Ruptures conjugales : alerte enfants

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Peut-on protéger les enfants quand les parents se déchirent ? Lorsque la séparation tourne à la guerre, leur intérêt est souvent négligé. Momentanément ou durablement instrumentalisés, les enfants sont pris dans la tourmente d’affrontements conjugaux nourris à la haine et fortifiés par la vengeance. Quel prix doivent-ils payer pour échapper aux pressions d’une famille désunie ? Avec Ruptures conjugales : alerte enfants, Elisabeth Itofo nous introduit dans les coulisses judiciaires des séparations conjugales. L’auteur laisse la parole à des enfants meurtris et tire la sonnette d’alarme : c’est toute la société qui est en danger quand on ne maîtrise pas la violence des conflits familiaux.
Publié le : jeudi 1 décembre 2011
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EAN13 : 9782304035605
Nombre de pages : 142
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Ruptures conjugales : alerte enfants
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Elisabeth-Boyera Itofo
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Elisabeth-Boyera ItofoRuptures conjugales : alerte enfants Une enquêtrice sociale raconte Essai Éditions Le Manuscrit Paris
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Elisabeth-Boyera Itofo
© Éditions Le Manuscrit / Manuscrit.com 2011 EAN : 9782304035605 (livre imprimé) EAN : 9782304035612 (livre numérique)
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Ruptures conjugales : alerte enfants
PROLOGUE
« Je viens pour la pension alimentaire… ». Cette phrase n’est pas celle d’un adulte. Elle a été prononcée par un enfant âgé de dix ans, s’exprimant « spontanément » et avant même qu’il n’y soit invité, lors de son audition comme le permet la loi du 5 mars 2007 sur l’audition de l’enfant dans les procédures familiales. L'article 388-1 du code civil énonce que dans toute procédure le concernant, le mineur capable de discernement peut, sans préjudice des dispositions prévoyant son intervention ou son consentement, être entendu par le juge ou, lorsque son intérêt le commande, par la personne désignée par le juge à cet effet. Cette audition est de droit lorsque le mineur en fait la demande, le refus d'audition ne pouvant être fondé que sur son absence de discernement ou le fait que la procédure ne le concerne pas. Lorsque la demande est formée par les parties, l'audition peut également être refusée si le juge ne l'estime pas nécessaire à la solution du litige ou si elle lui paraît contraire à l'intérêt de l'enfant mineur. Lorsque le mineur refuse d'être
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entendu, le juge apprécie le bien-fondé de ce refus. Il peut être entendu seul, avec un avocat ou une personne de son choix. Si ce choix n'apparaît pas conforme à l'intérêt du mineur, le juge peut procéder à la désignation d'une autre personne. L'audition du mineur ne lui confère pas la qualité de partie à la procédure. Le juge s'assure que le mineur a été informé de son droit à être entendu et à être assisté par un avocat.On le voit, la loi amène à considérer l’opinion de l’enfant en lui accordant une visibilité dans le conflit familial. La parole de l’enfant est prise en compte en même temps que sa vulnérabilité. Le cadre juridique protège l’enfant et affirme son droit d’expression. Mais on peut s’interroger sur la place laissée aux sentiments et à la liberté de parole d’un enfant « qui vient pour la pension alimentaire ». Ces propos n’ont rien de juvénile. Ils suggèrent une orientation de l’enfant résultant d’un jeu de forces dont l’examen met en évidence les risques de détournement d’une loi censée préserver l’enfant. Au titre de professionnel qualifié pour recueillir la parole de l’enfant, il m’arrive fréquemment d’entendre ces enfants « en mission » et je leur trouve des points communs avec les enfants soldats. « Comment ose-t-elle comparer les enfants soldats dont la critique est unanime et sans appel à nos chers
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chérubins gâtés et dorlotés ? » L’image est brutale mais je m’en suis saisie car l’est tout autant la sujétion des enfants sous l’emprise du pouvoir des adultes et utilisés à bon compte dans les pays ou les familles en guerre. Cela ne saurait remettre en cause le besoin d’écoute de l’enfant. Toute la question est de comprendre ce qui pousse un enfant à ne pas être dans ses mots à lui. Il vient alors s’y rattacher le sentiment d’une contradiction entre l’intérêt de l’enfant et l’instrumentalisation de l’enfant. En effet, lors des auditions d’enfants dans les procédures familiales, les enfants sont entendus seuls, éventuellement assistés de leur avocat qui ne peut pas être celui des parents, et toujours hors la présence des parents. Le compte-rendu d’audition fait également l’objet de précautions. En principe, il ne peut être consulté qu’au tribunal par les avocats des parties et aucune copie ne leur est délivrée. Ces points sont précisés par les décisions judiciaires qui indiquent, implicitement ou explicitement, que le risque de pression exercée sur les enfants existe compte tenu de leur implication dans le conflit opposant leurs parents. Dans notre société pacifiée, la violence des jeunes anime de nombreux débats et l’idée d’une violence de la petite enfance suscite de vives controverses. Ce phénomène porte inévitablement à orienter la polémique vers les
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parents. Il n’est en effet pas contesté que le cadre familial, en premier lieu les parents, demeure le repère fondamental de l’enfant. On sait que la famille exerce une influence déterminante sur le comportement de l’enfant en société, ce qui lui confère un rôle de protection de l’enfant. Et l’on cherche à appréhender la part de responsabilité incombant aux parents pour solutionner les passages à l’acte de certains jeunes, délinquance, suicides, drogues et ivresses excessives, qui dépassent ce que la sensibilité collective peut supporter et tolérer. Il est tentant d’opposer les parents qui éduquent bien leurs enfants et ceux qui les éduquent mal. L’idée est prégnante aujourd’hui selon laquelle il faudrait prendre des mesures coercitives contre les parents « défaillants » jusqu’à la peine de prison. Cependant, il est difficile, dans ce domaine, de définir une norme pour contraindre les parents. Il existe pourtant, par-delà les différences sociales et la bonne ou la mauvaise éducation, des procédés parentaux qui affectent profondément l’enfant. Les parents sont avant tout et depuis toujours, des personnes unies par un lien de conjugalité même si ce lien, éphémère ou durable, s’est transformé au cours des temps, porté, entre autres, par la dynamique de l’égalité des sexes et l’évolution de la sexualité. L’une des conséquences de ces
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