Une colère nationale

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On attise la colère contre les immigrés. Certes, il existe des
raisons pertinentes d’être aujourd’hui en colère en France,
mais les immigrés n’en font pas partie. Dans les pays du
Maghreb, la colère populaire s’exprime enfin, elle renverse
des États. Le déni de démocratie et la gabegie oligarchique
sont, par certains côtés, tout aussi marqués dans nos pays
dits développés et en particulier chez nous, en France.


Mamadou M’baye, ancien élève de Polytechnique
et de l’Ensae, vice-président de l’association
Juboo qui oeuvre pour la protection des enfants
déshérités au Sénégal, a contribué à l’ouvrage
Qu’est-ce qu’être français ? publié aux éditions
Hermann en 2008.

Publié le : lundi 21 janvier 2013
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EAN13 : 9782953908800
Nombre de pages : non-communiqué
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ANALYSESOCIOLOGIQUEPosons les bases d’une analyse sociologique de la ques-tion de l’identité. Plutôt que d’utiliser la biologie de façon erronée, pour parler de l’identité sociale indivi-duelle, nous voulons réfléchir à l’identité globale de la société dans son ensemble. « Un individu n’est pas simplement la somme des élé-ments qui le constituent, il est aussi la somme des rela-tions entre ces éléments, dont dépend la persistance ou la disparition de ces éléments… Une identité, c’est un tout, c’est une collectivité en train de se métamorphoser dans le temps… “Je” deviens en permanence un autre, 4 “je” est en permanence un “nous”. » Jean-Claude Ameisen parle d’un organisme du vivant. En s’inspirant de cette approche biologique, nous pouvons élargir de façon pertinente, la description du vivant faite par un immu-nologue au domaine qui nous intéresse ici. Cela suppose d’inventer ce nouvel individu constitué d’un collectif d’être humains. Nous considérons donc l’individu dont nous voulons décrire l’identité comme étant l’ensemble
4 Jean-Claude Ameisen, professeur d’immunologie à l’université Paris 7, dans « Identité et Biologie », entretien avec Nicolas Chevassus-au-Louis et Sophie Dufau,Médiapart, Paris, 2010.
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constitué par tous les Français, cet individu collectif est constitué de 65 millions de personnes. L’identité française est alors l’identité d’un individu qui est constitué non seulement de l’ensemble des êtres hu-mains et groupes d’êtres humains qui le composent mais aussi des relations entre ces êtres humains et groupes, ainsi que des relations entre ces êtres humains et groupes avec l’extérieur. Nous pourrions ramener l’ensemble des notions abordées sur cette question à cette description de l’identité d’un individu pluriel. Nous savons que si un cataclysme supprimait, pour tout le monde la capacité de communiquer (si nous deve-nions d’un coup aveugles et sourds), le monde s’écrou-lerait en une seconde. Notre monde est fait d’échanges, échanges entre êtres, groupes d’êtres, entre nations, en-treprises, organisations. On prétend souvent limiter la nature de ces échanges aux mouvements d’immigration lorsque l’on aborde la question de l’identité en France, pourtant les échanges sont de tous ordres. Ils sont d’ordre économique, culturel, humain. Ces échanges nous dé-finissent et fabriquent notre identité. Tout ce qui in-fluence les êtres humains composant cet individu collec-tif peut participer à modifier notre identité, et, de même, tout ce qui altère ou redessine les relations entre les êtres humains ou groupes d’êtres humains peut aussi contri-buer à modifier cette identité. Nous devons tout de suite préciser que cette vision est évidemment conceptuelle et un peu excessive. Cette manière de penser la société comme étant un organisme
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n’est pas une idée nouvelle comme le souligne Thomas 5 Pradeu . On la trouve chez Platon, ou chez Rousseau. La France s’est constituée par captations et amputations territoriales successives, sa population est une mosaïque dont la souche est internationale. Si nous devions com-parer cela à un organisme, il s’agirait d’un corps dont l’objectif a longtemps été de s’étendre en faisant siennes les parties du corps des autres qui lui sont étrangères et devant parfois aussi accepter de se défaire d’une partie d’elle-même suite à l’attaque d’un voisin. Ce corps en est aujourd’hui venu à la suite de difficultés de crois-sance à vouloir enrayer ce processus d’expansion naturel. Il se trouve désormais obligé de dire ce qui en lui est lui et ce qui ne l’est pas. Sa nature même, la façon dont il s’est constitué, s’oppose à ce projet, mais il souhaite tout de même le mener à terme ! Il s’agit pour nous, ici, de décrire d’une façon nouvelle certaines des relations entre les êtres humains et les divers groupes du pays et analyser les éléments qui les sous-tendent ou les modifient. Parlant d’une société, nous évoquons des rapports sociologiques, des questions religieuses, de l’influence des médias, de la fonction de l’art et des artistes, de l’enjeu de la ou des mémoires. Nous traiterons de même des questions économiques, sociales, juridiques et politiques qui tiennent de la même logique et participent à décrire l’individu pluriel que nous sommes.
5 Thomas Pradeu, dans « Les racines philosophiques des concepts de la biologie », un entretien avec Nicolas Chevassus-au-Louis et Sophie Dufau, Médiapart, Paris, 2010.
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mamadou_mbaye

livre lu par Martine Aubry, François Hollande et Arnaud Montebourg.

lundi 24 octobre 2011 - 22:44