Physiologie de l'amant de cœur

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BnF collection ebooks - "Quand Dieu de son souffle puissant eut formé l'homme, il voulut lui donner une compagne : il fit Ève, et bientôt l'amour les enflamma d'une même ardeur. Alors point de perfides, de coquetteries, d'amours inconstants ; ils se jurèrent fidélité et ne la trahirent jamais."


Publié le : mercredi 25 février 2015
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EAN13 : 9782346002290
Nombre de pages : 124
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Fruit d’une sélection fine réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF par un comité éditorial composé de ses plus grands experts et d’éditeurs, BnF collection ebooks a pour vocation de faire découvrir des textes classiques essentiels dans leur édition la plus remarquable, des perles méconnues de la littérature ou des auteurs souvent injustement oubliés.

Morceaux choisis de la littérature, y compris romans policiers, romans noirs mais aussi livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou sélections pour la jeunesse, tous les genres y sont représentés.

Éditée dans la meilleure qualité possible eu égard au caractère patrimonial de ces fonds, conservés depuis de nombreuses années par la BnF, les ebooks de BnF collection sont proposés dans le format ePub, un format ouvert standardisé, pour rendre les livres accessibles au plus grand nombre sur tous les supports de lecture.

MONSIEUR LE CHEVALIER HyRa,

Confiant dans votre indulgence, je viens vous demander de vouloir bien accepter la dédicace de ce petit livre. Daignez voir dans l’envoi de ce faible ouvrage la preuve de la haute considération avec laquelle j’ai l’honneur d’être,

Monsieur,

Votre tout-dévoué serviteur,

MARC CONSTANTIN.

Introduction

En lisant Amable Tastu, Desborde Valmore, Anaïs Ségalas, Élisa Mercœur et tant d’autres charmants petits bas-bleus, dont la plume fait plus ou moins tressaillir l’âme, dont les idées féminines veulent atteindre aux dernières limites des champs de la pensée de l’homme, je me sens pris d’une profonde tristesse pour la pauvre femme qui ressemble à cet enfant qui, voulant endosser l’habit de son grand-père, s’y trouve comme dans une vaste guérite, et ne peut marcher à l’aise, tant l’ampleur du vêtement est large. Il s’arrête, il trébuche, il tombe embarrassé, et l’on rit de sa maladresse.

Pourquoi donc ne pas laisser aux hommes les sommets arides, les plaines immenses, et ne pas demeurer dans les jardins fleuris et sous les frais ombrages du vallon ?

La femme est une fleur délicate qui se fane aux ardeurs d’un soleil brûlant ; les verdoyants prés, les bords d’un ruisseau limpide la font renaître, et c’est là seulement que s’exhale tout son parfum.

Il en est aussi à qui l’obscurité est contraire, pour qui les nuits sont trop fraîches ; et celles-ci veulent un coin du ciel pur et bleu, un rayon du soleil levant, pour briller avec plus d’éclat et jeter au loin ses enivrants pistils aux odorantes couleurs.

À celles-ci un amour au cœur et une pensée à l’âme suffisent pour faire élaborer dans leur jolie tête un poème doux et tendre, une épistolaire et plaintive romance, dans laquelle se réuniront et son amour au cœur et sa pensée à l’âme.

À celle-là, au contraire, une passion dans l’imagination et un orgueil insatiable de faire parler d’elle enfanteront, dans son cerveau fébrile, un drame échevelé, une tragédie ridicule ou un roman hermaphrodite.

Bien souvent un chapitre sera composé aux fumées d’un cigare et à la flamme d’un punch.

Mais ce chapitre sentira le punch et le cigare, et vous direz en rejetant le livre : Enfin l’auteur est-il un homme ou une femme, ou bien l’un et l’autre, ou bien encore ni l’un ni l’autre ?

Et maintenant il faut bien vous avouer qu’à mon tour j’ai voulu fondre dans le moule de ma pensée une œuvre qui, sans doute, aura le destin des choses d’ici-bas.

Et, livre, il a vécu ce que vivent les livres.
L’espace d’un matin !

Mais je veux (le roi dit nous voulons) que l’on dise en parlant de moi : Il a été utile à la société, en nous initiant aux mystères qui entourent d’un voile épais le cœur problématique des femmes et celui non moins mystérieux des hommes, en matière de sentiment.

Et chacun s’écriera, transporté de reconnaissance :

Vi ringrazio ben di cuore !…
I
Naissance et décadence de l’amour

Quand Dieu de son souffle puissant eut formé l’homme, il voulut lui donner une compagne : il fit Ève, et bientôt l’amour les enflamma d’une même ardeur. Alors point de perfidies, de coquetteries, d’amours inconstants ; ils se jurèrent fidélité et ne la trahirent jamais. Il est vrai qu’il leur eût été difficile de faire autrement : ils étaient seuls au monde !

Maintenant que des siècles ont passé par milliers depuis la création d’Ève, les femmes ont un peu perdu de leur naïveté première, et ce n’est jamais qu’en souriant et avec une arrière-pensée, qu’elles jurent une éternelle constance.

Il en est cependant qui, dans leur extatique amour, ont la bonhomie de penser ce qu’elles disent ; mais le temps, de son aile rapide, vient faire évanouir cette sainte croyance et rire des serments que, hier encore, on jurait avec tant de bonne foi ! Tout a changé depuis les premiers âges, mœurs et costumes, ciel et terre, hommes et dieux. Les femmes mêmes, si capricieuses, ont rejeté sous un frivole prétexte les vêtements si simples et si peu coûteux que portait la première femme, Ève.

Il leur faut maintenant robes et chapeaux, plumes et manchons, perles et fleurs ; il leur faut équipages et domestiques, comme si la nature avait inventé les landaus et les chasseurs à tricorne.

En perdant leurs goûts primitifs elles ont aussi perdu leur cœur primitif, et, sans doute, elles rejetteraient avec indignation les aveux d’un amant qui, simple dans ses habitudes, se présenterait devant elles dans le costume pittoresque de notre premier père.

Autres temps, autres mœurs, et haro sur les sauvages du Canada qui vont au bal avec seulement des bottes et un faux col.

L’amour lui-même a été forcé d’adopter le pantalon et l’habit à la française, et, changeant son arc contre une canne, et son carquois contre un binocle, il a brûlé ses ailes aux becs de gaz, et a jeté son bandeau aux imbéciles.

Il veut y voir, bien y voir, plutôt deux fois qu’une, et ce n’est souvent qu’après essai qu’il se hasarde à pénétrer les cœurs.

En vérité, l’amour du dix-neuvième siècle est devenu bien fat ! Il lui faut de faciles conquêtes ou il s’envole (sur son ponney ou dans son tilbury) voltiger de fleurs en fleurs dans les allées poudreuses du bois de Boulogne ou sous les frais ombrages des Tuileries.

Cet amour fashionable s’est introduit dans les boudoirs des petites maîtresses, mariées, rats ou lorettes, et a pris le nom d’amant de cœur, mot significatif qui démontre clairement que celle qui en possède un tient l’amour en partie double, et enregistre au débit ou au crédit de profits et pertes la balance annuelle de ses amours.

II
Définition de l’amant de cœur en langage des dieux
Dire : je puis l’aimer ; car elle est jeune et belle.
Car de son long regard rejaillit...
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