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Vulnérabilité des démocraties à l'âge de la mondialisation

De
108 pages

Au débat sur l’identité, qui semble devoir s’imposer aujourd’hui – qu’elle soit heureuse, angoissée ou radicale – comme le seul susceptible de déterminer nos comportements politiques et sociaux, l’auteur préférerait que s’élevât celui sur l’intelligence.

L’intelligence, elle, est toujours heureuse et le monde en a un besoin impérieux afin de déjouer les menaces qui pèsent et s’exercent, avec une grande habileté stratégique, sur lui.

La réflexion stratégique développée ici se démarque des thèses sur l’islam radical qui ont émergé avec la montée du terrorisme djihadiste et identifie les pièges géopolitiques dans lesquels nous sommes, et l’humanité avec nous, précipités inexorablement.


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Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-22784-1

 

© Edilivre, 2016

Citation

 

« Mais c’est justement cette faculté de réaliser l’impossible
qui distingue les volontés démoniaques ;
on reconnaît toujours un génie militaire
au fait qu’il se moque des règles ordinaires de la guerre
et qu’à un moment donné il substitue l’improvisation créatrice
aux méthodes courantes. »

Stefan Zweig – La prise de Bysance

 

Dédicace

 

 

Je dédie ce livre à celles et ceux,

autour et près de moi,

qui ont pu être blessés

ou affectés par les choix qui sont

pourtant ceux qui m’ont permis

de libérer cette parole.

Puisque nul n’a dit ce que je dis,

il m’incombe de le faire.

A Elena.

DC

 

Vulnérabilité des démocraties à l'âge de la mondialisation

 

 

La vulnérabilité des démocraties à l’âge de la mondialisation est le fait marquant de cette période et un de ses marqueurs réside dans l’échec, quelques jours avant le 9-11-2001, de la conférence de Durban destinée à lutter contre le racisme, la xénophobie et la discrimination raciale.

Où en sommes-nous, quinze ans après, de cet agenda destiné à faire de la mondialisation un levier vertueux ?

La xénophobie, notamment sous la forme de l’islamophobie, prospère sur l’ensemble de la planète. L’État de droit, tel que nous en avons hérité en France, est menacé. L’ambition de l’Europe est en souffrance et la mondialisation piétine. La troisième guerre mondiale, « par morceaux », comme la qualifiée le pape François, s’infiltre partout.

Le monde, celui que nous avons voulu promouvoir au nom de valeurs universelles, est en danger et nombreux sont ceux, de plus en plus, de par le monde, à revendiquer, au nom de nos souverainetés, le droit d’y renoncer.

La guerre « contre » le terrorisme à caractère djihadiste est une guerre qui devrait durer longtemps encore. Certains Cassandre l’annoncent et rien ne semble en mesure de les démentir. Le potentiel de perturbation de ces groupes terroristes est certes considérable.

Cette guerre s’apparenterait, si elle devait perdurer au gré de nouvelles décennies gâchées, à la guerre de Cent Ans, qui vit l’Europe de la Chrétienté céder, non sans avoir été le théâtre de combats sanglants, sa place à l’Europe des Nations.

Nous devrions, aujourd’hui, relire Paul Valéry. Il s’essaya, en 1931, soit quelques années à peine avant que le monde ne soit emporté dans l’effroyable seconde guerre mondiale à penser Le temps d’un monde fini [qui] commence.

Dans son essai « Regards sur le monde actuel », Paul Valéry écrit : « Désespérant de l’histoire, je me mis à songer à l’étrange condition où nous sommespresque tous, simples particuliers de bonne foi et de bonne volonté, qui nous trouvons engagés dès la naissance dans un drame politico-historique inextricable. Nul d’entre nous ne peut intégrer, reconstituer la nécessité de l’univers politique où il se trouve, au moyen de ce qu’il peut observer dans sa sphère d’expérience. Les plus instruits, les mieux placés peuvent même se dire, en évoquant ce qu’ils savent, en le comparant à ce qu’ils voient, que ce savoir ne fait qu’obscurcir le problème politique immédiat qui consiste après tout dans la détermination des rapports d’un homme avec la masse des hommes qu’il ne connaît pas.

Quelqu’un de sincère avec soi-même et qui répugne à spéculer sur des objets qui ne se raccordent pas rationnellement à sa propre expérience, à peine ouvre-t-il son journal, le voici qui pénètre dans un monde métaphysique désordonné. Ce qu’il lit, ce qu’il entend excède étrangement ce qu’il constate ou pourrait constater. S’il se résume son impression : Point de politique sans mythes, pense-t-il. »

C’est dans cet état d’esprit que j’ai abordé le phénomène historique auquel nous sommes confrontés et développé, tout au long de ces pages, les principes d’élucidation qui suivent.

 

 

D’abord, il faut reconnaître que peu de gens apprécient l’Organisation des Nations Unies. Ils ne veulent lui reconnaître que son impuissance. Pourtant, si Roosevelt n’avait pas imposé sur les fondations de la Société des Nations, la création de l’Organisation des Nations Unies, nous ferions sans doute la guerre comme l’histoire nous apprend qu’elle a été faite, depuis toujours, et Clausewitz, même à l’âge de la dissuasion nucléaire, serait indépassable.

Or, il faut se souvenir que Théodore Roosevelt a voulu imprimer, dès le sortir de la seconde guerre mondiale, à l’Organisation des Nations Unies à laquelle il rêvait, un idéal dont il avait résumé l’essence, dès 1941, par la Déclaration dite du Palais de Saint-James1 : « Après que nous aurons remporté la victoire, devrons-nous continuer à vivre dans la crainte d’une nouvelle guerre ? Ne pourrions-nous pas nous assigner un but plus élevé que la victoire militaire ? Ne serait-il pas possible de rendre la vie meilleure pour tous les pays et pour tous les peuples et détruire ainsi, une fois pour toutes, les germes de la guerre ? ».

Ce vœu ne change pas fondamentalement la nature des États-Nations ni les principes qui régissent la défense de leurs intérêts. Mais il fixe une mission, une éthique de la régulation, qui, couplée aux opinions publiques, change la manière dont la guerre est pensée car elle ne peut plus être pensée, et par conséquent, organisée et développée comme ce fut le cas antérieurement.

Longtemps, les opinions publiques, généralement, ce sont associées à ce vœu. Aujourd’hui, il est à craindre qu’elles s’en éloignent, comme si l’idéal porté par l’institution leur semblait désormais inaccessible, de l’ordre de l’utopie, et que, pour leur bien particulier, elles devaient y renoncer.

Pourtant, il y a dans cette déclaration du Palais de Saint-James une leçon qui conserve son éclat et sa puissance. Même Pearl Harbor et ses accents martiaux ne l’altèrent pas. Ni Hiroshima frappant le Japon de deux coups de massue atomique. Ni la guerre froide et ses tensions ne parviendront pas à estomper cette résolution.

Ce 12 Juin 1941, lorsque Roosevelt s’interroge sur le devoir des nations après la guerre et amorce l’après Société des Nations, la victoire contre le nazisme est pourtant encore bien loin d’être à portée. Les forces de l’Axe progressent et la tentation américaine est à l’isolationnisme. L’Amérique n’est elle-même pas entrée en guerre, même si son potentiel industriel entre dans l’effort de guerre pour procurer à l’Angleterre et à l’URSS une aide matérielle qui n’est pas décisive.

Nous sommes nous-mêmes, depuis plusieurs années, entraînés dans une guerre qui ne dit pas clairement son nom, dont il est même difficile d’identifier l’origine, la logique et le but. Certes, chacun est libre de s’en remettre à la version que ceux qui la livrent nous en disent.

Dans ce cas, les portes s’ouvrent sur le choc des civilisations. Les engrenages se mettent en mouvement pour produire un cauchemar de xénophobie et de haine à l’échelle planétaire. Il y a un désir furieux de s’y abandonner. Ce scénario est celui d’une guerre de religion. Il rencontre un écho favorable et il est propice à toutes les politiques fictions, aux désinhibitions et aux désirs inavouables.

Franklin Roosevelt ne verra pas le 24 Octobre 1945 se lever sur la création d’une institution internationale dont il avait imaginé et la hiérarchie et le mode de fonctionnement, avec un conseil de sécurité formé de quinze nations dont cinq nations disposant d’un siège permanent ainsi que du droit de veto.

C’est sa vision de l’ONU qui s’est pourtant concrétisée et cet instrument ne se limite pas à être le réceptacle de l’ambition des nations, le lieu de leur concours et de leur délibération, de leur confrontation possible, visant à neutraliser les conflits, à arbitrer les litiges, ainsi qu’à développer à travers la charte des Nations-Unis l’économie, l’éducation et la promotion des droits de l’Homme.

L’ONU porte et maintient, même aux heures les plus sombres, un projet de paix et d’humanisme. Nul ne saurait s’en affranchir formellement.

Cet idéal est inscrit, désormais, dans l’ADN de l’ONU. Il résiste aux cynismes, aux pièges, aux emballements.

Tout au long de ses 70 années d’existence, l’organisation des Nations-Unies s’est révélée être autre chose qu’une bureaucratie, un conseil d’administration ou une usine à gaz et sa réforme, sans doute nécessaire, pour assurer une meilleure représentation des États membres, est dans beaucoup d’esprits. Elle doit sans doute être redynamisée.

Mais si l’ONU change le monde. L’ONU change aussi la guerre, et les stratégies qui s’y rattachent et ceci pour la raison que nul ne peut faire abstraction, désormais, dans les visées qu’il peut avoir, des contraintes que cette institution impose.

Aucune puissance ne peut engager une riposte sans le blanc-seing du Conseil de Sécurité comme en a témoigné la guerre hasardeuse baptisée « Liberté Irakienne » engagée par les Américains pour faire chuter Saddam Hussein, en 2003.

Nous ne mesurons donc que difficilement, aujourd’hui, ce que représente l’établissement d’un tel organisme à vocation supranationale. Il établit le droit international et détermine la légitimité dans l’usage de la force et de la coercition, normalise les relations internationales et oblige les nations, même les plus réticentes, à dépasser le système westphalien.

Même si l’ONU trouve toujours ses contempteurs, sa légitimité ne paraît pas pouvoir être compromise, au moins frontalement.

Mais elle peut l’être – le génie humain ayant faculté à contourner les obstacles juridiques ou moraux formés par la communauté internationale – par d’autres biais plus sournois et furtifs.

C’est, j’en suis intimement persuadé, ce qui se déroule sous nos yeux et qui explique que le pape François ait récemment assimilé ce dont tant d’innocents sont victimes à travers le monde à « une guerre par morceaux ».

La question que cela pose s’inscrit, si je la traduis en simples mots, dans le dilemme suivant : Si je ne peux pas entrer en guerre, aujourd’hui, comme j’aurais pu le faire au siècle précédent, notamment pour cette raison que je perdrais sur le plan légal, politique et médiatique, quels biais subsistent-ils pour réaliser les objectifs que j’ai peut-être et que je considère de bon droit, sinon, pour une théocratie, de droit absolu ?

Le moyen de le faire consiste à prendre la réalité du système international à revers et de le discréditer, d’en faire un bidule inefficient et éloigné des intérêts réels aux yeux des opinions publiques ou l’instrument utopique que seuls affectionneraient les bisounours.

S’agissant de la seconde guerre d’Irak, qui selon beaucoup d’observateurs, est celle qui a enfanté Daesh, Al-Qaida lui étant préexistant, le sujet est-il d’ailleurs épuisé ? Il est incontestable que, en éliminant Saddam Hussein, les Américains ont fait le job à la place des Iraniens et permis de libérer un espace supplémentaire au croissant chiite.

Le temps viendra, pourtant, de tirer au clair les conditions dans lesquelles la seconde guerre d’Irak a été déclenchée. Aujourd’hui encore, chacun se satisfait de la thèse généralement admise selon laquelle elle résulte d’une initiative des Américains fondée sur une série de mensonges d’État, associée à une fantasmagorie sur le contrôle du pétrole.

Cette thèse, il est vrai, a plusieurs mérites.

• Celui, d’abord, de valoriser parmi les Occidentaux ceux qui ont refusé, dans de telles conditions, de mettre la charrue de l’action militaire avant les bœufs de la légalité internationale

• Deuxièmement, cela disqualifie et fait porter le poids d’une lourde culpabilité sur les Américains et les Britanniques, cette corde étant très bien exploitée, y compris par la propagande russe et iranienne

• Troisièmement, cela empêche de voir plus loin et identifie pour longtemps, au sein des populations locales, tragiquement éprouvées, l’image d’un occupant qui avait été perçu initialement comme un libérateur

Elle présente, cependant, un inconvénient majeur. Elle occulte le jeu qui a produit le mensonge, puisque nous savons qu’il s’agissait d’un mensonge, dans lequel Saddam Hussein s’est enferré.

Il ne fait guère de doute, hors la volonté aveugle des États-Unis alors d’y prêter foi, que des éléments parmi lesquels des Irakiens, notamment celui qui était identifié par le nom de code « Curveball »2, ont par différentes voies, décrit une réalité sur les Armes de Destruction Massives qui n’était pas.

Le piège était tellement béant, pratique et désiré, du point de vue doctrinal, que les Américains s’y sont engouffrés et qu’il s’est, surtout, refermé sur eux comme les portes de l’Enfer.

Objectivement, ils ont fait le travail. Mais ils l’ont fait pour l’Iran, physiquement en retrait dans les conditions qui ont donné naissance au conflit.

La question relative aux motivations de ces sources qui ont alimenté la thèse de la possession des ADM par l’Irak de Saddam Hussein mériterait un grand examen. Pure inconséquence ? Vengeances personnelles ? Ou téléguidage parfaitement orchestré ?

Tout est possible.

On ne peut pourtant pas se contenter de ce versant des choses. Car, la chronologie des événements et la manière dont ils se sont noués ne peut pas exonérer Saddam Hussein lui-même d’une grande responsabilité dans sa propre chute qui a conduit à l’écartèlement à vif de l’Irak.

Car, n’ayant pas ces ADM, comme cela a été mis en évidence, il suffisait que Saddam Hussein assurât la transparence réclamée par Hans Blix3, qui dirigeait, entre 2001 et 2003, la commission des Nations-Unies chargée des inspections, pour lever les doutes et ambiguïtés.

Il a choisi de tergiverser. Quelles sont les raisons qui ont prévalu dans la tête du dictateur pour faire ce pari insensé alors même que...