//img.uscri.be/pth/b3c00eb1ccb5fad9bd1f7cff45a4ce0231bdf168
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 3,49 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB - MOBI

sans DRM

Sempre scherzando - Boutades au courant de la plume

De
211 pages

C’est une triste chose, ô lecteur, que la vie !
La crainte, le soupçon, la discorde et l’envie
Sans trêve ni repos se partagent nos jours.

Des coups de sa colère en vain Dieu nous afflige ;
Orgueilleux impuissants, nous nions le prodige
Et de nos vains complots nous poursuivons le cours.

De nos fronts le souci fait déserter le rire ;
Nos plaisirs ne sont plus des jeux, c’est du délire,
Et jusqu’en nos lazzis nous mettons de l’aigreur.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


Voir plus Voir moins
Illustration

À propos de Collection XIX

Collection XIX est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces fonds publiés au XIXe, les ebooks de Collection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.

Théodore Philippe

Sempre scherzando

Boutades au courant de la plume

JE L’AI JURÉ

C’est une triste chose, ô lecteur, que la vie !
La crainte, le soupçon, la discorde et l’envie
Sans trêve ni repos se partagent nos jours.

 

Des coups de sa colère en vain Dieu nous afflige ;
Orgueilleux impuissants, nous nions le prodige
Et de nos vains complots nous poursuivons le cours.

 

De nos fronts le souci fait déserter le rire ;
Nos plaisirs ne sont plus des jeux, c’est du délire,
Et jusqu’en nos lazzis nous mettons de l’aigreur.

 

Prompts à la controverse, ardents à la dispute,
Dans nos débats sanglants nous dépassons la brute
Et nous donnons au monde un spectacle d’horreur.

 

Croyez-moi, c’est assez de luttes intestines
Assez de haine, assez de sang et de ruines ;
La mesure, ô lecteur, est comble, c’est assez !

 

Ah ! déposons enfin nos mortelles rancunes,
Et qu’on n’entende plus résonner nos tribunes
De sinistres clameurs, de défis insensés !

 

Ces menaces, ces cris sont d’un peuple sauvage.
Pour moi, je l’ai juré, je veux être plus sage
Et bannir à jamais tout fiel de mes discours.

 

Ma muse en ses écarts restera donc courtoise.
Que si vous la trouvez parfois un peu narquoise,
Vous lui pardonnerez, lecteur ; elle a ses jours.

 

Mais vous ne l’entendrez jamais de la satire
Faire siffler le fouet ; oh ! non, elle aime à rire
Et ses chants favoris sont les chants du Caveau.

 

Allons, muse, on attend ton simple badinage ;
Sois légère, et pourtant mesure ton langage ;
Chante, ma fille ; va, ma belle : scherzando !

LA PRÉFACE DE LA VIE

I

Il est un âge dans la vie

Où, ravie

Et frémissante de bonheur,
Notre âme à tout ce qui rayonne

S’abandonne ;

Où cent petits lutins en chœur

 

Charment d’histoires sans pareilles

Nos oreilles,

Et changent pour nos yeux surpris
En adorables créatures

Les peintures

Dont on décore nos lambris ;

 

Où, de gaze et de fleurs coiffées,

Mille fées

Plein d’attraits nous montrent le sort,
Et troublent pendant sa prière

Tout entière

La jeune fille qui s’endort,

 

Charmante enfant que Dieu regarde

Et qu’il garde

De son ciel brillant et vermeil,
Et qui se croit, douce pensée,

Fiancée,

Pendant son paisible sommeil ;

 

Où tout bruit, tout soupir qui passe

Dans l’espace,

Est un appel simple et touchant,
Echo d’un mot plein de tendresse

Qu’on s’adresse

Tout bas, le soir, en se cherchant,

 

En se cherchant dans la nuit brune,

Quand la lune

Eteint ses rayons argentés
Pour laisser briller les étoiles

Sur les voiles

Des cieux splendides, enchantés ;

 

Où toute lèvre fraîche éclose,

Lèvre rose

Ou rougissante de désir,
Nous tente, hélas ! comme la pomme

Qu’Eve à l’homme

La première apprit à cueillir ;

 

Où l’on guette sur son passage

Fille sage

Dont on aime à suivre les pas
Pour la regarder, lui sourire

Et lui dire

Un mot qu’elle n’oublîra pas,

 

Un mot d’ineffable mystère,

Que la terre

Surprit un jour à l’Eternel,
Et que répètent les phalanges

De ses anges

Dans leur hosannah solennel :

 

Amour, amour ! Bonheur, délice

Et supplice !

Crime puni par Jéhovah !
Flamme ardente à ses mains ravie,

Feu, sang, vie,

Qui brûle toute enfant d’Evah

 

Toute enfant dont le sein palpite

Et s’agite

Sous l’étroit corset qui l’étreint ;
Toute enfant qui cherche dans l’onde,

Brune ou blonde,

A voir les roses de son teint.

 

A quoi pense la jeune fille ?

Son œil brille,

Sa lèvre s’entr’ouvre, et sourit.
Qui te fait regarder si vite,

Ma petite,

Et tressaillir au moindre bruit ?

 

Hier elle cueillait, joyeuse

Et rieuse,

Epis et fleurs dans les sillons,
Et puis, laissant bluets et gerbes

Dans les herbes,

Courait après les papillons ;

 

Ou se tressant une couronne

De madone,

Elle appelait d’autres enfants
Pour danser avec avec eux des rondes

Vagabondes

Qu’elle accompagnait de ses chants.

 

Mais aujourd’hui moissons légères,

Frais parterres,

Enfants joyeux, elle a tout fui ;
La jeune fille est sérieuse

Et rêveuse,

A quoi pense-t-elle aujourd’hui ?

 

Elle pense à ce mot si tendre,

Qu’à l’entendre

Son cœur naïf s’en est épris ;
Elle rêve d’un rêve étrange,

Rêve d’ange,

Doux souvenir du paradis,

 

Du beau paradis où les âmes,

Pures flammes,

Attendent dans le sein de Dieu
L’ordre d’aller, épreuve amère,

Sur la terre

Souffrir tant et jouir si peu !

 

C’est son tour, et la voix touchante

Prie et chante

La chanson d’amour à son coeur ;
Son cœur en silence l’écoute

Et la goûte :

Est-ce amertume ? est-ce douceur ?

 

Oh ! l’amour pour la jeune fille,

Feu qui brille

Mais qui peut aussi consumer !
En fera-t-il une victime ?

Est-ce un crime,

Est-ce une vertu que d’aimer ?

 

Sais-tu que toujours on regrette,

Ma pauvrette,

D’avoir laissé parler son cœur ?
Que parfois l’amour fait maudire

Son empire,

En impitoyable vainqueur ?

 

Sais-tu que souvent, peine extrême,

Ceux qu’on aime

Ne partagent pas notre feu ?
Que d’égarer ainsi les flammes

De nos âmes,

Le cruel, il se fait un jeu ?

 

Sais-tu que l’amant qu’on se donne

Abandonne

Souvent celle qui faible, hélas !
Brava tout pour fixer près d’elle

L’infidèle ;

Et qu’il ne lui reviendra pas ?

 

Sais-tu ?... Mais que fais-je ?... Ah ! bien vaine

Est ma peine,

Et mes efforts bien superflus !
Ton cœur, pauvre enfant, n’en palpite

Que plus vite !

Hélas ! tu ne m’écoutes plus !

 

Prends garde ! Un jour, demain peut-être

Verra naître

Des dangers que tu ne vois pas ;
Déjà le monde attend sa proie

Et déploie

Pour te perdre tous ses appâts !

 

Le monde te dit : Ma mignonne,

Je te donne

La plus brillante royauté ;
Dans mes fêtes tu seras reine,

Viens, étrenne

Ton diadème de beauté !

 

Pauvre enfant ! et ton âme aspire

En délire

A ce trône qui t’est promis ;
Et tu te crois, fondant d’avance

Ta puissance,

Autant d’esclaves que d’amis !

 

Mais qu’as-tu déjà ? Quoi ! des larmes !...

Sur tes charmes

Pourquoi ce voile de douleur ?
Ah ! pauvre reine ! ah ! fiancée

Délaissée !

Que tu regrettes ton erreur !

 

Ou bien, des grandeurs peu jalouse,

De l’épouse

Préférant le simple bonheur,
Peut-être, te vois-tu, ma chère,

Jeune mère

Et berçant un fils sur ton coeur ?

 

Son père est là, joyeux et tendre,

A t’entendre

Lui donner les noms les plus doux,
Tandis que, jouant sur son lange,

Ce bel ange

Lève ses petits bras vers vous !

 

Mais, ciel ! tu vois pâlir sa lèvre !

C’est la fièvre !

O le plus navrant des combats !
Quoi ! si jeune, la mort cruelle

Voudrait-elle

L’arracher déjà de tes bras ?

Grand Dieu ! devant ce berceau vide,

L’œil avide,

Si longtemps pourquoi restes-tu ?
Que fait ici cette couronne ?

Qui te donne

Cet air glacé, morne, abattu ?

 

Ah ! pour calmer ta peine amère,

Pauvre mère,

Où trouver un baume ? en quel lieu
S’en va l’idole qu’on t’emporte,

Froide et morte,

Ton cher fils ? ô mon Dieu ! mon Dieu !

 

C’est la vie, hélas ! Espérance

Et souffrance ;

Illusions et vain projets ;
Pour quelques instants pleins de charmes,

Jours de larmes ;

Brûlants désirs, cuisants regrets !

 

Riche ou pauvre, en vain l’on espère

Se soustraire

A cet inexorable sort ;
Il faut souffrir, ô fille d’Eve ;

Pas de trève

Et pas de terme qu’à la mort !

Il faut souffrir ! on souffre même

Quand on aime

Et qu’on est payé de retour.
Pourtant que la vie est amère

Sur la terre,

O mon Dieu, sans un peu d’amour !

II

Sans amour qui donc vous inspire ?
Sans amour qui donc vous sourit ?
Si l’on est seul qui vous attire ?
Qui vous soutient si l’on faiblit ?

 

Sans amour qui donc vous console
Quand sûr vous le malheur s’abat ?
Qui donc, quand tout espoir s’envole,
Plus fier vous ramène au combat ?

 

Qui, dans ce misérable monde,
Conserve un reste de pudeur,
Et chasse la pensée immonde
Qui du cerveau descend au coeur ?

 

Si pour vous le mal a des charmes,
Qui donc vous fait aimer le bien ?
Qui vous dit où trouver des armes
Pour rompre un coupable lien ?

 

Qui donne la grâce à l’épouse ?
Qui donne à l’époux la bonté ?
Qui calme la fureur jalouse
Du cœur sans motif irrité ?

 

Sans amour, union bénie,
Comment te posséder jamais ?
Sans amour, divine harmonie,
Où te rencontrer désormais ?

 

Oh ! sans amour qu’est cette terre ?
Hélas ! un triste lazaret !
Une épouvantable galère
Où chacun traîne un lourd boulet !

 

C’est une lugubre géhenne
Sans espoir de rédemption,
Où l’on n’entend que cris de haine,
Blasphème et malédiction !

 

Qu’avais-je donc ? quelle chimère
Avait-elle égaré mes sens,
Que je ne voyais que colère
Et que fantômes menaçants