On l'appelait Belgique

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La Belgique n’est toujours pas sortie de l’impasse politique dans laquelle l’a plongée, le 22 avril 2010, la démission provoquée du gouvernement Leterme II. Elle détient désormais un double record. Européen d’abord, en étant le premier État-membre de l’Union à avoir assumé l’intégralité d’une Présidence (1er juillet - 31 décembre 2010) avec un gouvernement en affaires courantes; mondial, ensuite, en étant le pays resté le plus longtemps sans gouvernement de plein exercice. Depuis sa création en 1830, le Royaume a connu bien des crises communautaires, mais celle qu’il traverse depuis plus d’un an semble inextricable. La Belgique est en état de mort clinique, déclare le député flamand Eric Van Rompuy, frère du président du Conseil européen. Les missions que se voient confier, par un Roi de plus en plus fragilisé, informateurs, médiateurs et autres négociateurs relèvent de la quadrature du cercle. Dans cet essai, au style percutant, Jules Gheude explique que la situation actuelle était largement prévisible. Il était, en effet, inscrit dans les astres qu’un État-Nation flamand finirait par voir le jour. Cette évolution est non seulement cause de l’échec définitif du fédéralisme, mais elle rend aussi inéluctable la scission du Royaume.
Publié le : vendredi 30 mars 2012
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EAN13 : 9782748365412
Nombre de pages : 132
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Du même auteur François Perin, espoirs et désillusions dun non-conformiste, Éd. Georges Thone, Liège, 1981
Les Belges tels quels, histoire dun problème communautaire en tableaux et plus de 150 caricatures, Éd. Rossel, Bruxelles, 1984
Simenon et la femme, dansSimenon un autre regard, ouvrage collectif, Éd. Luce Wilquin, Lausanne, 1988
Fourons, de lerreur à lerreur, Éd. Les Eperonniers, Bruxelles, 1989
François Perin, écrits et mémoires, Éd. Quorum, Gerpinnes, 1998
Lincurable mal belge sous le scalpel de François Perin, préface de Xa-vier Mabille, Président du Crisp, Éd. Mols, Wavre, 2007. Ce livre a figuré parmi les trois finalistes pour le Prix du Livre politique du Parlement de la Communauté française 2007.
Le Choix de la Wallonie  Pour la convocation de ses États-Généraux, préfaces de Jean Beaufays et Pascal Delwit, Éd. Mols, 2008.
Quand les Wallons séveilleront, Éd. Mols, 2009.
Le Petit guide de laprès-Belgique, Éd. Mols, 2010.
Diverses « cartes blanches » dans « Le Soir, « La Libre Belgi-que », « LEcho », « Vers lAvenir », « Le Monde », « Knack » et « Le Vif/LExpress ».
Jules Gheude
ON L’APPELAIT « BELGIQUE »
 
Mon Petit Éditeur
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IDDN.FR.010.0116587.000.R.P.2011.030.31500
Cet ouvrage a fait lobjet dune première publication par Mon Petit Éditeur en 2011
Une longue maladie semble être placée entre la vie et la mort afin que la mort même devienne un soulagement et à ceux qui meurent et à ceux qui restent.
La Bruyère  « Les Caractères »
Les princes sarrachent les pays comme des ivrognes à la terrasse se disputent les plats.
Marguerite Yourcenar  « LOeuvre au noir »
22 avril 2011
Un État s’éteint… 
Voilà un an, ce 22 avril 2011, que lOpen VLD provoquait la démission de la coalition Leterme II. Depuis les élec-tions anticipées du 13 juin 2010, la Belgique est toujours à la recherche dun gouvernement de plein exercice
Ce que nous vivons aujourdhui rejoint tout à fait ce que François Perin écrivait, le 28 avril 1981, dans « La Meuse » : Après déventuelles élections qui nauront quexacerbé le malaise dû à une crise financière et économique insoluble, le malheureux chef de lÉtat se mettra à courir après un gouvernement introuvable : la Belgique peut dispa-raître par « implosion ».En fait, voilà quatre ans que la Belgique a atteint le point de non-retour. Comme le constate fort juste-ment le député flamand Éric Van Rompuy,elle est en état de mort clinique, et lon poursuit vainement lacharnement thérapeuti-que
Vainement ?
Oui, car le mal dont elle souffre  le nationalisme flamand  est incurable et irréversible.
Mais tous les Flamands ne sont pas nationalistes !
Prenons le dernier baromètre politique de « La Libre Belgi-que », celui de mars 2010. Il donne, en Flandre, une droite
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nationaliste à 50 % : 33 % pour la N-VA, 13,2 % pour le Vlaams Belang et 3,2 % pour la Lijst Dedecker. Et cela sans parler de la frange radicale que lon trouve également au sein du CD&V et de lOpen VLD. On ne se méfiera jamais assez des libéraux flamands !
Comment cela ?
Au lendemain de léchec du Pacte dEgmont, en 1978, Fran-çois Perin sest démené pour tenter daboutir à un accord institutionnel au sein de la famille libérale. Il sest heurté à lintransigeance totale des libéraux flamands. Dans ses notes personnelles, voici ce que lon peut lire, à la date du 6 mars 1980 :Groupe parlementaire commun PRL Chambre et Sénat. Belle révélation par Jean Gol pour la journée commune du 16 mars 1980 avec le PVV. Contre laccord précédent, Bascour est président au lieu de De Greef. En outre, De Clercq ne veut pas du drapeau belge, même assorti des drapeaux des deux communautés ! Les Anversois refusent de venir (Groot-jans) ! La Belgique est bien morte !Vingt jours après avoir écrit ces lignes, Perin démissionnait spectaculairement du Sénat :Il est difficile de rester parlementaire dun État auquel on ne croit plus et dont le système politique paraît absurde, et représentant dune nation  selon les termes de la Constitution  qui nexiste plus.
Vous avez été lun des proches collaborateurs de Jean Gol, lorsquil est devenu, pour la première fois, président du PRL en 1980. Quel était son sentiment quant à lavenir de la Belgique ?
Il connaissait mes liens privilégiés avec François Perin et, comme il était dune nature profondément angoissée, il me de-mandait souvent ce que pensait « le maître ». À chaque fois, il me disait quil partageait son analyse. Bien avant le fameux do-cumentaire-fiction « Bye bye Belgium » de la RTBF de 2006
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nous étions au début de 1983 , François Perin avait fait para-ître dans lhebdomadaire « Pourquoi Pas ? » un article intitulé « Et si les Flamands proclamaient leur indépendance ? ». Quel-ques jours après, Jean Gol, alors vice-Premier ministre, lui adressait le message manuscrit suivant : %Je suis daccord à 100 avec votre article. Mais le délai est sans doute un peu plus long ; je ne suis pas fonctionnellement en position dexprimer publiquement mon accord. Jagis cependant chaque jour pour préparer cette échéance et une réponse francophone de survie digne, raisonnable et dans lordre.1
La fameuse « Nation francophone ? »
Pour en avoir très souvent parlé avec lui, je peux attester que le regard de Jean Gol était tourné vers la France. Lors de son décès brutal, en septembre 1995, François Perin a révélé ceci au journal « Le Soir » :Je me souviens de sa terrible colère au bureau du parti quand André Damseaux et Jacqueline Mayence ont basculé en faveur de limplantation de la capitale wallonne à Namur. « Il ny a que deux capitales possibles », déclara-t-il. « Si ce nest pas Bruxelles, jen connais une autre autrement prestigieuse ». Il na pas prononcé le nom de Paris mais Sur lavenir de lÉtat belge, il était devenu pessimiste. Quand nous faisions de la politique ensemble, nous étions convaincus que nous mour-rions belges. Ces derniers temps, il ma dit quil en doutait.2François Perin a expliqué aussi pourquoi il avait littéralement craqué à la sortie du funérarium de Robermont :Il était le seul homme politique belge ayant lenvergure nécessaire pour avoir lécoute de Paris en cas de dislocation de la Belgique. Là, ses liens privilégiés avec Chirac pouvaient savérer utiles. Et voilà que cette carte majeure me claque dans la main !Lorsquil était Délégué général de la Communauté française de Belgique à Paris,3 Gendebien eut loccasion de dé- Paul-Henry
1 daté du 14 mars 1983. Message 2  « Le Soir » du 20 septembre 1995. 3De 1988 à 1996.
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jeuner avec Jean Gol. Les détails quil donne à ce sujet dans son livre « Splendeur de la liberté »,4ne laissent place à aucune am-biguïté quant aux intentions du ténor libéral : Il mavoua quil ne croyait plus à la nation belge ni même à lÉtat. Un long éloignement du pouvoir avait à nouveau aiguisé son esprit critique et surtout, il avait été ulcéré par les « avancées » du nationalisme chez les libéraux flamands, auxquels sétait dailleurs ralliée lune des ailes mar-chantes de la Volksunie. Manifestement, le virus de la séparation avait atteint le libéralisme flamand. () Cest alors quil ajouta, et ceci compta, ce que javais déjà deviné sans difficulté : à savoir quil pensait que notre avenir, à nous autres Wallons et Bruxellois, serait français. Dans quelles circonstances, sous quelle forme, à quelle date ? Nul ne pouvait encore le conjecturer avec précision, sinon par une hardiesse excessive et prématurée. Néanmoins, en manipulant soit par jeu soit par anticipation très cons-ciente un certain nombre dhypothèses, nous en arrivâmes bien vite à calculer le nombre de départements, de conseillers généraux et régionaux, de députés qui reviendraient à la Wallonie. Sa férocité se déchaîna quand nous évoquâmes ceux de ses amis politiques quil faudrait recaser à lAssemblée nationale. « De toute manière, ajouta-t-il, ils seront fiers de porter lécharpe tricolore, et quelques décorations feront le reste ». Nous évoquâmes aussi diverses formules dassociation ou de réintégration dans la République, le précédent de lAlsace-Lorraine nétant pas sans intérêt. Dans la semaine qui suivit, jappris de bonne source que Jean Gol avait eu  ce jour-là et le lendemain  des rencontres qui nétaient pas rien dans la politique française.
4 Éd. Quorum, 1999.
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