Pour un nouvel imaginaire politique

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Après le « non » au référendum qui a retenti comme un coup de tonnerre, les grands intellectuels évoquent la crise profonde de notre société. Nos pays sont malades du politique, car le politique n’existe plus. Nos sociétés sont malades du sens, car le sens ne prévaut plus. Et pourtant jamais les défis sociaux, culturels, environnementaux, bref, de civilisation, n’ont été aussi importants.

Un livre qu’il est urgent de lire si nous voulons devenir responsables de notre avenir.
Publié le : mercredi 25 janvier 2006
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782213645155
Nombre de pages : 162
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INTRODUCTION
Contre l’intelligence myope, pour une pensée anticipatrice
Par Edgar Morin
La politique est devenue de plus en plus inintelligible, de plus en plus inaudible, de plus en plus « techno-économique»; la distance entre élus et électeurs n’a jamais été aussi importante. La politique tient désormais du degré zéro de la pensée. Sa crise est sans précédent, faute d’investissement intellectuel sur les bouleversements technologiques, les grandes transformations, les changements de société, les crises de civilisation. Elle est réduite au pilotage de l’économie, rivée sur le taux de croissance, sorte de potion magique censée résoudre le problème de l’emploi. L'avenir est fait d’incertitude, sans issue évidente. Car on ne peut plus imaginer que les lois de l’histoire soient sur des rails, ni que le progrès soit inéluctable.
Il faut faire un diagnostic local, national, régional, mondial de la marche de la planète. Le mode de connaissance tel qu’il nous a été enseigné est fragmenté. Le tissu complexe de la société a été tailladé en petits morceaux; difficile de reconstituer l’ensemble. Aux économistes l’économie, aux démographes la démographie, aux religieux la religion. Manquent des instruments de pensée complexes pour démêler l’imbrication des enjeux actuels, pour ne pas se réfugier dans la politique de courte vue, la réflexion au jour le jour. Reconnaissons-le : notre ignorance est phénoménale. Le philosophe allemand Georg Wilhelm Friedrich Hegel disait : «L'oiseau de Minerve prend son envol à la tombée de la nuit. » La sagesse arrive toujours très tard. Trop tard. Il est en effet très difficile de comprendre l’immédiat. Nous n’avons plus de bagage pour une pensée anticipatrice. «Nous ne savons pas ce qui arrive mais c’est justement cela qui arrive », écrivait le philosophe espagnol José Ortega y Gasset. Le défi est gigantesque mais on ne peut pas renoncer, justement parce que, sinon, on accepte une intelligence myope qui conduit à des comportements aberrants.
Nous sommes emportés dans une aventure non maîtrisée. La planète est une sorte de vaisseau spatial entraîné par des moteurs (sciences, économie, technique, profits) incontrôlés, offrant autant de possibilités de destruction que de manipulation. Puissances aveugles qui se développent à l’échelle de l’économie. L'effondrement du prétendu socialisme réel, qui fut réellement trompeur, a laissé place au déchaînement d’une économie marchande face à laquelle on n’a pu encore énoncer une alternative. Peut-être faut-il y opposer une économie vraiment plurielle, une économie d’associations, de mutuelles, de commerce équitable, d’entreprises citoyennes à côté des entreprises capitalistes classiques, et une économie de réseaux locaux en même temps que de réseaux globaux (continentaux, mondiaux), avec une pluralité de fonctions régulatrices durables. L'ONU n’est pas capable d’être l’organe légitime à même d’instaurer une « gouvernance » efficace sur les grands maux transversaux de notre temps, tels que le climat, la biosphère, l’énergie. Quel est, ainsi, son propos face au péril du nucléaire, quel est son volontarisme sur les énergies propres et renouvelables ?
Le « quantitatif » n’a pas donné le « qualitatif » escompté. L'appétit d’accumulation, l’abondance de biens n’ont pas produit le bonheur attendu, les satisfactions humaines rêvées. Les multiples révoltes de la jeunesse des années 60, ce « péril riche » contre l’individualisme, n’ont pas comblé les aspirations vers plus de communauté, plus de liberté, plus de fraternité. Le « bien-être » a créé un malaise profond. La société dite de loisirs atteste, en creux, le désir d’une autre vie, d’un autre espace de satisfaction, où le corps s’harmonise avec l’âme. La révolte des banlieues raconte un peu la même chose, même si elle est le produit de racines différentes : adolescence ghettoïsée, survie dans un tissu de désintégration sociale, familiale, économique. La « bande » en milieu clos, avec ses règles, ses lois, se transforme en microsociété qui se pose en rupture et en conflit face à la société, qui se cherche des règles, des lois.
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