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Jésus, un regard d'amour

De
300 pages

" Après bientôt cinquante années de sacerdoce, on me demande souvent comment j'ai fait pour tenir, face à la violence des situations auxquelles j'ai été confrontées, à la misère, aux destins douloureux de tous ces jeunes perdus qui sont venus vers moi... Je réponds toujours que c'est le Christ qui m'a porté, que c'est à lui que j'ai confié mes difficultés : il ne m'a jamais laissé tomber. Mais alors on m'interroge de nouveau : qui est " mon " Jésus-Christ ? à la fois autant homme que fils de Dieu, il n'est pas une légende, ni un personnage de récit, ni seulement une figure historique : non, Jésus, pour moi, est d'abord un être dont je ressens à chaque instant la présence à mes côtés, un être à qui je m'adresse sans répit, un être que j'aime et à qui j'ai consacré toute ma vie. Dans ce livre, je veux parler du Christ, dire à la fois qui il a été et qui il est. Raconter sa pauvreté extérieure comme sa richesse intérieure ; son pouvoir d'attraction sur les foules mais aussi les sentiments de haine et de calomnie que sa bonté a pu susciter chez ses ennemis ; sa franchise, son refus de l'hypocrisie ; son humilité, lui qui mangeait avec les pécheurs, qui avait pris la dernière place ; sa manière de considérer l'homme toujours au-dessus des lois et des clivages politiques ; ses béatitudes qui ont placé les exclus, les naufragés de la vie au centre de son attention ; son respect de la nature qui en fit le plus grand des écologistes ; la force de son éloquence, de ses paraboles ; son talent de guérisseur qui soignait d'abord le coeur des êtres ; la puissance de sa miséricorde, lui qui pardonnait leurs faiblesses à ceux qui l'entouraient. Je veux aussi parler de ce regard qu'il avait pour tous les hommes, ce regard qui ne m'a jamais quitté, pas un instant, et qui me fait encore aujourd'hui fondre d'amour. " Guy Gilbert


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couverture

DU MÊME AUTEUR

AUX ÉDITIONS PHILIPPE REY

L’Évangile selon saint Loubard (repris chez Points)

L’Évangile, une parole invincible (repris chez Points)

Rallumez le feu ! (repris au Livre de Poche)

Et si on parlait de tes mômes ?

Réussis ta vie !

Mes plus belles prières

Ose l’amour !

Face à la souffrance

Lutte et aime, là où tu es ! (repris chez Points)

La magie des animaux

Apprends à pardonner

Cœur de prêtre, cœur de feu (repris chez Points)

La vieillesse, un émerveillement

Petit guide de prière

Éveilleur d’espérance

Le couple

Occupe-toi des autres !

Vagabond de la bonne nouvelle (repris chez Points)

Le Bonheur

Nos fragilités

AUX ÉDITIONS STOCK (REPRIS AU LIVRE DE POCHE)

Un prêtre chez les loubards

La rue est mon église

Des jeunes y entrent, des fauves en sortent

L’Espérance aux mains nues

Aventurier de l’Amour

Avec mon aube et mes santiags

Les petits pas de l’Amour

Jusqu’au bout !

Dieu mon premier Amour

Des loups dans la Bergerie

Dealer d’Amour

Passeurs de l’impossible

Ma religion, c’est l’Amour

Kamikaze de l’espérance

Et si je me confessais

AUX ÉDITIONS SALVATOR (REPRIS CHEZ J’AI LU)

Cris de jeunes

AUX ÉDITIONS DES BÉATITUDES

Chemin de croix

Le plus bel album de famille : le rosaire

Les mystères lumineux du rosaire

AUX ÉDITIONS DU LIVRE OUVERT

La violence… un appel ?

Lutte, prie et aime

AUX ÉDITIONS COCCINELLE (BANDES DESSINÉES)

Aimer à tout casser

Des loups à Faucon

Introduction

Entrer dans l’humanité du Christ

Depuis deux mille ans, Jésus ne cesse de nous galvaniser.

On n’a jamais revu un mec comme ça ! Lui, le fils d’un modeste charpentier de Nazareth, devenu un orateur qui fascinait les foules ; un faiseur de miracles qui guérissait les malades et ressuscitait les morts ; un penseur original n’appartenant à aucun parti, aucun groupe ; une personne qui se proclamait fils de Dieu et qui a offert aux hommes les plus beaux discours d’amour et de fraternité de leur histoire ; le Messie, qui a accepté de mourir dans les pires souffrances pour sauver l’humanité avant de ressusciter lui-même au bout de trois jours…

Cette vie qui a bouleversé l’histoire nous est racontée dans quatre textes, assez courts : les évangiles. Les historiens, théologiens, savants de tout poil se disputent depuis des siècles à leur sujet : qu’est-ce qui est vrai ? Peut-on considérer ces récits comme fiables historiquement ou comme des légendes ?

Pour nous, les croyants, ces textes contiennent toute notre foi, ils ont été inspirés par l’Esprit-Saint. Jésus non seulement a réellement existé, mais il a parlé et vécu comme il est écrit dans les évangiles. Il a été un être de chair et de sang, un véritable homme, tout en étant fils de Dieu. Et aujourd’hui son Esprit est avec nous, il est là, il ne nous a jamais abandonnés.

Pour ma part, depuis que je l’ai rencontré, depuis que j’ai décidé de lui consacrer ma vie en devenant prêtre de son Église, Jésus ne m’a pas abandonné, il a toujours été à mes côtés, dans les moments faciles comme dans les épreuves d’une difficulté inouïe auxquelles j’ai dû faire face. Sans cette présence de tous les instants, je n’aurais jamais tenu dans mon sacerdoce de près d’un demi-siècle, où les violences, les morts, les vies naufragées ont été mon quotidien.

C’est ce Jésus que j’aimerais te faire découvrir, à toi, lecteur, à toi, homme ou femme, qui cherches la vérité, à toi qui te demandes à quoi on adhère exactement lorsqu’on croit au Christ et à la puissance de sa parole.

Entrer dans son humanité

La clef de la vie avec Jésus est en lui : pour la comprendre, il nous faut entrer dans son humanité, la partager. Chrétiens, nous biffons souvent l’humanité du Christ. Sa divinité ? OK, on y croit. Mais son humanité nous dépasse. Elle est proclamée pourtant à chaque lecture des évangiles.

Le jour où l’on saisit qu’il a été un humain, un vrai, alors quelque chose change en nous définitivement. Si tu le crois, tu peux le rencontrer plus intimement que tous les êtres que tu côtoies.

Si tu en es convaincu, alors « il est là », comme le meilleur des amis, il est plus grand et plus aimant que tous les amants du monde. Le meilleur de nos amis, dont on ne peut se passer.

Le silence du Christ

Un loubard me posait un jour, avec ses mots, cette question superbe et éminemment théologique : « Pourquoi Jésus a fermé sa gueule trente ans et n’a parlé que trois ans ? »

En effet, l’évangile selon saint Luc nous rapporte : « Jésus, à ses débuts, avait environ trente ans. » Qu’a-t-il fait auparavant ? A-t-il travaillé avec son père, Joseph ? Étudié à la synagogue ? Prié et médité à l’écart de toute activité ? Ces questions restent une énigme pour nous, mais quoi qu’il ait accompli durant ces années, je pense que le Christ s’est sacrément préparé aux trois années qui vont chambouler l’histoire de l’humanité, et notre destin à tous. Surtout en se taisant pour mieux écouter les autres, c’est comme ça qu’il a appris à les connaître. Son extraordinaire discernement et ses jugements d’une justesse imparable venaient de cette écoute-là.

Il écoutait également les petits comme les grands, sans exclusive. Il écoutait les cœurs meurtris en priorité.

Combien le monde a aujourd’hui besoin d’êtres attentifs aux autres ! On ne s’écoute pas, on ne le fera jamais assez.

Trouver sur sa route un homme ou une femme qui écoute vraiment, les yeux dans les yeux, qui sait se taire pour pleinement être à l’autre, est un enchantement. C’est si rare ! Mais quand cela arrive, alors c’est un cadeau du ciel.

Mes jeunes loubards me poussent depuis tant d’années à l’écoute. Des milliers de fois les entendre m’interpeller : « Guy, faut que j’te parle », « Guy, écoute-moi », me mène au-delà de moi-même. Parfois crevé, cassé, je pense au Christ qui savait si bien tout laisser pour écouter chacun. Il allait simplement plus vite que nous puisqu’il lisait le fond des cœurs.

Le curé d’Ars qui passait quinze heures par jour dans son confessionnal avait aussi ce don. Quand un pénitent avait vidé ses poubelles devant lui, il lui déclarait « Hé mec ! t’es pas honnête. T’as oublié le morceau le plus putride de ton fumier. » Et le pénitent abasourdi fondait en larmes.

Ce saint curé participait extraordinairement à l’œuvre d’écoute du Christ. Il écoutait avec les oreilles de Dieu afin de pouvoir s’adresser aux autres par Sa parole. Ce qui faisait fondre ses pénitents.

Apprendre à écouter notre frère, c’est donc faire pour lui ce que le Christ a fait pour nous. Si nous ne pouvons écouter notre frère nous ne pouvons écouter Dieu lui-même.

Je ne me couche jamais sans avoir demandé pardon pour mon manque d’écoute. Parce que je sais que c’est la vertu principale à bûcher. Et tous les jours.

Jésus est un regard

Ah ! ce regard du Christ… Avait-il les yeux bleus, verts, noirs, ou gris ? Au fond, la couleur de ses yeux, je m’en tape comme de celles que je vois tous les jours dans les visages rencontrés. Ce qui m’impressionne, c’est la luminosité, la profondeur, la qualité intérieure dégagées par l’œil humain que je croise. Ou alors le vide intense qui fait que les plus beaux yeux du monde ne sont parfois que glaçons, admirables certes, mais morts, sans vie car tournés vers eux-mêmes.

Je fonds toujours quand l’Évangile indique : « Il le (ou la) regardait. »

Le regard de Jésus était un regard d’amour. Personne ne résiste à une telle magie. Dans la foule d’aujourd’hui, il y a ces regards-là : ils sont rares. Mais quand on est saisi par la rencontre d’un regard qui aime, alors on ne l’oublie jamais. C’est un rayon laser qui perce, réchauffe et rend toujours meilleur. Le Christ se révélait ainsi tout de suite, dans l’immédiat de la rencontre. Son âme ouverte, limpide et pure, fascinait. Parce qu’il gardait tous ses sens ouverts sur la vie, les personnes et les choses.

Son merveilleux regard allait indifféremment du riche au pauvre, du policier au loubard, du chef d’État à la servante.

Il savait la qualité de la personne d’en face. Il en savait la noblesse ou l’origine pauvre. Mais il devait s’adresser indistinctement à toute personne, dans ce qu’elle avait de plus profond et de meilleur.

Il savait distinguer immédiatement la part de cristal d’un vivant. Pour lui, toute personne était un être de lumière. Son dernier regard au bandit sur la croix en est la preuve ultime. Ce dernier regard m’a toujours fasciné. Même Hitler, Staline ou Ben Laden y ont peut-être eu droit plusieurs siècles après, on n’en sait rien. Judas aussi a été irradié par ce regard. C’est le mystère de la rencontre manquée.

Quelques pièces d’argent étaient pour Judas le seul trésor qui le faisait vivre. Il en est mort. Qu’est-ce qui nous fait vivre aujourd’hui ? Nos biens, nos certitudes, notre confort, notre fric sont-ils, comme pour Judas, le tout du tout de nos vies ?

Un écolo à fond la caisse

Le Christ a un regard concret aussi sur les bestioles, la nature. Il dit les choses les plus extraordinaires et les plus belles en racontant des histoires simples, touchantes. De la fleur, de la coccinelle à l’éléphant, le Christ admire, décrit et renvoie ainsi toute personne à la contemplation de la beauté de la création. Au fond, c’est la plus belle prière.

Il révèle ainsi des mystères très hauts à travers des paroles si humaines, si proches qu’elles fascinent les foules.

On reproche à l’Église d’être loin de la nature et de parler rarement des animaux. Et on a raison. À elle de relire l’Évangile.

C’est au ras des pâquerettes que le Christ se situe par rapport à la nature. Il s’émerveille de tout ce que son Père a créé. Il le dit, et le chante avec allégresse.

Il se pâme devant le lys des champs qu’il magnifie. La vigne, il aime – normal, il changera l’eau en grand cru saint-émilion ! Les arbres vivants et morts ne sont pas non plus oubliés.

L’eau, il l’aime. Dans son pays, ce sont des lacs, essentiels à la vie. Il sent l’odeur des étendues aquatiques, leur souffle. Et il s’amuse à mettre à l’épreuve ses disciples qui, lors d’une tempête, croient leur dernière heure arrivée. Il appelle Pierre, son pote et successeur : « Allez, viens, n’aie pas peur. Marche comme moi sur l’eau. » Pierre hésite, et se lance. Un pas, deux pas… et puis le doute arrive : « Merde, je m’enfonce. »

Le Christ doit bien se marrer quand il lui prend la main en lui disant : « Tu m’as vu faire mille miracles. Et puis tu doutes. Et en prime tu vas me succéder ! » Le reste, j’ose l’imaginer… Comme le Christ sait tout, il ne peut pas ajouter : « Avec toi, l’Église est mal barrée. » Parce qu’il sait qu’il restera avec nous dans la barque, et jusqu’au bout, par temps splendide et au milieu des pires tempêtes. Et qu’à travers les siècles, il nous verra marcher deux pas dans l’eau et nous enfoncer au troisième… comme Pierre.

Il cite les oiseaux souvent et même les cochons. Nos amis musulmans doivent se réjouir de savoir que, rencontrant un homme possédé par de multiples démons, le Seigneur les a expédiés vite fait bien fait dans des corps de porcs, qui ont fini leur existence terrestre dans la flotte.

Jésus, superamoureux des pauvres

Mais sa merveille, c’est d’avoir voulu faire l’Église avec des pauvres, surtout pas avec des supermen.

Pierre et les apôtres en ont été la preuve vivante. Qui Jésus a-t-il choisi pour l’entourer ? Pas des princes, ni des hommes politiques, milliardaires, intellectuels, non, rien de tout ça. Il est allé choisir de pauvres pécheurs, sans argent ni instruction, les mecs les plus simples, avec plein de défauts, vraiment pas des saints. Le Christ a voulu par là construire son Église sur des gens ordinaires, pour montrer qu’elle appartient à tous, sans exclusive.

Deux mille ans après, nous sommes encore, ou nous devrions être encore en tout cas, les représentants d’une Église de pauvres. Les premières déclarations du pape François vont dans cette direction, le choix de son prénom en référence au pauvre d’Assise est très lourd de sens : notre Église, celle qui nous vient tout droit de Jésus, n’a de sens que si elle garde à l’esprit sa phrase : « Ce que vous avez fait au plus petit d’entre vous, c’est à moi que vous l’avez fait. » En bien comme en mal.

Sachons aussi nous reconnaître comme faibles et pauvres à notre façon. Ayons cette humilité-là, c’est elle qui paradoxalement nous rendra forts.

Quand il accommode nos restes

J’aime aussi ce signe de pauvreté du Christ dans l’art d’accommoder les restes… Au cours d’un rassemblement sur la montagne, il livre l’un de ses plus beaux sermons, et sans micro ! Quelle voix il devait avoir pour parler en pleine nature, à des milliers de personnes !

« Ils n’ont rien à manger », lui disent ses disciples. Pas de MacDo en vue. Ni de Turc ou d’Arabe, avec ses sandwichs, qui pourrait sentir de loin la foule avant de foncer la nourrir et l’abreuver.

Le Christ demande ce qu’il y a dans les cabas : « Cinq pains et deux poissons », lui répond-on. « Donnez-les-moi et distribuez-les », ordonne-t-il.

Et tout se multiplie, au point qu’après avoir rassasié les milliers de personnes, il en restait toujours. Elle est pleine d’humour, cette magnifique journée. Aux paroles superbes qu’il a prononcées et qui, pour toujours, élèveront les générations, le Christ a joint le geste délicieux de penser aux estomacs vides. Sinon la foule aurait perdu la saveur des mots : « ventre affamé n’a pas d’oreilles »… Quelle aurait été la profondeur des Béatitudes sans l’abondance des poissons et des pains ? N’oublions pas qu’après le miracle, il a demandé ce qui restait dans les cabas de la foule affamée. Geste à méditer sans fin : pas de gaspillage.

Si le Christ revenait pour participer aux JMJ, ces fabuleux rassemblements de jeunes, il dirait à coup sûr : « Qu’il ne reste sur l’immense terrain aucune nourriture, aucun papier. » J’entends encore les paroles de ceux qui ramassaient, après le passage des deux millions de jeunes lors des JMJ de Rome, des dizaines de tonnes de nourriture : « Prier, c’est OK ! Mais laisser toute cette nourriture est scandaleux ! » C’est aux responsables d’interpeller les jeunes gorgés de tout. Quand le pape François a déclaré en juillet dernier : « La nourriture jetée est comme volée à la table du pauvre ! », cela vaut toutes les homélies sur le partage !

Avec ce qu’il nous reste, Jésus fait des miracles prodigieux. Il se sert de nos dons, les plus petits, pour en faire des merveilles, si nous les bûchons.

Le Christ n’a que faire des titres que nous lui présentons, de la réussite sociale dont nous nous félicitons, de la richesse que nous possédons. Il ne nous demande pas de lui apporter des barques remplies à ras bord de poissons, ou de lui offrir des boulangeries entières de pain frais.

Il nous demande inlassablement de lui présenter notre pauvreté, l’humilité qui nous habite, la fraternité qui nous hante, le partage qui nous façonne.

Retrouver les traces du Christ aux pieds nus

Avec ce miracle, Jésus nous invite à faire des prodiges. Mais il part toujours de ce que l’on est. Surtout pas de notre suffisance, de l’éclat de nos dons, de nos certitudes.

Il a donné à de nombreux saints cette possibilité de multiplier des biens matériels à partir du peu qu’ils avaient. Par exemple, la pâte du pétrin pour faire le pain, avec le curé d’Ars. « Continuez à pétrir », est l’ordre du saint curé quand la gouvernante se plaint de n’avoir qu’un simple bout de pâte. Et miraculeusement, sous les mains de la pauvresse, le pétrin s’emplit pour nourrir tous les estomacs affamés.

Jésus et sa Mère étaient des pauvres durant leur existence terrestre. C’est pour cela que Dieu a fait des merveilles à travers eux. Le plus grand témoignage du Christ a été sa pauvreté, de sa naissance à sa mort. C’est ce qui fascinait la foule des petits.

L’Église a un immense besoin de retrouver ces traces du Christ pieds nus. Elle a trop l’apparence de la richesse pour être crédible auprès de tous ceux et celles qui survivent à peine dans le monde. Son combat contre la faim, l’exclusion, la pollution, le manque d’eau dans tant de pays, doit être prioritaire. Sinon, sa parole de vie glissera comme de l’eau bénite sur les plumes d’un canard. Comment, en effet, happer l’extraordinaire lumière de la Parole de Dieu si on a l’estomac tordu, le cœur brisé, ou s’il faut aller chercher tous les jours l’eau potable à trois kilomètres ? Le pape François a merveilleusement interpellé les membres de son clergé : « Ça me fait mal quand je vois un prêtre ou une religieuse dans une voiture dernier cri… » Ou alors : « Saint Pierre n’avait pas de compte en banque, non ? Ne vous laissez pas séduire par la tentation de l’argent ! »

Du plus petit au plus grand amoureux du Christ, nous devons tous être des combattants de la justice. C’est là qu’on reconnaîtra alors l’Amour de Dieu que nous voulons transmettre.

Aussi tendre qu’exigeant

Jésus est à travers l’Évangile d’une grande exigence et d’une infinie tendresse.

Quel éducateur extraordinaire a-t-il été durant trois ans…

Il appelait chacun à s’élever au-delà de lui-même. Du plus riche au plus pauvre.

L’exemple du jeune homme riche qui vient à lui, fasciné par son enseignement, est sans doute le plus signifiant. « Que dois-je faire pour te suivre ? » lui demande ce jeune PDG sans doute superfriqué, superdiplômé…

« Donne tout ! » C’est un coup de massue sur la tête de cet homme qui, l’espace de quelques secondes, répertorie ses biens, ses activités, son train de vie et ses relations puissantes. Trop dure, cette invitation à la pauvreté et au don total ! Alors, tout triste, il se casse, précise l’Évangile. Jésus le laisse libre de partir.

« Et il l’aima », ajoute l’Évangile.

Gageons que le regard d’amour du Christ a vaincu plus tard, après la Résurrection, les résistances du jeune homme, qui a rejoint ainsi les disciples au paradis.

Si l’Évangile est un cadeau du ciel, par contre il ne fait pas de cadeaux.

« Aime ton ennemi » sont les trois mots définitifs de l’Évangile au sujet du pardon.

On a beau se tortiller dans tous les sens pour se défaire de cette phrase qui nous provoque tant de fois dans nos vies, elle reste implacable. On doit passer par elle et l’appliquer. Ou bien se dire qu’on manque à un essentiel de la loi d’Amour.

Ordre souverain du Christ qui conduit au pardon inlassable.

Et la deuxième phrase arrive, aussi exigeante et imparable : « Pardonne soixante-dix-sept fois sept fois. » C’est-à-dire à l’infini.

Cette phrase fait grincer les dents chrétiennes et on essaie, par tous les moyens, de la contourner en la discutant.

« Pardonner, OK ! mais ne pas oublier. »

« OK ! mais si la personne refuse le pardon », etc.

Le Christ n’a pas nuancé cette obligation évangélique. Restrictive, elle aurait envoyé aux oubliettes tout pardon. Nous sommes bel et bien condamnés au pardon total et définitif.

Alors, accroche-toi !

À nous de marcher avec le Christ, la main dans la main. Faisons comme lui, il est notre formidable « passeur ».

Une présence qui nous soulève et nous transforme

Méditons la vie humaine et publique du Christ, notamment ses trois ans d’intense activité sur ses trente-trois ans de présence sur terre. Que cette présence, décrite avec ma plume si fragile parce que humaine, deux mille ans après, nous soulève et nous transforme. En nous permettant de ne plus jamais quitter celui que le Père nous a envoyé.

Sans vouloir parler à la place du Père, je crois cependant qu’Il t’aurait dit à peu près ceci :

« Marche avec Mon fils bien-aimé. Il est ton modèle.

« Mets tes pas dans ses pas.

« Parle avec lui sans cesse et tais-toi ensuite pour l’écouter. Oui, vraiment, ferme-la sinon tu n’auras pas de réponse.

« Lis sa vie avec tes tripes et ton cœur.

« Et médite-la sans fin.

« Une grâce spéciale t’est donnée dès que tu lis l’Évangile, à condition que tu sois dans le calme et que tu fasses silence intérieurement.

« La parole lue aura alors en toi une résonance immense. Tu ne pourras plus t’en passer. Elle te fera vivre et tu seras alors mon témoin.

« Parce que tu voudras absolument la vivre avec ce que tu es. En mettant tes fragilités et tes dons au service de tous les êtres humains.

« Et tu auras la joie… une joie immense. Personne ne te la ravira. »

Lis ces lignes dans la joie de découvrir le merveilleux humain qu’est le Christ. Regardons-le vivre, si semblable, si ressemblant aux hommes et femmes de tous les temps.

I

Sur les pas du vagabond de l’amour

Dieu, personne ne L’a vu, mais Lui, Il s’est fait homme, un homme visible pour ses contemporains durant trente-trois ans, et pour nous durant une éternité.

L’Évangile seul nous rend aptes à lire cette vie d’homme et à nous nourrir du souffle du fils de Dieu. Une vie racontée qui remonte à deux mille ans. L’Évangile lu et médité me permet de savoir qu’il est toujours là.

C’est à un voyage personnel sur les pas de Jésus que je t’invite, lecteur, à travers les moments forts de cette vie qui n’en finit pas de me fasciner. Et je veux te montrer, en te racontant les épisodes de cette vie incroyable, qu’elle trouve bien des échos dans la nôtre, que le Christ n’en finit pas d’être vivant au cœur de notre existence aujourd’hui, au moment même où tu lis ces lignes…

1

Au tout début : l’ange de l’Annonciation qui sauve tout

Marie était fiancée à Joseph. Ils devaient s’aimer, ces deux-là, et roucouler comme tous les amoureux du monde. Ils s’étaient promis l’un à l’autre tout en vivant chacun chez soi. Leurs yeux seuls disaient leur amour.

L’ange entre chez Marie. C’est l’ange Gabriel, envoyé par Dieu : « N’aie pas peur, Marie. Le Seigneur est avec toi. Tu auras un fils. Appelle-le Jésus. Il sera le fils de Dieu. »

Comme réponse, Marie n’a que six mots merveilleux qui guideront toute sa vie : « Je suis la servante du Seigneur. »

Pour mieux lui dire que Dieu peut tout, l’ange ajoute : « Tu sais, Élisabeth, ta vieille parente, elle est enceinte aussi. Elle était stérile, en plus. Et elle porte son bébé depuis déjà six mois ! »

Et le scandale arrive ! Joseph apprend que son aimée, son adorée est enceinte. En ce temps-là, on ne badinait pas là-dessus. Joseph se dit : « C’est pas possible ! Une femme si pure. Comme je me suis trompé sur elle ! »

Il décide aussitôt, pour fuir le déshonneur, de briser les fiançailles avec Marie qu’il aimait tant. Mais Dieu veille au grain, et renvoie Son ange, la nuit, faire comprendre à Joseph le dessein de Dieu sur sa famille en devenir.

Maintenant Marie sait… et Joseph aussi. Alors tous les deux, éblouis de joie, attendent l’heureux événement.

Joseph et moi, même combat

J’aime beaucoup Joseph, parce qu’il est le père nourricier de Jésus. Il l’a élevé, entouré d’amour, lui a appris son métier, et, ce qui est merveilleux, l’a reconnu devant la communauté comme son fils alors qu’il savait qu’il n’était pas de lui, mais plutôt, ce qui a dû lui paraître inimaginable, fils de Dieu !

Mon métier d’éducateur m’a amené à élever, porter, nourrir, aimer des mômes qui m’arrivent… à treize ans, confiés par le juge des enfants. Prêtre, je ne sais pas ce qu’est un bébé. Mais à partir de treize ans, je sais ce qu’est un môme puisque, depuis près de cinq décennies, c’est à cet âge-là que je les accueille. Les parents n’en veulent plus ou ne peuvent plus les élever.

« À quoi ça sert, une famille ? »

Joseph et Marie vont, par leur acceptation totale, fonder une famille, la Sainte Famille, qui servira de modèle à toutes celles qui vont se former par la suite.

Combien de jeunes m’ont dit : « Une famille, ça sert à quoi si elle n’existe plus ? »

L’autre jour, un mec angoissé veut me parler. J’écoute : « J’aime une fille. Mais j’ai peur d’aimer. Mes grands-parents sont divorcés. Mes parents aussi. Que dois-je faire ? »

Je lui ai dit d’être prudent, bien sûr. Mais aussi de demander à Marie qu’elle l’aide à vivre un amour fort et fidèle.

Ça me rappelle cette superbe histoire. Un de mes anciens, empêtré au milieu de trois ménages successifs d’où étaient issus trois gosses de mères différentes, me faisait part de son angoisse et demandait mon avis.

Je lui ai dit avec humour : « Dans un cas comme le tien, je vais d’urgence téléphoner au Saint-Esprit. Mais je ne sais pas s’il pourra résoudre un problème aussi ardu. »

Alors Jean-François me décoche un regard plein de tendresse en me disant : « Je préfère que tu téléphones à Marie. J’aime bien avoir l’avis de personnes compétentes. Elle a eu un fils, elle, et elle est restée fidèle. »

Le beau chant de confiance de Marie

Marie, sachant qu’elle porte le fils le plus prodigieux qu’aucune femme n’a enfanté, ni n’enfantera, fonce voir sa cousine et amie Élisabeth qui, elle aussi, attend un autre fils prodigieux, Jean-Baptiste.

Écoutons le beau dialogue d’amour des deux femmes.

Dès qu’Élisabeth entend la voix de Marie, l’Esprit d’Amour en elle s’exclame : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et béni soit l’enfant que tu portes. »

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