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Pensées paresseuses d'un paresseux

De
256 pages
La paresse a toujours été mon point fort. Je n’ai aucun mérite : c’est un don.
Jerome K. Jerome
« Penser, soit, mais en passant, sans se presser. L’oisif accueille la pensée comme certaines branches l’oiseau : il veut bien être perchoir mais non point nid. De même qu’il existe une authentique philosophie de comptoir, il existe une pensée de fauteuil. L’oisif aime à discourir des sujets les plus triviaux – il trouvera toujours le moyen, au détour d’une apparente banalité, de faire entendre les saignements de son cœur. »
Claro
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Traduction inédite de l’anglais par Cécile Arnaud.
© Flammarion, Paris, 2014. ISBN : 9782081339071
par CLARO
DES DIVERS DEGRÉS DE LA PARESSE
a paresse est une technologie assez génLie largement indispensable. D’autant plus ancienne, mais les trépidations de la vie moderne ont rendu le recours à son qu’il existe diverses sortes de paresses, et si nous ne parlons pas ici d’un fruit ou d’un légume, reconnaissons toutefois qu’elle se trouve sous autant de variétés qu’on veut bien avoir la patience d’en cultiver. Oui, la paresse est comme ce jardin privé que Voltaire nous a encouragés à entretenir, même s’il faut aussi, parfois, laisser faire la nature. Il y a la paresse contestataire, celle dont Paul Lafargue a fait la séditieuse apo logie. Il y a la paresse existentielle, qu’on trouve par exemple dans l’uvre de Beckett, avec tous ces personnages plus ou moins empotés dans le terreau de l’indécision. Il y a la paresse horizontale,
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LA ROTATION DES POUCES SELON SAINT JEROME
celle d’Oblomov, pris dans un devenirdivan. On pourrait également discerner une forme de paresse atypique dans l’absentéisme du Bartleby de Mel ville, qui préférait ne pas. Être ou ne pas être : cette seule question épuise déjà nos paresseux. Si vivre c’est décider, alors plutôt mourir  mais non ! Ne décidons rien, c’est trop d’embarras, le mieux est de mimer l’attente en singeant l’expectative (et d’en profiter pour musarder). Mais la paresse qu’évoque Jerome K. Jerome dansIdle Thoughts of an Idle Fellowse dis tingue de celle, carrément biblique, que les anglophones appellentsloth, et qui, elle, est un péché, en outre capital  ce qui la rend cousine de la luxure, et donc fichtrement séduisante. La paresse selon saint Jerome est autre, donc : en anglais, le motidlenessrenvoie davantage à l’idée d’oisiveté, même si l’oisif dont nous parle l’auteur dePensées paresseusesn’est guère un nanti : plutôt un oisif démuni, mais dont le dénuement, lié à l’absence d’occupations, rend la pensée vagabonde, légère, ouverte aux quatre vents de la réflexion. Le paresseux n’a pas envie de travailler ; l’oisif n’y songe même pas. Il se délecte dans le dilettantisme d’une rassurante vacance. Il se tourne les pouces, ou plutôt ses pouces tournent d’euxmêmes, et il observe,
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