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Subjectiles II

De
170 pages
Plaidoyer pour une critique d’art subjective. À la suite de Subjectiles I, ce deuxième volume de textes critiques est dédié aux travaux des artistes contemporains. Collectionneur passionné, Louis Doucet nous propose de découvrir les œuvres novatrices du XXIème siècle ainsi que leur résonance perceptive. Soulignant sans restriction les différentes possibilités d’interprétation des travaux étudiés, l’auteur s’éloigne des dogmes esthétiques pour revendiquer une approche subjective de la critique. Une invitation à la découverte d’une génération d’artistes.
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Subjectiles II
2 Pourquoi MAC 2000 ?
Subjectiles II

3

Pourquoi MAC 2000 ?
Louis Doucet
Subjectiles II
Essais critiques
Essai
Éditions Le Manuscrit
Paris Subjectiles II























© Éditions Le Manuscrit, 2010
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-03460-8 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304034608 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-03461-5 (livre numérique) 034615 (livre numérique)
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. Subjectiles II
.
8
SOMMAIRE
Préface .......................................................................... 11
Pourquoi MAC 2006 .................................................. 17
Dimitri Fagbohoun ..................................................... 21
Camila Oliveira Fairclough ........................................ 23
Gilles Guias .................................................................. 35
Estelle Contamin – Démesure et sagesse ................ 41
Choisir .......................................................................... 49
Robert Schwarz et l’algèbre de l’abîme .................... 55
Emmanuelle Samson .................................................. 63
Olivier de Coux ........................................................... 71
Wilson Trouvé ............................................................. 81
Lucie Bitunjac .............................................................. 93
Gilles Guias, graveur du virtuel .............................. 103
Jean-Philippe Brunaud ............................................. 105
Richard Negre – Allusion et illusion ...................... 115
Boris Raux .................................................................. 119
Laurent Belloni .......................................................... 135
Les Grottes d’Olivier Baudelocque .......................... 147
Christophe Dalecki – en vert et contre tout ......... 159

9 Subjectiles II
10
PRÉFACE
Si l’on doit croire l’auteur, anonyme, de l’article de
l’encyclopédie collaborative wikipedia, consacré à la
critique d’art, celle-ci aurait perdu tout sens, en ce début de
emillénaire : « À l’aube du XXI siècle, la figure du
critique d’art tend à disparaître, remplacée par le travail de
promotion publicitaire de l’art et des artistes, ainsi que
par le politiquement correct qui a détruit toute possibilité
d’un militantisme axé sur des valeurs antagonistes ou
oppositionnelles. » Pas de descendance, donc, en notre
siècle naissant, pour les Félibien, les de Piles, Diderot,
Baudelaire, Zola ou autres Huysmans… Dès 1945,
Francis Ponge, pressentait déjà, dans son admirable
texte sur les Otages de Fautrier, l’impuissance de toute
réflexion critique sur l’art, l’inanité de l’acte d’écrire sur
des œuvres plastiques : « De toute façon, la bonne
peinture sera celle dont, essayant toujours de parler, on ne
pourra jamais rien dire de satisfaisant. » L’écriture
critique sur les œuvres plastiques est-elle donc
nécessairement vouée à naviguer entre le Charybde du
mercanti11 Subjectiles II
lisme et le Scylla de l’échec, de la frustration de
l’indicible, de l’insatisfaisant ?
C’est peut-être chez Rilke, dans ses Lettres à un
jeune poète, qu’il faut chercher les linéaments d’une
réponse, d’une justification : « Les œuvres d’art sont
d’une infinie solitude ; rien n’est pire que la critique
pour les aborder. Seul l’amour peut les saisir, les garder,
être juste envers elles. » C’est donc sur le plan émotionnel
– loin de toute rationalité – que le secrétaire de Rodin
place le discours sur l’œuvre plastique. Il fait ainsi écho,
en abîme, à Kant qui déclarait, dans sa Critique de la
faculté de juger : « L’art ne veut pas la représentation
d’une chose belle mais la belle représentation d’une
chose. » D’autres, dans la descendance de Kandinsky font
de l’art le sismographe de spiritualité de son temps.
Ainsi, toujours Ponge, dans son Écrit Beaubourg, citant
D.-H. Kahnweiler : « Pourquoi vient-on beaucoup voir
la “nouvelle peinture” ? Parce que, par son rôle
d’écriture, la peinture est directement moyen
d’expression de la vie spirituelle de l’époque. Écriture
plastique, elle doit refléter sans retard tout changement
de cette vie spirituelle. » La peinture – et les arts
plastiques, plus généralement – seraient-ils donc reflet de
l’esprit de leur époque et l’écriture sur l’art amour et
adhésion à ce même esprit ? Abolies donc, chez l’artiste, les
théories et les classifications, au profit d’une approche
plus corporelle et sensitive de l’œuvre. Toulet l’exprimait
déjà, en 1898, dans Monsieur du Paur, homme
public : « Une théorie d’art aide à la critique, non à la
création. » Laissons donc les théories aux critiques, dont
12 Pourquoi MAC 2000 ?
un des rôles pourrait être de donner un peu d’ordre et de
perspective aux artefacts de leur temps, ne serait-ce que
très modestement, à la façon dont Borges l’entendait, en
1983, dans un entretien accordé au journal Le
Monde : « Ordonner une bibliothèque est une façon
silencieuse d’exercer l’art de la critique. » Et, ceci, sans
sombrer dans le défaut relevé, en son temps, par Anatole
France : « On observe qu’en France, le plus souvent, les
critiques musicaux sont sourds et les critiques d’art
aveugles. Cela leur permet le recueillement nécessaire aux
idées esthétiques. »
* * *
1Ce deuxième volume de textes critiques consacrés aux
travaux de jeunes artistes de notre temps s’inscrit donc
dans une démarche contestable et contestée. Il ne s’agit
pas d’essais visant à vulgariser ou à promouvoir ces
travaux, comme on le ferait de nouveaux produits de
consommation générale ou confidentielle, même si
quelques explications ne nuisent pas toujours à la
compréhension de la démarche de l’artiste. À l’opposé, nulle
théorie n’y est développée. Ces contributions se situent au
niveau du perceptif, du subjectif, de l’amour et de la
résonance que ces travaux peuvent susciter sur le
récepteur, probablement biaisé, que je suis. Ce biais se

1 Et non second car un troisième suivra très
certainement.
13 Subjectiles II
1manifeste dans les résonances que leur perception –
délibérément subjectivisée – génère en moi, échos de ma
propre histoire, de ma sensibilité et de mon édification
culturelle et sensitive de roseau pensant et penchant.
Certains de ces textes ont même reçu un accueil déconcerté,
voire hostile, des artistes concernés, lesquels avaient
parfois du mal à admettre une lecture polysémique – ou plus
exactement polysensitive –, voire tout simplement
subjective, de leurs œuvres.
Les résonances se développent le plus souvent de façon
contraire aux lois de la physique traditionnelle, dans un
processus plus rhizomatique que linéaire ou divergent.
Telle est ma lecture des œuvres d’art de notre temps,
procédant par rebonds et associations, par réfraction et
dif2fraction, par analogies et catalogies . En d’autres termes,
je revendique la subjectivité – mais non l’arbitraire –, le
droit à l’école buissonnière, à m’écarter des chemins
battus. En notre temps de rationalisme exacerbé, de
fatalisme blasé, les arts plastiques nous offrent encore la
possibilité d’explorer des chemins autres, imprévisibles et
irrationnels, de découverte de réalités matérielles ou
immatérielles, sensibles, soupçonnées ou tout juste suggérées.
À mes yeux, l’œuvre de qualité est celle qui offre le plus
grand nombre de cheminements de traverse pour la
pénétrer, la contourner, l’appréhender, l’accepter ou la rejeter.

1 À la fois réminiscences, échos plus ou moins
déformés et baudelairiennes correspondances.
2 Catalogies, titre d’un triptyque poétique de jeunesse
publiés dans Poésies incomplètes, éditions Le Manuscrit, 2006.
14 Pourquoi MAC 2000 ?
Critiquer, c’est, en quelque sorte, faire la part du
rê1ve , celle qui nous reste quand l’objet de contemplation
n’est plus directement visible, son image mentale, en
quelque sorte.
Psychologues et biologistes s’accordent pour
hiérarchiser la création des images mentales en trois niveaux :
1. les perceptions, essentiellement visuelles,
2. l’imagination associée à la réflexion,
3. le rêve, les visions et les hallucinations.
Ma démarche critique s’inscrit indiscutablement au
deuxième de ces niveaux, avec pour moyens, ceux du
premier niveau et pour objectif ceux du troisième. Elle se
veut intermédiation entre la perception brute et son
idéalisation nourricière et génésique pour la vie intérieure de

1 Titre d’un recueil de poésie d’Amiel. L’écrivain suisse
y écrit, notamment :
Ne rien saisir, à rien aspirer ni prétendre
Refuser constamment tout otage au destin,
C’est condamner son cœur à se nourrir de cendre,
Par crainte d’un poison caché dans le festin.
Je crains que bien des critiques de notre temps, par
conformisme, par crainte de ne pas être dans le droit fil de
la mode du jour ou, tout simplement, par paresse
intellectuelle, ne se nourrissent de cette cendre mortifère.
C’est le même Amiel qui, dans son monumental
journal intime, écrivait : jedes Landschaftsbild ist ein
Seelenzustand (tout paysage est un état d’âme). En notre époque où
la peinture de paysage est passée de mode, j’aurais
tendance à élargir son propos à : toute œuvre plastique est un
état d’âme.
15 Subjectiles II
l’individu, seul refuge contre les agressions et les
désillusions de ce monde. Sans tomber dans l’idéalisme de
Berkeley, identifiant la réalité à ses représentations
mentales, mon propos est d’évaluer, de comparer, d’associer,
de combiner, d’ouvrir large les portes pour donner au
lecteur-spectateur des éléments pour poursuivre sa propre
1expérience de l’œuvre plastique.
Paris, août 2010

1 Expérience doit être pris, ici, dans son sens premier
d’engagement dans une situation de mise à l’épreuve d’un
élément spéculatif. La critique fournit un jeu de
spéculations et le mode d’emploi pour en générer d’autres. Au
lecteur-spectateur de s’engager dans la mise à l’épreuve.
16 *POURQUOI MAC 2006
Avec MAC 2006, nous ne sommes pas en face
d’une autre de ces manifestations plus ou moins
inutiles qui meublent la banalité de notre
environnement culturel parisien. MAC 2006 répond
à un besoin, relève du nécessaire et n’a rien du
superflu.
Créé il y a plus de vingt ans par Concha
Benedito, MAC 2000 répondait alors au besoin
de présenter, dans des conditions optimales, les
œuvres d’artistes que les circuits traditionnels de
monstration marginalisaient ou réduisaient au
silence – ou plutôt à la cécité ! L’idée était
simple : organiser une centaine d’expositions
individuelles d’artistes choisis sur dossier, dans un
lieu prestigieux, avec une visibilité importante.
Au fil des années, le concept s’est développé,
puis, comme tout être vivant, a commencé à
connaître un certain étiolement, non pas du fait

* Préface du catalogue de MAC 2006, Espace
Champerret, novembre 2006.
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