Pouvoirs spirituel et civil

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En Côte d’Ivoire, pendant la Crise post-électorale, les mots étaient piégés, les repères éthiques et religieux avaient foutu le camp chez certains. Il fallait être soit poète, soit mystique ou enfin conteur pour que votre verbe ne « coupât » pas ou ne « décalât » pas la vérité. Bientôt, des voix s'élèvent pour critiquer la position de l’Eglise catholique de Côte d’Ivoire. Etudiant en théologie à Abidjan, l'auteur est allé puiser dans l’histoire de l’Eglise pour savoir la position qui aurait convenue à tous. Le choc entre Napoléon Ier et Pie VII lui est apparu comme un moyen de rappeler à l'Eglise que ses accointances avec l’Etat ont toujours terni son image.


Publié le : vendredi 29 novembre 2013
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EAN13 : 9782332568854
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ISBN numérique : 978-2-332-56883-0

 

© Edilivre, 2014

Sigles

C.E.C.I.

:

Conférence Episcopale de la Côte d’Ivoire

C.E.N.C.

:

Conférence Episcopale Nationale du Cameroun

C.E.N.C.O.

:

Conférence Episcopale Nationale du Congo

I.T.C.J.

:

Institut de Théologie de la Compagnie de Jésus

J.A.

:

Jeune Afrique

U.C.A.O.

:

Université Catholique de l’Afrique de l’Ouest

S.J.

:

Societatis Jesu (La Compagnie de Jésus)

 

 

Remerciements

Edmund Burke nous apprend qu’un regard rétrospectif éclaircit les yeux pour bien regarder vers la prospérité.1 Ce devoir de mémoire m’oblige à exprimer mes remerciements à toutes les personnes qui ont permis que ce projet voie le jour.

Toute ma profonde gratitude à vous, Ambroise Mandah ; votre expérience d’historien a aiguisé en moi l’attrait pour l’histoire de l’Eglise, inépuisable source et instrument de discernement.

Merci à Hervé Kanziama, S.J. pour tous les ouvrages mis à ma disposition ; à Yves Morel, S.J., au Professeur Aboubacar Cyprien Touré, à Anicet Nteba, S.J. et à Boris Somé pour avoir relu ce texte.

Je n’oublie pas John McGarry, S.J., Recteur de la Faculty of the Jesuit School of Theology of Santa Clara University of Berkeley, et Mr Serge Raoul Tanga pour leur soutien matériel et leurs encouragements.

Merci à toi, George Griener, S.J. pour tes conseils ; et à toi, Harris Tombi, S.J. pour m’avoir encouragé à publier ce travail.


1 Edmund Burke,Reflections on the Revolution in France (1790), Indianapolis, Hackette pub, 1987, p. 29.

Dédicace

 

 

 

 

Au Père Nicolas Ossama, S.J.

Préface

Pouvoirs spirituel et civil : Bras de fer entre Napoléon Ier et Pie VII est un chant d’espérance que Julien Ndongo entonne pour que l’entendent les Africains qui ont encore une mémoire, un cœur, une volonté, une raison et un désir de conserver à l’Eglise de Jésus-Christ sa crédibilité de prophète, peu importe les situations. En effet, une société qui n’a pas de prophètes est une société sans vision. Là où manque la vision, manque également le souffle pour bâtir un grand destin. L’auteur exécute une mélodie selon une mesure à quatre temps : de la mort de Pie VI au bras de fer entre Napoléon Ier et Pie VII ; en insistant sur l’élection du nouveau pape Pie VII et sur la politique religieuse de Napoléon.

Le point de départ de l’auteur est une situation qui donne à penser : la crise ivoirienne. Dans un contexte où « les mots étaient piégés et les repères éthiques et religieux brouillés », il trouve qu’il aurait fallu la perspicacité du poète, la profondeur spirituelle du mystique ou la compétence du conteur pour faire l’état des lieux. L’auteur avoue ne pas avoir de telles qualités et choisit l’histoire pour exprimer son insatisfaction. Il fait usage de deux figures histori­ques : Napoléon Ier et Pie VII, pour provoquer la réflexion dans un contexte ivoirien où il a déploré la complaisance entre deux acteurs : l’Etat ivoirien et l’Eglise Catholique ivoirienne.

L’essai de Julien Ndongo n’est pas un quelconque travail académique ; il est une provocation et une interpellation. Provocation à l’Etat ivoirien ; interpel­lation à l’Eglise de Côte-d’Ivoire qu’il trouve assez amnésique quant à l’histoire de l’Eglise parsemée de crises aussi aiguës les unes que les autres, mais ayant toujours démontré de la ténacité et de la prudence dignes des rameurs de la barque de Pierre. Cette Eglise ivoirienne n’a pas su lire les signes des temps. Sinon, pourquoi avoir attendu que le cycle des violences s’instaure de façon irréversible ? L’Eglise de Jésus, dont l’option préférentielle est du côté des pauvres, ne voyait-elle pas ces pauvres injustement appauvris par ces riches injustement enrichis ? Cette Eglise promotrice de justice, ne voyait-elle pas le cancer de l’injustice qui consumait progressivement la Côte d’Ivoire ? Avait-elle compris la valeur d’un combat engagé mais perdu ? Ne savait-elle pas qu’elle est sentinelle d’espérance et que le peuple de Dieu attendait d’elle qu’elle lui fournisse des raisons d’espérer ?

L’auteur, dans une subtilité qui ne lui est pas étrangère, découle ses interrogations, ses partis-pris, ses convictions, ses doutes et ses quêtes. De manière historiquement simple, l’auteur convoque l’Eglise à voir ses déficits : déficit moral, déficit d’imagination, déficit d’encadrement, déficit d’organisation, déficit d’utopie, déficit théologique… Et de fait, une bonne théologie en Afrique impliquera nécessairement une intelligence de l’agir politique et déterminera des pistes pour un engagement sain pour la cause des opprimés dont le nombre ne cesse de croître sur notre continent, la mère-Afrique.

En réalité, voici un livre nourrissant pour les pasteurs et les fidèles qui n’aiment pas la complai­sance ; un livre pour les leaders politiques qui ne cautionnent pas l’amalgame. Voici un ouvrage de grand souffle pour re-penser, ré-imaginer, ré-activer, rentabiliser et réussir la mission prophétique de l’Eglise dans notre monde en mal de prophètes.

P. Anicet N’TEBA MBENGI, S.J.
Professeur à l’Institut de Théologie de la Compagnie de Jésus à Abidjan/Côte d’Ivoire et Directeur associé de Jesuit Historical Institute in Africa à Nairobi/Kenya

Abidjan, le jeudi 23 mars, 2013

 

 

Introduction

Le samedi 4 décembre 2010, lors de son discours d’investiture comme président de la Côte d’Ivoire, dans un contexte que le monde entier a suivi bon gré ou mal gré en direct dans les médias, Laurent Gbagbo déclarait :

Vous savez, dans l’Histoire, on trouve des cas fameux de rupture avec le Vatican pour des questions de souveraineté. En Angleterre, Henri VIII, pour une question de mariage, avait rompu avec le Vatican. C’est comme cela qu’est née l’Egliseanglicane. En France, Napoléon a pris la couronne et se l’est posée sur la tête pour éviter qu’un autre souverain le fasse.1

Venance Konan qualifie cette allusion de « la dangereuse tentation de Laurent Gbagbo », et rappelle à Laurent Gbagbo qu’il ne suffit pas d’être dans la peau de Napoléon en se couronnant tout seul, mais qu’il faut aussi savoir comment Napoléon a quitté le pouvoir.2 Nous, étudiants en théologie à l’I.T.C.J. d’Abidjan, nous nous interrogions sur le pourquoi être allé jusqu’au dix-neuvième siècle, à l’aube de la modernité, pour illustrer son investiture. Mieux, quelles étaient les circonstances qui avaient amené Napoléon à poser cet acte ? En plus, pourquoi faire allusion aux relations Eglise-Etat ? Nous étions surtout curieux de découvrir la riposte du Souverain pontife après une telle humiliation publique.

En fait, même si on assistait à l’inflation du slogan, « l’Eternel des armées », dans Abidjan, jeune religieux jésuite, nous étions convaincus que l’Eglise catholique n’entrerait pas dans la danse. Forte de ses 2000 ans d’âge et étant un des baromètres de l’histoire de l’Humanité, l’Eglise ne pourra trinquer avec aucune entité politique. Ainsi, à tort ou à raison, il sera reproché à certains leaders de l’Eglise catholique de la Côte d’Ivoire de prendre des positions douteuses comme si l’Eglise n’avait jamais fait face à de terribles secousses politiques, économiques et sociales dans le passé.

Ouvrons un excursus. Notre institut de théologie d’Abidjan (ITCJ) sera violemment visité deux fois. La deuxième fois, le vendredi 21 avril 2012, avec 7 de mes confrères jésuites, les assaillants nous mirent à plat-ventre et promenèrent leurs pistolets automatiques et kalachnikovs sur les nuques. Les assaillants nous demandèrent de leur remettre les millions de francs CFA que le président Gbagbo aurait donnés aux prêtres. Un confrère malgache sera légèrement blessé au pied par balle, tandis qu’un confrère de la République Démocratique du Congo et moi serons blessés à coups de crosse et giflés par un des braqueurs particulièrement violent.

Avant le 12 mai 2012, date limite des dépôts des mémoires à l’Université Catholique de l’Afrique de l’Ouest (UCAO) d’Abidjan, attendant les dernières corrections de mon directeur de mémoire, nous avions frôlé la mort. Tout ceci parce qu’appartenant à cette Eglise catholique qu’on soupçonnait ou diffamait de manière générale d’avoir soutenu l’ancien régime.

Cet excursus étant fermé, revenons à notre questionnement sur l’allusion du président Gbagbo au sujet de l’auto-couronnement de Napoléon. Au fil des jours, sous les constants bruits d’armes qui venaient de la commune d’Abobo, située à cinq minutes en voiture de l’ITCJ, nous étions arrivés à une question clé au sujet de la position de l’Eglise catholique en Afrique dans une telle crise. Comment, de nos jours en Afrique, un représentant officiel de l’Eglise, en l’occurrence évêque, prêtre, diacre et religieux, peut-il encore continuer à œuvrer pour le spirituel sans ingérences de l’Eglise3 dans la politique ou les consciences, ou sans servir de caution morale aux leaders politiques ?

Pour répondre à cette question, nous étions allés à la rencontre de l’un des grands papes de l’histoire de l’Eglise, de l’Histoire tout court. Ce pape, Pie VII, fut à la croisée des chemins, pour ne pas dire à la croisée des crises, entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel.4 Ainsi dans les mille et une réponses à donner, il n’y avait pas plus explicite illustration dans l’histoire de l’Eglise que le duel qui opposa le pape Pie VII à Napoléon Ier pendant dix ans, pour communiquer la position que nous aurions souhaitée voir l’Eglise prendre.5 Tel a été le contexte de naissance de ce texte. Il avait déjà été soutenu comme mémoire de fin de cycle de théologie en histoire de l’Eglise. Il est désormais entre vos mains comme livre.

Lorsqu’au début de son pontificat, Pie VII et Napoléon Ier coulaient encore le grand amour, l’histoire nous rapporte qu’un slogan courrait alors les rues de Rome : « Pio (VI) per conservar la fede, Perde la sede ; Pio (VII) per conservar la sede, Perde la fede. »6

La thèse de ce texte est que l’Eglise, en n’importe quel lieu, peut conserver les deux. La condition sine qua non serait que lorsqu’au titre de sa fonction ecclésiale, un responsable de l’Eglise intervient, qu’il le fasse de manière à ce que l’on puisse bien percevoir qu’il s’agit réellement d’un service et d’un respect de l’Humanité. Aussi, même s’il s’agit d’une « consultation électorale » ou d’une « menace économique », la réponse d’un homme d’Eglise sera toujours dans le respect plénier de l’homme.7 Il pourrait sans doute arriver que dans ce combat pour l’humain, le prix à payer soit équivalent à celui qu’a payé Jésus-Christ.

De façon générale, nous avons adopté la méthode analytique, c’est-à-dire que nous faisons une analyse des textes et en tirons des conclusions. Cette démarche, qui a le mérite de nous lier aux textes, de maintenir ainsi un contact direct avec notre sujet en relation avec telle ou telle autre de nos lectures. Très souvent, pour coller nos commentaires aux textes, nous citons abondamment les auteurs.8 Par ailleurs, si notre argumentation devient balbutiante, nous espérons au moins qu’elle ne manquera pas de bien dater, nommer, reconnaître les événements et les choses.9

Pourquoi faire l’archéologie d’un si antique choc (208 ans) alors que d’autres beaux esprits ont exposé, en lignes plus fines et étendues, quelques cas de prélats africains qui ont fait face aux pouvoirs politiques ?10

Ces lignes se veulent un rappel de ce que l’Eglise sait déjà : ses nombreuses accointances avec l’Etat, à la longue, ont toujours ruiné sa position éthique et sa crédibilité aux yeux du monde :

En imprimant son sceau sur le front des Empereurs et des rois, en leur fournissant des hommes pour leurs administrations et leurs commandements, en recevant des biens et des domaines, et en obtenant une protection qui, certes, lui avait été utile, l’Eglise avait aliéné une large part de sa liberté. Elle avait fini par se placer sous la dépendance de ces laïcs avec lesquels elle avait cru seulement marcher la main dans la main.11

A ce sujet, les derniers scrutins présidentiels en Côte d’Ivoire, au Cameroun et en République Démocratique du Congo avaient montré l’Eglise catholique pataugeant dans le « poto poto » de la partialité au même titre que les partis politiques de ces trois pays.12 Ce qui, en Côte d’Ivoire, paraissait au départ comme une « comédie », s’est progressivement mué en une horrible tragédie éclaboussant l’histoire de ce pays et mettant en lambeaux la cohésion sociale.

C’est pourquoi ce texte veut rester fidèle à l’invitation de Jean Tulard. Celui-ci souhaite qu’on évite les ravages de la nouvelle histoire, à savoir le refus d’apprendre les dates et l’effacement de certains personnages ou faits des mémoires, voire des manuels d’Histoire.13 Ainsi, ce bras de fer entre Pie VII et Napoléon Ier n’est pas seulement un instrument vivant de discernement pour l’Eglise, mais il est aussi une sagesse pour les dirigeants politiques, particulièrement africains, qui nous font vivre des modes d’exercice du pouvoir du dix-neuvième siècle.

Quant à la délimitation de notre sujet, disons que le choix de la période du 11 juillet 1805 au 24 mai 1814 est confirmé respectivement par bien des historiens comme le tournant du conflit et la fin de ce dernier.

Le 11 juillet 1805 est effectivement la date où le pape refuse à Napoléon de lui donner l’acte de nullité du mariage de son frère Jérôme. L’Empereur arguait que Jérôme avait contracté mariage avec la protestante Elisabeth Patterson sans l’accord de leur mère ni du sien.14 Ce qu’il considérait comme un empêchement dirimant. En effet, le 8 juin 1805, même dans le royaume d’Italie, l’Empereur avait introduit le divorce dans le Code civil.15 D’où la protestation du Pie VII qui lui notifie que l’autorité séculière n’a pas pouvoir d’établir des empêchements au mariage parce que sacrement.

Quant à la date du mai 1814, même si on sait que le Souverain pontife a été libéré le 10 mars 1814 ; le 24 mai 1814 est à retenir dans la mesure où elle marque le retour du Souverain pontife dans la ville éternelle :

Pie VII quitte la Savone le 19 mars (1814), franchit les...

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