L'Etat de l'opinion 2015

De
Publié par

LES GRANDES ETUDES DE TNS SOFRES,


analysées et commentées, pour comprendre l'opinion publique



ELECTIONS


Édouard Lecerf


2014 : Des tours, des retours



Nonna Mayer et Vincent Tiberj


Où est passée la gauche ? De la victoire de 2012 à la déroute de 2014



Bernard Cazeneuve


Une nouvelle carte des régions en accord avec les attentes des Français



Carine Marcé et Jean Chiche


Le profil politique des nouvelles régions françaises



Emmanuel Rivière


De la crise de la représentation à la crise du régime



POLITIQUE


Yves Bertoncini


Les élections européennes de mai 2014 : poussée europhobe ou business as usual ?



Xavier Bertrand


La société française, une société bloquée ?



Jean Chiche et Élisabeth Dupoirier


Paris, le vote singulier d'une ville singulière



Guillaume Tabard


La guerre Sarkozy-Juppé aura-t-elle lieu ?



Laurent de Boissieu


Le centre est-il condamné à tomber à droite ?



Sylvain Brouard et Éric Kerrouche


Perceptions et attitudes des électorats français



Olivier Duhamel et Édouard Lecerf


Conservateurs-libéraux-socialistes, évolutions idéologiques 1985-2015



EUROPE


Tom Costley et Alastair Graham


Référendum sur l'indépendance de l'Ecosse, 2014



SOCIETE


Armelle Carminati-Rabasse


Égalité des chances en entreprise : en finir avec le paradoxe français



Christian Leyrit


Remettre le citoyen au cœur de la décision publique



Nathalie Andrieux


Numérique et données personnelles



Axelle Lemaire


La République numérique: partout, pour tous et par tous



Guénaëlle Gault


Hier, le 'online' et le 'offline', aujourd'hui même plus de 'line'



Pascale Grelot-Girard


Le bonheur est-il dans l'assiette ?



ABÉCÉDAIRE DE L'OPINION


Aurélie Bouillot, Fanny Durand, Caroline Labénère, Camille Morisson, Gaston Solari-Yrigoyen et Eddy Vautrin-Dumaine




Publié le : jeudi 16 avril 2015
Lecture(s) : 1
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782021212365
Nombre de pages : 304
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couverture

AUX ÉDITIONS GALLIMARD

SOFRES Opinion publique 1984

SOFRES Opinion publique 1985

SOFRES Opinion publique 1986

AUX ÉDITIONS DU SEUIL

SOFRES L’état de l’opinion 1987

SOFRES L’état de l’opinion 1988

SOFRES L’état de l’opinion 1989

SOFRES L’état de l’opinion 1990

SOFRES L’état de l’opinion 1991

SOFRES L’état de l’opinion 1992

SOFRES L’état de l’opinion 1993

SOFRES L’état de l’opinion 1994

SOFRES L’état de l’opinion 1995

SOFRES L’état de l’opinion 1996

SOFRES L’état de l’opinion 1997

SOFRES L’état de l’opinion 1998

SOFRES L’état de l’opinion 1999

SOFRES L’état de l’opinion 2000

SOFRES L’état de l’opinion 2001

SOFRES L’état de l’opinion 2002

SOFRES L’état de l’opinion 2003

TNS SOFRES L’état de l’opinion 2004

TNS SOFRES L’état de l’opinion 2005

TNS SOFRES L’état de l’opinion 2006

TNS SOFRES L’état de l’opinion 2007

TNS SOFRES L’état de l’opinion 2008

TNS SOFRES L’état de l’opinion 2009

TNS SOFRES L’état de l’opinion 2010

TNS SOFRES L’état de l’opinion 2011

TNS SOFRES L’état de l’opinion 2012

TNS SOFRES L’état de l’opinion 2013

TNS SOFRES L’état de l’opinion 2014

Avec la participation de :

NATHALIE ANDRIEUX

directrice générale adjointe du Groupe La Poste, en charge du Numérique

YVES BERTONCINI

directeur de Notre Europe

XAVIER BERTRAND

député-maire de Saint-Quentin, ancien ministre

LAURENT DE BOISSIEU

journaliste à La Croix et fondateur de France-politique.fr

AURÉLIE BOUILLOT

Stratégies d’opinion, TNS SOFRES

SYLVAIN BROUARD

chargé de recherche, FNSP

ARMELLE

membre du directoire d’Unibail

CARMINATI-RABASSE

présidente de la commission sociale et managériale du MEDEF

BERNARD CAZENEUVE

ministre de l’Intérieur

JEAN CHICHE

ingénieur de recherche au CEVIPOF

TOM COSTLEY

directeur chez TNS UK

ÉLISABETH DUPOIRIER

directrice de recherche au CEVIPOF

FANNY DURAND

Stratégies d’opinion, TNS SOFRES

GUÉNAËLLE GAULT

chief Digital Officer, TNS Europe du Sud, France & Benelux

ALASTAIR GRAHAM

directeur associé de TNS UK

PASCALE GRELOT-GIRARD

directrice Consumer, TNS SOFRES

ÉRIC KERROUCHE

directeur de recherche au Centre Émile Durkheim, Sciences Po Bordeaux

CAROLINE LABÉNÈRE

Stratégies d’opinion, TNS SOFRES

AXELLE LEMAIRE

secrétaire d’État chargée du Numérique

CHRISTIAN LEYRIT

président de la Commission nationale du débat public

CARINE MARCÉ

directrice associée Stratégies d’opinion, TNS SOFRES

NONNA MAYER

directrice de recherche au CNRS

CAMILLE MORISSON

Stratégies d’opinion, TNS SOFRES

EMMANUEL RIVIÈRE

directeur de l’Unité Stratégies d’opinion, TNS SOFRES

GASTON SOLARI-YRIGOYEN

Stratégies d’opinion, TNS SOFRES

GUILLAUME TABARD

journaliste au Figaro

VINCENT TIBERJ

chercheur au CEE, Sciences Po Paris

EDDY VAUTRIN-DUMAINE

Stratégies d’opinion, TNS SOFRES

Nous remercions les journaux, médias, associations, institutions et entreprises grâce auxquels les enquêtes présentées dans ce livre ont été réalisées :

 

AGENCE DU SERVICE CIVIQUE, AGENCE EUROPE-ÉDUCATION-FORMATION FRANCE, AMGVF (ASSOCIATION DES MAIRES DE GRANDES VILLES DE FRANCE), ANACT, ANIA, AXA BANQUE, BANQUE DE FRANCE, CANAL +, CAP GEMINI, CNC, COMITÉ DE LA CHARTE, LA COMMISSION EUROPÉENNE / LE PARLEMENT EUROPÉEN, LA COMMISSION NATIONALE DU DÉBAT PUBLIC, LA CROIX, L’ÉQUIPE, LE FIGARO MAGAZINE, LA FRANÇAISE DES JEUX, FRANCEAGRIMER, FRANCE INFO, LE GROUPE LA POSTE, HAPPINEZ, ING DIRECT, INRIA, INTERFEL, IRCANTEC, LE MEDEF, LE MONDE, PARI MUTUEL URBAIN, LE POINT, POLIARQUIA CONSULTORES, SAARLÄNDISHER RUNDFUNK, SCIENCES PO – CEVIPOF, LE SECOURS CATHOLIQUE, LE SIAL.

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2014 : des tours, des retours


par Édouard Lecerf

à l’heure où se boucle cet « état de l’opinion 2015 », on pressent déjà ce qui marquera l’édition prochaine. Elle reviendra sur la façon dont l’opinion aura été frappée, mobilisée, rassemblée, interrogée par les attaques terroristes de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher, la mort violente de 17 personnes, la réaction de l’exécutif et de la classe politique et la marche historique du 11 janvier. Un impact sur la société et la politique à la fois immédiat et durable.

Revenir malgré tout ce qui a fait 2014 (élections, popularités) permet de mieux comprendre la toile de fond sur laquelle a déjà commencé à se dessiner 2015.

ÉLECTIONSMUNICIPALESDES 23 ET 30 MARS 2014 : REVERSHISTORIQUEPOURLE PS

De mauvaises constantes économiques, une popularité de l’exécutif au plus bas et l’occasion saisie par les électeurs de dire dans les urnes leur mécontentement national forment en mars 2014 pour la gauche municipale un cocktail explosif. La déflagration électorale est historique, inédite. La gauche perd 151 communes de plus de 10 000 habitants. La France municipale passe du rose au bleu. Brutalement.

La droite reprend ainsi à la gauche 10 villes de plus de 100 000 habitants (Toulouse, Saint-Étienne, Angers, Reims, Caen, Tours, Limoges, Argenteuil, Amiens et Saint-Paul, à La Réunion) redevenant par la même occasion majoritaire en nombre de communes de cette taille détenues (23, contre 19 pour la gauche). L’élection d’Anne Hidalgo, qui succède à Bertrand Delanoë à Paris, ne masque pas la tectonique en Île-de-France, où plus de 30 villes basculent de gauche à droite.

À l’issue du second tour, la gauche ne détient plus que 55 communes de plus de 30 000 habitants quand la droite en contrôle 147 (le rapport de force était de 122 contre 99 pour la droite avant ces élections). Le pilier que constituait le socialisme municipal est non seulement ébranlé mais aussi réduit.

Confirmant les bons scores réalisés lors des élections partielles depuis la présidentielle, le Front national marque une étape de plus dans son implantation locale. Il emporte onze villes : Hénin-Beaumont (dès le premier tour), Beaucaire, Fréjus, Le Pontet, Cogolin, Hayange, Mantes-la-Ville, Villers-Cotterêts, Le Luc ainsi que Béziers, remporté par Robert Ménard avec le soutien du FN. Le symbole de l’enracinement du FN est moins dans les chiffres, réduits si on les rapporte au nombre de communes et de conseillers municipaux français, que dans la dynamique temporelle et géographique. Le Front national poursuit ainsi son implantation dans le temps, dans les terres et dans les têtes.

ÉLECTIONSEUROPÉENNES : LE FN DOMINEET SIMPLANTEENCORE

Quelques semaines seulement après la claque des municipales, les Français reviennent aux urnes à l’occasion des élections européennes. Et la relativisation par le taux de participation (57,57 %) ou par le rappel du caractère toxique pour le pouvoir en place de ces « élections intermédiaires » n’y fait rien : les élections européennes de juin 2014 voient pour la première fois le Front national arriver en tête des suffrages exprimés. Avec près de 25 % des voix (24,86 %), il quadruple son score par rapport au scrutin européen de 2009. Comme pour les municipales, l’ancrage géographique est frappant, puisque le parti de Marine Le Pen arrive en tête dans cinq des sept illisibles circonscriptions métropolitaines et dans 71 départements.

Le Front national crie victoire, le PS est sonné. Avec moins de 14 % des suffrages exprimés, il obtient son score le plus bas depuis le premier scrutin européen, trente-cinq ans plus tôt. Les scores obtenus par les autres formations de gauche et écologistes n’éclaircissent pas le tableau, au contraire. Avec EELV crédité de moins de 9 % des voix, le Front de gauche à 6,34 % et les listes Nouvelle Donne apportant un maigre tribut d’à peine 3 %, l’ensemble de la gauche ne parvient même pas à rassembler un tiers des votants.

L’UMP, regonflée un temps par les résultats obtenus aux élections municipales du printemps, doit cette fois se contenter de la deuxième place avec 20,79 % des suffrages. Bousculé dans son leadership, déchiré après la tragi-comédie de l’élection de son président, à la recherche d’une ligne directrice, le parti recule de 7 points par rapport à son score de 2009 et se cherche un sauveur.

LE RETOURDE NICOLAS SARKOZY : RIENNE SE PASSE – TOUTÀ FAIT – COMMEPRÉVU

Il l’affirmait au lendemain de sa défaite de 2012 : il ne devait pas revenir en politique.

En revenant finalement, poussé, dit-il, par le devoir plus que par le désir, par la situation du pays plus que par sa situation personnelle, il devait retrouver le soutien unanime, sans partage, du peuple. Au moins celui de ses presque 50 % du second tour de la présidentielle, au moins celui de la droite et du centre, au moins celui des sympathisants UMP, à tout le moins celui des adhérents.

En revenant il devait le faire autrement, ex-président pas si ancien, en enjambant le parti, sur la base d’un projet de rassemblement collectif d’un nouveau genre, en phase avec les nouvelles donnes de l’opinion et de la confiance. En ayant changé.

Et Nicolas Sarkozy est revenu. Et cela ne s’est pas – tout à fait – passé comme prévu.

Alors que Nicolas Sarkozy dominait le classement, au moins à droite, depuis plusieurs mois, Alain Juppé est au fil de l’année 2014 devenu la personnalité politique dotée de la cote d’avenir la plus élevée. À la fin de l’année 2014, il surpasse Nicolas Sarkozy d’une dizaine de points et de trois places auprès de l’ensemble des Français. Mais il voit malgré tout, en décembre 2014, Nicolas Sarkozy le devancer – de peu – auprès des sympathisants de l’ensemble de la droite, plus largement auprès des seuls sympathisants de l’UMP.

Alors que Sarkozy n’est pas encore revenu, la droite traditionnelle s’est cherché un recours. Alain Juppé est un ancien Premier ministre, pourtant à l’époque rapidement impopulaire (28 % de confiance à sa sortie de Matignon en 1997), un ancien ministre de la Défense et des Affaires étrangères et européennes bien noté par les Français, un maire de Bordeaux quasi plébiscité. Fort de sa nouvelle popularité nationale, coprésident par intérim de l’UMP, il appelle à l’apaisement, au rassemblement, à la réforme. Et se place déjà en candidat à la primaire à droite sans passer, lui, par la case de la nouvelle élection à la présidence de l’UMP.

Conscient de la faiblesse de l’exécutif comme du grand trouble dont souffre le parti dont il a autrefois mené les destinées, Nicolas Sarkozy se voit à l’inverse « contraint » d’enfourcher de nouveau ce cheval de bataille. Il candidate, il bat la campagne. Mais il n’est pas le seul. Hervé Mariton veut représenter une alternative marginale autrefois endossée par Christine Boutin. Surtout, Bruno Le Maire s’avère un candidat pugnace. Il revendique la nouveauté. Il agrège aussi les « non-sarkozystes » (anti- ?). Sa candidature permet à l’ancien ministre de l’Agriculture de gagner en notoriété auprès de l’ensemble de la population et des sympathisants UMP : au lendemain de l’élection pour la présidence de l’UMP, il connaît la progression la plus forte des cotes d’avenir TNS SOFRES/Le Figaro Magazine, gagnant 8 points auprès de l’ensemble des Français (23 %) comme des sympathisants de l’UMP (33 %).

Les résultats du scrutin réservé aux adhérents de l’UMP couronnent finalement Nicolas Sarkozy (64,5 %, environ 100 000 voix) dès le premier tour. La victoire est nette. Mais pas plébiscitaire. Bruno Le Maire obtient près de 30 % des suffrages exprimés, Hervé Mariton un peu plus de 6 %. Si la voie de l’UMP est désormais ouverte pour Nicolas Sarkozy, il n’y marchera pas seul. Et l’émergence de Bruno Le Maire ne manquera pas d’aiguiser les appétits à l’occasion de la primaire à droite que doit organiser le nouveau président du parti.

LE SECOND PREMIERMINISTRE

Le 31 mars 2014, moins de deux ans après son arrivée à Matignon, Jean-Marc Ayrault quitte la rue de Varenne. La cuisante défaite électorale des élections municipales a donné le coup de grâce à celui dont la popularité était déjà au plus bas (77 % de défiance mesurée dans le baromètre TNS SOFRES pour Le Figaro Magazine en mars 2014).

François Hollande, auquel seuls 17 % des Français accordent à ce moment leur confiance, fait de Manuel Valls son nouveau Premier ministre. Ce dernier est alors un populaire ministre de l’Intérieur qui dispose alors de la cote d’avenir la plus élevée, toutes personnalités confondues, du baromètre : 38 % (54 % auprès des sympathisants du PS et 40 % auprès de ceux de l’UMP).

Choix tactique ou choix contraint ? L’idée de se redonner un peu d’espace, de liberté de manœuvre, de mouvement, structure ce choix. Au-delà des équilibres politiques, des jeux de pouvoir et de personnalités, un changement de Premier ministre peut ainsi apparaître comme un moyen de recapitaliser une entreprise politique atteinte par un krach d’opinion.

Avec l’arrivée de Manuel Valls à Matignon, François Hollande fait, comme Jacques Chirac avec Dominique de Villepin, le choix de nommer une personnalité populaire alors que la cote du président de la République se situe à un niveau très bas.

Mais quels sont les bénéfices réellement constatés ? S’agit-il d’un remède efficace – et durable – à la maladie de l’impopularité ? Un regard rétrospectif sur les cotes de popularité mesurées par TNS SOFRES depuis 1981 permettrait-il d’anticiper les évolutions aujourd’hui constatées ?

On mettra ici entre parenthèses les périodes atypiques de cohabitation pour s’intéresser uniquement aux seconds Premiers ministres issus de la même majorité que celle du président de la République : Laurent Fabius pour François Mitterrand lors de son premier septennat, Édith Cresson lors du second, et Dominique de Villepin pour Jacques Chirac.

Premier enseignement, le plus logique : dans deux cas sur trois, les seconds Premiers ministres disposaient d’une popularité de départ supérieure à celle – souvent très affaiblie – de leur prédécesseur. Manuel Valls est donc le troisième dans ce cas.

En juillet 1984, l’opinion salue l’arrivée de Laurent Fabius en le créditant d’un socle d’opinions positives de départ plus de deux fois supérieur (53 %) à celui de Pierre Mauroy qui quitte Matignon (25 %). Dominique de Villepin, bien que partant d’un niveau sensiblement plus bas (39 %), surpasse lui aussi de beaucoup le niveau atteint par Jean-Pierre Raffarin en fin de cycle (22 %). Édith Cresson est l’exception. Succédant à un Michel Rocard encore relativement populaire, elle entre rue de Varenne avec le même niveau (49 %) que son prédécesseur (50 %), pourtant prié de quitter les lieux pour lui céder la place. Cette exception sera d’ailleurs un des ferments de sa disgrâce accélérée, comme l’expliquaient Olivier Duhamel et Jérôme Jaffré dans L’état de l’opinion en février 1992.

S’il y a donc rebond dans l’opinion, les seconds Premiers ministres ne retrouvent toutefois pas, avant l’exercice Ayrault-Valls, le niveau de départ de leur prédécesseur et entament cette nouvelle étape majeure de leur carrière moins bien armés. Le capital de départ de Laurent Fabius est de près de 20 points inférieur à celui de Pierre Mauroy à son arrivée (71 %), Édith Cresson est également loin du Michel Rocard de juin 1988 (66 %) et Dominique de Villepin doit s’appuyer à son entrée à Matignon sur une cote de popularité inférieure à 40 % alors que Jean-Pierre Raffarin semblait convaincre 6 Français sur 10 à son arrivée rue de Varenne.

La dureté sans cesse accrue de l’opinion à l’égard des dirigeants politiques modifie la donne et positionne Manuel Valls au même niveau de départ que son prédécesseur. Le nouveau Premier ministre dispose en avril 2014 d’un socle de popularité de départ positif mais relativement modeste (46 % de bonnes opinions, contre 41 % de mauvaises). Cette cote s’avère proche du point de départ du premier Premier ministre de François Hollande (50 % d’opinions positives pour Jean-Marc Ayrault, contre 30 % de mauvaises). Et leurs décrues sont similaires : en neuf mois, les deux Premiers ministres de François Hollande passent d’environ la moitié d’opinions positives à un tiers.

De son côté, le président de la République pouvait-il espérer reconstituer son capital de crédibilité en s’appuyant sur le nouvel hôte de Matignon ? Il n’y a ici pas de règle absolue en la matière. Au moment de sa nomination, la popularité de François Mitterrand est sensiblement inférieure à celle du nouveau Premier ministre (40 %, contre 53 % pour Laurent Fabius). Dès juillet 1984, la chute de François Mitterrand dans les enquêtes d’opinion est toutefois stoppée, les courbes se stabilisent. Pour le couple exécutif, le rebond par rapport à la période immédiatement précédente est réel. Mais dès le printemps 1985, les dynamiques d’opinion dont bénéficient le président et son Premier ministre s’inversent. Le président continue de progresser alors que les constantes du second se dégradent rapidement. D’un effet d’entraînement positif on est passé à un effet bouclier retrouvé : celui que représente le Premier ministre pour le président. Et sur lequel ce dernier n’hésite pas à s’appuyer, quitte à l’affaiblir.

Édith Cresson ne permettra pas à François Mitterrand de jouer la même partition. L’impopularité rapidement massive du Premier ministre crée un effet siphon qui entraîne inéluctablement les deux protagonistes à des niveaux jusque-là jamais atteints.

Enfin, confirmant ce dernier schéma, Jacques Chirac ne bénéficiera que très légèrement et furtivement de la nomination de Dominique de Villepin. Le nouvel occupant de la rue de Varenne est à la fois largement mieux noté à ses débuts que le président de la République, il est vrai très atteint. Les deux se rejoindront également en quelques mois dans de nouveaux records absolus d’impopularité (juin 2006).

À la fin 2014, force est de constater que l’arrivée de Manuel Valls n’aura pas changé la règle d’une opinion en durcissement permanent ni empêché la poursuite de la chute de François Hollande dans l’opinion. Ce dernier atteint même en septembre 2014 le niveau le plus bas jamais mesuré pour un président de la République (13 %) … avant que le couple exécutif n’enregistre un spectaculaire rebond en janvier 2015, porté à la fois par l’élan émotionnel suscité par les attaques terroristes et par l’analyse rationnelle de la gestion des événements par l’exécutif.

2015 s’ouvre donc de manière plus que singulière pour l’exécutif comme pour l’ensemble de la classe politique. Les urnes et les popularités, chacune à leur mesure, diront à nouveau le nouvel état de l’opinion.

ÉDOUARD LECERF

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