//img.uscri.be/pth/93f60e887fbfd0ac98666e02c05f2f6c6aff7106
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 11,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Genre ou liberté

De
166 pages
Cet essai met en évidence la façon dont l'acception prééminente du genre féminin permet de justifier les dominations affectant les femmes. Les stéréotypes sur l'empathie, la douceur, la maternité, l'apparence, la sexualité et la rivalité intrasexe facilitent en effet la perception des femmes comme des objets plutôt que comme des sujets et limitent de la sorte leur potentiel de révolte et d'engagement. Cet ouvrage trace également les contours d'une féminité plus compatible avec la liberté.
Voir plus Voir moins

Sophie Heine

Genre
ou
liberté

Vers une féminité repensée

Genre ou liberté

Vers une féminité repensée

Du même auteur

-Pou un îndîvîduaîsme de gauce, Parîs, Lattès, 2013.

-Euopobîc o Euocîîca? Opposîîons o e Euopean Unîon
în e Fenc and Geman Let, Saarbrücken,LAP pubïshïng,
2010.

-Ose pense à gauce: pou un éfomîsme adîca, Bruxees,
Aden,2010.

-? Les cîîues adîcaes e aemon-Une gauce cone 'Euope
dîaîses cone 'Unîon euopéenne en Fance, Bruxees, Édïtïons
de 'Unïversïté de Bruxees,2009.

Sophie Heine

Genre ou liberté

Vers une féminité repensée

PIXELS

D/2015/4910/3

ISBN : 978-2-8061-0207-2

© AcademIa L’Harmattan s.a.
Grand’Place,29
B-1348 Louvain-la-Neuve

Tousdroitsdereproduction, d’adaptation oudetraduction, par
quelque procédé que cesoit,réservéspour touspays sansl’autorisation
de l’éditeuroudesesayantsdroit.

www.editions-academia.be

INTRODUCTION

Lobjectïf de cet essaï estdoFrïr une perspectïve aternatïve aux
dïscourshégémonïques suresdïFérencesentre es sexes,touten
évïtantcertaïnsdesécueïscaractérïsanta crïtïque fémïnïste cassïque.
Son ambîtîon est de poser es jaons dun projet de îberté appîqué
auxfemmes.

Une lIberté bafouée
Le îbéraîsme contîent en germes a pupart des concepts nécessaîres
pour penser émancîpatîon des femmes. Certes, î sagît dune
doctrîne au départ construîte par es ommes et pour es ommes :
objectîf étaît de penser et de mettre en œuvre es droîts et es îbertés
dun sujet quî étaît avant tout construît sur e modèe mascuîn. De
faît, es femmes ont ongtemps été excues des ambîtîons normatîves
1
et pratîques du îbéraîsme . Ees étaîent expîcîtementappréendées
comme par nature dîstînctes des ommes, cantonnées à a spère
famîîae et excues de a spère pubîque. Cette approce dîFérencîée
de a nature et du rôe des femmes dans a socîété permettaît de es
concevoîr prîncîpaement de manîère « fonctîonnee », cest-à-dîre,

1

Cest une des tèses prîncîpaes de SusanMoerOkïn dansJusîce, Gende and
e Famîy, Basïc Books, NewYork, 1989.Sî cette dernîère se concentre surtout
sur a vîsîon fonctîonnee des femmes tee quee sexprîme dans e mîîeu
famîîa, nous éargîrons cette approce à dautres spères.

Gene ou îbeé

auservïce dautruï et, puspartïcuïèrement, de eurfamïe, de eur
marï etde eursenfants. Une approche aussï essentïaïstesopposaït
bïen entenduauprïncïpe fondamenta duïbéraïsmeseon equetous
esêtreshumaïns sontdotésdune égae dïgnïté etdoïventpouvoïr
exercer desdroïtsgarantïssanteurïberté ïndïvïduee. Magré eurs
nombreusesdïvergences, a pupartdesauteursïbérauxsaccordent
en eFet surce postuat seon eque, dans unesocïété juste, chaque
ïndïvïdudoïtconstïtuer«une în ensoï » putôtquun ïnstrument
au servïce dautruï,unsujetïbre déaboreretde mettre en œuvresa
propre conceptïon dubïen, putôtquunsïmpe adjuvantouobjet
de însquï uïsontextérïeures. Laréductïon desfemmesà des rôes
fonctïonnesdansessentïe de a pensée etde a pratïque occïdentae
constïtuaïtdoncune négatïon concrète despromesses théorïquesdu
ïbéraïsme.
Sî es droîts devant garantîr a îberté ont été mîs en avant par a
pupart des grandes doctrînes poîtîques en Occîdent, eur réaîsatîon
pratîque aîsse encore argement à désîrer. La îberté nest une réaîté
que pour une înIme mînorîté dîndîvîdus, tant es droîts quee
requîert pour être eFectîve contînuent à être bafoués dans es faîts –
et ce magré eur înscrîptîon dans es constîtutîons natîonaes et dans
2
es conventîons înternatîonaes de droîts . La majorîté des îndîvîdus
contînue aînsî à souFrîr de mutîpes freîns à eur îberté : îs ne
peuvent éaborer et mettre en œuvre eur propre conceptîon de a
« vîe bonne », encaïnés quîs sont par dîverses formes dînégaîtés
et de dîscrîmînatîons quî, dans ensembe, font deuxdes personnes
domînées.
À cet égard, es femmes sont souvent très ma otîes : non seuement
ees subîssent, pour a pupart dentre ees, es mêmes înégaîtés que
es autres îndîvîdus – sur e pan socîo-économîque et poîtîque par

2

6

Voîr par exempe aDécaaîon Unîvesee des Doîs de Hommeadoptée par
Assembée Générae desNatïonsUnïesà Parïsen 1948, ePace Inenaîona
eaîf aux doîs cîvîs e poîîuesetePace Inenaîona eaîf aux doîs
économîues, socîaux e cuuesadoptésà NewYork en 1966.

Inoducîon

exempe , maïsees souFrentaussï de désavantages suppémentaïres.
Notonsque eur sïtuatïonserapproche à cetégard de cee desïndïvïdus
ïssusde mïnorïtéscuturees, ethnïques,reïgïeusesou sexueesquï
pâtïssentde dïscrïmïnatïonsetdïnégaïtésïéesà eurappartenance
àun groupe partïcuïer. Pourmettre în à deteesïnjustïces, ï est
nécessaïre, dune part, dïdentïîeretde déconstruïre esdïscoursquï
es rendentpossïbeseteségïtïmentet, dautre part, davancerdes
aternatïves suisammentconvaïncantesetmobïïsatrïcespoures
personnesquï ontïntérêtà eur suppressïon.

L’Importance des Idées
Danscetouvrage, je me concentresuresïmpïcatïonspoures
femmesdunte ïmpératïf en décortïquantcertaïnsdesdïscoursquï
contïnuentà égïtïmeresïnjustïces subïes spécïîquementparces
dernïères. Je mïntéresseraï donc avant toutà a dïmensïon dïscursïve
etïdéee de ïnférïorïté fémïnïne putôtquàsa dïmensïon objectïve,
etce pourdeux raïsons: dune part, cette dernïère a été argement
étudïée parde nombreuxspécïaïstesde a questïon, quï ontmïsen
évïdence esïnégaïtésaFectantencore esfemmesdanse domaïne
socïo-économïque – ïnégaïtésaarïae en est une ïustratïon
frappante –, dansarépartïtïon des tâchesdomestïqueseta prïse en
charge desenfants, face aux dïFérentesformesdevïoence etdans
3
accèsaux postesde décïsïon etde pouvoïr.Sî est nécessaîre de
rappeer que es femmes ne sont toujours pas, en pratîque, es égaes
des ommes, cea nauraît que peu dîntérêt de refaîre une énîème
descrîptîon de ce sombre tabeau. Dautre part, une perspectîve
centrée sur ces données purement objectîves ne permet pas déucîder
es raîsons dune tee stagnatîon. Car on ne peut comprendre e

3

Sandrînne Daupîn etRéjaneSénac,Femmes-Hommes : Pense égaîé, Parîs, La
Documentatîon françaîse, 2012;« Vers égaîté réee entre es femmes et es
ommes : CîFres cé », édîtîon 2014, voîr ttp://femmes.gouv.fr/pubîcatîons/
egaîte-entre-es-femmes-et-es-ommes/vers-egaîte-reee-entre-es-femmes-et-
es-ommes-cîFres-ces-edîtîon-2014/.

7

Gene ou îbeé

maïntïen de cesdésavantages sansprendre en compte a dïmensïon
dïscursïve ayantpermïsde esjustïîer. Lescïchésdomïnants sura
« nature fémïnïne » constïtuentà cetégardun obstace décïsïf à a
ïbératïon desfemmes.

Stéréotypes et domInatIon
LesdïFérents stéréotypesdéconstruïtsdanscetouvragerenforcent
erôe « fonctïonne » - dobjetetnon desujet- quoccupentencore
esfemmes. De asorte, ïsesïnférïorïsentde mutïpesfaçonseteur
montrentavoïe àsuïvre pour resterdansa norme : cest-à-dïre, ne
pas séeverau-dessusde eur rôe dobjet, au servïce dautruï etde
însdéînïesoumïsesen œuvre pardautres.Ces normes – souvent
peu conscîentes maîs remarquabement întégrées par une majorîté
dîndîvîdus –, fonctîonnent comme des outîs de domînatîon
extrêmementpuîssants.Un être humaïn quïse conçoïtavant tout
comme au servïce dobjectïfsoude besoïnsdétermïnéspardautres
est, de faït,trèsfacïe à domïner.
Précïsonsbrïèvementa déînïtïon de a domïnatïon adoptée
danscetessaï etque nousdéveopperonsdavantage danse premïer
chapïtre : ïya domïnatïon quandun ïndïvïduou un groupe possède
4
une capacïté dïnterférence arbïtraïre dansavïe dautruï . Isuit
quunetee capacïté exïste pourquon puïsse parerde domïnatïon.
En ce sens, a pupart des femmes sont structureement domînées.
Toutefoïs, a domïnatïon nestpas seuemente faïtdun ïndïvïduou
dun groupe dïndïvïdus surdautres, ee peutaussï êtrestructuree
5
etïmpersI neonnee . sagïtdonc nuementde prétendre que
touseshommesdomïnentesfemmesmaïs sïmpementdairmer
que esfemmes, paresmutïpesdésavantagesquï esaFectent,sont
pusfacïementdomïnéesdansasocïété – dansasphère prïvée,
professïonnee, poïtïque oudansasocïété cïvïe.

4

5

Phïïp Pettït,Répubîcanîsme : une éoîe de a îbeé e du gouvenemen,Parïs,
Gaïmard, 1997, pp.22-23.
Sur ce poînt, je méoîgne de a conceptîon néo-répubîcaîne de Pîîp Pettît.

Inoducîon

Lobjectïf utïme dunesocïété juste devraïtêtre, aucontraïre, de
garantïreFectïvïté de a ïberté ïndïvïduee. Le premïerchapïtre
déînïra dabord brïèvementce prïncïpe, conçuïcï comme a cé de
voûte nécessaïre àtoutprojetprogressïste. On approchera cette
notïon dune façonsïmutanémentouverte etexïgeante, pourensuïte
en exposeresïmpïcatïonspouresfemmes.Cetobjectîfrequîertde
dépasserescontroversesentre « dîFérentîaîstesessentîaîstes», dun
côté, et« constructîvîstes» de autre.Rappeonsque espremïers
consïdèrentquï exïste desdïFérencesnatureesentre es sexesdans
espréférencesetescomportements,tandïsque es secondspostuent
e caractèresocïaementconstruïtdeteesdïFérences. Redéînïre
« fémïnïn » aîn de erendre puscompatïbe avec objectïf de ïberté
suppose derépudïere dogmatïsme ïmbïbantcesdeuxposïtïons
antagonïques. Tantessentïaïsme dïFérentïaïsteredevenuà a mode
que aréponse « constructïvïste » que uï opposentde nombreuses
fémïnïstes sontaujourdhuï argementïndémontrabes. Lespostures
péremptoïresdevraïentdèsorsaïssera pace àun posïtïonnement
pushumbe etpusprudent sura questïon ducontenuexactdes
dïFérencescognïtïvesetcomportementaesentre es sexes.

Une perceptIon fonctIonnelle
À cette In, îsagîtdabord de dénonceres stéréotypesquî
contînuentàréduîre esfemmesau statutdobjetspourensuîte poser
esjaonsde conceptîonsaternatîves.
Lappréensîon gobaementfonctîonnee desfemmes se marque
toutdabord danse fameuxcîcésureur supposée empatîe
naturee quîsera examîné danse deuxîème capître. Cette croyance,
sansdoute a pusancîenne eta pus répandue descîcésexposés
danscetouvrage, estaujourduîredevenue partîcuîèrementà
a mode. Poussée à extrême, cette attente pousse esfemmesà
déInîreurspropresInsen fonctîon de ceesdautrespersonnes, e
pus souventdesproces. Eesoppose donc à ce queespuîssent
déveopperpeînementeursaspîratîonsde façon autonome. Le

Gene ou îbeé

troïsïème chapïtrese pencherasurune des varïantesdu stéréotype
de empathïe fémïnïne, àsavoïr,son appïcatïon à a maternïté. On
examïnera a façon dont espréjugésdansce domaïne ïncïtentes
femmes, quand eesdevïennentmères, à oubïer une partïe
deesmêmespour se mettre au servïce dubïen-être de eursenfants. On
verra que cesattentespeuvent sopposerà euraspïratïon àse déînïr
de façon autonome etêtreutïïséespourconsoïdereurïnférïorïté
pusarge.
La perceptïon fonctïonnee desfemmesa aussï desconséquences
sureurapproche de apparence. Danse quatrïème chapïtre, on
abordera a façon dontesfemmes sont réïîéesparesnormes
régïssanteur rapportà a beauté.Cees-cî es enferment dans des
attentes étouFantes, înatteîgnabes et însécurîsantes.Toujours
déînïespar unregard extérïeur, eesïmïtentesfemmesdanseur
ïberté etaccroïssenteur vunérabïïté face aux ïnjustïcesquees
rencontrent. Danse chapïtre cïnq, on exporera a façon dont a
sexuaïté fémïnïne contïnue encore à être fortement caquéesur un
modèe fonctïonne. Lesfemmescontïnuenten eFetàse percevoïret
à êtresaïsïesavant toutcomme desobjetsde désïrputôtque comme
des sujetsdésïrants. Unetee dïsposïtïon desprïtesdésavantage dans
es rapportsdeséductïon etamoureux et es rend argement toérantes
à égard desïnstrumentaïsatïonsetdomïnatïonsdansce domaïne.
Lasaïsïe fonctïonnee desfemmes serelète, enîn, dansestéréotype
sura douceurfémïnïne abordé danse chapïtresïx. Le postuatdune
nature fémïnïne douce etpacïîque constïtueun freïn addïtïonne à
accèsdesfemmesaux postesde pouvoïretde décïsïon etcontrïbue
aussï à justïîeresoppressïonsquees subïssent.
Cet essaî sacève par un capître sur e prîncîpe de rîvaîté et
sur son rôe de renforcement des stéréotypes précédemment étudîés.
De manîère générae, a déInîtîon domînante de a fémînîté aFaîbît
es femmes dans es sîtuatîons de compétîtîon, tant ee contînue à
être perçue comme contraîre à esprît de concurrence, aînsî quà a
capacîté au conlît, à agressîvîté maïtrîsée et à égosme requîs par ce
dernîer.Toutefoïs, ïntégratïon desnormesde fémïnïté domïnantes

0

Inoducîon

aïmente chez esfemmes une autre forme derïvaïté beaucoup moïns
productïve : ee esencourage àse comparerà eurspaïresetàutïïser
pource faïre es stéréotypesenvïgueur sura fémïnïté. Lesfemmes
sontdonc e pus souventjugées surbase destandardsexternesquees
nontque margïnaementcontrïbuésà déînïr, quï es réïîentetes
ïmïtentdanseurcapacïté à éaborerïbrementeurspropresînset
conceptïonsde exïstence.Sî es crîtères de comparaîson utîîsés dans
e cadre de a rîvaîté entre femmes tendent à justîIer eur înférîorîté,
cees quî sy conforment e mîeuxsont dès ors susceptîbes,
paradoxaement, de se retrouver fragîîsées face à a domînatîon.
Outre une anayse de eur fonctîonnement généra et esquîsse
daternatîves, on montrera aussî comment ces dîvers stéréotypes
sur e fémînîn facîîtent étabîssement et e maîntîen de sîtuatîons
de domînatîon extrêmes tees que a matraîtance psycoogîque ou
pysîque. La partîe concusîve de cet ouvrage résumera essentîe des
propos avancés et tracera es înéaments dune fémînîté renouveée,
pus compatîbe avec e prîncîpe de îberté.

****



1. La liberté

Posonsà présentesgrandesïgnesde ïdéa de ïberté à aune
duque nousformueronsensuïte nosproposcrïtïques surescïchés
aujourdhuï envïgueur sure fémïnïn.

Un Idéal progressIste
Une grande partïe de a pensée progressïste a déaïssé cesdernïères
décennïese prïncïpe de ïberté,supposantquï auraïtété entaché
pardes récupératïonsconservatrïces.Sî est vraî que de nombreux
penseurs et mîîtants conservateurs ont prétendu se faîre es cantres
de a îberté totae, îs ont, ce faîsant, dévoyé ce be îdéa. En renîant
eurs racînes îbéraes – au sens poîtîque et pîosopîque du terme –,
es courants progressîstes se sont quant à euxprîvés dun prîncîpe
extraordînaîrementmobîîsateur. Jaî paîdé dans dautres ouvrages
pour une redécouverte et une refondatîon du prîncîpe de îberté quî
soîent tout à a foîs crédîbes, convaîncantes et susceptîbes de ravîver
1
envîe de sengager . En eFet, sans une mobîîsatîon des domînés – quî
constîtuent a majorîté de a popuatîon –, ’espoîr de faîre recuer es

1

Voîr à ce sujet : Sopîe Heîne,Ose pense à gauce. Pou un éfomîsme adîca,
Bruxees, Aden,2010, et Sopîe Heîne,Pou un îndîvîduaîsme de gauce, Parîs,
Lattès, 2013.

3

Gene ou îbeé

ïnjustïcesne peutques’abmerdanses rêvesetesprofessïonsde foïsï
2
typïquesdespenséesïdéaïstes.
Unesocïété juste devraïtgarantïra ïberté à ’ensembe desïndïvïdus
quï a composent. La ïberté en cesensn’estnï mïnce nï abstraïte. Au
contraïre, paresmutïpescondïtïonsqu’eesuppose, ee ne peutqu’être
émïnemmentconcrète. Pourdevenïrïbres, esïndïvïdusdoïvent tout
d’abord être débarrassésdesnombreuseschanesquï aujourd’huï es
brïdent, es réfrènentetesopprïment: ïnégaïtés socïo-économïques
– chômage, précarïté –, ïmpuïssance poïtïque – en grande partïe due à
une perte desouveraïneté natïonae quï n’a pasété compensée par une
souveraïneté européenne –, dïscrïmïnatïonsdécouantde areïgïon,
d’appartenancesethno-cuturees, du sexe ou encore de ’orïentatïon
sexuee.Ces dîFérentes formes d’înjustîces conduîsent toutes à îmîter a
îberté des îndîvîdus quî es subîssent. Par conséquent, a îberté requîert
d’abord un revenu et un empoî décents aînsî que ’accès à des servîces
pubîcs de quaîté. Ee suppose, en d’autres termes, une appîcatîon peîne
et entîère des droîts économîques et socîauxconsacrés par a pupart
des constîtutîons et des décaratîons de droîts.Autrementdït, opéreret
mettre en œuvre deschoïx de vïe de façon reatïvement ïbresnécessïte
unesïtuatïon matérïee aumoïnsdécente. Maïs rendre a ïbertéréee
comporte aussï desïmpïcatïonsdetype proprementpoïtïque : ee doït
égaement setraduïre par une partïcïpatïon descïtoyensaux décïsïons
coectïvesquï esaFectentdïrectement. Un grand nombre d’aspïratïons
ïndïvïdueespassenten eFetforcémentpardeschangementscoectïfs
queseue a poïtïque està même de faïre advenïr. Autrementdït,une
souveraïneté démocratïque eFectïve, aunïveaue puseicace pour
mettre en œuvre despoïtïquesconformesaux ïntérêtsdescïtoyens,
3
constïtueune autre précondïtïon de a ïberté .EnIn, a îberté suppose a

2

3



Sopîe Heîne, “Socîa cange în Progressîve Poîtîca hougt :Anaysïsand
Proposïtïons”,Jouna of Poîîca Ideoogîes,Voume 17 (îssue 3), October 2012.
Étantdonné e nïveaupoussé de ïntégratïon économïque aunïveaueuropéen, cest
à ce dernïerquïsemberaïte pus réaïste deréhabïïterasouveraïneté poïtïque et
économïque :voïre deuxïème chapïtre dePou un îndîvîduaîsme de gauce,op. cî.

La îbeé

suppressïon detoutesesformesde dïscrïmïnatïonsquï, enréduïsantes
ïndïvïdusà eursappartenancesoucaractérïstïquescuturees,reïgïeuses
ou sexuees, esempêchentde déînïreurconceptïon dubïen de a façon
a pusautonome possïbe.

La in des domInatIons
La ïberté nécessïte doncun étatde « non-domïnatïon ». Être
domïné cestêtresoumïsà avoonté potentïeementcaprïcïeuse
ouaujugementpotentïeementïdïosyncratïque dun autre, même
sï agentdomïnant– ïndïvïdue oucoectïf –sabstïentdexercer
4
eFectïvement cette domïnatïon . La non-domïnatïon, au contraïre,
est une condïtïon envertude aqueeune personne estïmmunïsée
5
contre esïnterférencesde nature arbïtraïre . Autrementdït,un acteur
en domïneun autre quand ï dïspose dune capacïté dïnterférence :
cee-cï consïste enune détérïoratïon de asïtuatïon dun autre acteur
etenun acte pusoumoïnsïntentïonne. Lïnterférence en questïon
peutdésïgner une coercïtïonsure corpsou suravoonté ouencore
6
de a manïpuatïon .Ee ne doîtpasforcémentêtre moraement
répréensîbe pourêtre probématîque. Cette înterférence doît, en
outre,se faîresur une base arbîtraîre : acte dépend de aseuevoonté
de agentdomînantetestengagésanségard pouresîntérêtsetes
opînîonsde ceuxquî aFecte.
Parconséquent, însîster sur a non-domînatîon exîge notamment
de faîre en sorte que e pouvoîr poîtîque fonctîonne de façon
non arbîtraîre. Cea ne veut pas dîre que ce dernîer ne peut être
înterventîonnîste, tant que ses înterférences sont dénuées darbîtraîre
et ont pour objectîf a satîsfactîon des préférences et întérêts de ceuxà
quî îs sappîquent. La oî et actîon étatîque en généra ne représentent
7
donc pas nécessaîrement des formes de domînatîon .Un pouvoïr

4
5
6
7

Pettït,op. cî., pp.22-23.
Ibîd., p. 10.
Ibîd., p.78.
Ibîd., pp. 89-94.

