa porte, occupé à traire sa vache, tandis que tous les enfants se pressaient autour d’elle et la caressaient. Quand il eut reçu le message du prince, le bonhomme secoua la tête, et dit qu’il ne céderait Bukolla à aucun prix. — Elle est à moi, ajouta-t-il, c’est mon bien, c’est ma chose, je l’aime mieux que toutes les vaches et que tout l’or du roi. Prières ni menaces ne le furent changer d’avis. L’h eure avançait ; le chef des gardes craignait le courroux du maître ; il saisit le licou de Bukolla pour l’entraîner ; le paysan se leva pour résister, un coup de hache l’étendit mort par terre. A cette vue, tous les enfants se mirent à sangloter, hormis Briam, l’aîné, qui resta en place, pâle et muet. Le chef des gardes savait qu’en Islande le sang se paye avec le sang, et que tôt ou tard le fils venge le père. Si l’on ne veut pas que l’arbre repousse, il faut arracher du sol jusqu’au dernier rejeton. D’une main furieuse, le b rigand saisit un des enfants qui pleurait : — Où souffres-tu ? lui dit-il. — Là, rép ondit l’enfant en montrant son cœur ; aussitôt le scélérat lui enfonça un poignard dans le sein. Six fois il fit la même question, six fois il reçut la même réponse, et six fois il j eta le cadavre du fils sur le cadavre du père. Et cependant Briam, l’œil égaré, la bouche ouverte, sautait après les mouches qui tournaient en l’air. — Et toi, drôle, ou souffres-tu ? lui cria le bourreau. Pour toute réponse, Briam lui tourna le dos, et se frappant le derrière avec les deux mains, il chanta :
C’est là que ma mère, un jour de colère, D’un pied courroucé m’a si fort tancé, Que j’en suis tombé la face par terre, Blessé par devant, blessé par derrière, Les reins tout meurtris et le nez cassé !
Le chef des gardes courut après l’insolent ; mais ses compagnons l’arrêtèrent. — Fi ! lui dirent-ils, on égorge le louveteau après le loup, mais on ne tue pas un fou ; quel mal peut-il faire ? Et Briam se sauva, en chantant et en dansant. Le soir, le roi eut le plaisir de caresser Bukolla, et ne trouva point qu’il l’eût payée trop cher. Mais, dans la pauvre chaumière, une vieille femme en pleurs demandait justice à Dieu. Le caprice d’un prince lui avait enlevé en une heure son mari et ses six enfants. De tout ce qu’elle avait aimé, de tout ce qui la faisa it vivre, il ne lui restait plus qu’un misérable idiot.
II
Bientôt, à vingt lieues à la ronde, on ne parla plu s que de Briam et de ses extravagances. Un jour il voulait m ettre un clou à la roue du soleil, le lendemain il jetait en l’air son bonnet pour en coiffer la lune. Le roi, qui avait d e l’ambition, voulut avoir un fou à sa cour, pour ressembler de l oin aux grands princes du continent. On fit venir Briam, on lui mil un bel habit de toutes les couleurs. Une jambe bleue, une jambe rouge, une manche verte, une manche jaune, un plast ron orange ; c’est dans ce costume de perroquet que Bri am fut chargé d’amuser l’ennui des courtisans. Caressé quelquefois et plus souvent battu, le pauvre insensé souffrait tout sans se plaindre. Il passait des heures entières à causer a vec les oiseaux ou à suivre l’enterrement d’une fourmi. S’il ouvrait la bouche, c’était pour dire quelque sottise : grand sujet de joie pour ceux qui n’en souffraient pas. Un jour qu’on allait servir le dîner, le chef des gardes entra dans la cuisine du château. Briam, armé d’un couper et, hachait des fanes de carottes en guise de persil. L a vue de ce couteau fit peur au meurtrier ; le soupçon lui vint au cœur. — Briam, dit-il, où est ta mère ?  — Ma mère, répondit l’idiot ; elle est là qui bout . Et du doigt il indiqua un énorme pot-au-feu, où cuisait, enolla podrida,tout le dîner royal.  — Sotte bête ! dit le chef des gardes en montrant la marmite, ouvre les yeux : qu’est-ce que cela ?  — C’est ma mère ! c’est celle qui me nourrit ! cri a Briam. Et jetant son couperet, il sauta sur le fourneau, prit dans ses bras le pot-au -feu tout noir de fumée, et se sauva dans les bois. On courut après lui ; peine perdue. Quand on l’attrapa, tout était brisé, renversé, gâté. Ce soir-là le roi dîna d’un morceau de pain ; sa seule consolation fut de faire fouetter Briam par les marmitons du château. Briam, tout écloppé, rentra dans sa chaumière et conta à sa mère ce qui lui était arrivé. — Mon fils, mon fils, dit la pauvre femme, ce n’est pas ainsi qu’il fallait parler. — Que fallait-il dire, ma mère ? — Mon fils, il fallait dire : Voici la marmite que chaque jour emplit la générosité du roi. — Bien, ma mère, je le dirai demain. Le lendemain la cour était réunie. Le roi causait avec son majordome. C’était un beau seigneur, fort expert en bonne chère, gros, gras et rieur. Il avait une grosse tête chauve, un gros cou, un ventre si énorme qu’il ne pouvait croiser les bras, et deux petites jambes qui soutenaient à grand’peine ce vaste édifice. Tandis que le majordome parlait au roi, Briam lui frappa hardiment sur le ventre :