Valeurs (en crise) de la Marianne...

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Depuis plusieurs années, les valeurs républicaines sont omniprésentes dans les esprits. À tout bout de champ, on ne cesse de les mettre en avant. Elles transcendent les clivages politiques...

Un récent sondage à propos des termes « République » et « Valeurs républicaines » a pourtant révélé que les deux tiers des Français n’étaient plus sensibles à leur emploi ! Sans doute ces expressions ne « parlent-elles » plus vraiment, car trop utilisées par les politiciens.

Alors, le discours sur les valeurs républicaines, rien d’autre qu’un nouveau masque de l’idéologie dominante ? Un prêt-à-penser médiatique et progressiste bébête ?

Le risque est grand de leur instrumentalisation moralisatrice comme moyen d’imposer le politiquement correct à coups d’interdits.


Publié le : mercredi 16 septembre 2015
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EAN13 : 9782334004947
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L’engouement pour les valeurs républicaines

« La France, ce n’est pas une ethnie, ce n’est pas une race ; la France est une communauté de valeurs. »

Nicolas Sarkozy, Journal de 20 heures
– TF1 – 14 mars 2007.

« Les valeurs d’égalité et de fraternité sont depuis longtemps des mots plus que des réalités. »

Michel Winock, entretien pour Le Monde Culture
et Idées, 23 janvier 2015.

Depuis plusieurs années déjà, les valeurs républicaines sont omniprésentes dans les esprits. Beaucoup de personnalités politiques ou médiatiques les qualifient volontiers de fédératrices. Ils en débattent avec fougue. À tout bout de champ, ils ne cessent de les mettre en avant comme si le monde risquait de s’arrêter de tourner s’ils ne les évoquaient pas périodiquement. Oh la belle unanimité ! En dépit de leurs contradictions et de leurs rivalités, toutes les personnalités de gauche ou de droite s’en revendiquent à l’unisson. Les valeurs républicaines transcendent très largement les clivages politiques.

Comme suite à un événement au départ souvent anodin, les élus, pris brusquement d’une indignation calculée, s’y réfèrent avec véhémence. Nicolas Sarkozy demande ainsi qu’on expulse tout imam, qui ne les respecte pas. « Quand il s’agit des valeurs de la République, on ne transige pas ! » clame Manuel Valls. De son côté, Najat Vallaud-Belkacem affirme qu’« on ne tolèrera aucune remise en cause des valeurs de la République », etc., etc. Lorsqu’en janvier 2015, la France a été attaquée en plein cœur, tous les citoyens ont été invités à manifester leur soutien aux valeurs fondatrices de la République, ce qu’ils firent massivement. Nul ne peut nier l’unanimisme émotionnel monté en épingle autour des « Valeurs ». On a alors entendu tout et n’importe quoi à leur propos.

(Il sera désormais très souvent ici fait référence aux « Valeurs » pour évoquer les valeurs républicaines. Ce mot ainsi employé n’a aucun caractère ironique ou péjoratif. Il est utilisé uniquement dans un souci d’alléger le texte.)

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Le 10 mai 2015, le site Atlantico a publié un sondage exclusif réalisé par l’IFOP à propos des termes « République » et « Valeurs républicaines ». Il en résulte que les deux tiers des Français ne sont plus sensibles à leur emploi ! La sensibilité ou l’insensibilité à la « thématique républicaine » n’est pas fortement structurée par le clivage gauche-droite. On peut supposer que les termes ne parlent plus vraiment, car ils ont été trop utilisés par les politiciens peu crédibles. La méfiance règne chez les électeurs.

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Ne cédons pas à l’angélisme, car le discours sur les « Valeurs » ne constitue rien d’autre qu’un nouveau masque de l’idéologie dominante. Les « Valeurs » (prêt-à-penser médiatique et progressisme bébête…) relèvent de l’attirail des arguments d’autorité, des grands mots valises, des symboles difficilement contestables. Les illusions ne peuvent cependant dissimuler longtemps les réalités. Passé l’unanimisme de façade, la vie reprend toujours immanquablement son cours ordinaire chez les dirigeants politiques, les journalistes et les intellectuels…

Le problème avec les « Valeurs », c’est que beaucoup s’en réclament comme allant de soi, mais peu en possèdent une idée précise. Pour les proclamateurs des « Valeurs », l’argumentation n’a pas lieu d’être, la logique étant qu’elles s’imposent d’elles-mêmes, sans démonstration. Quiconque s’aventurerait à fouiner un peu trop risquerait d’être aussitôt traité d’antirépublicain. Alors, bien vite, après les proclamations enflammées et les accords de convenance, on passe à autre chose. À la réflexion, il est bien évident qu’en dépit d’un consensus proclamé, les opinions divergent profondément sur de nombreux points doctrinaux. En particulier des divergences d’analyse inconciliables demeurent sur la présence du fait religieux dans la sphère publique.

Le consensus sur les « Valeurs » ne peut se transformer en unanimité et encore moins en unanimisme ! Au cours des luttes séculaires qui les ont imposées, des divergences d’opinions sont apparues parmi les républicains eux-mêmes. Dans la mesure où les débats sont menés avec respect, ces divergences apparaissent comme normales et légitimes dans un régime de liberté d’opinion. La défense des valeurs démocratiques ne peut se faire au détriment de la diversité des opinions.

Ce qui n’est pas acceptable du point de vue politique et moral, c’est le républicanisme incantatoire, refermé sur lui-même parfois arrogant. Une caste s’accroche au pouvoir depuis des lustres. Elle se drape dans les plis d’une République qu’elle confond avec ses intérêts et module à sa guise les principes et valeurs du système. Le risque est grand d’une instrumentalisation moralisatrice des « Valeurs » comme moyen d’imposer le politiquement correct à coups d’interdits. Tout est mis en œuvre pour que ceux qui s’interrogent sur ces méthodes apparaissent comme des demeurés ou des traitres.

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Étant donné la fréquence avec laquelle on utilise le thème des « Valeurs » et les conséquences politiques qui en découlent, un débat à ce propos n’est pas sans intérêt et ne peut être éludé (même si beaucoup en ont leur overdose !). Les « Valeurs » sont centrales dans les cultures et la formation des identités. Elles semblent faire consensus chez les dirigeants, les débats s’articulent principalement autour de leur interprétation. Il semble intéressant de tenter de comprendre le sens réel des concepts découlant de la banalisation de la formule et d’attirer l’attention du lecteur sur des utilisations souvent frauduleuses.

Ouvrons donc à présent un vrai et grand débat !

Quelles valeurs, quelle République ?

Qu’entend-on par « Valeurs de la République » ? Vaste question même si beaucoup de points de vue se rejoignent sur une même idée : elles sont moralement et politiquement fondamentales. Comprendre le sens actuel de l’expression nécessite un rappel du sens des mots la composant.

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Aujourd’hui, le terme « valeur » renvoie à une sémantique large et ambivalente. Personne ne sait au juste ce que cela signifie.

Les valeurs apportent un sens à l’existence et aux actes des individus et des collectivités. Elles sont les moteurs de nos comportements. Elles ne représentent pas des intérêts matériels. Leurs dimensions spirituelles ne peuvent être niées.

Différentes définitions ont été apportées au concept de valeur. On se limitera à celle-ci dans le domaine de la psychologie et de la sociologie : les valeurs sont les principes fondamentaux qui guident la vie de la société et les comportements de chacun des individus qui la composent. On considère qu’elles sont préférables personnellement et/ou socialement à d’autres conduites ou buts.

Dans le domaine moral, cette notion s’avère difficile à définir étant donné que les humains ne pensent pas tous de la même façon. Chacun possède ses propres valeurs qui guident son comportement.

Dans ces conditions, il est malaisé de transposer un système de valeurs au niveau collectif. Les valeurs sont considérées comme universelles lorsqu’elles sont partagées par l’ensemble de la société. Il s’agit principalement des valeurs véhiculées par les grandes religions et par les grands idéaux comme la démocratie.

Dans l’absolu, il n’existe pas de valeurs supérieures à d’autres. Une même valeur peut être valorisée par les uns ou rejetée par les autres. Adopter certaines valeurs implique parfois par voie de conséquence d’en défendre ou bien d’en rejeter d’autres. La prétention à l’universalité des valeurs de certaines religions ou idéologies politiques est parfois exagérée. Les grandes puissances prétendent ainsi souvent que leurs valeurs nationales sont universelles et doivent être imposées au reste de l’humanité. Cette attitude incline au chauvinisme, à l’impérialisme, à...

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