Une dette (Deleuze, Duras, Debord)

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Rien ne rassemble Deleuze, Duras et Debord sinon d’avoir été contemporains, d’avoir vécu en même temps les années de l’après-guerre, l’existentialisme, les guerres coloniales, la chute du mur de Berlin, l’écroulement des certitudes justes. Et une nécessité commune à dire les choses, une faculté à élucider le poids du monde par les mots. Trois parleurs émérites, trois solitaires avec leurs bandes, leurs réseaux de fidèles. Trois insoumis qui se défiaient de toute idée de système, de tout enclos de la pensée.Le rapport aux images est fondamental pour relire l’ensemble de leur œuvre. Debord les étrille, Deleuze les étudie, Duras s’y essaie. La lucidité exige son prix. Malgré leur force et leur courage, le penseur politique et le philosophe ont décidé de mettre fin à leurs jours, l’écrivain et cinéaste a utilisé quant à elle une mèche longue. Que cela nous serve de leçon n’est pas sûr. En tout cas, c’est un emblème des temps que nous vivons. Endurance et suffocation contre laxisme et silence.Emmanuel Loi, né en 1950 vit à Marseille. Il est auteur d'une quinzaine de livres, dont La Vie périmée (Éditions 1, 2000), Les Mains en l'air (Léo Scheer, 2002) et Peine capitale (Flammarion, 2003).
Publié le : samedi 25 janvier 2014
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EAN13 : 9782021157376
Nombre de pages : 224
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U N E D E T T E (Deleuze, Duras, Debord)
D U M Ê M E A U T E U R
Une cure roman Barrault, 1987 Pour ou contre Bernard Tapie ? (avec Gilles Vidal) essai Castor astral, 1997 D’ordinaire : lettres et journal de prison (1976-1981) récit Al Dante, 2000 La Vie périmée roman Éditions n°1, 2000 Les Mains en l’air suivi deBraquages, mode d’emploi récit Léo Scheer, 2002 L’Argent et la Mort essai Via Valeriano, 2003 Peine capitale roman Flammarion, 2003
Le Cœur amer roman Léo Scheer, 2004
Je devrais me taire : Spinoza, Pascal et autres essais Exils, 2004
Marseille Médée roman Flammarion, 2005
F i c t i o n & C i e
Emmanuel Loi
UNE DETTE (Deleuze, Duras, Debord)
essai
Seuil e 25, bd RomainRolland, Paris XIV
C O L L E C T I O N « F i c t i o n & C i e » f o n d é e p a r D e n i s R o c h e d i r i g é e p a r B e r n a r d C o m m e n t
ISBN 978-2-02-115736-9
©ÉDITIONS DU SEUIL,FÉVRIER2007
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À Francis Romanetti et Robert Vuarin, in memoriam
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Au départ du récit de vie, il n’y a rien. Rien de bien. Il paraît que les choses sont égales, il paraît. Nous avons pris le pouvoir sur les animaux afin de les doter de noms, j’ai mis presque une vie et au-delà pour apprivoiser ce qu’il en est de porter un nom de jars, le mâle de l’oie. Au début, tout enfant, le nom est aboyé, les volailles et autres noms rattachés volent dans la cour de récré, les piaillements écorchent, puis, sans le percevoir expressément, les trois lettresO I L– ce pétrole – poissent les ailes du cormoran ; en effet, le corps s’allonge, la chair est blanche, la tête en triangle, l’exode confirmé. Autour de vingt ans, la force du nom franchit un palier, les idéaux (transformer le monde, être acteur du mouve-ment) trébuchent.
Comment s’acquitte-t-on d’un don cruel qui fixe les droits et les interdits, qui cite à comparaître « Loi » à chaque appel au bahut, en colonie de vacances, le
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u n e d e t t e
sigle vivant de la dette des pères et des ancêtres ? Qu’ont-ils fait en leur temps de la loi transmise, duschibboleth, de la peau de chagrin ? Paliers de décompression avec le goût du nom dans sa chair : noyer le bouchon dans des pavillons isolés dans la pinède, clamer la vérité le matin sur des chantiers à des hommes sourds, porter le ferment de la révolution à des indigents du sens, torcher des vieux, remplir des carnets à spirale, guetter le pic des nuits, émarger à la désolation des rencontres funestes ou futiles. Bosser, écrire, ne pas ramper.
N’escomptant guère trouver de soutien parmi les fan-tômes, je me suis attelé depuis un certain temps à restituer des pans oubliés. Reconstruire la vie parcourue. Dans la guérite, personne ne voit le visage du garde, le droit d’en-trer n’implique pas qu’on pourra ressortir. Personne ne cir-cule, tout ce qui va être dit peut se retourner contre vous. C’est dans la citadelle, là, que sont stockés monceaux de faits, paroles perdues, serments bafoués. Vous avez l’amère impression que vous devez les écouler en fraude, que tout ce qui est là abandonné, propice à l’oubli – écrits, vieux papiers, tuniques, bibliothèques, prétentions –, tout cela mérite un dernier éclairage, une espèce de seconde vie pour des reliques disparates qui s’effacent. S’aventurer dans les linges du passé, secouer la vieille tunique, à quelles fins ? En se rendant archéologue de sa propre vie, le partage
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