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LaNouvelle RevueFrançaise
VOYAGES
PARIS 5,rueSébastien-Bottin
RobertAndré TageAurell
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JeanBlot JacquesBorel
AlainBosquet DanielBoulanger MichelDard
MichelDéon JeanDuvignaud Étiemble LorandGaspar RogerGrenier MichelGresset JeanGrosjean PhilippeJaccottet JuanRamônJimenez
RogerJudrin AlfredKern
SOMMAIRE
Latombéedelanuit LaroutedeRevel(Traduitdu suédoisparMoniqued'Ar-genlré-Rask) Wanderer(Traduitdel'espa-gnolparFrançoise-Marie Rosset) Situviens,tusouriras Fragmentsd'unvoyage-écri-ture Etna74 Apied,àchevaletenvoiture Commentairesurunpoèmede Baudelaire LesarchesdeNoé Lagrandemigration Notessurl'Inde(mars1963) Ahaggar Voyagesd'hiver Kiawah Lechêneet lepavot Lescormorans Journaldupoèteetlamer (Traduitdel'espagnolpar SylvieLégeretBernard Sesé) L'ouvrièreetlareine Ladécouverted'unpaysage
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24 32
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LaNouvelleRevueFrançaise J.M.G.LeClézioWatasenia182 RobertLevesqueSouvenirsd'Italie192 PierreOsterPatriedesvisages202 GeorgesPerrosVoyagessouslestoits204 YvesRégnierNoteselcroquisdevoyage214 GuyRohouLespallescoupées227 Henri-JeanSchubnelLafoireauxpierresprécieuses233 KnudS0nderbyEscaliersd'Italie(Traduitdu danoisparRaymondAl-beck)248 JudeStéfanEnantipurgatoire255 Sylvie TécoutoffAlleindrelaRussie259 MiguelTorgaJournal(Traduitduportu-gaisparClaireCayron)267 MichelTournierCinqjourscinquanteans oulevoyageàHammamet276 BirgittaTrotzigParis(Traduitdusuédoispar JeanneGauffin)288 YvesVéquaudManjusri294 KennethWhiteLagrandepluieàTighGeal (Traduitdel'anglaispar Marie-ClaudeWhite)303
La
tombée
de
la
nuit
Port-Saïdn'estpasl'Égypte,maisunelanguedelimon détachéeduréseauartérielcomplexequeleNilpousse sanstrêveverslamer;figurevouéeainsiàsedéplacertou-joursenseliquéfiantsil'hommen'eûtcontenulesmaré-cagespouryétablirunefragilecitélacustrefortifiée ensuiteparl'industriedel'Europecoloniale.Ellegarde laconfigurationinsulairedesonorigine,adosséecontre unvastelacàpapyrus,creuséparlefleuvegênédansson épanchement.Devant,ilyalamerdevenuebistresousle débitalluvial.Vers l'Asie,c'estlaligneduCanaletle désert;àl'ouest,lafractured'ungouletleseauxdouces etsaléessemêlent. Vousêtesprisonnierd'unpaysageplat, auxlimites aqueusesdontlesaccidentsdépendentdesvariationsdela lumièreetdesaréflexionsurlesplansd'eau;paysagede lagunequiengendreledésirlancinantdupayssec,siproche etpourtantsipeuaccessible,l'Égypteausortirdece poumonengorgé,l'Égypte,dontlesvautourssemblent inscrirelesymbolesurleciel! Cariln'yarienàvoir,rienàfaire.L'établissement humainestartificiel,liéautransit.Toutentièresousla dépendancedel'histoire,lavilleestrestéelongtempsen margedel'histoire. J'avaiscoutumedem'enallerpourunepromenadesans butàl'heurequicorrespondaucrépusculedansnosvilles duNord,heureambiguë,morte.Quelquechoses'achève
LaNouvelleRevueFrançaise etriennecommence.Cetteimminencevide,enétéinter-minable,pénètred'anxiété.Souscettelatituderiendetel, maislapéripétieestsifortancréedanslaconscienceocci-dentalequejedevaisêtrelongtempsenproieaudésarroi denepasretrouverlamétamorphoselentesubieparles objetsetleséléments. Icilalumièreaveugle,lanuitmenace,puisfondsurle jouraveclarapiditédufaucon.Seulscertainssignes formentprésagelastagnancedel'air,lamatitédessur-faces,bienqu'enapparencel'intensitélumineusesoitaussi forte;unepâleuruniformesurlecieldontlebleudursemble subirlamorsured'undécolorant,tandisquedansles jardins,desoiseauxinvisiblessemettentàpépier,un pépiementsansgrâce,indéfinissablementtriste. Jefouleunasphaltesombre,foncédavantageparl'ab-sencedereflets,unasphaltesemblableàceluidel'Occident, commecescorpsdebâtimentocrequidéfilentdepartet d'autreavecmonotonie,desortequeladistractionlaplus légèrefaitbasculerdansl'irréalité.Jem'envaisàmain gauchedansladirectiondelamer,guidéparlerésidude sanacre,lelongdesjardinsauxoiseauxquidécorentdes cubesenbétonconçusparlesarchitectesduNord,pour rejoindreleterrainvaguequisertdelieuderassemblement auxéboueurs.Leurscharrettesvidessontgroupéesautour d'unflamboyantquel'imprégnationdesimmondicesafait mourir.Les chiensetleschatserrants,cesderniersmulti-pliésparlasuperstitionquiprotègeleurvie,yfouillent sanstrêve. Jem'arrête,indécis,gênéparlalégèreodeurdedécompo-sitionmêléeàcelledela mer,auseuilduboulevardqui bordelaville,elleregardeversl'Europe;j'observe denouveaulapâleurducielquisembleperdresalumino-sitéauprofitdelaterreetdel'eau,commes'ilsevidaitde sasubstance,puiscettelongueperspectivedontl'uni-formitéestrenforcéeparlespalmiersenalignement, leurs stipesgrisâtresétiolésparlesembrunsetlasaluresouter-raine.J'hésiteavantdefranchir cettedistancedésolée
Lalombéedelanuit
riennebougesauflafinepoudredusablecharriéparle ventquis'accumuleaubasdesimmeublesendépôts souillés.Cetteindécisionm'obligeàobserver,commepar mégarde,lestyledecesmaisonsàsous-sols,laidesparleur absencemêmedelaideur,leurpersévérantesymétrie,le revêtementaucimentjaunietcraquelé. Lalogiquevoudraitquelesoupiraild'unecaveouvrîtau rasdusol,maisilaétésurélevé,desortequelepassant setrouveauniveaud'unemultituded'orificesdontla fonctionselaissemaldeviner,leurvariétéencontraste avecl'ordonnancegéométriquedesfenêtresetdesporches. Lacuriositéestimpossibleàsatisfaire.Lessoupiraux restentobturésavecsoinàl'aidedeclaiesenpaille,detapis usés,detoilesdesacetmêmedeloques.Aussi,jemesuis longtempshâtédeparcourircettezonedécourageante, coupéeparlacathédraleenbriquerouge,lamosquée moderneetblancheédifiéepardéfisurletrottoiropposé; parquelquesruesrectilignes,identiquesaupointquema mémoireles atoujoursconfondues,impatientd'atteindre leraccordemententrelagrandejetéedel'Ouestetl'avenue duCanal,auquaiinterditpardesgrilles.Unferry-boat yfaitlanavetteentrelesdeuxrives,nonloindesbâtis béantsd'édificesàarcadesetàpassagesintérieursque l'onestentraindeconstruire. Onyvoitévolueravecfièvredeshommesàmusculature sècheetàlapeaupresquenoire,tachetéeparleséclabous-suresduplâtre,venusd'uneoasislointainelesmaçons sontrecrutéspartradition.Jerestefascinéparlesmouve-mentsd'araignéedesbras,desjambesd'échassiers,cette frénésiedegestesaumilieudessubstancespâteuseset liquidesrépandues,fouilléesàmêmelaterrebattuequi suinte,segondole,s'affaisse,mincecouchestérileprête às'effondrerdanslemaraisprimitif;aupointque lamontée desbâtimentsparaîtsubordonnéeàcetterapiditéd'in-sectesquiéchafaudent,obturent,colmatent,pétrissent, avantquemontantsetpoutrellesaienteuloisirdesedis-joindre.
LaNouvelleRevueFrançaise
Jepassetandisquel'enseignegéanteduwhiskyJohnnie Walker,surlaquellelespêcheurss'oriententtantelleest visibleloinenmer,commenceàprojeterlefluxintermittent desesampoulesmulticolores,jetraverseledamierd'une suitedecourtesrues,l'attentionengourdieparleursimi-litude,ledéfilédessoupirauxhermétiques,pourlonger lejardinpublicinterditausexemasculin,jusqu'àun carrefourleciel,deplusenpluspâleetlissetelleune surfaceponcéejusqu'àusure,setrouveenpartiemasqué parlefeuillaged'unbosquetd'arbresquiconfondson ombreaveccellede massesgrisâtresenbétoncrépi.La dispositiondesorificesestpluscomplexequesurleboule-vardduborddemer.Au-dessusdel'ordreeuropéen,dela symétriedesvitresluisantess'étendunsystèmetoujours aussisoigneusementobturé,mais qui,parlaquantitédes rejetsd'immondices,laprésenceinsistanteeténervéedes chats,laissepressentirlamétamorphosequelanuitva provoquer. Cettefois,ellem'arejoint,ilnenousrestequequelques minutes.Unbancdenuagesauxarêtesdures,d'unedensité quisemblefictive,asurgienmêmetempsqu'unegrosse lunedecarnavalégaréedansl'étherlivide.Déjà,c'estla fin,déjàtournent,commedésespérées,delourdesroussettes auxailesdefeutre;déjàuneautrevilleplantesesdécors dansuneobscuritésoudaineetconfondantequiparaît frapperd'interditlavisiondiurne.Partoutplanches,loques, paillasses,tapis,toiles,couffinss'abattent,tandisquela faiblelueurdesréverbèresàgaz,leurhalojauneressuscite maintenantlafigureincompréhensibled'unerueausiècle passé.Çàetlà,aurasdestrottoirs,courentlesflammes vacillantesdescavesouvertessurlanuit. Unepénétrantehumiditédescend,ruissellesurlapierre, imbibelesvêtements,réveillelesdouleursetlestoux.Il devientimpossibled'ignorerlessignesd'uneviedérobée ausoleil,viequel'errance,laclartélouchedugaz,del'acé-tylène,dupétrolefuligineuxtransformentenimagesdis-continuesàfugacitéderêve.Surleseuild'antresàmoisis-
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