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Une jeunesse européenne

De
200 pages

« Née avec la crise de 1973, notre génération est porteuse d’une destinée universelle : c’est son histoire que je raconte. Nous n’avions pas vingt ans quand le mur de Berlin s’est effondré. Presque trente le 11 septembre 2001. Première génération Internet, nous arrivons aujourd’hui aux responsabilités et devons relever une Europe qui doute d’elle-même. Notre défi : dessiner un avenir collectif pour ce continent. »

G. K.

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© Editions Grasset & Fasquelle, 2014.
ISBN : 978-2-246-81053-7
Pour l’avenir de Victor et Chiara,
mes enfants
Préface
Ce petit ouvrage est une œuvre littéraire non identifiée. Il est écrit comme une fiction, comme une narration, c’est l’histoire inachevée et incomplète d’une génération, la mienne, à partir d’un point de vue par essence subjectif, le mien.
Cette génération est née avec la crise de 1973. Elle suit les générations du baby-boom et précède les générations Monde des réseaux sociaux. C’est celle des « enfants de la télé », une télévision dont la consommation épisodique et exceptionnelle jusqu’aux années 1960 devient progressivement systématique dans les années 1970, au point d’inquiéter nos parents de la même manière que nous nous inquiétons aujourd’hui de voir nos enfants accros aux réseaux sociaux. Elle porte dans ses gènes la mémoire de deux conflits mondiaux, la conscience d’Hiroshima et celle de la colonisation. Son marqueur a été la chute du mur de Berlin en novembre 1989 qui a transformé son horizon au moment même où elle entrait dans l’âge adulte. Elle a vécu le 11 septembre 2001 avec empathie, sentant intuitivement que l’écroulement des « Twin Towers » annonçait la fin de la domination occidentale. Elle est aussi la première génération de l’ère Internet. Elle se méfie des idéologies et sait que les Etats comme les organisations sont imparfaits. Elle se dit habitée par l’égalité et dit aimer la diversité mais ses pratiques au quotidien sont souvent égoïstes et contradictoires.
Au moment où cette génération désormais quadra s’apprête à prendre progressivement les rênes des pouvoirs politiques, sociaux, intellectuels et économiques, j’ai eu le désir de revenir sur l’environnement qui a forgé notre vision du monde et de l’Histoire. Qui sommes-nous vraiment ?
J’ai également eu l’envie de contribuer à la réflexion sur la responsabilité de cette génération par rapport à la suite de l’histoire du continent. A-t-elle une responsabilité particulière à un moment où l’unité européenne, ballottée par une crise sans fin, et nos démocraties nationales secouées par les populismes jouent leur avenir ? Ma conviction est que cette génération a tous les atouts pour redonner du sens à nos sociétés en crise, mais se donnera-t-elle les moyens de le faire ? Achèvera-t-elle également l’intégration européenne ou la laissera-t-elle se défaire ? Trouvera-t-elle en elle la force intérieure, le courage ? Rien n’est écrit.
Notre époque est celle du centenaire du début du premier conflit mondial, des soixante-quinze ans du déclenchement du second, des quarante ans de la dernière guerre coloniale européenne, du vingt-cinquième anniversaire de la chute du mur de Berlin et du dixième anniversaire du grand élargissement aux pays d’Europe centrale et orientale. 1914, 1939, 1989, 2004 au même titre d’ailleurs que Mai 1968 font à divers égards partie des dates clés qui sont au cœur de la mémoire de ma génération. C’est ce monde-là qui a été son berceau et qui explique qu’elle soit méfiante à l’égard de toute idéologie, de toute organisation, et qu’elle reste profondément attachée à la démocratie. Mais, en même temps, cette histoire s’éloigne. Et l’avenir semble plus incertain que jamais pour notre vieux continent. En moins d’une décennie, l’Occident a perdu son hégémonie pluri-centenaire sur la planète, il a laissé les inégalités sociales se reconstituer, les populismes ont repris de la vigueur. Nos concitoyens ne croient plus au mythe de la croissance infinie et sont comme jamais en quête de sens collectif. Saurons-nous tirer les enseignements nécessaires pour éviter de répéter les barbaries des siècles passés ? Aurons-nous la créativité et l’audace pour inventer de nouveaux modèles de société, de nouveaux droits, de nouvelles libertés, une nouvelle étape de la démocratie ? Saurons-nous redonner un sens au progrès ? Voilà les questionnements que j’aimerais que ce petit livre éveille en chacun de nous.
Mon propos ne s’adresse pas à une génération déterminée mais à toutes. Il n’a pas la prétention de la complétude, mais vise à nous remettre dans un bain collectif, celui qui nourrit notre être et notre imaginaire. Le nous que j’utilise est tantôt inclusif, tantôt exclusif, chacun pourra le lire comme bon lui semble.
Dans cette période de mutations sans précédent, il me semble important de rappeler que nous avons partagé des événements d’une exceptionnelle intensité qui font que, malgré nos différences, malgré les épreuves, notre vécu commun, comme ce que nous avons construit à l’échelle de ce continent, est exceptionnel. J’espère que ces quelques pages pourront contribuer à nourrir l’esprit public à un moment où il me semble en avoir le plus besoin. Plus une crise dure, plus elle appelle des réflexes de repli sur soi et nous amène à voir en l’autre le danger plutôt que l’opportunité.
A certains moments, je fais référence à des expériences, des rencontres, des réflexions personnelles dans la mesure où elles permettent de servir notre histoire collective. Je dresse aussi les portraits de personnalités qui m’inspirent et me paraissent devoir compter dans la suite de notre avenir. J’évoque également l’histoire du think tank EuropaNova, un centre de réflexion et d’action européen que j’ai créé voilà tout juste dix ans et qui a déjà apporté sa petite pierre à l’histoire de ce continent. EuropaNova s’est donné pour mission de faire avancer l’intérêt général des citoyens européens, de faire émerger de nouvelles générations de leaders d’opinion solidaires et de contribuer à un dialogue direct entre la société et les dirigeants nationaux et européens. Ces expériences illustrent une forme de contribution parmi d’autres de notre génération au destin commun. Peut-être inspireront-elles certains et donneront-elles à d’autres envie de s’engager pour le bien commun.
J’aimerais enfin rendre hommage à Stefan Zweig, qui, bien malgré lui, a été mon compagnon de route pour l’écriture de ce petit livre.
« Ce n’est pas tant mon destin que je raconte, que celui de toute une génération, notre génération singulière chargée de destinée comme peu d’autres au cours de l’Histoire » (p. 7).
« On ne méprisait pas la tolérance comme un signe de mollesse et de faiblesse, on la prisait comme une force éthique » (p. 42).
« Le siècle nouveau réclamait un ordre nouveau, des temps nouveaux » (p. 80).
« Cette sage morale oubliait complètement que quand on ferme la porte au diable il force ordinairement l’entrée par la cheminée ou une porte de derrière » (p. 94).
« Notre commun idéalisme, notre optimisme fondé sur le progrès en marche, nous faisaient méconnaître et mépriser le danger commun. Et ce qui nous manquait, c’était un organisateur qui eût coalisé dans la conscience du but à atteindre les forces latentes en nous » (p. 239).
Stefan Zweig,
Le Monde d’hier : Souvenirs d’un Européen,
Le livre de poche, édition de 1973,
réédition mars 2013.
1
Genèse
C’est le 21 avril 2002, le soir du premier tour de l’élection présidentielle française, que j’ai perçu le défi que ma génération allait devoir affronter : remettre le sens, la responsabilité individuelle et collective, la solidarité au cœur du projet de société, mais aussi redonner l’esprit du mouvement positif à une société et à un continent ayant peur de perdre leurs acquis et hantés par un désir de sécurité. Jean-Marie Le Pen n’était pas Hitler mais son succès électoral incontestable marquait l’incapacité de nos dirigeants à dire la vérité à nos concitoyens et surtout à les engager collectivement dans une voie d’avenir. Et ceux qui avaient voté pour lui ou pour une myriade de représentants de petits partis protestataires n’étaient pas de dangereux extrémistes.