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Socrate au pays des process

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144 pages
Durant quelques années, j’ai été chasseuse de têtes : j’étais censée évaluer des candidats expérimentés qui occupaient des fonctions complexes et techniques, auxquelles je ne pouvais, du haut de mes vingt-deux ans, rien comprendre. Je me suis aussitôt retrouvée confrontée au non-sens absolu. Comment évaluer ce que je ne connaissais pas ? Comment juger des compétences nécessaires à des métiers dont j’ignorais tout ?
C’est la philosophie qui m’a pour ainsi dire sauvée : mes études de philo m’ont enseigné à dynamiter mes préjugés et à rechercher le sens de ce qui est. C’est désormais ce que je m’emploie à faire, à la demande des entreprises, avec leurs collaborateurs. Je vous invite donc à un voyage philosophique, au ton volontairement léger, dans le monde des affaires.
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Julia de Funès
Socrate au pays des process
Flammarion
© Éditions Flammarion, Paris, 2017.
ISBN Epub : 9782081410213
ISBN PDF Web : 9782081410220
Le livre a été imprimé sous les références : ISBN : 9782081375376
Ouvrage composé et converti parPixellence(59100 Roubaix)
Présentation de l'éditeur Durant quelques années, j’ai été chasseuse de têtes : j’étais censée évaluer des candidats expérimentés qui occupaient des fonctions complexes et techniques, auxquelles je ne pouvais, du haut de mes vingt-deux ans, rien comprendre. Je me suis aussitôt retrouvée confrontée au non-sens abso lu. Comment évaluer ce que je ne connaissais pas ? Comment juger des compétences néc essaires à des métiers dont j’ignorais tout ? C’est la philosophie qui m’a pour ainsi dire sauvée : mes études de philo m’ont enseigné à dynamiter mes préjugés et à rechercher l e sens de ce qui est. C’est désormais ce que je m’emploie à faire, à la demande des entreprises, avec leurs collaborateurs. Je vous invite donc à un voyage phi losophique, au ton volontairement léger, dans le monde des affaires.
Julia de Funès a animé « Le bonheur selon Julia » s ur France 5, ainsi qu’une chronique philo sur BFM Business. Elle est aussi l’ auteur de Coup de philo sur les idées reçues (Michel Lafon, 2010). Elle intervient aujourd’hui auprès de grandes et petites entreprises.
Socrate au pays des process
À J. et M. « La philosophie est une réflexion pour qui toute m atière étrangère est bonne… » Georges Canguilhem,Le Normal et le Pathologique
Préface
SOMMAIRE
1 - Leprocess Le youpala des adultes 2 - Le tour de table Mais qu'est-ce qu'ils font ? 3 - Le brainstorming Petite histoire de la bêtise 4 - Leselfie Être ou ne pas être ? 5 - Le leadership L'incroyable aventure d'être soi 6 - Le salaire Le retour du refoulé 7 - La transparence La prison pornographique 8 - Lewin-win Comment perdre tout en pensant gagner 9 - Le burn-out Sur les traces d'Icare 10 - Les big data Presque tout sur presque rien 11 - Ladeadline Adam et Ève dans l'open space 12 - Les collègues Humains trop humains…
Épilogue
PRÉFACE Comment je suis tombée en Absurdie…
Titulaire d'une double formation en philosophie (do ctorat) et en ressources humaines (DESS RH), j'ai commencé, et poursuivi pendant cinq ans, mon parcours professionnel en recrutement. Malgré tout l'intérêt de ce travail (des rencontres, l'apprentissage des organisations, mais aussi la rigueur commerciale…), je me suis aussitôt retrouvée confrontée au non-sens absolu. J'étais censée évalu er des candidats expérimentés qui occupaient des fonctions complexes et techniques au xquelles je ne pouvais, du haut de mes vingt-deux ans, rien comprendre. Comment évaluer ce que je ne connaissais pas ? Comm ent juger des compétences nécessaires pour des métiers dont j'ignorais tout ? La philosophie (discipline qui recherche le sens de ce qui est) me manquait cruellement. Je pris donc la décision de démissionn er pour me lancer dans le projet (audacieux !) de créer et d'animer un programme cou rt de philosophie, qui allait passer quotidiennement sur France 5. À la suite de ce programme, je publie un livre,Coup de philo sur les idées reçues, qui montre, à travers des petites phrases de la vie quotidienne, combien la philosophie permet de dynamiter nos préjugés. Je présenterai en suite pendant deux ans une chronique philo sur BFM Business. Sur le plateau de BFM, les managers invités pour l'émission me proposent d'introduire la réflexion p hilosophique au sein de leurs organisations. Pourquoi ? Quel est le sens de cette demande ? La réponse est dans la question. La philosophie apporte en effet du sens, c'est-à-dire du contenu, des références, de la réflexion, de la culture, du questionnement derrièr e les grands mots de l'entreprise, les concepts parfois impressionnants que les salariés n 'ont de cesse d'utiliser, sans nécessairement prendre le temps de les questionner (leadership, réussite, performance, échec, temps, reconnaissance, pouvoir, travail, etc.). L'enjeu est d'enrichir la pensée des salariés en développant le ur esprit critique, pour penser la réalité de l'entreprise sans se laisser aveugler pa r elle. Aussi, mes interventions offrent un large éventail de pensées et de références, dont chacun peut tirer parti pour se renouveler et élarg ir sa pensée. Puiser ici et là, chez différents penseurs, les pépites de leurs réflexion s permet à chaque collaborateur de se sentir enrichi par la culture, par la rigueur du raisonnement philosophique et par le dialogue qu'il suscite. Ce travail de philosophe en entreprise, que j'exerc e depuis maintenant sept ans, est la preuve que le monde des affaires, réputé pour êt re dans le faire et la recherche d'efficacité, n'est pas hermétique à la pensée et à la réflexion. Allier la logique « court-termiste » d'efficacité immédiate à un questionneme nt existentiel à plus long terme, pour cultiver les collaborateurs et les considérer dans l'intégralité de leurs dimensions (pas seulement économiques, mais aussi existentiell es), voilà tout l'enjeu de mon activité. C'est ainsi que, depuis 2010, sous forme de confére nces plénières ou plus restreintes, j'interviens auprès d'entreprises tell es que Thales, EDF, Adidas, Intercontinental, Canal +, Valrhona, Deloitte, Axa, Accenture, Accor, Afnor ou Chaumet. Ce livre propose un voyage philosophique dans le mo nde des affaires. Le langage d'entreprise, la langue de boî(s)tes, truffée d'exp ressions toutes faites, de mots creux, d'injonctions parfois contradictoires, concentre de s formules, des sigles, des mots que
l'on peut analyser comme autant de signes qui nous disent quelque chose de nous-mêmes et du monde dans lequel nous vivons. Aussi, c et ouvrage s'apparente à une enquête : il traque les fausses évidences, piste le s normes comportementales, repère derrière chaque mot mécaniquement utilisé le sens p hilosophique qui s'y cache. Les victimes de burn-out, mot tabou en entreprise m algré la triste réalité qu'il désigne, ne seraient-elles pas de nouveaux avatars du mythe d'Icare, lequel, à trop devoir ou vouloir en faire, finit par se brûler les ailes ? L eselfierenvoie-t-il pas à l'Idée platonicienne qui pro  ne cure une essence, une consistance, un être à une image ? L'injonction perpétuelle de toujours plus de « tran sparence » n'est-elle pas le signe d'une volonté de contrôle social, digne du fameux « panoptique » qui fait de la vision la plus redoutable prison ? Les chapitres se lisent en trois temps. 1. Un décry ptage des comportements 2. Une enquête qui recherche le point philosophique ou le grand mythe auquel renvoie le comportement 3. Une référence philosophique qui ouv re une perspective originale et un nouvel espace de sens pour exercer son esprit critique. Si la philosophie de ce livre prend l'entreprise co mme terrain d'analyse, elle ne prétend pas à la moindre vertu managériale. Le temp s de la réflexion est long, le temps des affaires est urgent. Le temps de la pensée ques tionne, le temps des affaires se doit de répondre. Ces deux mondes ne sont pas « du même monde ». Pourtant, l'un et l'autre peuvent s'enrichir mutuellement pourvu que la philosophie reste humble et ne prétende pas manager. Stimuler la pensée, développe r l'esprit critique et cultiver les esprits par quelques références sont les seuls enje ux de ce livre au ton volontairement léger. Si la lettre de ce livre est parfois critique et mo queuse, son esprit ne fait preuve d'aucune prétention cynique sur le monde du travail . Il s'agit d'ouvrir les boîtes du CAC 40 comme des boîtes de Pandore au fond desquell es repose, malgré toutes leurs contraintes et contradictions, l'espoir de penser e t d'être libre. En challengeant les mots, les comportements, les recettes managériales, les « tics » d'entreprise, ce livre décrypte le monde des affaires afin de mieux le com prendre et de moins le subir.
Julia de Funès
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Leprocess Le youpala des adultes
Il est neuf heures, je donne une conférence dans ci nq minutes pour les salariés d'une entreprise 2.0, soit une colonne de cubes de verre avec des fauteuils design, dix ascenseurs, des toilettes qui se nettoient toutes s eules, trois restaurants, et beaucoup de parkings. Les personnes de l'accueil sont assises derrière lehall desk, tels les membres d'un jury de thèse. Elles sont cinq à me regarder marche r vers elles, ce qui n'est pas chose aisée, car, entre la porte d'entrée et l'accueil, i l y a bien trente mètres, que je dois parcourir de ma démarche la plus féline sur un sol extrêmement glissant. Je devrais avoir l'habitude, car je me rends en ces lieux deux fois par semaine depuis quatre ans, soit pour la quatre cent huitièm e fois, mais rien n'y fait, les cinq paires d'yeux m'intimident et je ne marche pas, je chaloupe. Comme je suis une formatrice externe à l'entreprise , l'accueil me demande ma carte d'identité en échange d'un badge à cordon rouge qui m'autorise à grimper dans la tour : « C'est leprocess. » Ce matin-là, lorsqu'un desfront officer (garçon de l'accueil) me demande ma carte d'identité, pour la quatre cent neuvième fois, donc , je lui réponds d'une voix emplie de neutralité bienveillante qu'étant donné la fréquenc e de mes passages il n'est peut-être pas nécessaire de perdre dix minutes à entreprendre des fouilles archéologiques dans mon sac afin de lui présenter ma carte. Audace bien imprudente ! C'est alors que la fameuse phrase tombant comme une sentence irrévocab le m'arrive aux oreilles : « Le process, c'est leprocess. » Il renchérit : « La consigne, c'est la consigne . » Outre ces phrases pléonastiques qui ne signifient r ien, si ce n'est que le bleu est bleu et le rouge rouge, me voilà en face d'une situ ation à deux inconnues : soit le garçon de l'accueil est un pervers qui prend plaisi r à me renvoyer à mon désordre tout en me faisant perdre du temps, soit, probabilité pl us forte, sa pensée a été remplacée par un « dispositif ». Il a perdu tout bon sens, il ne pense plus, il ne réfléchit plus, il applique. L eprocess est une de nos grandes mythologies actuelles. Nous sommes en effet à l'ère desprocess en tout genre :process médical,process administratif,process de re c ru te m e n t,process informatique,process d'inscription,process pour joindre n'importe quel service (pour obtenir… tapez 1, pour obtenir… tapez 2),process pour jeter ses ordures (poubelles bleue, jaune, verte). Tous ces comportements réflexes, 1 automatisés, me font penser à ce que Michel Foucaul t nomme « disciplines ». Sous le nom de « disciplines », Foucault désigne certain es modalités de pouvoir mises en place au XVIIIe siècle et qui depuis prolifèrent dans tous les sec teurs. La discipline n'est pas le droit, elle n'est pas un e sanction juridique. Présenter ma carte à l'accueil n'est pas légal ou illégal, mais néamoins obligatoire. Là où le juridique protège universellement les droits des individus, l a discipline contraint et constitue les individus en sujets obéissants, par le biais d'un r ituel. Foucault nous dit que ce rituel est « un art des répartitions […], tout un jeu de l ignes, d'écrans, de faisceaux, de 2 degrés, et sans recours, en principe du moins, à l' excès, à la force, à la violence ». Le but est de permettre une utilisation optimale de s gestes, et un fonctionnement sans