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Physiologie du Palais-Royal

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BnF collection ebooks - "Richelieu, qui semble avoir été mis au monde pour prouver combien la cervelle d'un grand homme peut renfermer de sottises et de belles pensées, Richelieu fit bâtir le Palais-Cardinal. Chacun sait ça, ou du moins est sensé le savoir."


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À propos de BnF collection ebooks

 

BnF collection ebooks est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

Fruit d’une sélection fine réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF par un comité éditorial composé de ses plus grands experts et d’éditeurs, BnF collection ebooks a pour vocation de faire découvrir des textes classiques essentiels dans leur édition la plus remarquable, des perles méconnues de la littérature ou des auteurs souvent injustement oubliés.

Morceaux choisis de la littérature, y compris romans policiers, romans noirs mais aussi livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou sélections pour la jeunesse, tous les genres y sont représentés.

Éditée dans la meilleure qualité possible eu égard au caractère patrimonial de ces fonds, conservés depuis de nombreuses années par la BnF, les ebooks de BnF collection sont proposés dans le format ePub, un format ouvert standardisé, pour rendre les livres accessibles au plus grand nombre sur tous les supports de lecture.

Introduction

UN SCYTHE célèbre de l’antiquité cherchait, dit-on, autrefois Athènes dans Athènes.

Aujourd’hui, si l’on voulait trouver Paris dans Paris, il faudrait simplement aller au Palais-Royal.

Car le Palais-Royal est Paris, Paris c’est la France, la France c’est l’Europe, et l’Europe, cette immense boule qui en supporte tant d’autres et qu’on nomme l’univers.

Donc, en écrivant la physiologie de cet El dorado, nous allons faire l’abrégé des merveilles du monde.

La conséquence est rigoureuse.

Il y a tantôt deux cents ans, Corneille disait :

« Non, l’univers entier ne peut rien voir d’égal
Aux superbes dehors du Palais-Cardinal.
Toute une ville entière, avec pompe bâtie,
Semble d’un vieux fossé par miracle sortie,
Et nous fait présumer, à ses superbes toits,
Que tous ses habitants sont des dieux ou des rois. »

On voit qu’en fait d’hyperbole ce farceur de Corneille était passé maître ainsi qu’en bien d’autres choses.

Mais s’il était donné à ce grand homme de se transporter au milieu des féeriques enchantements de notre âge, il trouverait le Palais-Cardinal d’autrefois bien rococo, et Richelieu un bien petit ministre, comparé aux excellences de notre époque.

Pour vous donner une idée bien exacte de cet Alhambra moderne, nous allons procéder par ordre Chronologique, – analytique, – érotique, – artistique, mais peu didactique, ce qui serait trop soporifique.

Après cette profession de foi sincère, vous pouvez, lecteurs ou lectrices, prêter votre attention au récit d’un vieillard qui a passé ses jeunes et heureuses années, au milieu des plaisirs de ce palais, et qui, après avoir coudoyé trois grands âges de ridicule, vient encore, comme un nouveau Diogène, y chercher non plus un homme, mais un rayon de soleil, et régler sa montre au canon méridien !

Ainsi soit-il !

Chapitre premier

RICHELIEU, qui semble avoir été mis au monde pour prouver combien la cervelle d’un grand homme peut renfermer de sottises et de belles pensées, Richelieu fit bâtir le Palais-Cardinal.

Chacun sait ça, ou du moins est sensé le savoir.

Mais ce que chacun ne sait pas, c’est que le ministre-roi était amoureux de la belle Anne d’Autriche, et que de même qu’il remplissait les fonctions publiques de la royauté, il pensa qu’il devait lui être permis d’en exercer les fonctions privées. – Le cumul était déjà de mode. – C’est à cette cause que se rattache la fondation du Palais-Royal. – Pour plaire à la mère de Louis XIV, et surpasser l’élégant Buckingham, qui se permettait de se transformer en Jupiter-Aurifère pour charmer les Danaés de la cour, Richelieu se déguisa en baladin, et vint dans cet état déclarer son amour à sa souveraine : figurez-vous Odry dans les Saltimbanques.

Mais laissons parler un témoin oculaire :

« Il est passionnément épris, Madame, dit la confidente ; je ne sache rien qu’il ne fit pour plaire à votre majesté.

Voulez-vous que je l’envoie ce soir dans votre chambre vêtu en baladin, et que je l’oblige à danser aussi une sarabande ? »

C’était la belle Mme de Chevreuse qui parlait ainsi à la reine.

« Le voulez-vous ?

Quelle folie ! dit la princesse. »

Mais elle était jeune, elle était femme ; elle était vive et gaie ; elle prit au mot sa confidente.

Richelieu, quoiqu’occupé des affaires de l’Europe, s’empressa d’accepter la proposition. Il se présenta devant sa souveraine, dans le costume que Bilboquet a renouvelé depuis, et dansa la sarabande susdite.

Lorsque la reine se fut bien désopilée, le ministre hasarda sa déclaration d’amour. – La reine continua de rire, et le cardinal furieux jura de se venger. – Pour se venger, il fit une tragi-comédie qu’on nomme Mirame, et pour la faire représenter, il fit bâtir le Palais-Cardinal. – Les plus grands effets proviennent toujours des plus petites causes.

La représentation eut lieu avec une pompe inouïe, en présence de la cour et de la reine qui, malgré les alexandrins vengeurs de Richelieu, riait encore de la sarabande. – Voici les vers de Mirame :

 

« Celle qui nous paraît un céleste flambeau,

Est un flambeau funeste à toute sa famille

Et peut-être à l’État… »

...
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