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Vieillissement du couple: dignité, intimité et sexualité des personnes âgées en institution

De
412 pages

Les notions mêmes du vieillissement et de la vieillesse prêtent à erreur et incompréhension. Le vieillissement est décrit en termes de pertes successives : pertes de forces physiques, pertes de biens matériels... Mais peut-on décrire ce vieillissement en termes de pertes de forces d’aimer et d’être aimé ? Pertes du droit au respect et à la considération des plus jeunes ? Le vieillissement serait-il synonyme de pertes des forces érotiques, pertes de libido ? Que signifie vivre ? Que signifie vieillir ? Deux mots synonymes dont l’un fait fuir pendant que l’autre attire.
Ce livre est une réflexion clinique d’inspiration psychanalytique, sur les différents stades de l’évolution de l’homme au cours de son existence, afin de mieux le comprendre, le respecter et ainsi l’aider à vivre de la meilleure manière possible. Grâce à l’analyse faite sur les institutions de personnes âgées, l’auteur nous invite à réfléchir et à repenser leurs conditions d’accueil pour répondre, au mieux aux besoins et attente des personnes concernées, et ainsi leur offrir intimité et dignité.


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-62722-3

 

© Edilivre, 2014

Remerciements

Aux Professeurs : Robert Hugonot (médecin, ancien conseiller scientifique du CPDG), André Rufiot (psychologue) Michel Philibert (philosophe, Directeur du CPDG), trois hommes que j’ai eu la chance de côtoyer de près et qui m’ont encouragé à écrire ce livre ; bien qu’ils ne soient plus de ce monde, mais où qu’ils soient aujourd’hui, je leur dois ma respectueuse reconnaissance.

Au Professeur Alain Franco, mon ancien chef de service à Élisée Chatin, à Claudine Montani, psychologue à Elisée Chatin, Michèle Myslinsky, également psychologue à Elisée Chatin et Professeur de Psychologie qui a dirigé avec patience et beaucoup d’Expertise mes travaux. A tous et à toutes, mes sincères remerciements.

Je remercie tous les collègues à qui je demandais parfois : que penses-tu de ceci, que dis-tu de cela, sans savoir moi-même ce que j’allais faire de leurs réponses. Certains de ces collègues sont devenus aujourd’hui des amis.

Je remercie également les différents pensionnaires des différentes institutions. Mon travail consistait à les accompagner quotidiennement, à leur tenir la main pour les sortir ne serait-ce que quelques minutes hors de leur chambre. A m’asseoir à côté d’eux pour leur tenir « compagnie » dans des moments de grandes solitudes, à leur lire le journal du jour ou une revue posée sur la table de nuit. A les écouter se raconter ; les personnes âgées se racontent facilement dès lors qu’elles ont la certitude que ce qu’elles racontent intéresse leur interlocuteur. En les écoutant, elles me récompensaient par l’attention qu’elles portaient à ce que je leur racontais. C’était des moments d’échange entre adultes de culture et de vision des évènements actuels différentes.

Pour les pensionnaires vivant en couple ou non, qui, pour des raisons de santé ou autres, ne sont plus capables de se laver, de se lever, de manger tous seuls, qui ne sont capables d’aucune activité, mais qui continuent à vivre comme tout le monde dans ces institutions, je reste respectueusement reconnaissant.

Un couple, qui n’est plus de ce monde pour lire ce livre : les grands parents de ma compagne, couple uni, dont l’épouse n’a connu l’institution gériatrique qu’au décès du mari. Où qu’ils soient aujourd’hui, je leur demande d’accepter toute ma reconnaissance. Cet ouvrage leur est dédié.

A mes grands-parents, à mes parents, bien qu’ils ne soient plus de ce monde des vivants, m’ont donné le goût de l’observation, de l’écoute et de la réflexion, où que je sois, je pense toujours à eux.

A tous mes amis d’ici et de là-bas qui m’ont encouragé à écrire ce livre.

A Mychèle Chazaut, à Marcel Revol pour leur soutien sans faille et leur présence auprès de mes enfants.

A Marie-Pierre Revol ma compagne, à mes enfants Matys et William pour la joie qu’ils me procurent.

Une pensé amicale à Pierre Delacroix pour tout le travail de mise en forme et de relecture ; où qu’il soit aujourd’hui, qu’il trouve ici l’expression sincère de ma reconnaissance.

Enfin, un grand merci à Christine Coblentz qui a aimablement contribué à la réalisation de la couverture.

Avant-propos

Si, grâce à son avancée scientifique, l’homme occidental semble tout comprendre et tente de tout expliquer, il est un domaine qui lui échappe complètement : celui du vieillissement et de la vieillesse ; son propre vieillissement, sa propre vieillesse.

En aurait-il peur ? Cette peur l’entraînerait alors dans l’incompréhension et le rejet de tout ce qui se rapporte au vieillissement.

Mais alors, que va-t-il comprendre à la vie, aux valeurs qui lui sont attachées : L’amour, le respect des anciens ?

L’homme occidental a également du mal à comprendre qu’un être âgé est également une personne. Dans ma tradition africaine, on devient une personne 7 jours après la naissance. Qu’est-ce que 7 jours dans une vie ? Et même, qu’est-ce que 90 ans pour une personne âgée ?

Quel regard portent les occidentaux sur ce grand âge que les Grecs appelaient « l’âge de la sagesse » ? Quelle place lui fait-on dans une société de compétition et de ségrégation entre jeunes et vieux ? La personne âgée a-t-elle encore un rôle à jouer dans une société dont les codes lui échappent complètement, certes du fait même de sa mise à l’écart ?

Les notions mêmes de vieillissement et de vieillesse prêtent à erreur et incompréhension. Le vieillissement est décrit en termes de pertes successives : pertes des forces physiques, pertes de biens matériels… Mais peut-on décrire ce vieillissement en termes de pertes de force d’aimer et d’être aimé ? Pertes du droit au respect et à la considération des plus jeunes ? Le vieillissement serait-il synonyme de pertes des forces érotiques, pertes de la libido ? Que signifie vivre ? Que signifie vieillir ? Deux mots « synonymes » dont l’un fait fuir et l’autre attire.

Peut-on tout faire à tout âge ? Cette question n’est pas abordée dans toutes les sociétés. En parlant plus précisément, peut-on ou doit-on assumer toutes les responsabilités à tout âge ? Et que fait-on de la notion des répartitions des tâches en fonction des âges de la vie ?

Serions-nous entrés dans l’ère de l’oubli ? Pourtant selon le vieil adage, « Tout vieillard héberge en lui l’enfant et le jeune homme qu’il a été ». Ou sommes-nous incapables de nous projeter dans l’avenir ? Pourtant, le jeune homme d’aujourd’hui sera vieillard demain !

Comment en sommes-nous donc arrivés à creuser ce grand fossé entre les générations pour finir par les mettre en compétition ? L’organisation générale des sociétés industrialisées serait-elle responsable de l’incompréhension entre jeunes et vieux ?

La création des structures pour personnes âgées et parfois très âgées est-elle une façon de les éloigner des regards ? Une façon de les oublier peut-être ? Mais, peut-on oublier nos aînés ? Ces structures, de plus en plus sophistiquées, de plus en plus fleuries veulent plaire. Mais plaire ou convenir à qui ? Autrement dit, ces institutions sont-elles adaptées à toutes ces personnes âgées, d’origines, d’autonomie et d’âge différents ? De leur intimité, de leur sexualité, qu’en pensent la société et le personnel d’encadrement ? Niées ou respectées, interdites ou autorisées ? Que sait-on au juste de la vie sentimentale de ces femmes et de ces hommes avant leur arrivée dans l’institution ? Que sait-on de leur vie amoureuse, de leur roman d’amour lorsqu’ils vivaient encore chez eux, et qu’ils avaient la clé de leur domicile ? Si le vieillissement, entendons ici le vieillissement détaché de toute notion de pathologie, un vieillissement normal, est décrit en termes de pertes des forces physiques, cette perte ne serait-elle pas compensée par une augmentation de la force libidinale, de la force érotique, de la force d’amour ?

Ainsi, le vieillissement pose à la société des problèmes d’ordres divers : psychologique, sociologique, philosophique, éthique, moral, anthropologique. En entrant dans l’institution et quelles qu’en soient les raisons, la personne âgée entre avec tous ses désirs ; avec ses bons ou ses mauvais souvenirs… Les sociétés industrialisées, les responsables de ces institutions et les personnels qui y travaillent en ont-ils conscience ?

Ce livre offre au lecteur, une réflexion clinique d’inspiration psychanalytique, pour l’aider à comprendre l’homme aux différents stades de son évolution : de la naissance à son enfance, à l’âge adulte, le comprendre et le connaître pour l’aider et le respecter dans ses différentes manières d’être de ce monde de plus en plus ségrégationniste, d’être avec les autres. Ce livre offre également aux lecteurs attentifs, à la société, aux responsables d’établissements, l’occasion de repenser les conditions d’accueil et de vie dans les institutions de personnes âgées aujourd’hui, en les respectant dans la dignité.

Ce travail dont le thème est le vieillissement du couple fait suite à ma thèse du troisième cycle en Psychologie Clinique et Pathologique.

S’agissant du couple, quelques précisions s’imposent :

– Il s’agit du couple qui résulte de l’union de deux êtres de sexes différents, unis par amour ou par mariage tel qu’EmileLittréle définit.

  1. Qu’entend-on par vieillissement du couple ? S’agit-il d’un couple formé depuis de longues années, ou bien de l’union de deux personnes âgées ?

Le temps joue un rôle primordial dans la mesure où il est essentiel dans la constitution de notre vie psychique, qu’il évoque les notions fondamentales de désirs et de besoins et qu’il permet à chacun de construire le couple en fondant et en consolidant le lien amoureux.

D’autres questions m’apparaissent importantes ici :

– Comment se joue au niveau conscient et inconscient la structuration du couple ?

– Comment et dans quelles mesures sont-ils tributaires de leurs histoires respectives ?

Lorsque l’entrée d’un des conjoints en institution intervient, qu’elle soit provisoire, ou définitive, souhaitée ou imposée, comment la personne âgée seule ou en couple gère-t-elle sa nouvelle vie ?

Après avoir fait une approche psychosociologique du mariage et de la vie du couple, j’ai retenu trois axes principaux dans cette étude :

– la constitution du couple.

– les conditions de sa durée.

– les évènements contingents (la vie institutionnelle comprise) qui surgissent dans le couple depuis sa formation jusqu’à la disparition de l’un ou des deux partenaires.

Il s’agit donc d’une étude essentiellement clinique d’inspiration psychanalytique. Je m’intéresse au fonctionnement inconscient des conjoints qui peut échapper à l’observateur néophyte et qui pourtant influence les choix et les désirs des époux.

Vieillissement du couple

Dignité, intimité et sexualité des personnes âgées en institution
Introduction

Le domaine de la sexualité sous toutes ses formes, semble être de nos jours, un des sujets les moins maîtrisés et les moins compris par les hommes. Et pourtant, il n’est plus rare d’entendre parler d’éducation sexuelle. Mais en y réfléchissant bien, on comprend vite que le but de cette nouvelle forme d’éducation vise essentiellement la régulation des naissances (contrôle du planning familial, problème démographique,…) ou la prévention de certaines maladies sexuellement transmissibles (MST) parmi lesquelles le SIDA qui est toujours d’actualité.

Cette éducation est assurée soit par les parents quand les enfants sont encore en bas âge, soit par les enseignants à l’école lorsqu’ils deviennent un peu plus grands, c’est-à-dire vers douze ans.

A la maison ou à l’école peu importe le lieu, la cible est toujours les enfants. A la maison, il semble que c’est la mère qui prend en charge les filles et le père les garçons, et d’après quelques témoignages de jeunes filles et de jeunes garçons, il paraît que c’est à partir des questions que les enfants posentà leurs parents. La grande majorité avoue avoir été frustrée par l’attitude de fuite des parents devant certaines de leurs questions.

On se souvient de cette publicité télévisée qui montre ce père en train de lire son journal lorsque son fils lui pose la question :« Papa, qu’est-ce que c’est que cette bouteille de lait… avec ce bouchon. » ?

Le père fait semblant de ne rien entendre, absorbé par sa lecture.

Devant cette attitude du père, l’enfant renchérit :« Papa, comment on fait les enfants » ?

A cette deuxième question le papa répond « Ah, oui ! Cette bouteille de lait, c’est… »

A l’école vers l’âge de douze à seize ans, parfois plus, on enseigne aux enfants l’anatomie et la physiologie des organes de reproduction appelés alors organes sexuels. Ce qui paraît être à l’origine de la confusion totale que nous connaissons aujourd’hui dans ce domaine.

Connaître le fonctionnement des organes de reproduction est essentiel, mais vouloir centrer tout un programme d’enseignement autour des seuls organes paraît lacunaire.

De plus, on peut se demander dans quelle ambiance se déroule cet échange entre parents et enfants, entre professeurs et élèves. Si les questions que pose l’enfant mettent le parent dans une situation inconfortable, de fuite, il est clair que l’enfant, soit prendra peur et n’en tirera pas grand-chose de positif, soit se demandera simplement, pourquoi, devant une question comme celle-ci, son papa ou sa maman prend une attitude de fuite. Il pourra plus tard conclure que ce parent n’en sait pas plus que lui ou qu’il s’agit d’un sujet source de honte, à éviter.

On assiste aujourd’hui à l’arrivée massive de nouveaux professionnels appelés Sexologues. Ceux-là semblent être les mieux informés si l’on s’en tient seulement à leur nom. Etant des spécialistes, ils sont à même de résoudre tous les problèmes afférents à la sexualité. Mais malheureusement, la plupart de leurs clients sont des couples en difficultés, ou des personnes ayant quelques difficultés dans ce domaine donc des adultes qui ne sont plus des enfants à éduquer.

Des revues spécialisées abondent sur le marché comme : Play Boy, Sex Shop… des cercles fermés se créent de plus en plus. A la télévision comme à la radio, des messages ne font plus défaut ; le téléphone rose est né. Malgré tous les efforts, il n’en demeure pas moins vrai que la sexualité reste un domaine tabou, avec tout ce qu’on peut retrouver derrière ce mot.

Une difficulté apparaît ici. Malgré cette volonté de percer cet inconnu, lorsque l’on veut en savoir plus, on ne sait pas toujours avec qui, comment et en quels termes il faut aborder ce sujet, car ce n’est pas toujours chose aisée. Il y a la peur d’être pris pour un malade d’une part, et d’autre part il y a le doute que l’interlocuteur ne soit pas lui-même bien informé pour instruire, donc la peur de l’erreur demeure en chacun.

Il est vrai, qu’à l’heure où l’homme tend à devenir son propre créateur à cause de son avancée technico-scientifique dans presque tous les domaines de la pensée humaine, on trouve des parents, des écoles et maintes institutions pouvant offrir de nombreuses possibilités d’observations et donc de témoignages sur la sexualité. Mais ces possibilités sont limitatives et lacunaires, dans la mesure où elles ne traitent que de la sexualité de l’enfant et de l’adolescent. Ainsi la sexualité de l’homme âgé se trouve omise.

Comment en sommes-nous arrivés-là ?

Une des explications, s’il y en avait une, se trouve peut-être dans les nombreux travaux de S. Freud qui, au début du 20e siècle s’est livré à l’étude de l’enfant et de l’adolescent, laissant dans l’oubli consciemment ou inconsciemment l’homme d’âge avancé.

D’ores et déjà nous pouvons en tirer l’hypothèse que notre méconnaissance aujourd’hui si flagrante quant à la sexualité de l’homme trouve son origine dans une certaine mesure dans cette omission.

Cette méconnaissance, voire ce refus de la sexualité des personnes âgées, semble faire partie d’un stéréotype culturel fortement ancré selon lequel l’individu âgé est perçu comme incapable, laid, impotent et asexué. Certains en arrivent à s’étonner de voir de vieux couples s’embrasser et dans leur étonnement ils se demandent ce qu’ils peuvent bien faire encore ensemble ?

Il apparaît clairement ici que les membres issus d’une telle culture sont endoctrinés dès leur enfance par l’idéologie de la jeunesse et de la beauté. Cet endoctrinement culturel dans les institutions gériatriques, encourage la ségrégation morale des femmes et des hommes âgés, voire des couples âgés puisqu’ils sont considérés comme impuissants, asexués, et donc n’ont plus rien à faire ensemble, ce qui conduit à les séparer matériellement.

Dès lors, la personne âgée se trouve dans une position très inconfortable : perçue comme psychopathe si elle manifeste le moindre désir dans ce sens. Elle se résout le plus souvent à un renoncement alors qu’elle seule peut dire si oui ou non elle est capable de mener une vie sexuelle, puisque physiologiquement elle continue à vivre.

S. Freud lui-même, pense que la sexualité est d’abord une fonction physiologique ; qu’elle présente cependant un aspect psychologique, puisqu’elle est liée à l’amour, à l’érotisme. Il devient alors difficile de séparer l’amour charnel de l’amour platonique, même en ce qui concerne la personne âgée. Certes, à mesure que l’on vieillit, la sexualitépeut changer physiquement et psychiquement. Mais ces changements signifient-ils « asexualité » ?

Le but de ce travail est double :

Dans un premier temps, il nous aide à lever une équivoque pour qui pense que sexualité signifie génitalité.

Dans un second temps, et c’est là le point essentiel de ma réflexion, je m’interroge sur la sexualité des personnes âgées en général, et sur d’éventuels obstacles à l’accomplissement harmonieux de la sexualité de cette population de plus en plus importante.

Mon hypothèse de départ est donc :

– Si au fur et à mesure qu’il avance en âge, le couple voit sa force physique baisser progressivement, cela n’affecte en rien sa libido.

Allons plus loin : la perte progressive de la force physique, dans certains cas, correspond à une augmentation des besoins sexuels, même si ces besoins s’expriment en termes de préliminaires ou de sexualité prégénitale.

Mon objectif serait atteint si je peux voir dénoncer à la fin de ce travail, un certain nombre d’aprioris très ancrés qui pourraient fausser l’appréhension psychologique du problème, et par là-même l’écoute des personnes âgées.

Première partie

1
Définition de mots clés

En guise de généralités, il me semble important de préciser ici, le sens des mots comme :

– vieillissement

– couple

– sexualité

– institution

Qui sont les mots clés dans cet ouvrage. Je commencerai donc par le mot « vieillissement ». Qu’est-ce que le vieillissement ?

S’il est vrai que tout le monde vieillit, chacun à son rythme, en fonction du lieu, du projet de vie. Par contre, il est difficile de faire admettre que ce mot a le même sens pour tous. Pendant que certains voient le vieillissement comme une décrépitude, une perte progressive, d’autres le définissent comme un processus de croissance, un processus de maturation qui commence avec la vie dès la conception.

Pour le Petit Robert, le vieillissement est le fait de devenir vieux, ou de s’affaiblir par l’effet de l’âge. C’est encore un processus physiologique normal que subit tout organisme vivant au cours de la dernière période de la vie : levieillissement de la population correspondant à l’augmentation de la proportion de vieillards.

Le Dictionnaire du Français contemporain – Larousse définit le vieillissement comme étant le fait de prendre de l’âge.

– Le Dictionnaire général de la Langue française donne comme définition : état de ce qui vieillit1.

Lexis : Le Dictionnaire de la Langue Française définit ainsi le vieillissement :

Nom masculin. Le fait de vieillir, de prendre de l’âge. Etre atteint d’un vieillissement prématuré. Synonyme : sénescence. Vieillissement des facultés intellectuelles ; le vieillissement de la population qui est l’accroissement de la proportion de personnes âgées dans une population donnée2.

Le Dictionnaire Emile Littré définit le vieillissement comme l’état de ce qui vieillit, le cheminement vers la vieillesse (la vieillesse commence à se faire sentir…) ensuite comme l’état de ce qui devient suranné : par exemple, le vieillissement d’un mot ; enfin comme l’action de faire vieillir : le vieillissement artificiel des vins3.

Le Dictionnaire de la Langue Française le ROBERT donne la définition suivante : le fait de devenir vieux ou de s’affaiblir par l’effet de l’âge ; le processus biologiquement normal que subit tout organisme vivant au cours de la dernière période de sa vie4.

« On peut avoir(…)les tissus plus vieux que son âge ;on ne peut les avoir plus jeunes, c’est-à-dire qu’il existe unvieillissement essentiel, fondamental, à peu près identique pour tous. On pourrait qualifier de “vieillissement pur ce processus nécessaire, fatal…” »5.

Concernant le mot couple

Le Dictionnaire Emile Littré le définit comme premièrement un lien pour attacher ensemble deux ou plusieurs choses pareilles, deux ou plusieurs animaux ensemble : dans ce sens couple est pris au féminin.

– on dit une couple pour trois ou quatre chevaux.

Par extension, se dit de deux choses de même espèce. On dit une couple d’œufs, une couple de serviettes.

« Au bout d’une couple d’années de pénitence, Madame De Valentinois obtint son retour »6.

Couple au féminin s’emploie aussi dans la marine.

Exemple : une couple de haubans, une paire de haubans faite de même cordage, lequel est plié en deux par le milieu.

Couple au masculin : désigne le mari et la femme, l’amant et l’amante, ou deux personnes vivant ensemble dans des relations d’amitié ou d’intérêt.

Emile Littré précise que le mot couple, en fonction de l’étymologie, aurait dû être féminin. Mais la langue ayant longtemps hésité sur le genre, l’usage en a profité pour introduire des nuances selon l’emploi (un couple – une couple).

– Le mot couple au masculin signifie deux personnes unies ensemble par amour ou par mariage7.

Le Petit Robert précise que le mot date de 1190 ; en latin, copula. Le lien ou la liaison est employé au féminin ou au masculin.

Au féminin : couple est le lien qui sert à attacher ensemble deux ou plusieurs animaux de même espèce, deux choses d’une même espèce…

On dit une bonne couple de soufflets.8

Au masculin : il désigne le mari et la femme, un homme et une femme réunis, former un beau couple, couple bien ou mal assorti (couple de personnes âgées).

Le Grand Robert définit le couple comme lien, liaison ou groupe de deux personnes liées par l’amitié, l’amour.

Au masculin : le couple désigne un homme et une femme unis par des relations affectives, physiques. Couples heureux. Un couple d’amants, un couple de concubins. Un beau couple sans enfant. Dans la vie commune, mariage ou concubinage : vivre en couple pour former un ménage.

« Jamais couple ne fut si bien assorti qu’eux, l’un bien fait, l’autre belle, agréables tous deux. ».(La Fontaine, les filles, les minés, Appendice V).9

Le Grand Larousse définit le couple : un homme et une femme unis par le mariage ou par les liens du sentiment.

« Les amoureux s’entraînaient et par couple aux belles bouches, marchaient à distances inégales ».(Apollinaire).

« Nous aurions tout à fait l’air d’un couple d’amoureux. ».(Romain)

La seconde définition du Grand Larousse est : homme et femme réunis dans des circonstances déterminées.

« Sur la terrasse, deux couples dansaient. ».(Romain).

Se dit de deux personnes unies par des sentiments d’affection ou qu’une autre cause rapproche : un coupled’amis. Le couple :« c’est deux personnes qui s’aiment ou qui se détruisent ».10

La définition que chacun pourrait donner de ce terme est très différente, puisqu’elle dépend à la fois du sexe, de la situation de famille, de l’âge et de l’histoire. Il suffit d’étudier tout ce qui est écrit sur cette notion pour s’en persuader.

Pour Jean G. Lemaire, le couple est un haut lieu de l’ambivalence, du désir. Il met l’accent sur la complexité et la contradiction du langage du couple11.

Dans leur introduction à« Vieillir à deux »,P. et J. Chauchard écrivent :« on s’aimera toute la vie puisqu’amour rime avec toujours ».Pour ce couple, vieillir à deux doit être l’objectif de tout couple.

Jeannine Marronchon pose une question fondamentale :

« La vie est devenue plus complexe, les liens durables plus difficiles. Des couples se maintiennent contre vents et marées, d’autres sombrent… Comment entretenir aujourd’hui une relation solide, de quoi la nourrir, de quels fils la tisser jour après jour ».12

Cette question très pertinente résume à elle seule toute la problématique des couples.

C’est bien entendu en résistant aux crises et aux conflits que le couple se donne sa propre identité et devient la cellule de base de la famille traditionnelle.

Mais le couple humain est de plus en plus fragile dans la mesure où justement, cette dimension traditionnelle tend à disparaître.

Un autre auteur, Irène Pennacchioni, peint le tableau avec plus de pessimisme lorsqu’elle parle de couple. Elle compare la vie de couple à une véritable guerre entre deux forces vives, deux forces engagées résolument dans une action réciproque. Elle va jusqu’à rappeler la formule des adversaires de Staline en 1927 à Moscou, pour résumer sa tactique : repérer, isoler, liquider.13

Nombreux sont les couples qui refuseront cette façon d’envisager la vie ensemble. Heureusement, il y a des couples heureux.Pour ce sexologue, la conjugalité s’apprend : il attire toutefois notre attention sur la complexité du couple.

Il est aujourd’hui un pont de bambou sur lequel on veut faire passer des poids lourds.

Carl R. Rogers, quant à lui, insiste sur la nécessité d’une ouverture pour qu’un couple résiste aux déboires quotidiens. Cet auteur conseille aux couples de progresser ensemble, de se dire tout, être soi, reconnaître et accepter l’autre.

Pour avoir une approche plus précise, Jean G. Lemaire utilise trois niveaux d’observation qui sont complémentaires :

– Le premier niveau est un point de vue psychanalytique pour évaluer les processus inconscients individuels.

– Le deuxième est un point de vue systémique et cybernétique qui prend le couple dans son ensemble structuré.

– Le troisième, enfin, met en parallèle le couple avec les autres groupes sociaux et les institutions.

André Ruffiot parle de deux finalités du couple.

1) L’une biologique : la reproduction du même, la conservation de l’espèce et l’élevage des enfants.

2) L’autre biopsychologique, pulsionnelle : la satisfaction de l’instinctd’accouplement ; de la pulsion-sexuelle dans des conditions de sécurité, de régularité et de secret14.

Ce point de vue d’A.Ruffiotest d’une importance remarquable dans ce travail, dans la mesure où il s’agit de couples d’un certain âge en institution, où la notion de secret est pratiquement inexistante.

Qu’en est-il de la sexualité ?

Dans l’expérience et la théorie psychanalytiques, sexualité ne désigne pas seulement les activités et les plaisirs qui dépendent du fonctionnement de l’appareil génital mais toute une série d’excitations et d’activités, présentes dès l’enfance, qui procurent un plaisir irréductible à l’assouvissement d’un besoin physiologique fondamental (respiration, faim, fonction d’excrétion, etc.) et qui se retrouvent à titre de composantes dans la forme dite normale de l’amour sexuel15.

Plusieurs auteurs s’expriment sur le problème de la sexualité. Théodore Tarczylo pense que la sexualité participe d’un univers double, naturel et surnaturel mais unique en son essence16

La sexualité est vraisemblablement ce qui forme le sexe, la qualité, manière d’être de ce qui est sexuel : la sexualité des plantes, des animaux.

Ce génie vaste (Aristote) avait eu des idées sur le sexualisme des plantes.