René Dionne et Gabrielle Poulin : œuvres et vies croisées

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Pour qu’une littérature existe, il faut des auteurs qui produisent des œuvres de qualité et des critiques littéraires, des professeurs de littérature et des chercheurs qui en consacrent l’excellence. Dès les années 1960, René Dionne et Gabrielle Poulin font partie de ceux et de celles qui œuvrent à la mise sur pied et à la reconnaissance des littératures québécoise et franco-ontarienne, lui en tant que chercheur et professeur, elle en tant qu’écrivaine et critique. Cet ouvrage explore l’étendue et l’importance de leur contribution aux littératures québécoise et franco-ontarienne et éclaire de ce fait une période importante de notre histoire littéraire.
Ce volume comporte les contributions suivantes :
Ariane Brun del Re (Université d’Ottawa)
Marie-Andrée Caron (Université du Québec à Chicoutimi)
Anne Caumartin (Collège militaire royal de Saint-Jean)
Estelle Dansereau (Université de Calgary)
Kathleen Kellett (Ryerson University)
Gilles Marcotte (Université de Montréal)
Johanne Melançon (Université Laurentienne)
François Paré (Université de Waterloo)
Mathieu Simard (Université d’Ottawa)
Robert Vigneault (Université d’Ottawa)
Publié le : mercredi 7 janvier 2015
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782895974918
Nombre de pages : 268
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Sous la direction deLucie Hotte
René Dionne et Gabrielle Poulin:
œuvres et vies croisées
RENÉ DIONNE ET GABRIELLE POULIN : ŒUVRES ET VIES CROISÉES
RENÉ DIONNE ET GABRIELLE POULIN : ŒUVRES ET VIES CROISÉES
SOUS LA DIRECTION DELucie Hotteen collaboration avec Robert Yergeau
Les Éditions David remercient le Conseil des arts du Canada, le Secteur franco-ontarien du Conseil des arts de l’Ontario, la Ville d’Ottawa, le gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada ainsi que la Faculté des arts de l’Université d’Ottawa.
C    B  A C  René Dionne et Gabrielle Poulin : œuvres et vies croisées / sous la direction de Lucie Hotte ; avec la collaboration de Robert Yergeau. (Voix savantes ; 8) Publié en formats imprimé(s) et électronique(s). ISBN 978--89597-7-6. — ISBN 978--89597-9-8 (pdf )  . Dionne, René, 99-. . Poulin, Gabrielle. . Poulin, Gabrielle — Critique et interprétation. . Littérature canadienne-française — Ontario — Histoire et critique. 5. Littérature québécoise — Histoire et critique. I. Hotte, Lucie, éditeur intellectuel II. Collection : Voix savantes ; 8 PS8.O6R6  C8.9’97 C-975-5  C-975-
Les Éditions David 5-B, rue Cumberland, Ottawa (Ontario) KN 7J Téléphone : 6-8-6 | Télécopieur : 6-8-89 info@editionsdavid.com | www.editionsdavid.com
Tous droits réservés. Imprimé au Canada. e Dépôt légal (Québec et Ottawa),  trimestre 
INTRODUCTION
Deux vies en écriture
Lucie Hotte
Université d’Ottawa
C’était une entente parfaite. C’est pas pensable des choses comme ça. Mais c’est vrai, c’est un vrai roman. Et nous ne nous sommes jamais quit-tés. […] Nous étions toujours dans un univers évidemment littéraire.
Entrevue de René Dionne avec François-Xavier Chamberland
’ 2010, mon collègue Robert Yergeau arrive en coup À de vent, comme c’était son habitude, à mon bureau. Il m’invite à préparer avec lui un ouvrage en hommage à René Dionne et à Gabrielle Poulin. Il s’enflamme et s’emporte contre l’oubli dans lequel sont tombés ces « deux grands » de la littérature franco-ontarienne. Je suis bien d’accord avec lui : c’est une honte que nous n’ayons jamais rendu hommage à René Dionne, un des pionniers, et sans doute le plus important d’entre eux, de la critique littéraire en Ontario français, celui qui a œuvré toute sa carrière pour donner ses titres de noblesse à la littérature franco-ontarienne. Et l’œuvre de son épouse, la roman-cière et poète Gabrielle Poulin, n’a certainement pas reçu l’attention critique qu’elle méritait. J’accepte donc volontiers de collaborer à ce projet avec Robert.
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En novembre , nous écrivons aux collaborateurs potentiels ; plusieurs d’entre eux acceptent notre invitation. Le projet est donc lancé. Moins d’un an plus tard, le 5 octobre , mon collègue décède. Je me retrouve alors seule à la barre de cet ouvrage. Il n’est certai-nement pas question pour moi de reculer à ce moment-là : ce livre est nécessaire. Je le dois non seulement à René Dionne et à Gabrielle Poulin, mais également à Robert Yergeau qui a, lui aussi, joué un rôle important dans le développement de la littérature franco-ontarienne. Comme Robert est l’initiateur du projet qui trouve son accom-plissement ici, il me semblait normal que son nom apparaisse en page de couverture en tant que collaborateur, et cela, même s’il est disparu avant même que nous ayons tous les textes en main. En fait, sans lui, ce livre n’aurait peut-être jamais vu le jour, prise comme je le suis par mes tâches administratives et mes nombreux projets de recherche. Je lui suis donc très reconnaissante de m’avoir obligée à travailler à cet ouvrage et à ne plus remettre à plus tard sa préparation.
Trajectoires
Rien ne destinait René Dionne et Gabrielle Poulin à devenir des figures-clés de la littérature franco-ontarienne. Québécois de naissance et de formation, ils sont le fruit de l’éducation classique canadienne-française. Pourtant, peu après leur arrivée en Ontario en 97, ils mettront au service de la littérature et de la communauté franco-ontariennes le savoir, les compétences et l’expérience qu’ils ont acquis dans leur province natale. Leur milieu d’origine, leur époque et leur formation marquent leur conception de la littérature, leurs goûts litté-raires et leur posture scripturaire. Afin de mieux comprendre la forme qu’a prise leur engagement envers l’Ontario français, il faut rappeler quelques traits biographiques. René Dionne est né le 9 janvier 99 à Saint-Philippe-de-Néri, dans le comté de Kamouraska, au Québec. Il est l’aîné d’une famille de neuf enfants, dont la plupart des garçons ont fait le cours classique, et les filles, l’école normale . Bien qu’il soit un élève brillant, un premier
. Voir l’entretien avec René Dionne dans François-Xavier Chamberland, L’Ontario français se raconte : de A à X. Entrevues radiophoniques, Toronto,
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de classe au Collège de La Pocatière, qu’il fréquente de 9 à 95 , il prête néanmoins main-forte à son père sur la ferme familiale lors des vacances scolaires d’hiver et d’été. Gabrielle Poulin affirme d’ailleurs, dans le portrait qu’elle dresse de lui pour la revueLiaison, qu’« il a été initié aux travaux de la ferme dès son plus jeune âge ». Il n’a donc « jamais eu de vacances » (FXC, p. 595) dans sa jeunesse, ni même plus tard, puisque Gabrielle Poulin soutient « qu’il a oublié depuis belle lurette, s’il l’a jamais su, le sens courant du mot “vacances” » (RDV, p. ). Au collège, René Dionne manifeste, selon son épouse, de réelles qualités de leader. Il y fait preuve d’un esprit de devoir et de loyauté ainsi que d’une ardeur au travail qui ne seront jamais démentis. Après être entré dans les ordres, vraisemblablement en 95 , il poursuit ses études, l’année scolaire suivante (95-95), à l’École supérieure de lettres de la Compagnie de Jésus, à Montréal. De 95 à 956, puis durant l’année scolaire 958-959, il est professeur de latin, de grec, de français et d’élocution au Collège Saint-Ignace, tout en complétant une maîtrise en grec classique à l’Université de Montréal. Après l’obtention de ce diplôme en 955, il s’inscrit au Scolasticat de l’Immaculée-Conception, toujours à Montréal, où il obtient en 958 une licence en philosophie. Déjà, à cette époque, il choisit d’emprunter des chemins peu fréquentés : au lieu de faire la thèse attendue sur saint omas d’Aquin, il étudie plutôt l’œuvre de Jean-Paul Sartre. Rien d’étonnant à cela puisqu’il confie à François-Xavier Chamberland avoir choisi la question sur l’histoire du Canada à l’examen universitaire en
ÉditionsduGref,coll.«Dontactes»,999,p.595.Dorénavantlesréférencesàcetentretien seront données dans le corps du texte, entre parenthèses, et indiquées par le sigleFXC. . Il obtient, en 95, un baccalauréat ès arts de l’Université Laval puisque le Collège de La Pocatière y est affilié. Lecurriculum vitæde René Dionne conservé au Centre de recherche en civilisation canadienne-française (CRCCF) de l’Univer-sité d’Ottawa est l’une des principales sources de renseignement sur ses études. . Lors de l’entretien radiophonique, Dionne répond à la question de François-Xavier Chamberland qui lui demande comment on se sent quand « on quitte une institution comme les jésuites après dix-huit ans » en disant que « [c]’était en 969 » (FXC, p. 6). Voir aussi Gabrielle Poulin, « René Dionne vu de o très près »,Liaison, n 6, septembre 99, p. . Dorénavant, les références à cet article seront données dans le corps du texte et indiquées par le sigleRDV. . Gabrielle Poulin dit qu’il a quitté la Compagnie de Jésus en 969 après y avoir passé 8 ans.
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rhétorique,sachantfortbienquilfallaitchoisircellesurlalittératurefrançaise pour avoir une chance de gagner le Prix du prince de Galles, « le Grand Prix de l’Université Laval à ce moment-là » (FXC, p. 597). Cette audace qui le pousse à choisir la voie la moins fréquentée, même si elle lui coûte cher, caractérisera l’ensemble de sa carrière. Il poursuit ensuite des études de latin (957-958), de littérature française et d’histoire du Canada (959-96) à l’Université de Montréal, qui lui accorde une licence ès lettres en 96. De 96 à 96, il étudie en France à la Faculté de théologie SJ de Chantilly (96-96), à la Faculté de théologie SJ de Lyon-Fourvière (96-96) et à la Faculté de théo-logie catholique de l’Université d’État de Strasbourg (96-96). Il profite de son séjour en Europe pour suivre des cours d’anglais l’été à Cambridge (96), à Édimbourg (96) et à Oxford (96). Il avait d’ail-leurs fréquenté l’école d’été de la Georgetown University à Washington, en linguistique, en phonétique et en phonémique à l’été 96. Il retour-nera d’ailleurs à Cambridge à l’été 98, avec Gabrielle Poulin cette fois, pour suivre des séminaires intitulés « Five Nineteenth-Century English Novelists » et « e Twentieth-Century English Novel ». De 965 à 969, à son retour au pays, il enseigne en tant que chargé de cours la littérature québécoise et l’histoire du Canada au Collège Sainte-Marie. Il assume, à la même époque (967-969), les fonctions de directeur de travaux pratiques en littérature québécoise à l’Uni-versité de Montréal. Ces emplois ne mettent toutefois pas fin à ses études. De 965 à 97, il étudie à la Faculté des lettres de l’Université de Montréal, puis de 97 à 975 à l’Université de Sherbrooke, où il obtient le doctorat ès lettres. Sa thèse de doctorat est une biographie intellectuelle d’Antoine Gérin-Lajoie alors qu’il était rare à l’époque 5 de se pencher sur l’œuvre d’auteurs canadiens-français . L’année 968-969 fut décisive dans sa vie et dans sa carrière : il est nommé directeur de la revueRelations; il quitte la Compagnie de Jésus et devient chargé
5. Réjean Robidoux rappelle que, dans les années 95, « il était de bon ton de contester jusqu’à l’existence même de notre littérature ». Il cite la blague de Louvigny de Montigny qui, lorsqu’il avait présenté Séraphin Marion à un Français de passage à Ottawa, avait dit : « “Monsieur, je vous présente Marion, auteur de neuf bouquins sur les lettres canadiennes… qui n’existent pas”. » Réjean Robidoux, Fonder une littérature nationale, Ottawa, Éditions David, 99, p. . On peut lire l’anecdote racontée par Séraphin Marion dans « Un octogénaire franco-ontarien o se raconte »,Bulletin du CRCCF, n , décembre 98, p. 7.
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