Vivre de paysage ou L'impensé de la Raison

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En définissant le paysage comme la partie d’un pays que la nature présente à un observateur, qu’avons-nous oublié ?
Car l'espace ouvert par le paysage est-il bien cette portion d’étendue qu’y découpe l’horizon? Car sommes-nous devant le paysage comme devant un spectacle? Et d’abord est-ce seulement par la vue qu’on peut y accéder – ou que signifie regarder?
En nommant le paysage montagne(s)-eau(x), la Chine, qui est la première civilisation à avoir pensé le paysage, nous sort puissamment de tels partis pris. Elle dit la corrélation du Haut et du Bas, de l’immobile et du mouvant, de ce qui a forme et de ce qui est sans forme, ou encore de ce qu’on voit et de ce qu’on entend... Dans ce champ tensionnel instauré par le paysage, le perceptif devient en même temps affectif ; et de ces formes qui sont aussi des flux se dégage une dimension d’esprit qui fait entrer en connivence.
Le paysage n’est plus affaire de vue, mais du vivre.
Une invitation à remonter dans les choix impensés de la Raison ; ainsi qu’à reconsidérer notre implication plus originaire dans le monde.
François Jullien.
Publié le : mercredi 21 mai 2014
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782072542091
Nombre de pages : 272
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Vivre de paysage ou L impensé de la Raison
par FRANÇOIS JULLIEN
Bîbîothèque des Idées
F R ANÇ Oï S J U  ï E N
V ï V R E D E P A Y S A G E
O U  ’ ï M P E N S È D E  A R A ï S O N
G A   ï M A R D
© Édîtîons Gaîmard, 2014.
à E. L.
AÉrîŝŝÉmÉ On peut s’arrêter face au paysage comme devant un « spectace »ŝÉçàçûûm – , dît Pétrarque, du haut du Ventoux : e regarder d’un « poînt de vue », en contemper ’harmonîe et a varîété, en apprécîer a composîtîon ; et peut-être y déceer, pus mînu-tîeux, queque géométrîe sous-jacente. On peut aussî scruter ’horîzon bornant cette étendue, en baayer e panorama en « observateur », décarer : « C’est beau ! », et s’en aer. Maîs un paysage peut être tout autre chose. I peut nous absorber dans e jeu încessant de ses corréatîons, actîver notre vîtaîté par ses mîses en tensîon dîverses ; comme aussî réveîer notre sentî-ment d’exîster par ce quî s’y sînguarîse. I nous donne à rêver par son oîntaîn, nous rend « son-geur ». Le perceptîf y devîent affectîf et a physîca-îté des choses, s’y rendant évasîve, se baîgne d’un îninî au-deà. La coupure entre e sensîbe et e spî-rîtue s’y défaît enin. Car î n’y a pus à un « coîn »
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Vîvre de paysage
du monde, maîs apparaït soudaîn, dans son tout, ce quî faît monde : s’y révèe ce par quoî î y a monde. De à que ce îeu dîscrètement devîent un îen ; que se noue un sentîment de connîvence avec uî et que je ne peux e quîtter. Ou, sî je e quîtte, î m’habîte encore. « Nos-tagîe » e dît-î assez ? Le paysage n’est pus aors à « regarder », à « représenter », es deux verbes quî uî sont e pus couramment accoés dans nos angues ; maîs î se branche sur du vîta. Sî donc je rîsque ce « vîvre de » dont j’aî faît tître, tîrant partî de ce « de » remontant vers un pus orîgînaîre, en deçà de a manîère ou du moyen, au poînt que a séparatîon du concret et de ’abstraît en vîent à s’y défaîre (comme on dît famî-îèrement, d’une formue quî se veut sufisante dans son bonheur : « vîvre d’amour et d’eau fraïche »), c’est pour faîre jour à cette autre possîbîîté : pour penser ce que nous appeons « paysage » non pus comme a « partîe » de pays que a nature « pré-sente » à un « observateur », seon sa déinîtîon ordî-naîre, maîs en tant querÉŝŝôûrçÉîrÉpeut îndé-inîment puîser. I est vraî que a conscîence du paysage est une chose reatîvement neuve en Europe. Ee est apparue dans a peînture de a Renaîssance, s’y est promue avec ’essor de a représentatîon, puîs s’y e est trouvée déaîssée auXX sîèce. Ee se réveîe aujourd’huî dans e soucî de ’envîronnement et de
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