Voyages N° 262

De
Robert André, La tombée de la nuit
Tage Aurell, La route de Revel
Hector Bianciotti, Wanderer
Jean Blot, Si tu viens, tu souriras
Jacques Borel, Fragments d'un voyage-écriture
Alain Bosquet, Etna 74
Daniel Boulanger, À pied, à cheval et en voiture
Michel Dard, Commentaire sur un poème de Baudelaire
Michel Déon, Les arches de Noé
Jean Duvignaud, La grande migration
Étiemble, Notes sur l'Inde (mars 1963)
Lorand Gaspar, Ahaggar
Roger Grenier, Voyages d'hiver
Michel Gresset, Kiawah
Jean Grosjean, Le chêne et le pavot
Philippe Jaccottet, Les cormorans
Juan Ramón Jimenez, Journal du poète et la mer
Roger Judrin, L'ouvrière et la reine
Alfred Kern, La découverte d'un paysage
J. M. G. Le Clézio, Watasenia
Robert Levesque, Souvenirs d'Italie
Pierre Oster, Patrie des visages
Georges Perros, Voyages sous les toits
Yves Régnier, Notes et croquis de voyage
Guy Rohou, Les pattes coupées
Henri-Jean Schubnel, La foire aux pierres précieuses
Knud Sønderby, Escaliers d'Italie
Jude Stéfan, En antipurgatoire
Sylvie Técoutoff, Atteindre la Russie
Miguel Torga, Journal (Extraits)
Michel Tournier, Cinq jours – cinquante ans ou Le voyage à Hammamet
Birgitta Trotzig, Paris
Yves Véquaud, Manjusri
Kenneth White, La grande pluie à Tigh Geal
Publié le : lundi 13 avril 2015
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EAN13 : 9782072389283
Nombre de pages : 320
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LaNouvelle RevueFrançaise
VOYAGES
PARIS 5,rueSébastien-Bottin
RobertAndré TageAurell
HectorBianciotti
JeanBlot JacquesBorel
AlainBosquet DanielBoulanger MichelDard
MichelDéon JeanDuvignaud Étiemble LorandGaspar RogerGrenier MichelGresset JeanGrosjean PhilippeJaccottet JuanRamônJimenez
RogerJudrin AlfredKern
SOMMAIRE
Latombéedelanuit LaroutedeRevel(Traduitdu suédoisparMoniqued'Ar-genlré-Rask) Wanderer(Traduitdel'espa-gnolparFrançoise-Marie Rosset) Situviens,tusouriras Fragmentsd'unvoyage-écri-ture Etna74 Apied,àchevaletenvoiture Commentairesurunpoèmede Baudelaire LesarchesdeNoé Lagrandemigration Notessurl'Inde(mars1963) Ahaggar Voyagesd'hiver Kiawah Lechêneet lepavot Lescormorans Journaldupoèteetlamer (Traduitdel'espagnolpar SylvieLégeretBernard Sesé) L'ouvrièreetlareine Ladécouverted'unpaysage
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153 165 168
LaNouvelleRevueFrançaise J.M.G.LeClézioWatasenia182 RobertLevesqueSouvenirsd'Italie192 PierreOsterPatriedesvisages202 GeorgesPerrosVoyagessouslestoits204 YvesRégnierNoteselcroquisdevoyage214 GuyRohouLespallescoupées227 Henri-JeanSchubnelLafoireauxpierresprécieuses233 KnudS0nderbyEscaliersd'Italie(Traduitdu danoisparRaymondAl-beck)248 JudeStéfanEnantipurgatoire255 Sylvie TécoutoffAlleindrelaRussie259 MiguelTorgaJournal(Traduitduportu-gaisparClaireCayron)267 MichelTournierCinqjourscinquanteans oulevoyageàHammamet276 BirgittaTrotzigParis(Traduitdusuédoispar JeanneGauffin)288 YvesVéquaudManjusri294 KennethWhiteLagrandepluieàTighGeal (Traduitdel'anglaispar Marie-ClaudeWhite)303
La
tombée
de
la
nuit
Port-Saïdn'estpasl'Égypte,maisunelanguedelimon détachéeduréseauartérielcomplexequeleNilpousse sanstrêveverslamer;figurevouéeainsiàsedéplacertou-joursenseliquéfiantsil'hommen'eûtcontenulesmaré-cagespouryétablirunefragilecitélacustrefortifiée ensuiteparl'industriedel'Europecoloniale.Ellegarde laconfigurationinsulairedesonorigine,adosséecontre unvastelacàpapyrus,creuséparlefleuvegênédansson épanchement.Devant,ilyalamerdevenuebistresousle débitalluvial.Vers l'Asie,c'estlaligneduCanaletle désert;àl'ouest,lafractured'ungouletleseauxdouces etsaléessemêlent. Vousêtesprisonnierd'unpaysageplat, auxlimites aqueusesdontlesaccidentsdépendentdesvariationsdela lumièreetdesaréflexionsurlesplansd'eau;paysagede lagunequiengendreledésirlancinantdupayssec,siproche etpourtantsipeuaccessible,l'Égypteausortirdece poumonengorgé,l'Égypte,dontlesvautourssemblent inscrirelesymbolesurleciel! Cariln'yarienàvoir,rienàfaire.L'établissement humainestartificiel,liéautransit.Toutentièresousla dépendancedel'histoire,lavilleestrestéelongtempsen margedel'histoire. J'avaiscoutumedem'enallerpourunepromenadesans butàl'heurequicorrespondaucrépusculedansnosvilles duNord,heureambiguë,morte.Quelquechoses'achève
LaNouvelleRevueFrançaise etriennecommence.Cetteimminencevide,enétéinter-minable,pénètred'anxiété.Souscettelatituderiendetel, maislapéripétieestsifortancréedanslaconscienceocci-dentalequejedevaisêtrelongtempsenproieaudésarroi denepasretrouverlamétamorphoselentesubieparles objetsetleséléments. Icilalumièreaveugle,lanuitmenace,puisfondsurle jouraveclarapiditédufaucon.Seulscertainssignes formentprésagelastagnancedel'air,lamatitédessur-faces,bienqu'enapparencel'intensitélumineusesoitaussi forte;unepâleuruniformesurlecieldontlebleudursemble subirlamorsured'undécolorant,tandisquedansles jardins,desoiseauxinvisiblessemettentàpépier,un pépiementsansgrâce,indéfinissablementtriste. Jefouleunasphaltesombre,foncédavantageparl'ab-sencedereflets,unasphaltesemblableàceluidel'Occident, commecescorpsdebâtimentocrequidéfilentdepartet d'autreavecmonotonie,desortequeladistractionlaplus légèrefaitbasculerdansl'irréalité.Jem'envaisàmain gauchedansladirectiondelamer,guidéparlerésidude sanacre,lelongdesjardinsauxoiseauxquidécorentdes cubesenbétonconçusparlesarchitectesduNord,pour rejoindreleterrainvaguequisertdelieuderassemblement auxéboueurs.Leurscharrettesvidessontgroupéesautour d'unflamboyantquel'imprégnationdesimmondicesafait mourir.Les chiensetleschatserrants,cesderniersmulti-pliésparlasuperstitionquiprotègeleurvie,yfouillent sanstrêve. Jem'arrête,indécis,gênéparlalégèreodeurdedécompo-sitionmêléeàcelledela mer,auseuilduboulevardqui bordelaville,elleregardeversl'Europe;j'observe denouveaulapâleurducielquisembleperdresalumino-sitéauprofitdelaterreetdel'eau,commes'ilsevidaitde sasubstance,puiscettelongueperspectivedontl'uni-formitéestrenforcéeparlespalmiersenalignement, leurs stipesgrisâtresétiolésparlesembrunsetlasaluresouter-raine.J'hésiteavantdefranchir cettedistancedésolée
Lalombéedelanuit
riennebougesauflafinepoudredusablecharriéparle ventquis'accumuleaubasdesimmeublesendépôts souillés.Cetteindécisionm'obligeàobserver,commepar mégarde,lestyledecesmaisonsàsous-sols,laidesparleur absencemêmedelaideur,leurpersévérantesymétrie,le revêtementaucimentjaunietcraquelé. Lalogiquevoudraitquelesoupiraild'unecaveouvrîtau rasdusol,maisilaétésurélevé,desortequelepassant setrouveauniveaud'unemultituded'orificesdontla fonctionselaissemaldeviner,leurvariétéencontraste avecl'ordonnancegéométriquedesfenêtresetdesporches. Lacuriositéestimpossibleàsatisfaire.Lessoupiraux restentobturésavecsoinàl'aidedeclaiesenpaille,detapis usés,detoilesdesacetmêmedeloques.Aussi,jemesuis longtempshâtédeparcourircettezonedécourageante, coupéeparlacathédraleenbriquerouge,lamosquée moderneetblancheédifiéepardéfisurletrottoiropposé; parquelquesruesrectilignes,identiquesaupointquema mémoireles atoujoursconfondues,impatientd'atteindre leraccordemententrelagrandejetéedel'Ouestetl'avenue duCanal,auquaiinterditpardesgrilles.Unferry-boat yfaitlanavetteentrelesdeuxrives,nonloindesbâtis béantsd'édificesàarcadesetàpassagesintérieursque l'onestentraindeconstruire. Onyvoitévolueravecfièvredeshommesàmusculature sècheetàlapeaupresquenoire,tachetéeparleséclabous-suresduplâtre,venusd'uneoasislointainelesmaçons sontrecrutéspartradition.Jerestefascinéparlesmouve-mentsd'araignéedesbras,desjambesd'échassiers,cette frénésiedegestesaumilieudessubstancespâteuseset liquidesrépandues,fouilléesàmêmelaterrebattuequi suinte,segondole,s'affaisse,mincecouchestérileprête às'effondrerdanslemaraisprimitif;aupointque lamontée desbâtimentsparaîtsubordonnéeàcetterapiditéd'in-sectesquiéchafaudent,obturent,colmatent,pétrissent, avantquemontantsetpoutrellesaienteuloisirdesedis-joindre.
LaNouvelleRevueFrançaise
Jepassetandisquel'enseignegéanteduwhiskyJohnnie Walker,surlaquellelespêcheurss'oriententtantelleest visibleloinenmer,commenceàprojeterlefluxintermittent desesampoulesmulticolores,jetraverseledamierd'une suitedecourtesrues,l'attentionengourdieparleursimi-litude,ledéfilédessoupirauxhermétiques,pourlonger lejardinpublicinterditausexemasculin,jusqu'àun carrefourleciel,deplusenpluspâleetlissetelleune surfaceponcéejusqu'àusure,setrouveenpartiemasqué parlefeuillaged'unbosquetd'arbresquiconfondson ombreaveccellede massesgrisâtresenbétoncrépi.La dispositiondesorificesestpluscomplexequesurleboule-vardduborddemer.Au-dessusdel'ordreeuropéen,dela symétriedesvitresluisantess'étendunsystèmetoujours aussisoigneusementobturé,mais qui,parlaquantitédes rejetsd'immondices,laprésenceinsistanteeténervéedes chats,laissepressentirlamétamorphosequelanuitva provoquer. Cettefois,ellem'arejoint,ilnenousrestequequelques minutes.Unbancdenuagesauxarêtesdures,d'unedensité quisemblefictive,asurgienmêmetempsqu'unegrosse lunedecarnavalégaréedansl'étherlivide.Déjà,c'estla fin,déjàtournent,commedésespérées,delourdesroussettes auxailesdefeutre;déjàuneautrevilleplantesesdécors dansuneobscuritésoudaineetconfondantequiparaît frapperd'interditlavisiondiurne.Partoutplanches,loques, paillasses,tapis,toiles,couffinss'abattent,tandisquela faiblelueurdesréverbèresàgaz,leurhalojauneressuscite maintenantlafigureincompréhensibled'unerueausiècle passé.Çàetlà,aurasdestrottoirs,courentlesflammes vacillantesdescavesouvertessurlanuit. Unepénétrantehumiditédescend,ruissellesurlapierre, imbibelesvêtements,réveillelesdouleursetlestoux.Il devientimpossibled'ignorerlessignesd'uneviedérobée ausoleil,viequel'errance,laclartélouchedugaz,del'acé-tylène,dupétrolefuligineuxtransformentenimagesdis-continuesàfugacitéderêve.Surleseuild'antresàmoisis-
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