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L'Iran pluriel

De
361 pages
Cet ouvrage constitue une investigation fouille, compose de trois parties : la première présentée certains ressorts de la situation intérieure de l'Iran ; la deuxième élargit l'analyse aux principales composantes de l'hétérogénéité interne du pays et donc son environnement immédiat ; enfin, la troisième partie étudiée la potentialité du chiisme iranien d'accroître son influence sur l'ensemble du monde musulman.
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L’IRAN PLURIELDu même auteur
Géopolitique de l’Arabie saoudite : des Ikhwans à Al-Qaïda, Paris, Armand Colin,
2005.
L’Arabie Saoudite : un géant ensablé, Paris, Olympio Editions, 2003.
Carte de la couverture d’après Iason Athanasiadis
© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-54461-1
EAN : 9782296544611David Rigoulet-Roze
L’IRAN PLURIEL
Regards géopolitiques
Préface de François GéréCollection l’Iran en transition
Dirigée par Ata Ayati
La collection « L’Iran en transition » s’inscrit résolument dans l’objectif de
développement du pluralisme dans la culture iranienne.
Elle le fera en portant un regard objectif sur les aspects économiques, politiques,
sociaux et culturels d’un pays en gestation. Cette ambition est devenue une nécessité tant
dans l’observation et l’énonciation des faits que du point de vue de la recherche et de la
confrontation des idées.
L’IRAN sous la présidence de Mahmoud Ahmadinejad. Bilan et perspective.
Sous la direction de Djamshid ASSADI, 2009.
M. A. ORAIZI, L’Iran : un puzzle ? 2010.
Hassan PIROUZDJOU, L’Iran au début du XVIe siècle, 2010.
Pour ma femme Magali et mon fils AurélienEn mémoire de Neda Agha-Soltan tuée le 20 juin 2009 à 26 ans en manifestant
pacifiquement à Téhéran pour contester les résultats de l’élection présidentielle iranienne.Avec mes remerciements tout particuliers à Magali pour sa relecture du texte aussi
attentive qu’avisée.PREFACE – Une enquête au cœur de la
complexité iranienne
I. De l’excessive complexité iranienne
Depuis bientôt dix ans, le nombre des ouvrages sur l’Iran s’est accru de manière
remarquable. Ce phénomène témoigne d’un intérêt nouveau en raison de la crise
nucléaire mais aussi des profondes convulsions politiques et sociales qui secouent le
pays. Les élections controversées de juin 2009 ont exacerbé les tensions, ranimé les
illusions et renforcé les critiques tant à l’intérieur qu’à l’étranger. Mais dans l’ensemble
cette littérature reste pauvre soit parce qu’elle est excessivement partisane, soit parce
qu’elle néglige la réalité de l’Iran actuel, et plus encore son évolution au fil des trente
dernières années, ce qui, dans un Iran encore fécond, correspond quasiment à deux
générations.
L’esprit partisan peut se répartir entre trois sources :
es Iraniens en exil, et ils sont nombreux tant en France qu’en Grande Bretagne et
aux Etats-Unis. Comme tous les émigrés forcés d’une révolution complexe, ils rêvent de
retour et parfois du retour au pouvoir dans un pays perdu de vue depuis trente ans. Leur
diversité et leurs divisions anciennes demeurent.
Nostalgiques du Shah et de l’Iran impérial, anciens du parti communiste Toudeh et
des syndicats ouvriers, extrémistes encore virulents des Moujahedin du peuple
(d’obédience marxiste-léniniste) cherchent à obtenir des soutiens et des subsides avec,
en retour, des informations « de terrain » dont la qualité et l’objectivité restent à prouver.
La deuxième source, qui entretient des liens avec la précédente, rassemble tous
ceux qui aux Etats-Unis ont cherché à obtenir le renversement du régime actuel. Ils rêvent
et militent encore activement en faveur d’un changement de régime qui permettrait de
revenir à une situation antérieure à 1980, sans avoir la moindre idée de ce à quoi elle
pourrait ressembler en dehors d’un effroyable chaos dont le gâchis irakien ne serait par
comparaison qu’un pâle avant-goût. Pour ce courant aujourd’hui minoritaire mais très actif,
l’option militaire reste sur la table et deviendra sans doute inévitable. Les liens avec les
dirigeants israéliens radicaux restent très profonds. Certes, il existe aux Etats-Unis un
courant plus modéré dans ses orientations, plus sage dans ses analyses. Toutefois, il a
été jusqu’à ce jour incapable d’effectuer une percée dans le dialogue tout juste entamé et
jamais approfondi avec des dirigeants iraniens, manifestement divisés, incertains de leurs
buts, suspects de ne pas vraiment vouloir parvenir à une solution juste, équilibrée et
durable d’une crise de dix ans.
La troisième source, de loin la plus sérieuse sinon la plus puissante, se divise en
deux catégories : les ennemis géostratégiques voisins de l’Iran mais aussi les rivaux
religieux sunnites (le wahabbisme saoudien, le salafisme violent d’Al Qaida). Les
occasions d’affrontement ne manquent pas qui touchent à la propagation de la religion
chiite, à la définition des frontières et aux richesses énergétiques qui lui sont liées.
Curieusement l’affrontement avec Israël relève essentiellement du radicalisme idéologique
plutôt que de la compétition géostratégique.
Considérons maintenant ce que signifie la formule « négliger la réalité de l’Iran » ?
C’est s’abandonner au découragement devant l’extrême complexité de cet Etat et de ce
pays riche d’autant d’hydrocarbures que de contradictions spirituelles et de tensionsethniques. C’est substituer des jugements a priori à l’analyse de la situation telle que
David Rigoulet-Roze l’a produite.
Il serait tentant de chercher à établir une comparaison avec la complexité de la
Chine dont les dirigeants et les diplomates ne sont pas aisément décryptables.
Mais le pays est ethniquement homogène, le pouvoir solidement hiérarchisé et, par
delà les luttes de factions opaques au sommet du seul et unique parti communiste,
l’observateur étranger finit par retrouver la ligne générale. Rien de tel en Iran.
La complexité tient à une constitution qui associe la république (par opposition à
l’empire traditionnel) à un islam chiite spirituellement très riche. Les débats
politicothéologiques occupent donc une place considérable entre « experts ». A cela s’ajoute le
goût culturel iranien pour le seul plaisir de la discussion raffinée et complexe. Cette
constitution repose elle-même sur le principe du velayat-e-faqih qui confère une dimension
eschatologique à la politique iranienne. En effet, l’autorité suprême n’est conférée à un
Guide qu’autant qu’il est le vicaire forcément temporaire en l’absence de l’imâm caché
dont le retour est attendu par la communauté shiite en Iran même mais aussi à travers la
diaspora shiite dans le monde arabe.
Enfin, pour mieux asseoir son arbitrage de Guide suprême, la subtilité de
l’ayatollah Khomeiny a consisté à créer plusieurs centres de pouvoirs, certes
complémentaires, mais forcément concurrents. Il en résulte une dilution des capacités de
décision qui rend souvent difficilement lisible la volonté réelle de l’autorité suprême
incarnée par un Guide qui, dans les domaines de la diplomatie et de la défense, mais
aussi des orientations économiques majeures, impose sa marque. Ce sont ces principes
subtils et ces équilibres fragiles que les incertitudes électorales de l’été 2009 ont bousculé.
Au terme d’une crise d’un an, l’architecture semble s’être reconstituée mais le rapport
entre les instances de pouvoir a bougé.
Les Gardiens de la Révolution se sont affirmés. Favorisés par Khamenei, accédant
à la main-mise sur des secteurs-clés de l’économie, ces paramilitaires, associés aux
milices bassidje , ont montré que la créature s’affranchissait de son créateur et entendait
faire du chef incontesté une autorité dépendante de leurs intérêts, obligée de satisfaire à
leur volonté.
Dans ces conditions l’homme politique, le diplomate américain, français, russe,
chinois peuvent céder au découragement, voire à l’exaspération à l’égard d’interlocuteurs
qui changent de position en fonction des directives reçues d’un côté ou d’un autre.
Il en résulte un détournement d’attention à l’égard des processus internes de la
société politico-religieuse iranienne et des dynamiques profondes qui animent l’Iran. Il en
résulte aussi une schématisation : ici les « méchants », à savoir le pouvoir en place ; là
les « contestataires » dont on a vu l’extrême diversité et les fortes contradictions depuis
les élections présidentielles de juin 2009. M. Moussavi n’a pourtant rien d’un libéral. Et le
débat actuel se situe essentiellement entre les différentes factions du camp conservateur.
Le découragement à l’égard de la complexité conduit à une réduction des relations
au seul dossier de la crise nucléaire, de l’obtention et de la mise en œuvre de sanctions
laissant de côté un aspect que je tiens personnellement, avec beaucoup d’autres
collègues français et iraniens, pour fondamental, à savoir la sécurité de l’Iran. On dit
parfois, au travers d’une comparaison péjorative avec la Corée-du-Nord, que les mollahs
et les Gardiens de la Révolution ne songent qu’à conserver leur pouvoir et leurs privilèges.
Mais quel est le régime qui ne cherche à persévérer dans son être dès lors qu’il a
plusieurs décennies d’existence et que, de ce fait, une génération de décideurs se trouve
en transition vers la relève ? Or, bien trop souvent, faute de contacts et de dialogue
approfondis, les Occidentaux tiennent encore sur les responsables iraniens un discoursqui date des débuts de la révolution. Il faut donc y voir de plus près, dans le détail, ce que
fait cet ouvrage.
II. La démarche de David Rigoulet-Roze
Plutôt que de produire une grande synthèse par trop générale, David
RigouletRoze a fait le choix d’envoyer des coups de projecteurs éclairant au plus profond certains
éléments essentiels de la complexité iranienne. L’ouvrage constitue donc une investigation
minutieuse, têtue, qui en sa première partie commence à éclairer la situation intérieure de
l’Iran, pour élargir ensuite sur les composantes de l’hétérogénéité de l’environnement
immédiat et pour finir, en troisième partie, par l’examen critique de la potentialité du
chiisme iranien à élargir son influence sur l’ensemble du monde musulman. Qu’est-ce
donc qui motive les dirigeants ? De quoi l’Iran est-il capable face aux sanctions votées par
les Nations-Unies ? Quelles sont ses fragilités intérieures et quelle est l’étendue de son
influence au travers du chiisme ? Sur toutes ces questions, l’ouvrage procède à une sorte
de relevé d’arpenteur auquel certains pourront reprocher sa distance comme une froideur
proche de l’indifférence. Et cependant, qui s’engagerait dans de telles recherches si une
passion ne le motivait ? Point de grande théorie brillante se voulant définitive, point d’a
priori mais la volonté d’approcher au plus près de la situation réelle, par l’exposition
méticuleuse des constituants et la confrontation des points de vue. L’auteur fait converger
sur chacun des domaines choisis d’innombrables sources qui permettent au lecteur de se
faire un jugement. Je prendrais ici quelques exemples.
Les convictions spirituelles de l’actuel président Ahmadinejad : Le président élu en
2005 puis réélu en 2009 dans des conditions difficiles est un « laïc » mais certainement
pas, nous avertit David Rigoulet-Roze, au sens républicain français. Il n’appartient pas au
clergé mais c’est un croyant, on pourrait dire un dévot. Soutenu par les Gardiens de la
Révolution, il incarne leur pouvoir montant et manifeste une différence à l’égard des
ayatollahs traditionnels, ce qui explique ses conflits avec le haut clergé. Foncièrement
hostile à l’Occident, il affirme une conception sociale du Chiisme où se retrouve la pensée
des « ingénieurs pieux » qui entendent affirmer leur mainmise sur l’économie et faire
évoluer le pouvoir religieux dans un sens favorable à leurs intérêts. Bien évidemment, les
conflits d’intérêts, y compris les plus sordides, jouent ici un rôle éminent, sans être encore
forcément décisif.
Le sujet présente donc un caractère central pour accéder à une compréhension de
la lutte pour le pouvoir politique. Le président semble croire en toute bonne foi, si l’on peut
dire, que le Mahdi est déjà sur le chemin du retour.
Ceci revient à annoncer que le principe du velayat-e-faqhi évoqué plus haut est
proche de l’obsolescence. Du coup, c’est la constitution iranienne qui est appelée à
disparaître et avec elle la fonction de guide suprême. Ceci explique qu’une large part des
religieux traditionalistes et de la droite conservatrice multiplie les attaques contre le
président. Ici, faisant preuve d’une extrême érudition, David Rigoulet-Roze entre dans le
détail des différents courants rivaux du chiisme. Il insiste sur la société de l’ Hojjatieh
attachée à hâter le retour du Mahdi y compris à travers le chaos politique que Khomeyni
rejeta catégoriquement. Mohammed Mezbah Yazdi, mentor spirituel du président,
s’inscrirait dans cette mouvance sectaire eschatologique. Mais il est bien difficile, relève
David Rigoulet-Roze, de faire la part entre ce qui relève de la foi et de la superstition, pour
ne rien dire de la manipulation politique. Toujours est-il que des sommes considérables
sont investies dans des infrastructures de transport permettant la rencontre entre le Mahdiet la foule des célébrants. Quand ? Bientôt… Enfin, l’auteur est trop sérieux pour associer
cette eschatologie à l’arme nucléaire. Récemment, un livre de Yazdi datant de 2005 a été
réimprimé et largement diffusé. L’auteur, en des termes somme toute plutôt pondérés,
considère qu’il serait légitime face à l’ennemi qui en est détenteur que l’Iran se dote des
armes « les plus destructrices ». Mais d’emploi, il n’est point question. Reste à savoir
comment ces croyances sont reçues par les très sérieux, très pragmatiques mais très
pieux « Gardiens de la Révolution » qui soutiennent le président et ont veillé à sa
réélection.
L’étendue du territoire iranien en fait un de ces Etats contraints de veiller à la
stabilité de frontières qui séparent artificiellement des ethnies linguistiquement et
culturellement homogènes. Le souci de s’opposer à toute remise en cause des frontières
conduit à des alliances complexes avec des Etats voisins, parfois rivaux, partageant le
même souci. Ces convergences de nécessité purement locales et limitées ne débouchent
pas pour autant sur une entente profonde et durable sur des buts politiques de plus
grande ampleur. Les cas kurdes et azeris sont relativement connus.
David Rigoulet-Roze présente l’action du Joundallah au Sistan-Baloutchistan. Par
ce biais ce sont les relations complexes avec le Pakistan qui s’éclairent. Cette région
comprend environ cinq millions de personnes à la jointure entre l’Iran, le Pakistan et
l’Afghanistan. Le mouvement sunnite des « soldats de Dieu » se fait connaître en juin
2005 à travers une vague d’attentats locaux visant les Pasdarans. Il est aussitôt crédité de
complicité avec les Talibans, avec Al Qaida et, pour faire bonne mesure, d’un soutien
américain. Ceci serait presque banal si n’intervenait le jeu pakistanais, notamment des
services secrets, l’ISI disposé à soutenir un mouvement susceptible de créer des
difficultés au régime de Téhéran mais restant attentif à ne pas encourager la formation
d’un « grand Baloutchistan ».
Une telle émancipation risquerait de priver Islamabad des richesses naturelles du
Baloutchistan pakistanais. Comment, dans ces conditions, le Pakistan pourrait-il accepter
que les Etats-Unis apportent leur soutien au Joundallah ? Est-ce assez pour faire
comprendre l’effroyable complexité de ce jeu de billard à plusieurs bandes difficilement
contrôlé par un pouvoir central pakistanais vers lequel toute l’information ne remonte pas
?
Dans la troisième partie, David Rigoulet-Roze s’efforce d’évaluer l’influence réelle
de l’Iran dans le « Très Grand Moyen Orient », là où il existe des minorités chiites mais là
aussi où le chiisme, comme toute religion prosélyte, est susceptible d’effectuer une «
percée » contre un islam officiel asservi par le pouvoir politique, gestionnaire fourbu de la
soumission de populations de plus en plus rétives.
Retenons deux exemples peu connus, voire franchement passés inaperçus.
Le rôle de l’Iran au Yemen dans le contexte de l’insurrection zaïdiste au Nord du
pays. Après avoir rappelé les composantes complexes de cet affrontement certes limité
mais sanglant, David Rigoulet-Roze s’intéresse à ce qui me paraît l’essentiel : quel est le
jeu des acteurs extérieurs régionaux ? Les Zaïdistes sont soutenus par l’Iran peut-être
moins au nom du chiisme que de la volonté de contrer l’influence saoudienne (et
réciproquement). L’implantation d’ Al Qaida au Yémen n’est pas nouvelle (le clan Ben
Laden est yéménite). Mais David Rigoulet-Roze va plus loin en suggérant que pour
contrer les Zaïdistes alliés de Téhéran, Ryad n’a pas craint de laisser les combattants
arabes d’ Al Qaida de faire retour au Yémen pour liquider le zaïdisme.
Second exemple moins connu, presque plus simple : la pénétration iranienne au
Maroc et la rupture des relations diplomatiques entre les deux Etats depuis février 2009
suite à une déclaration intempestive de l’ancien président du Majlis Ali Nouri quant à lalégitimité de l’existence de Bahrein, pays chiite, artificiellement soumis à un gouvernement
sunnite. Tollé général ! Excuses de M. Mottaki, ministre iranien des Affaires étrangères.
Et, à l’autre bout du Moyen Orient, le Maroc chérifien de culte « malékite » sunnite rompt
ses relations diplomatiques avec Téhéran. Comment expliquer la trajectoire du
boomerang ? Revenant sur l’histoire tumultueuse entre les deux pays, David
RigouletRoze montre les efforts du chiisme tant d’origine irakienne qu’iranienne pour s’implanter
non seulement au Maroc mais aussi sur l’ensemble du Maghreb. Tentatives qui
rencontrent l’opposition virulente des pouvoirs établis alors que, somme toute, ce
prosélytisme est susceptible de concurrencer sérieusement la montée du salafisme
violent.
L’Algérie avait rompu ses relations diplomatiques avec Téhéran en 1993. On
constate donc un double rejet : du chiisme en tant qu’idéologie perturbatrice de l’ordre
établi et de son lien à un État non arabe, traditionnellement perçu comme un adversaire.
Alors « croissant chiite » ? On sent bien que l’auteur est séduit par cette hypothèse
de travail. Les exemples qu’il apporte inciteront sans doute le lecteur à aller dans cette
direction. Cependant David Rigoulet-Roze en montre les limites, les incertitudes ainsi que
l’excès d’accusations évidemment manipulatoires. Ces précautions critiques conduisent à
cerner la démarche épistémologique de ce travail.
Minutieux et prudent (trop dira-t-on ?), l’enquêteur a voulu s’effacer derrière son
investigation. Il crée néanmoins plusieurs problématiques qui, structurant son travail, en
orientent la visée ultime. Pour autant, il choisit de ne pas se prononcer, sans doute parce
que tant d’autres avant lui qui n’ont jamais fait autant de recherches et jamais pris autant
de précautions se sont abandonnés à des jugements aussi définitifs que hâtifs. Le livre de
David Rigoulet-Roze nous apporte les éléments nécessaires à la connaissance de l’Iran
complexe, de ses mobiles idéologiques, de la stratégie qui en résulte tout en nous laissant
libres de notre jugement final quant à la légitimité et à l’efficacité de l’ensemble des
entreprises stratégiques des différents acteurs.
François Géré
Président fondateur de l’Institut Français d’Analyse Stratégique
Directeur de recherches de l’Université Paris 3INTRODUCTION – L’IRAN PLURIEL.
Regards géopolitiques
L’Iran qui, du fait de la crise sur le nucléaire, se trouve sur les devants de
l’actualité, se présente comme un pays, à plus d’un titre paradoxal au sens premier du
terme, dont une analyse approfondie conduit le plus souvent à défier le sens commun.
C’est d’abord le cas de la nature même du régime iranien, dite République
islamique d’Iran établie en 1979 dans le prolongement direct du renversement du Shah
Mohammad Reza Pahlavi effectif le 11 février 1979. Il s’agit d’une forme inédite de régime
théologico-politique fondé, dans la Constitution du 24 octobre 1979, sur le principe chiite
duodécimain du Velayat-e- Faqih (« Gouvernement du docte »), ou plus simplement
primauté du religieux sur le politique - incarnée par Velayat-é- Motlaghé-yé Amr (« Guide
suprême »). Mais ce principe mobilisé par feu l’Imam Ruhollah Khomeyni pour assurer la
pérennité du nouveau régime sur les ruines de la monarchie, était loin de faire l’unanimité
- peu s’en faut - au sein même des plus éminents représentants du clergé chiite que sont
les grands Ayatollahs dont était pourtant issu l’Imam Khomeyni. Or, dans ce cadre pour le
moins particulier, l’architectonique du pouvoir iranien apparaît des plus complexes en ce
qu’elle n’hypothèque pas totalement l’expression d’une forme de « représentation
» politique à travers le maintien d’un Majlis (« Parlement ») parfois à même de contrarier la
politique d’un pouvoir exécutif incarné en la personne d’un président « élu » selon des
modalités tout de même restrictives. Sa candidature doit en effet avoir été préalablement
validée par le shorā-ye negahbān-e qānun-e assāssi (« Conseil des gardiens de la
Constitution »), qui décide qui peut ou non se présenter aux présidentielles en fonction de
critères stricts de conformité islamique. Il n’est toutefois pas impératif d’être membre du
clergé pour faire partie des impétrants même si cela peut théoriquement constituer un
avantage comparatif. C’est ainsi qu’a pu accéder à la « magistrature suprême » - qui, en
l’espèce, dans le système iranien n’en est pas une -, d’abord lors de l’élection
présidentielle de juin 2005, puis de nouveau en juin 2010, mais dans des conditions pour
le moins différentes, un certain Mahmoud Amadinejad, un « laïc » paradoxalement
ultraradical issu du Sepah-e Pasdaran-e Enghelāb-e Islami (« Corps des Gardiens de la
Révolution »), fréquemment abrégé en Pasdarans, cette armée parallèle du régime
instituée par l’Imam Khomeyni au détriment d’une armée régulière dont la loyauté était
alors considérée comme suspecte. Ces Pasdarans que ce même Khomeyni appelait au
soir de sa vie à ne pas se mêler de politique, se retrouvent aujourd’hui peu ou prou les
maîtres de l’Iran par leur « entrisme » économique et sont en passe de déstabiliser - au
détriment du clergé - le subtil équilibre de l’architecture du pouvoir iranien mis en place
lors de l’avènement de la République islamique. C’est dire si cela rend encore plus
malaisé une sortie de crise mesurée sur le problème nucléaire iranien dans la mesure où il
apparaît désormais bien difficile d’identifier qui décide finalement en la matière, et alors
que cette question est instrumentalisée par les différents acteurs en présence comme un
enjeu de fierté nationale dans un pays qui a eu toujours eu conscience de sa grandeur
pluri-millénaire, nonobstant les vicissitudes de L’Histoire.
L’Iran, c’est-à-dire le « Pays des Aryens », que l’on a appelé Perse jusqu’au XXe
siècle se trouve de fait à la charnière de plusieurs ensembles ethno-politiques majeurs.
Cet Etat qui est l’un des plus anciens du monde puisqu’il remonte à la plus haute
Antiquité, a toujours conservé, par-delà les vicissitudes de l’Histoire, une identité affirmée
entre les mondes arabe, turc, voire indien, à laquelle s’est superposée l’identité religieusemusulmane. L’Histoire contemporaine de l’Iran est par ailleurs indissociable de celle du
colonialisme, puis de l’impérialisme occidental, dans la mesure où c’est en Iran que l’on
découvrit les premiers gisements pétroliers du Moyen-Orient au début du XXe siècle,
lesquels ne pouvaient manquer de susciter toutes les convoitises. Ces appétits «
étrangers » allaient alimenter le renouveau d’un fort nationalisme iranien ainsi qu’une
forme de syndrome obsidional qui perdure. La situation géopolitique actuelle de l’Iran
apparaît désormais définie par quatre caractéristiques principales : d’abord, son insertion
au cœur d’un Moyen-Orient travaillé en profondeur par des contradictions géopolitiques
croissantes ; ensuite, sa place de 2è exportateur de l’OPEP et 4è exportateur mondial d’Or
noir ; c’est aussi son statut particulier au sein de la Oumma musulmane (« Communauté
des croyants ») puisqu’il constitue le plus grand Etat de l’islam chiite regroupant plus de 40
% des coreligionnaires de cette obédience ; et enfin, sa propension avérée, depuis la
Révolution islamique de 1979, à exporter une forme inédite de militantisme islamique
antioccidental via la mobilisation de solidarités chiites transnationales, sans faire pour autant «
table rase » du glorieux passé perse.
Le nom « Perse » dériverait en fait de Pârs, lequel désignait une vaste région
située au Sud du plateau iranien d’où étaient justement originaires les Perses.
Ces derniers édifièrent le plus grand empire du monde antique (539-331) avec un
territoire couvrant alors approximativement quelque 7.5 millions km², à comparer avec les
1.648 000 km² actuels (équivalant tout de même à trois fois la France), ce qui traduit une
contraction considérable de l’aire impériale perse à son apogée.
Mais, c’est seulement au XXe siècle, précisément en 1935, que Reza Shah Pahlavi
(1925-1941) décida de remplacer le nom traditionnel de « Perse » par celui d’« Iran »,
sans doute moins connoté « ethno-linguistiquement » parlant et plus englobant sur le plan
politique. Cette démarche n’effaçait pas pour autant le soupçon impérial des
Persanophones, à peine majoritaires dans un pays qui se présente comme une véritable
mosaïque ethno-linguistique, ce qui peut constituer évidemment une faiblesse structurelle
interne. Sans doute n’est-ce pas un hasard si, sous le règne de son successeur,
Mohammad Reza Shah Pahlavi (1941-1979), le persan devint la langue officielle de l’Iran.
Les langues des minorités nationales furent, quant à elles, simultanément interdites
d’usage dans le pays. La plupart des toponymes kurdes, azéris, baloutchis, furent même «
persanisés ». Le nouveau régime appliqua une politique d’assimilation des différents
groupes ethniques afin de les fondre dans la masse iranienne. Dans cette optique
néoimpériale, l’Etat iranien devait se trouver renforcé grâce à la création d’une « nation »
iranienne, laquelle pourrait espérer re-devenir la grande puissance qu’elle fut souvent
dans l’Histoire.
La « Révolution islamique » de 1979 a, d’une certaine manière, perpétué le pouvoir
des « Persans » contre les minorités « nationales ». Le fait semble d’ailleurs paradoxal car
l’idéologie islamique fait théoriquement abstraction de toute considération ethnique. Selon
les préceptes de l’islam, il n’existe pas de différence entre les musulmans qui parlent des
langues différentes, que ce soit le persan, l’arabe ou toute autre langue d’ailleurs. On
pourrait presque aller jusqu’à parler d’un déni, dans l’islam, de l’existence des « minorités
ethniques ». Toute propagande destinée à promouvoir le nationalisme ethnique serait en
réalité perçue comme un mouvement séditieux alimentant la fitna (« division ») au sein de
la Oumma. Pourtant, la reconnaissance officielle des langues et des cultures régionales
dans la Constitution de ladite Révolution islamique (art. 15) est établie. Cela suscita
momentanément une certaine affirmation des identités ethniques et ouvrit - de manière
limitée - la possibilité de publier des ouvrages dans d’autres langues que le persan
consacré toutefois langue officielle de l’Etat. Le texte constitutionnel utilise explicitement leterme « persan », une façon pour le nouvel Etat iranien à vocation théologico-politique de
montrer que le persan est effectivement la langue de tous les locuteurs du pays, le terme
« farsi » ayant probablement été jugé trop restrictif.
On peut en effet noter qu’avant 1979 et l’avènement de la Révolution islamique, les
Iraniens étaient simplement dits parlant le « persan », mais que l’arrivée au pouvoir de
l’Ayatollah Khomeyni avait entraîné un changement de nom : le « persan » devenant alors
le « farsi ». Le mot « farsi » provient de la province du Fârs au centre du pays et désigne
en principe une variété locale du persan, dont le nom a depuis été étendu au persan pris
génériquement parlant.
Les Persanophones ne constitueraient toutefois aujourd’hui « que » 51 % des
quelque 70 millions d’habitants, ce qui signifie que l’autre moitié de la population parle
d’autres langues. Certes, environ 90 % de la population « parlent » et/ou « comprennent »
la langue officielle, mais autour de 10 % des Iraniens ignorent complètement le persan,
soit au moins de quatre à cinq millions de locuteurs.
Près du quart de la population du pays parle néanmoins des langues qui sont
souvent apparentées au persan et, en tout cas, relevant bien de la famille linguistique dite
indo-iranienne (entre autres les dialectes kurdes, le dialecte baloutche) - laquelle se
ramifie d’ailleurs encore aujourd’hui à l’extérieur de l’Iran, notamment en Afghanistan, et
plus largement en Asie centrale. Ainsi, le persan est-il appelé dari en Afghanistan et tadjik
(ou tajiki) au Tadjikistan. Les Iraniens, les Afghans et les Tadjiks parlent donc persan et, si
l’on veut préciser l’origine géographique, on parle alors de farsi (« persan » d’Iran), de dari
et/ou de pachtou (« persan » d’Afghanistan) ou encore de tadjik (« persan » du
Tadjikistan). Un Afghan parlant le persan dari et/ou pachtou, ainsi qu’un Tadjik parlant le
persan tadjik comprennent aisément un Iranien parlant le farsi. Mais lorsqu’on emploie le
terme général de « persan », c’est en ne faisant aucune allusion géographique à la
langue1.
Les Iraniens eux-mêmes disent donc parler le farsi, signifiant implicitement que leur
persan local est dialectalement différent de celui de l’Afghanistan ou du Tadjikistan. Cela
n’empêche pas pour autant la permanence d’une certaine proximité géopolitique, voire
l’instrumentalisation de certaines solidarités ethno-politiques, sur l’échiquier afghan actuel
notamment : les Iraniens ont, en effet, toujours soutenu la communauté des Hazaras, à la
fois linguistiquement « iranienne » et, qui plus est, d’obédience chiite, laquelle a de ce fait
toujours fait l’objet de persécutions dans un Afghanistan majoritairement sunnite ; mais
cela est également opérant dans les alliances nouées avant septembre 2001 avec les
Tadjiks persanophones de feu le Commandant Massoud contre les Talibans, des Sunnites
extrémistes inféodés aux Wahhabites saoudiens et aux Déobandis pakistanais, et donc à
ce titre ennemis séculaires des Iraniens ; voire avec ces mêmes Talibans, aujourd’hui
partiellement soutenus par Téhéran contre les troupes de la coalition occidentale et
pourtant honnis sur le plan confessionnel, mais qui demeurent essentiellement des
Pachtounes et donc se trouvent peu ou prou apparentés à l’aire ethno-culturelle iranienne.
Aussi paradoxal que cela puisse paraître, ce type d’alliance « opportuniste » avec un
ennemi confessionnel s’explique largement en vertu de l’adage bien connu qui stipule que
l’ennemi de mon ennemi - en l’occurrence la puissance américaine encerclant l’Iran - peut
devenir, momentanément du moins, un ami. Avec toutes les précautions qui s’imposent
dans ce subtil jeu régional en Asie centrale où les acteurs abondent, qu’il s’agisse des
grandes puissances (Etats-Unis, Chine, Inde) ou de puissances régionales comme la
Turquie dont on suspecte parfois un « pantouranisme » rampant, en contrepoint d’un «
paniranisme » politique plutôt inexistant.
Il faut signaler d’ailleurs qu’un autre quart de la population iranienne parlejustement une langue apparentée au groupe turc de la famille linguistique altaïque
(turcomongol) dont relèvent directement les dialectes azéri et turkmène, notamment parlés en
Iran. Ces dialectes sont transcrits avec l’alphabet arabe en Iran, mais avec l’alphabet
cyrillique en Azerbaïdjan et au Turkménistan, tous deux issus de l’ancienne Union
soviétique. En dépit de l’islamisation, de l’adoption de l’alphabet arabe pour transcrire le
persan moderne et d’innombrables apports mutuels entre les mondes arabe et iranien,
c’est avec le monde turcophone que l’Iran est le plus imbriqué. On parle d’ailleurs
volontiers de monde « turco-iranien » pour désigner ces territoires allant de Samarkand à
l’Anatolie, dominés d’abord par la culture et les empires iraniens puis envahis par les
Turco-Mongols. Du IXe siècle à la République islamique contemporaine, nombre de
Shahs de Perse - comme la dynastie des Qadjars (1786-1925) - étaient en réalité
turcophones, ce qui ne les empêcha pas de défendre jalousement l’Etat iranien contre
l’Empire ottoman.
L’actuel rapprochement entre Ankara et Téhéran, sur fond de question nucléaire
notamment, ne devrait pas forcément étonner.
Enfin, il existe en Iran une minorité arabophone (moins de 2 à 3 % de la
population), mais d’obédience chiite comme l’écrasante majorité des Iraniens et vivant
dans la province pétrolière du Khouzistan, anciennement dite « Arabistan ».
C’est le Shah Reza Pahlavi qui, parce qu’il voulait réduire les velléités
autonomistes, sinon indépendantistes, de l’« Arabistan », imposa en 1936 le changement
de nom de la région en « Khouzestan ». Cela ne signifie pas pour autant que la langue
arabe soit proscrite. De fait, en vertu de la Constitution (art. 16) établie par la République
islamique de 1979, étant donné que la langue du Coran, des sciences et des cultures
islamiques est l’arabe et que la littérature persane en est profondément imprégnée, cette
langue doit être enseignée après le cycle primaire et ce, jusqu’à la fin du cycle secondaire
dans toutes les classes et dans toutes les branches de l’enseignement.
Mais toute revendication d’une identité arabo-chiite au détriment de l’allégeance
nationale iranienne - a fortiori aujourd’hui à proximité d’un Irak désormais dominé par la
majorité arabo-chiite - demeure irrecevable pour le pouvoir iranien. De ce strict point de
vue, l’avènement d’un pouvoir, certes chiite, mais néanmoins arabe en Irak, peut
apparaître pour le pouvoir iranien autant comme un avantage - l’Irak n’est plus une
menace comme sous la dictature baathiste du sunnite Saddam Hussein - qu’un problème
avec l’émergence d’un risque irrédentiste qui ne se posait pas réellement auparavant, ce
qu’avait d’ailleurs montré la fidélité « nationale » des Arabes du Khouzestan lors de la
guerre Iran-Irak (1980-1988).
Dans tout Etat constitué, une telle fragmentation ethno-linguistique est évidemment
toujours porteuse de forces centrifuges. L’Iran n’échappe pas à la règle avec l’expression
récurrente de revendications identitaires émanant de ses minorités nationales. Plus
précisément, la configuration ethnique du pays oppose, d’une part, le plateau central,
habité par les Persans, d’autre part, les régions périphériques du territoire national où sont
installées les minorités ethniques. Ce peuplement périphérique a aussi comme
conséquence que les Azéris, les Kurdes, les Arabes, les Baloutches, les Turkmènes,
notamment forment des populations transfrontalières disposant de liens ethniques très
forts avec les ethnies parentes installées dans les pays voisins. Les territoires
périphériques situés aux frontières de l’Iran sont, de fait, peuplés de nombreuses minorités
ethniques communes avec les États voisins (Turquie, Arménie, Azerbaïdjan,
Turkménistan, Afghanistan, Pakistan, Irak, Arabie Saoudite, Emirats arabes unis).
Certaines de ces frontières sont assez anciennement établies puisque celle avec l’ancien
Empire ottoman, et donc la Turquie qui lui succède, fut fixée par le deuxième traitéd’Erzerum en 1847, lequel consacra la souveraineté du Shah perse, sur des tribus kurdes
et arabes, et celle avec les Indes du Raj britannique, et donc l’Afghanistan et le Pakistan
actuels, le fut par le colonisateur britannique en 1872. Or, les minorités « ethniques »
d’Iran semblent aujourd’hui revendiquer de plus en plus la reconnaissance de leurs
droits culturels et une plus grande autonomie régionale. Depuis peu, ces revendications
sont devenues plus virulentes. Autrement dit, l’Iran connaît de sérieuses difficultés avec
ses minorités « ethniques », qui se mobilisent de plus en plus violemment contre le
pouvoir central. C’est le cas des Baloutches à l’Est avec l’émergence depuis 2005 d’un
mouvement de guérilla dénommé le Joundallah (« Soldats d’Allah »), lequel a commis un
certain nombre d’attentats contre les forces de sécurité iraniennes depuis le milieu des
années 2000. C’est le cas également au Nord-Ouest du pays avec le renouveau d’un
certain nationalisme azéri et l’apparition d’un nouveau groupe de guérilla kurde appelé le
PJAK (« Parti pour une Vie Libre au Kurdistan »), ainsi qu’au Sud-Ouest avec
l’effervescence des Arabophones du Khouzestan.
Il n’en reste pas moins que l’identité nationale iranienne, largement forgée par
l’Histoire, n’est pas une pure fiction. A cet égard, c’est peut-être l’islam chiite qui constitue
une des clés essentielles pour comprendre la permanence de ce fort sentiment national
iranien. L’avènement des Séfévides au XVIe siècle marqua sans doute un tournant décisif.
Cette dynastie cherchait à instaurer un Etat centralisé, capable de lutter à la fois contre les
forces centrifuges et de résister aux pressions extérieures comme avait pu l’être l’invasion
arabo-musulmane du VIIè siècle. L’Iran devint dès le IXe siècle un pays majoritairement
musulman et dont l’écriture était désormais fondée sur l’alphabet arabe, plus précisément
qualifié d’« arabo-persan ».
La quasi-totalité des Iraniens - quelque 75 millions d’habitants - sont aujourd’hui
musulmans à 97 %, le reste étant constitué de minorités religieuses non-musulmanes,
mais néanmoins monothéistes - Chrétiens, Juifs, Zoroastriens et Bahaïs - et d’ailleurs
représentées pour cette raison au Majlis (« Parlement ») en vertu de la Constitution (art.
64) et exception faite des Bahaïs jugés « hérétiques » et, à ce titre, systématiquement
persécutés.
Mais parmi ces musulmans, on compte plus de 80 % de Chiites et seulement si l’on
peut dire 10 % de Sunnites, les deux principales obédiences de l’islam. Dans la seconde
moitié du VIIe siècle, les populations iraniennes avaient alors majoritairement pris le parti
d’Ali, le gendre de Mahomet, dont le califat était contesté par Mouawiya Ier, lequel allait
fonder la dynastie des Omeyyades (661-750).
Cet événement devait provoquer la fitna au sein de la Oumma, ce qui donna
naissance au sunnisme et au chiisme, lequel fut majoritairement adopté en Iran. Il revint à
la dynastie des Séfévides (1501-1736), plus précisément à Ismaël Ier (1501-1524), d’avoir
instauré le chiisme comme religion d’Etat. Les raisons de ce choix sont multiples, parmi
lesquelles sans doute la ré-affirmation d’un particularisme persan pour marquer la
différence de l’Iran par rapport à son environnement géopolitique majoritairement sunnite,
essentiellement arabe à l’origine, et désormais turc avec la présence durant des siècles
de l’Empire ottoman à ses frontières. Bref, ce qui unit les Iraniens, c’est peut-être
davantage l’islam chiite que la langue officielle, le persan, parlée comme langue
maternelle par seulement 51 % de la population.
Mais simultanément, l’imposition du chiisme au cœur de l’espace historique iranien
allait contribuer à l’éloignement des zones initialement associées à ce domaine iranien
(Afghanistan, Asie centrale) et restées, elles, fidèles au sunnisme, voire à la maîtrise
incertaine de ses propres périphéries « nationales » peuplées de minorités, peut-être «
iraniennes », mais d’obédience sunnite comme les Kurdes à l’Ouest et les Baloutches àl’Est. Cette double variable ethno-confessionnelle explique, pour partie, l’instabilité
actuelle des périphéries iraniennes et suscite la hantise de la part du pouvoir central d’une
instrumentalisation extérieure via une « cinquième colonne » intérieure pour déstabiliser le
régime actuel.
Il est évidemment facile pour le gouvernement iranien d’accuser - comme il le fait
régulièrement depuis plusieurs années - les Etats-Unis et le Royaume-Uni d’inciter les
minorités kurdes, arabes et baloutches à se révolter contre le régime de la République
islamique, ce qui permet de justifier le maintien de ces minorités dans la marginalisation,
sinon leur répression. Cependant, cette politique centripète brutale présente le risque
accru de fédérer des mécontentements contre une hégémonie persane, de finir par
exacerber 49 % de la population contre le pouvoir central et devenir, à terme, dangereux
pour la stabilité du pays.
L’Iran n’étant pas à un paradoxe près, il est un de ces pays où la confession -
l’islam, mais d’obédience chiite et qui plus est duodécimain - a joué et continue de jouer
un rôle déterminant dans la permanence d’une forte identité nationale. Il se trouve que
cette obédience confessionnelle particulière est également susceptible de servir
d’instrument géopolitique pour mobiliser des solidarités chiites à l’extérieur de l’Iran,
alimentant notamment aujourd’hui dans le monde arabe, majoritairement sunnite, le
spectre d’un « Croissant chiite » courant du Liban « hezbollahisé » à l’Irak post-Saddam
en passant par la Syrie alaouite de Bachar al-Assad, indéfectible allié de Téhéran dans la
région. Cette représentation arabo-sunnite opératoire d’un « Croissant chiite » susceptible
d’instrumentaliser les minorités chiites des pays arabes sunnites et auquel il conviendrait
alors d’opposer un « Arc sunnite » défensif, constituerait de la sorte la marque d’un nouvel
hégémonisme persan. Cet hégémonisme régional persan se traduirait par un projet
panchiite sinon pan-islamique et assurément anti-occidental, dont les prolongements
prosélytes parviendraient jusqu’au Yémen zaydite, voire plus loin encore jusqu’au Maroc
alaouite dit également alaouide (pour éviter toute confusion avec les Alaouites de Syrie).
L’enjeu essentiel réside dans le fait de déterminer si cette situation qui associe
paradoxalement des tensions ethno-confessionnelles internes à des solidarités pan-chiites
et/ou iranophones externes constituent somme toute les deux faces d’un même janus
historique de l’Etat iranien, ou si elle porte en germe la possibilité d’une recomposition «
ethno-confessionnelle » de ce vaste ensemble géopolitique régional qualifié de Great
Middle East (« Grand Moyen-Orient ») par certains cercles stratégiques américains au
sein duquel la dyade conflictuelle « Croissant chiite » versus « Arc sunnite » vaudrait
comme représentation auto-réalisatrice.
David RIGOULET-ROZE
Paris, janvier 2011
1 Cf. Jacques Leclercq, « Iran ( Jomhuri-ye Eslami-ye Iran) », in L’aménagement
linguistique dans le monde, (http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/asie/iran.htm).1re PARTIE : PROBLEMATIQUES
INTERNESChapitre 1 – L’obsession millénariste
mahdiste du président Ahmadinejad ou
les paradoxes du pouvoir
théologicopolitique dans la République islamique
d’Iran millénarisme « mahdiste » du laïc
Ahmadinejad versus rationalisme
ecclésial « Mollahiste »
« Dieu ne se préoccupe pas des questions d’économie »2.
« Le Mahdi est en charge des af aires du monde et dirige toutes les af aires
du pays [l’Iran, NDA] »3.
« O Seigneur tout-puissant, je te prie de hâter la venue du dernier dépositaire
de tes secrets, le Promis, cet être humain parfait et pur qui remplira ce monde de
justice et de paix »4.
De l’extérieur, le régime théologico-politique iranien apparaît bien difficile à
appréhender dans toute sa complexité. Et ce n’est pas le moindre paradoxe, dans cette
configuration, de considérer que les plus intégristes ne sont pas nécessairement ceux
auxquels on penserait de prime abord : en l’occurrence, les membres du clergé chiite
supposés incarner cette théocratie inédite, depuis le simple mollah jusqu’à l’ Ayatollah en
passant par l’ hodjatoleslam 5. De fait, les luttes de pouvoir au sein du régime,
permanentes depuis l’avènement de la République islamique le 1er avril 1979, sont
néanmoins devenues d’une férocité sans égale depuis l’élection le 24 juin 2005 du
président ultra-conservateur Mahmoud Ahmadinejad. Ce « laïc » - évidemment pas au
sens où nous l’entendons en Occident, et plus particulièrement en France, mais tout
simplement parce qu’il n’est pas membre du clergé - se sent investi d’une mission
eschatologique quasi-mystique comme seule la culture chiite sait en produire
régulièrement au cours de son histoire tourmentée depuis le IXe siècle : à savoir, une
forme spécifique de millénarisme madhiste. Le président iranien est en effet fermement
convaincu de l’imminence de l’avènement du Mahdi - habituellement désigné par ses titres
de Imam al-Asr (l’Imâm « du Temps ») et/ou de Sahib az-Zaman (« Seigneur du Temps »
-, c’est-à-dire de l’imam Muhammad al-Mahdi (869- ?) alias Abou Al-Qassem Mohammed,
le douzième imam dit « imam caché » parce que, selon la croyance chiite, il aurait disparu
en 941 lors de la « grande occultation » ( al-ghayba al-Kubra, de l’arabe ghayba, signifiant
« absence », « éloignement », « disparition ») et qu’il est censé réapparaître avant la fin
des Temps pour instaurer la société islamique idéale qui fait jusqu’à présent défaut.
Or, le président Ahmadinejad aurait assigné à la République islamique rien moins
que « la tâche de préparer la voie à l’avènement du Mahdi ». Dans l’une de ses premières
interviews, après son élection à la présidence, il déclarait avec enthousiasme : « Y a-t-il un
art plus magnifique, plus divin, plus éternel que celui de la mort d’un martyr ? ». Le 14
septembre 2005, il concluait son premier discours à la tribune des Nations Unies en
implorant Allah d’opérer le retour du Douzième Imam. Il y revenait avec insistance lors
d’une conférence de théologie, en novembre 2005 : « La tâche la plus importante de notreRévolution, est de préparer la voie au retour du Douzième Imam »6. Cela n’est pas
forcément surprenant dès lors que l’on suppute que le président iranien - dont le pouvoir
demeure par ailleurs relativement limité dans l’architectonique du régime qui est censé
placer le « guide » au-dessus des contingences politiciennes - serait peu ou prou lié à
l’obscur mouvement hojjatieh qui n’est, sans mauvais jeu de mots, pas nécessairement
en « odeur de sainteté » pour le clergé traditionnel. Ce dernier, par définition
généralement conservateur, voit en effet plutôt d’un mauvais œil toute forme
d’irrationalisme mystique susceptible de constituer une forme de concurrence politique sur
ses prérogatives temporelles.
La « Société » Hojjatieh Mahdavieh ( Anjoman-e kheiriya-ye Hojjatiya-ye
Mahdaviyya) qui prêchait d’ailleurs l’encouragement du chaos pour accélérer la venue du
12e imam ( Mahdavieh, étymologiquement Mahdi), avait été fondée à Machhad7 en 1953
par le cheikh Mahmoud Zakerzadeh Tavallai (1900-1998), plus connu du grand public
sous le nom de cheikh Mahmoud Halabi (sous le gouvernement du premier ministre
nationaliste Mossadegh qu’il soutenait contre le Chah), à l’époque pour lutter
spécifiquement contre le Bahaïsme8. D’ailleurs sa dénomination originelle était :
Andjoman-e zed-e Bahaï (Association anti-Bahaï, ou « AZB »)9 dont le but était de
combattre la communauté Bahaï (minorité religieuse fondée au XIXe siècle) par tous les
moyens. En 1963, cette société intégriste était engagée au côté de Khomeyni quand ce
dernier décida de remettre en cause la légitimité du Chah. La société était réapparue en
1978-79 à la faveur de l’avènement de la Révolution islamique et l’établissement du
système de Velayat-é Faqih (« Tutelle du Guide Suprême ») - à l’époque l’Ayatollah
Ruhollah Khomeyni (1902-1989). La « Société » Hojjatieh et ses membres avaient donc
originellement servi les intérêts du régime clérical iranien. D’ailleurs, craignant une prise
de pouvoir par les Communistes du Parti Toudeh (« des Masses »), le cheikh Mahmoud
Halabi poussa finalement ses adeptes à voter pour le Velayat-é Faqih lors du référendum
de décembre 1979 sur la forme de gouvernement que devait prendre le pays. Cependant,
la doctrine Hojjatieh avait rapidement gêné Khomeyni qui avait critiqué publiquement ses
adeptes en 1983 en déclarant à leur sujet qu’ils « ne peuvent même pas diriger une
boulangerie, et encore moins un pays » 10et la société prit alors la décision de
s’autodissoudre. Dans un discours prononcé le 12 juillet 1983, il dit : « Ceux qui croient que
nous devrions laisser les péchés s’accroître jusqu’à la réapparition du douzième Imam,
doivent modifier ou reconsidérer leur opinion… Si vous croyez en notre pays [alors]
chassez ces mouvement réformateur millénariste initié par le « Bab », lequel querelles
intestines et joignez-vous à la vague qui amène la nation en avant, sinon elle vous ruinera
»11. La « Société » Hojjatieh annonça sa dissolution le jour même12.
Le logo d’Hojjatieh- « L’association charitable Hojjatieh du Mahdisme »Dans le prolongement de cet avertissement sans frais de la part de l’imam
Khomeyni, de jeunes sympathisants du mouvement Hojjatieh s’en éloignèrent pour se
ranger au principe du velayat-e faqih (« règne du juriste », c’est-à-dire primauté du pouvoir
religieux sur le politique) prôné par le « Guide » de la Révolution. L’un d’entre eux avait
peut-être un patronyme prédestiné puisqu’il s’agit d’Ali Akbar Velayati (1945-), pédiatre de
formation et appelé à devenir rapidement ministre des Affaires étrangères de la
République islamique (1981-1997). Il est aujourd’hui encore conseiller diplomatique
particulier du « Guide » actuel, l’Ayatollah Seyyed Ali Hossaini Khamenei (1939-). Kamal
Kharrazi fut également ministre des Affaires étrangères de la République islamique durant
le mandat de l’ancien président « réformateur » l’ Hodjatoleslam Seyyed Mohammad
Khatami (1997-2005).
Mostafa Chamran Savei (1932-1981) fut nommé en 1979 commandant en chef des
Pasdarans (le Corps des « Gardiens de la Révolution »), et last but not least co-fondateur
en 1974 avec l’imam Moussa Sadr de la milice libanaise chiite Amal - acronyme arabe
signifiant « espoir » - d’ afwâju l-muqâwamati l-lubnâniya (« détachements libanais de
résistance »).
Cheikh Mahmoud Halabi, fondateur d’Hojjatieh (D.R)
La fin officielle de la Société Hojjatieh n’impliquait en tout cas pas forcément la fin
de son rôle dans la politique iranienne. Par exemple, Ali Akbar Nateq-Nuri (1943-) devint
président du cinquième parlement ( Majli-e-Chura-e-islami) iranien (1996-2000) et sert à
présent comme membre du « Conseil de discernement de l’intérêt supérieur de l’Etat » (
Madjma-é tashkhis-é maslahat-é nezam) et conseiller du « Guide suprême de la
Révolution islamique » ( Rahbar-e enqelāb), l’Ayatollah Ali Khamenei. Gholam Ali Haddad
Adel (1945-) fut pour sa part président du septième Majlis iranien (2004-2008) - le premier
à ne pas être membre du clergé depuis la Révolution iranienne de 1979 - avant que Ari
Ardashir Larijani (1958-) lui succède en mai 2008. Sa fille est mariée à l’un des fils de
l’actuel « Guide », Ali Khamenei. Ali-Akbar Parvaresh (1942-) servit en tant qu’adjoint au
président du parlement et comme ministre de l’Education. L’Ayatollah Ahmed
AzhariQomi-Bigdeli (1925-) servit comme procureur de la république, représenta Khomeyni lors
d’un examen parlementaire de la Constitution, représenta Qom auprès du corps législatif,servit comme membre de l’« Assemblée d’experts » ( Majles-e Khobregān), et fut à la tête
de la Fondation Resalat (« Mission »). Le régime finit par l’assigner à résidence pour avoir
mis en question le système de Velayat-é Faqih 13 et les qualifications de l’actuel « Guide
suprême » Ali Khamenei. Il décéda en 199914.
L’écrivain et philosophe Abdel Karim Soroush (1945-), quant à lui, fut longtemps
membre du Haut Conseil pour la Révolution Culturelle avant d’en démissionner en 1982
pour incompatibilité intellectuelle et devenir professeur de mystique islamique. Après avoir
appelé publiquement à la séparation de la religion et du politique en 1996, il dût s’exiler un
temps aux Etats-Unis avant de rentrer en Iran.
Le fait est que, dans les mois suivants le succès de la révolution islamique de
1979, les rassemblements avec l’affiliation Hojjatiya avaient adopté le slogan de « Ô
Mahdi, fais ton apparition » ( Mahdi biā Mahdi biā). En réponse, les foules pro-Khomeyni
composèrent elles-mêmes un slogan « Ô Dieu, Ô Dieu, préserve Khomeyni jusqu’à ce
que le Mahdi apparaisse ; préserve-le même à coté du Mahdi » ( Kodā yā, Kodā yā tā
enqelāb-e Mahdi, hattā kenār-e Mahdi, Ko-meyni rā negahdār).
Khomeyni parvint ainsi à contrer le rejet spécifiquement théologique de sa doctrine
théologico-politique du velayat-e faqih (« règne du juriste », c’est-à-dire primauté du
pouvoir religieux sur le politique) par les Hojjatieh qui demeuraient convaincus, quant à
eux, que le chaos doit être créé afin de hâter la venue du Mahdi, le 12e imam chiite, l’«
imam caché ». Alors seulement, selon eux, une authentique République islamique pourrait
advenir. Attendant des jours meilleurs, ladite société avait alors choisi de se mettre en
sommeil en tant que cercle d’influence. Les membres de l’ Hojjatieh se dispersèrent
notamment dans les rangs de la « Société de la Coalition Islamique » ( Jameyat-e
Motalefe-ye Eslami Motalefeh), mais sont demeurés discrètement actifs. Des informations
durant ces dernières années faisaient d’ailleurs état de la renaissance de la société même
si ces néo-Hojjatieh ne seraient plus tant anti-Bahaïs qu’anti-Sunnites.
Or, il se trouve qu’Ahmadinejad - nonobstant ses dénégations - est justement tenu
pour nourrir des sympathies envers l’ Hojjatieh, s’il n’en a pas été lui-même formellement
apparenté au cours de son parcours militant. La société islamique à laquelle il avait
appartenu lorsqu’il était étudiant à l’Université Elm-o Sanat (« Science et Industrie »)15
était un groupe ultra-conservateur et fondamentaliste comprenant un grand nombre
d’étudiants issus de l’Iran profond et qui aurait eu des liens militants avec l’ Hojjatieh. De
fait, la dimension proprement révolutionnaire de ladite société va dans le sens des
rumeurs qui affirment qu’Ahmadinejad voulait également prendre d’assaut l’ambassade
soviétique en parallèle et/ou en lieu et place de celle des Etats-Unis à Téhéran pendant la
Révolution islamique (4 novembre 1979 - 20 novembre 1981).
Il est, en tout cas, intéressant de relever que des vingt-et-un ministres du cabinet
initial d’Ahmadinejad, trois étaient tenus pour avoir des antécédents dans l’ Hojjatieh :
c’est le cas du chef du ministère des Renseignements et de la Sécurité nationale (
Vezarat-e Ettela'at va Amniat-e Keshvar) - plus connu sous l’acronyme VEVAK -, l’
Hodjatoleslam Gholam Hossein Mohseni-Ejehyi, diplômé de l’école théologique Haqqani
fondée par l’ Hojjatieh dans la ville sainte de Qom ; l’ Ayatollah Mohammad Taqi
MesbahYazdi, cet imam chiite ultra-radical qui serait l’auteur de la fatwa ayant intimé aux quelque
deux millions de membres des milices islamiques Bassiji (« Volontaires ») de voter pour
Ahmadinejad lors des élections présidentielles de juin 2005, serait également lié à cette
mouvance16 nonobstant ses dénégations répétées ; l’ancien ministre de l’Intérieur,
Mostafa Pour-Mohammadi, limogé le 17 mai 2008 et remplacé pour d’obscures raisons
par Mehdi Hachemi, un intime du président iranien, est un autre ancien de l’école Haqqani
et donc suspecté de sympathies Hojjatieh 17. On rendit le très controversé AyatollahMohammed Taqi Al-Din Mesbah-Yazdi18, âgé de 75 ans et caricaturé un jour sous les
traits d’un « crocodile » ( Aka en persan)19, principal responsable de la transformation
d’un mouvement initialement largement « anarchiste » en ce qu’il rejetait toute forme
de pouvoir ou de gouvernement positif, y compris et même surtout islamique, en un
acteur-clé influençant profondément le gouvernement du président Ahmadinejad qui aurait
en quelque sorte pris la forme inédite d’une mouvance « néo-hojjatieh »20. De fait, le
puissant religieux est tenu pour être le Marja-e taqlid d’Ahmadinejad (« source d’émulation
» ou « modèle à imiter » ou encore « objet d’indentification »). « Ceux qui considéraient la
Révolution, à l’époque de l’Imam Khomeyni, comme une déviation, sont maintenant aux
commandes » aurait déclaré l’ancien président « réformateur » l’ Hodjatoleslam Seyyed
Mohammad Khatami (août 1997 - juin 2001 et juin 2001 - août 2005) à la faveur d’un
sermon post-électoral prononcé dans la ville très conservatrice de Mashad, au Nord-Est
du pays, la même ville choisie par Ahmadinejad pour tenir sa première réunion de cabinet
tout juste après son élection de juin 2005. Les commentaires inquiets de Khatami faisaient
suite à ceux de l’Ayatollah Mohammad Reza Tavassoli, un ancien secrétaire particulier de
l’imam Khomeiny et membre du Puissant « Conseil de discernement de l’intérêt supérieur
de l’Etat » ( Madjma-é tashkhis-é maslahat-é nezam). Il n’avait pas hésité à affirmer que
la branche exécutive du gouvernement iranien, tout comme les troupes d’élite que
constituent les Pasdarans 21 (« Gardiens de la Révolution »), corps dont est issu le
président Ahmadinejad, avaient été détournées par l’ Hojjatieh, impliquant que ces
derniers contrôlaient également Ahmadinejad22.
Toujours est-il que lors de son accession à la présidence, Mahmoud Ahmadinejad,
fait remarquer l’ancien journaliste Kianouch Dorranie23, qui appartenait déjà au groupe dit
des Montazaran (« Ceux qui attendent » - sous entendu : le retour du Mahdi), aurait
conclu « un contrat avec l’imam caché »24. Il aurait demandé et obtenu de ses principaux
ministres d’en faire autant. Il finance un institut de recherche à Téhéran, dont le seul but
est d’étudier et, si possible, de hâter la venue de l’imam. D’après certaines rumeurs, le
président iranien, alors qu’il était maire de Téhéran (mai 2003 - juin 2005) aurait
discrètement incité le Conseil municipal en 2004 à construire une grande avenue en guise
de préparation au retour du Mahdi 25. Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad, qui
aurait fourni une vingtaine de millions de dollars afin de préparer le tombeau pour ce
moment eschatologique, aurait même signifié à son cabinet qu’il s’attendait à ce que le
Mahdi arrivât avant la fin de son mandat mi-2009.
Mehdi Karroubi, un clerc détracteur du président iranien et candidat malheureux
déclaré à la présidentielle de juin 200926, a signalé qu’Ahmadinejad aurait commandé
que la plateforme électorale de son gouvernement soit déposée à Jamkaran27 dans un
lieu où les fidèles laissent des messages pour l’ « imam caché »28. Cela aurait impliqué la
ratification d’une charte jurant fidélité envers le Mahdi. Le Président alors nouvellement élu
aurait été le premier à apposer sa signature. Mais une charte impliquant deux parties et
étant donné que la seconde signature, en l’occurrence celle de l’imam caché, est pour
l’heure absente, le président Ahmadinejad aurait secrètement confié au ministre de la
Culture islamique, Safar Harandi, le soin de « déposer » ladite charte au fonds du « puits
» - en fait une simple boite aux lettres - de la mosquée Jamakaran29. Cette mosquée de
Jamkaran 30, au Sud de la ville de Qom, est le principal lieu de pèlerinage des adeptes de
sa doctrine parce que c’est là que le Mahdi, est censé émerger prochainement pour
inaugurer la « fin des Temps »31. Tous les mardis soir, des dizaines de milliers de
pèlerins iraniens implorent sous la coupole de la mosquée Jamkaran le retour du Mahdi
censé s’y rendre incognito précisément ce jour-là.
Cette tradition chiite de l’attente du Mahdi mêle donc fortement croyance religieuseet superstition. A Jamkaran, les visiteurs - une dizaine de millions par an - ont également
la possibilité de déposer des Vœux dans un puits sacré. Mais depuis l’arrivée au pouvoir
de Mahmoud Ahmadinejad, le culte de « l’imam caché », habituellement prisé dans les
milieux populaires des campagnes, a pris une dimension politique. Cela inquiète les
milieux intellectuels et religieux « orthodoxes » qui craignent, selon Azadeh Kian Thiébaut,
chercheuse au CNRS et spécialiste des questions de femmes en Iran, de voir se
substituer à la culture politique et religieuse citadine, celle du monde rural,
traditionnellement imprégnée de superstitions32.
Illustration s’il en est de cette dimension messianique, il y a cette fameuse vidéo,
qui a circulé abondamment sur Internet. On y voit le président Mahmoud Ahmadinejad
s’entretenir avec l’Ayatollah Abdollah Javadi Amoli, un haut représentant du clergé chiite.
Celui-là confie l’impression d’avoir été « entouré d’un halo de lumière » lors de son
allocution prononcée, le 17 septembre 2005, aux Nations Unies, à l’occasion de laquelle il
avait imploré le retour de l’ « imam caché ». Comme le président iranien s’efforce de
l’expliquer : « Un membre de notre groupe me dit que lorsque je commençai à dire ‘Au
nom de Dieu, le tout-puissant, le miséricordieux’, il distingua une lueur autour de moi et
j’étais dès lors placé à l’intérieur de cette aura. Je l’ai sentie moi aussi. J’ai senti
l’atmosphère changer soudain, et pendant ces 27 à 28 minutes, tous les dirigeants de ces
pays qui m’écoutaient n’ont pas cillé… comme si une main les retenait et ouvrait leurs
yeux pour recevoir le message de la République Islamique… »33. La main, selon lui, de
l’« Imam caché » qui « avait baigné ce lieu dans une douce lumière ».
Le 10 avril 2006, juste avant qu’il n’annonce le 14 avril suivant que l’Iran avait forcé
la porte du « club nucléaire », le président Mahmoud Ahmadinejad aurait disparu durant
quelques heures. Il se serait entretenu en tête-à-tête ( khalvat) avec l’ « Imam caché »
ipse. Dans chaque génération, l’Imam choisirait 36 hommes appelés les owtad (« clous »),
dont la présence, « enfoncée au marteau dans l’existence de l’humanité », empêcherait
l’univers de s’effondrer. Même si les clous ne sont pas connus du commun des mortels, il
est possible d’en identifier un, de temps en temps, grâce à ses actes. C’est sur cette base
que les plus fervents admirateurs d’Ahmadinejad affirment avec assurance qu’il est in
personam un « clou », assertion que l’intéressé ne s’empresse pas de démentir34. En
2005, c’est dans le prolongement d’un autre khalvat [tête-à-tête] qu’Ahmadinejad aurait
annoncé son intention de se présenter à la présidence qu’il devait - contre toute attente
des media, notamment occidentaux -, remporter. Aujourd’hui, il se vante du fait que ce
serait l’Imam qui lui aurait donné la présidence dans le seul but de provoquer un « choc de
civilisations » à la Samuel Huntington, au cours duquel la Oumma (« Communauté »)
musulmane, conduite par l’Iran chiite, s’en prendra à l’Occident kafir (« infidèle ») dirigé
par les Etats-Unis, et le vaincra dans un ultime combat35, l’équivalent de celui de l’
Armaggedon 36. C’est ce qu’avait voulu mettre en exergue l’orientaliste et/ou islamologue
Bernard Lewis dans un article délibérément provocateur paru en 2006. Selon lui,
Mahmoud Ahmadinejad et ses adeptes croient fermement que ces temps sont venus et
que la lutte finale est déjà entamée, voire bien avancée. Il supputait même qu’elle pourrait
avoir une date précise, mentionnée par plusieurs indications du président iranien sur sa
réponse finale aux États-Unis sur la question nucléaire : à savoir le 22 août. En 2006, le
22 août correspondait, dans le calendrier islamique, au 27e jour du mois de Rajab de
l’année 1427. Or, pour beaucoup de musulmans, la tradition veut que, cette nuit-là, le
prophète Mahomet enfourcha le cheval ailé Buraq pour se rendre d’abord à la « mosquée
la plus éloignée », usuellement considérée comme se situant à Jérusalem, puis monter au
Paradis, avant de revenir sur Terre : cette élévation surnaturelle constitue le fameux Miraj
37 qui a d’ailleurs donné son nom français au « mirage ».La fin de l’article de Lewis se voulait néanmoins prudente, voire rassurante : « Il
n’est pas certain du tout qu’Ahmadinejad prépare une telle opération cataclysmique pour
le 22 août précisément »38. Le fait est qu’il n’en fût rien. Mais il n’est pas douteux que le
président iranien se situe bien dans cette vision apocalyptique.
Dans un discours prononcé le 11 novembre 2008 à Machhad, à l’occasion de
sixième année de la journée culturelle et artistique de l’Imam Reza, 8e Imam chiite, le
président iranien réitérait ses certitudes : « La période de domination et de l’oppression a
fini. Aujourd’hui, toutes les écoles de pensée et tous les gouvernements (occidentaux) ont
montré leurs expériences et grâce à Dieu et à celle de de l’ Imam Zaman, ils se sont
rejoints dans le passé. L’être humain est à la recherche d’un nouveau chemin (une
nouvelle voie) et d’une réalité claire afin qu’il soit adaptable à son essence, en effet, c’est
le chemin de la connaissance de l’ Imam Zaman. Aujourd’hui, le monde est dans l’attente
et la seule voie pour sauver l’humanité, c’est d’être adepte de l’ Imam Zaman. Le message
de peuple musulman iranien au monde, c’est de l’inviter à suivre la voie de notre Imam.
Vous, les grandes puissances du monde, vous êtes encerclées par des révoltes, vous
êtes battues à mort, on vous invite à rejoindre le chemin de vérité, celui de l’ Imam Zaman.
Celui ou celle qui a goûté la compréhension de la connaissance de l’Imam Zaman, ce sera
impossible qu’il s’incline devant l’oppresseur et on a la tâche ou la responsabilité de faire
connaître l’ Imam Zaman au monde entier ».
C’est en tout cas la première fois qu’un chef d’Etat contemporain base son discours
sur l’attente, voire sur l’imminence du retour du Mahdi 39, souligne l’écrivain, sociologue et
journaliste réformiste Emadeddin Baghi40. Le problème majeur réside dans le fait qu’une
politique supposée être menée en alliance avec une force surnaturelle est nécessairement
imprévisible. Or, ce rapport au Mahdi, perçu comme largement irrationnel et donc comme
potentiellement dangereux par la communauté internationale41, n’a pas manqué de
rendre plus difficiles encore les négociations sur le nucléaire engagées depuis plusieurs
années sans réel résultat.
La « réélection » officielle - nonobstant son caractère plus que controversé -
d’Ahmadinejad en juin 2009 ne peut que compliquer davantage les choses. Et une vidéo,
d’origine inconnue, mise en ligne par Bernard-Henri Lévy le 25 juin 2009 viendrait en
quelque sorte confirmer les inquiétudes que l’on peut avoir sur la personnalité du président
iranien et ceux qui le soutiennent. Cette vidéo met en scène le président Ahmadinejad, à
Qom, en compagnie de son mentor, l’Ayatollah Mesbah Yazdi, ainsi qu’un cénacle de
fidèles. Selon Bernard-Henri Lévy, elle daterait du 13 juin 2009, soit le lendemain de la
victoire supposée de Mahmoud Ahmadinejad (datation que tendraient à corroborer tant les
remerciements réitérés que le programme annoncé « d’islamisation radicale »). On ignore
qui a « capturé » ces images, puis a choisi de les diffuser, mais il s’agit, sans doute, de
personnes issues de ce cénacle même. C’est sans conteste une réunion privée, et en petit
comité, dont le contenu n’était certainement pas destiné à être rendu public, mais plutôt
réservé à des initiés auxquels on s’adresse, parfois, en langage codé. On y voit le «
Président non [encore] élu » remercier son mentor et ses invités pour leur soutien et les
services rendus. Il leur assure, que grâce à leur aide, la « grande victoire » est proche. Le
tout sur un ton et dans une terminologie dont la teneur messianique est particulièrement
marquée : « A mon avis, la Révolution est en train de trouver son chemin. (…) Un
nouveau bouleversement a commencé. (…) Un rude travail vient de s’achever. Une
période difficile vient de s’achever mais une période plus dure encore débute. (…)
J’espère que cette nouvelle étape difficile nous mènera enfin à ce que nous attendons
tous. (…) Il est entendu et prévu que, là-bas [à Téhéran] une organisation se tienne prête.
(…) L’occasion de réaliser tout ce dont nous parlons et ce que nous désirons estaujourd’hui à portée de main. (…) L’opportunité est là. J’espère que ce à quoi nous
pensons et les bouleversements que nous attendons se produiront le plus tôt possible.
(…) La logique ne s’applique pas aux mouvements qui s’appuient sur la volonté divine et
la miséricorde divine ». Tout un programme donc qui ne peut que renforcer les
inquiétudes occidentales quant aux attendus de la crise sur le nucléaire iranien.
A l’occasion d’une cérémonie d’adieu tenue le 8 septembre 2009 en l’honneur du
ministre sortant des Renseignements Mohsen Ejei, le président Mahmoud Ahmadinejad a
déclaré que la mission du régime islamique était de brandir la bannière du « mahdisme »
(à savoir propager le message de l'arrivée imminente du Mahdi) à travers le monde. Et
dans une allocution prononcée deux jours plus tard, le 10 septembre 2009, devant des
professeurs d’université, le président iranien a critiqué la « théorie occidentale du
développement » en estimant que cete théorie se trouvait dans l’impasse et que c’était le
rôle de l’Iran de proposer au monde un modèle alternatif de progrès - un modèle basé sur
des « valeurs divines et idéalistes plutôt que matérielles » et sur l’exemple d’Ali ibn Abi
Talib et du Mahdi. Et de conclure comme transporté : « Notre nation, avec son patrimoine
culturel et son [adhésion] à un [ensemble] de valeurs morales divines, ne peut en aucune
façon emprunter une voie [fondée] sur des valeurs matérialistes.
Le monde peut-il concevoir un modèle pour le passé, le présent et l'avenir de la
société humaine qui soit supérieur à celui de la société d’Ali [ibn Abi Talib, premier imam
chiite] et du Mahdi ? »42.
Ce thème du Mahdi est récurrent au fil de déclarations du président iranien.
Le 23 février 2010, il n’hésitait pas à affirmer que les Etats-Unis étaient « le
principal obstacle à l’apparition » du Mahdi : « Le principal obstacle à l’apparition (de
l’imam Mahdi) sont les puissances oppressives et à leur tête les Etats-Unis (...) car elles
détournent la pensée de l’humanité de Dieu, des prophètes, des valeurs morales et
divines », avait déclaré le président Ahmadinejad à l’occasion d’un discours lors d’un
déplacement en province. Le 12 mars suivant, il prédisait encore que le monde serait
bientôt gouverné par l’Islam sous la conduite de l’Iran. Il déclarait dans un discours
prononcé dans le Sud du pays : « Le monde fait face à des changements considérables ;
les arrogants s’en iront, et le chemin de la loi du Mahdhi s’ouvrira »43.
On perçoit alors peut-être ce qui sous-tend une déclaration comme celle d’Hussein
Moussavi, candidat malheureux à la présidentielle de juin 2009 devenu le principal
opposant et animateur du « mouvement vert » lorsqu’il s’exprime en ces termes le 27
février 2010 : « C’est le règne d’une secte qui a confisqué le concept de nationalisme »,
déclare-t-il dans un entretien publié sur son site internet. « Notre peuple ne peut tolérer
que ces comportements soient encouragés au nom de la religion ».
L’aspect quelque peu ésotérique de la déclaration d’Hussein Moussavi prend un
relief particulier à l’aune d’un discours tenu, le 20 mai 2010 dans le cadre de
l’Organisation pour l’honneur de l’imam Khomeyni, par un certain Hadi Khamenei, qui n’est
autre que le frère cadet du « Guide suprême » Ali Khamenei.
Dans ce discours, il ne fait rien moins que de mettre en garde contre une «
Seconde révolution islamique »44 orchestrée par des cercles messianiques dont le
président Ahmadinejad et le « Guide suprême » seraient les hérauts45. Les critiques de
Hadi Khamenei à léncontre de son frère, Ali Khamenei, portent spécifiquement sur la
légitimation des cercles messianiques de la Hojjatieh, ces derniers étant supposés avoir
pénétré le régime et y avoir imposé leur vision messianique. Dans ce même discours, Hadi
Khamenei est allé jusqu’à évoquer la possibilité dún coup d'État « messianique » au sein
de la « République islamique » ( Jomhuri Eslami) pour l’instauration d’un « gouvernement
islamique » ( houkoumat eslami)46, lequel serait orchestré par ceux-là mêmes qui s´étaient dans le passé opposés à la voie « velayatiste » du fondateur de la Révolution
islamique, láyatollah Khomeyni47 :
« ... L’un des dangers qui menacent la Révolution [islamique] et la
ligne [idéologique] de lÍmam [l’ayatollah Khomeyni] est la présence de ceux qui avaient été
écartés de l’imam [Khomeyni] avant la Révolution et faisaient partie de ses adversaires.
Tous les amis de l’imam [Khomeyni] et de la Révolution attestent que ces éléments, qui
n’étaient pas du tout proches de la ligne [idéologique] de l’imam, se permettent aujourd’hui
d’offrir leur point de vue sur la pensée de l’Imam [Khomeyni] et d’interpréter sa ligne [de
pensée]. Aujourd’hui, ils peuvent être considérés comme dangereux pour la Révolution
[islamique]. Bien sûr, il nést pas possible de formuler un avis clair sur leur mode de
fonctionnement, celui-ci étant très tortueux ». Les personnes, fidèles à l’héritage de l’Imam
Khomeyni doivent selon lui faire en sorte que la population soit mise en garde face au
mouvement Hojjatieh, qui pourrait l’induire en erreur : « En fait, il faut dire que lássociation
de la Hojjatieh est l’une des branches de ce courant [messianique] ; certains disent qu’elle
est au sein de la faction opposée à l’Imam [Khomeyni] tout en prétextant soutenir sa voie.
La génération actuelle n’en est pas consciente et pourrait se trouver induite en erreur par
ce courant. Les partisans de la Révolution doivent révéler la vérité. Malheureusement, la
plupart des médias du pays se trouvent entre les mains de ce mouvement ; ils ont réussi à
imposer leur façon de penser à la société et à infiltrer le régime par une ‘guerre douce’,
afin de ne pas être identifiés.
C'ést un problème très dangereux, vu que ce qui caractérise une ‘guerre douce’,
cést que personne ne la remarque... ». Et d’ajouter : « Le Guide suprême Khamenei
permet également aux militaires de faire de la politique, ce à quoi l’ayatollah Khomeyni
était opposé ». Avant de conclure : « L’une des instructions [les plus] claires de lÍmam
[Khomeyni] fut son interdiction de toute ingérence militaire dans les affaires politiques. Et
pourtant il y a eu ingérence... en violation des instructions de l’imam et [certains] le
justifient. Il convient maintenant de demander clairement à ce mouvement [la Hojjatieh]
quelle est sa position par rapport aux instructions de l’imam »48.
On ne saurait donc sous-estimer l’importance de cette variable « messianiste » du
président Mahmoud Ahmadinajed49 qui se dit directement « inspiré » par une force
transcendante et qui fait fi des astreintes, jugées triviales, de la Temporalité, a fortiori en
ayant en arrière-plan la crise sur le nucléaire iranien.1re page du site internet de Zohour besiyar nazdik ast (« la réapparition d’Imam
Zaman est très proche »).
Figurant sur le premier plan : L’Ayatollah Ruhollah Khomeyni, l’Ayatollah Ali
Khamenei, « guide » actuel de la révolution islamique de l’Iran, le président Mahmoud
Ahmadinejad et Cheikh Hassan Nasrallah, chef du Hezbollah libanais.
(Cf.. http://www.u313.com/index.php?
option=com_content&view=article&id=507:1389-05-04-22-44-30&catid=3:main).
2 Cf. le président Mahmoud Ahmadinejad, à l’occasion d’un commentaire relatif à
la situation économique du pays.
3 Cf. le président Mahmoud Ahmadinejad, dans une allocution devant des
étudiants de théologie, avril 2008.
4 Cf. le président Mahmoud Ahmadinejad, à l’occasion de son discours aux
Nations Unies, du 17 septembre 2005.
5 Hodjatoleslam ou Hojjat-ol-Eslam, est un titre honorifique signifiant « preuve de
l’islam » ou « autorité sur l’islam ». Il constitue un grade intermédiaire dans la hiérarchiedu clergé chiite, au-dessus du simple mollah, terme signifiant « maître » , « seigneur », et
utilisé pour désigner génériquement tous les membres du clergé chiite, mais en dessous
des Ayatollahs. Un Ayatollah, terme signifiant littéralement « signe de Dieu », est l’un des
titres les plus élevés décerné à un membre du clergé chiite.
6 Cf. Matthias Küntzel, « Ahmadinejad’s Demons. A Child of the Revolution Takes Over »,
in The New Republic, April 24, 2006.
7 Machhad est la ville la plus sacrée en Iran et son nom dérive de Mashhad-e
Reza ou « La place du martyre de Reza », en référence à Ali ibn Mousa a-Reza
(765818), le huitième imam chiite qui fut empoisonné et exécuté sous les yeux des fidèles
chiites sur ordre du Calife abbasside Abd’Allah bin Haroun al-Rachid surnommé - ironie du
sort - Al-Mamoun ce qui signifiait en arabe « celui en qui on a confiance » (813-833).
8 La religion bahaïe, aussi connue sous le nom de bahaïsme ou de foi bahaïe, a
été fondée par le Persan Mirza Husayn Ali (1817-1892). Ce nom est dérivé du surnom
donné à son fondateur : Baha’ullah (en arabe, « Gloire de Dieu » ou « splendeur de Dieu
»). Il fut le disciple d’un certain Siyyid Mírza Ali-Muhammad (1819-1850) qui prit le titre de
« Bab » (signifiant « porte » en arabe) en prétendant être Al-Qaïm (« Celui qui s’élève »,
encore appelé « l’imam Caché » ou Al-Mahdí, « celui qui est bien guidé », en arabe),
annoncé par la tradition islamique et attendu par les musulmans avant le « Jour du
Jugement ». La doctrine de Baha’ullah a de fait été influencée par le « Babisme »,
ce mouvement bouleversa la société iranienne au milieu du XIXe siècle et dont les
membres jouèrent un rôle non négligeable dans la promulgation de la constitution
iranienne en 1905. Les Bahaïs revendiquent d’ailleurs le « Bab » comme prédécesseur de
leur propre religion puisque Baha’ullah se présenta comme un de ses disciples et annonça
être la réalisation de sa prophétie. En 2007, la religion bahaïe comptait environ 7 millions
de croyants répartis dans plus de 193 pays. Son centre mondial est situé à Haïfa, en
Israël. Pour ce qui est de l’Iran, depuis l’avènement de la République islamique en 1979,
les quelque 350.000 Bahaïs du pays sont considérés comme des « infidèles non protégés
», en quelque sorte des non-personnes qui n’ont ni droits, ni protection. Ils n’ont pas le
droit de percevoir de retraite, d’inscrire un nom sur la tombe de leurs défunts, d’hériter, de
se réunir pour pratiquer leur religion. Leurs lieux saints et leurs cimetières sont détruits.
Les biens de nombreux Bahaïs sont confisqués. Des pressions sont exercées sur les
employeurs pour licencier les salariés soupçonnés d’être Bahaïs. Leur foi étant
postérieure à l’islam, elle n’est à ce titre pas considérée comme une religion par le régime
ecclésial iranien. Dans les années qui ont suivi la révolution islamique, la répression
contre les Bahaïs a été féroce. Au début des années 1980, plus de 200 Bahaïs, parmi les
membres les plus actifs, ont été exécutés pour avoir refusé de se convertir à l’islam. Un
document interne signé en 1991 de la main d’Ali Khamenei, guide suprême de la
révolution islamique, détaille une série de recommandations pour « régler » ce que les
autorités appellent « la question bahaïe » : « Le gouvernement traitera les Bahaïs de telle
sorte que leur progrès et leur développement soient bloqués. (...) Il faut les expulser des
universités, soit lors du processus d’admission, soit au cours de leurs études. [...] L’accès
à l’emploi, s’ils s’affichent comme Bahaïs, doit leur être refusé ». La loi islamique
condamne sans appel la foi bahaïe, car les musulmans considèrent Muhammad comme le
dernier des Prophètes et Baha’ullah étant postérieur à Muhammad ne peut donc en aucun
cas être selon eux un messager de Dieu. Beaucoup de musulmans désignent
explicitement Baha’ullah comme un « apostat » criminel, l’apostasie ( riddah en arabe qui
a la signification de « tourner le dos ») étant passible de la peine de mort.
9 Cf. Shahrokh Vaziri, « Le néo-islamisme, le nucléaire et l’imam caché »,
i n Iranworldnstitute, 23 janvier 2006 (http://www.iranworldinstitute.org/pdf/neo-islamisme.pdf).
10 Cf. Muhammad Sahimi, « Iran’s Election Drama More Elaborate Than You
Think », in Antiwar, 24 juin 2009
(http://original.antiwar.com/sahimi/2009/06/23/iranselection-drama/).
11 Cf. Khomeyni, Sahifeh-Ye Noor (« Le Livre des Lumières »), 22 Vol. , Vol. 10,
Téhéran, Vezarat-e Ershad-e Eslami, 1999, p. 222. Trad. Par Baqer Moïn, Khomeini: Life
of the Ayatollah, London ; New York, I.B. Tauris, 1999.
12 Cf. Mahmud Halabi, « Bayāniya-ye tawaq-qof-e fa’āliyathā-ye Hojjatiya »
(Statement of cessation of Hojjatiya activities [Déclaration de cessation des activités de
Hojjatiya]), in Keyhān, le 5 Farvardin 1363 Š./25, mars 1984, p.1.
13 L’ « imam caché » étant considéré comme le seul souverain légitime de la
communauté musulmane, les chiites ont longtemps adopté des attitudes politiques
passives, voire d’opposition envers le pouvoir temporel quel qu’il soit et ce, même si l’«
imam caché » peut s’exprimer à travers des « représentants » (de l’arabe wakīl, signifiant
« gérant », « mandataire ») qui sont alors qualifiés d’« imams parlant » (de l’arabe nā iq,
signifiant justement « parlant », « qui s’exprime en termes clairs »). D’où d’éventuelles
contradictions évidentes entre les partisans du Velayat-é Faqih et les adeptes d’une forme
de « marjaïsme quiétiste ». On retrouve d’ailleurs cette contradiction théologico-politique
en Irak où le grand Marja Ali Sistani incarnerait de fait plutôt l’option « quiétiste » irakienne
du Chiisme par opposition à l’option « vélayatiste » iranienne du Chiisme. Ce qui ne
convient pas nécessairement à Téhéran. Et ce d’autant moins que le renforcement de
cette option irakienne bénéficiant de la légitimité des « lieux saints » historiques du
Chiisme que sont Nadjaf et Karbala pourrait affaiblir le centre religieux iranien de Qom qui
s’était imposé à la faveur de la Révolution khomeyniste et de la répression des Chiites
irakiens par Saddam Hussein. Nadjaf, située à cent-cinquante kilomètres au Sud de
Bagdad, est le premier lieu saint du Chiisme car il recèle le mausolée d’Alî bin Abû Talîb
(602-661), cousin et gendre du Prophète pour avoir épousé sa fille Fâtimah et assassiné
dans la mosquée de Kûfa en 661 par des Kharidjites. Karbala, située à une centaine de
kilomètres au Sud-Est de Bagdad, est une ville « sacrée » pour les Chiites car elle est le
lieu du « martyre » de l’imam chiite Husayn - second fils d’Alî bin Abû Talîb (602-661),
cousin et gendre du Prophète pour avoir épousé sa fille Fâtimah -, massacré avec ses
fidèles le 10 du mois de muharram (10 octobre 680) par le calife Ummayyade Yazid ibn
Muawiya, qui régna sous le nom de Yazid Ier (645-683). Pour les Chiites, le « martyre »
( shâhid) d’Husayn jouera par la suite - et joue d’ailleurs toujours aujourd’hui - un rôle
majeur avec la commémoration de ce jour de deuil dans la rite sanglant de
l’ Ashûra (chaque « dixième jour » d’octobre).
14 Cf. Mehdi Moslem, Factional Politics in Post-Khomeini Iran, New York, Syracuse
University Press, 2002.
15 Cette université qui est classée en cinquième et dernière position dans la
catégorie des établissements scientifiques, est située à Narmak, dans un faubourg du
Nord-Est de Téhéran où vit la famille Ahmadinejad.
16 Cf. Mohebat Ahdiyyih, « Ahmadinejad and the Mahdi », in Middle East
Quarterly, 2008, Vol. 15, n°4, pp. 27-36.
17 Cf. « Sh’ite supremacists emerge from Irans shadows », in Asia Times, 9
septembre 2005.
Traduction par Centre d’Information et de Documentation sur la Démocratie au
Moyen-Orient (CID), « Iran : Les Suprématistes Chiites émergent de l’ombre », 31 mai
2006.
18 L’Ayatollah Mesbah Yazdi, né en 1934 dans la ville du désert de Yazd, suit entre1952 et 1958, les cours de l’imam Khomeyni et les cours de l’Allameh Tabataba’i, sur le
commentaire coranique, les livres Shafa d’Avicenne et Esfar de Mollasadra. Avant et
après la Révolution islamique, il crée sur les conseils et avec l’aide de l’imam Khomeyni,
plusieurs écoles et universités, et des centres dont les plus importants sont « Le centre
sur la voie de la vérité », le bureau de coopération entre les universités et les centres
d’enseignement islamique, et le centre culturel Bagher-ol-oloum. Il est par la suite devenu,
sur l’ordre de l’actuel Guide suprême, directeur du Centre d’enseignement islamique «
Imam Khomeyni », et l’auteur de nombreux ouvrages et travaux de commentaire, comme
« Le livre de théologie », celui de « La connaissance de l’être humain par le saint Coran »,
deux volumes d’exégèse coranique, un livre sur la morale coranique, un livre
d’enseignement intitulé « La société et l’Histoire dans le saint Coran », « l’Imamat et la
Wilayat dans le saint Coran », « Les inspirations divines » et surtout et surtout « La guerre
et le djihad dans le saint Coran ».
(http://www.iqna.ir/fr/news_detail.php?ProdID=447628). Dans cet ouvrage, il
soutient que la violence appartient à la nature intrinsèque de l’homme et lui est même
nécessaire. Il pousse la logique jusqu’à affirmer que le Guide suprême étant directement
désigné par Allah, son recours à la violence était légitime. Cf. Abolhassan Bani Sadr, «
L’actuel régime iranien tombera-t-il comme celui du Chah en 1979 ? », in Le Monde, 11
août 2009, 15.
19 Il goûte peu la critique. Aka, le « crocodile », est le surnom donné à Mohammed
Taghi Mesbah-Yazdi, par un caricaturiste iranien qui l’avait dessiné en crocodile qui
pleurait et qui disait : « N’y a t-il personne pour me tirer des griffes de cet intellectuel
rebelle ?», alors que sur le dessin il l’égorge avec sa queue. L’auteur de ce dessin, le
caricaturiste iranien Nick Ahang Kowsar, ne résista pas, à la fin des années 1990. Il est
actuellement au Canada comme réfugié politique après un séjour en prison où il a eu la
possibilité de retourner après avoir seulement bénéficié d’une liberté provisoire.
20 Aujourd’hui à la lutte contre le bahaïsme, s’ajouterait une hostilité ouverte
envers les Sunnites. Cf. « Shi’ite supremacists emerge from Iran’s shadows », in Asia
Times Online, 9 septembre 2005 : « Dans un article d’avril 2004 publié sur Baztab, un site
internet en persan animé par des gens bien informés au cœur du système et lu par l’élite
politique iranienne, on affirmait que l’ Hojjatieh avait opté pour une stratégie
d’accroissement des tensions internes entre Sunnites et Chiites en lançant une campagne
de propagande contre le groupe religieux minoritaire (sunnite) à l’intérieur de l’Iran. Le
compte rendu évoque le fait que des éditeurs dans la ligne des Hojjatieh ont mis en
circulation des livres en arabe qui critiquent les Sunnites. Les livres ont été diffusés à
Qom, mais contiennent la mention fallacieuse ‘publié à Beyrouth afin de leur donner plus
de crédit et de masquer leur véritable origine : la propagande chiite ». Traduction par le
Centre d’Information et de la Documentation sur la Démocratie au Moyen-Orient, «
Ahmadinejad membre d’une secte d’illuminés, Iran : Les Suprématistes Chiites émergent
de l’ombre », CID, 31 mai 2006 (http://www.cid-online.be/article.php3?id_article=101).
2 1 Pasdaran-e Enghelab-e Islami : Organisation militaire et de renseignement
iranienne, créée le 5 mai 1979 par un décret de l’Ayatollah Khomeyni pour protéger la
Révolution. Son siège est en Iran, mais elle dispose d’un quartier-général opérationnel
libanais à Ras al-Aïn (Baalbek). L’une de ses fonctions est de piloter les activités
terroristes birun marzi (« hors des frontières »), c’est-à-dire hors d’Iran. Cinq
commandements opérationnels sont situés à Beyrouth-sud, Tyr, Aïn Boussawr, Mlita
(Djebel Safi) et Macheghara (Beka’a Ouest). Le chef au Liban est Assadalah Hadji Reza
Asgar alias « Abou Asager » (Cf. www.terrorwatch.ch)
22 Cf. « Sh’ite supremacists emerge from Iran’s shadows », in Asia Times, 9septembre 2005. Traduction par le Centre d’Information et de Documentation sur la
Démocratie au Moyen-Orient (CID), « Iran : Les Suprématistes Chiites émergent de
l’ombre », 31 mai 2006.
23 Coïncidence ou non, lorsqu’il exerçait encore sa profession, il s’intéressait aux
questions balistiques et/ou de prolifération. Cf. Kianouch Dorranie, « Iran to Test Motor for
New Space Rocket », Agence France Presse, 7 February 1999, in Lexis-Nexis, 7
February 1999 (http://www.lexis-nexis.com).
24 Cf. Mouna Naïm, « M. Ahmadinejad attend le retour du Mahdi », in Le Monde,
1er décembre 2005.
25 Cf. Kenneth R. Timmermans, « Is Iran’s Ahmadinejad a messianic medium ? »,
in The Daily Star, 30 septembre 2005.
26 Mehdi Karroubi a un rang d’ Hodjatoleslam mais est un seyyed, c’est-à-dire qu’il
est apparenté à la famille du Prophète, ce qui lui confère une dignité particulière au sein
de l’islam chiite Il est le fondateur et président démissionnaire de la « Société des clercs
militants » ( Majma'-e rowhāniyūn-emobārez), aussi traduit en « Ligue des clercs militants
». Ce parti politique iranien réformiste relativement modéré, fondé le 16 mars 1988 qui ne
doit pas être confondu avec l’ « Association du clergé militant » (Jāme'e-ye Rowhāniyat-e
Mobārez) qui est un parti conservateur. Mehdi Karroubi a été le porte-parole du Parlement
iranien ( Majles) entre 1989 et 1992 et entre 2000 et 2004. Il était candidat lors de
l’élection présidentielle de juin 2005. Karroubi a aussi été candidat aux élections
législatives de 2004 à Téhéran. Il est arrivé trente-et-unième du premier tour où seuls
trente candidats étaient choisis. Il s’est donc retiré pour le second tour. Karroubi critique le
conseil des Gardiens mais soutient le « Guide suprême » et se considère lui-même
comme un disciple de Rouhollah Khomeyni.
Il a été conseiller auprès du « Guide suprême » et membre du conseil de
discernement, nommé par Ali Khamenei jusqu’à ce qu’il démissionne de tous ses postes
politiques le 19 juin 2005, après le premier tour des élections présidentielles. Proche de
l’ancien président Mohammad Khatami, Karroubi se considère comme un « réformateur
pragmatique ».
27 Cf. http://www.jamkaranqom.ir/
28 Cf. Daniel Pipes, « The Mystical Menace of Mahmoud Ahmadinejad », in New
York Sun, 10 janvier 2006.
29 Cf. Hussein Hayder Qazwini, « L’inspirateur caché d’Ahmanidejad », in Le
Monde, 22 septembre 2006, p. 20.
30 C’est l’Ayatollah Abul Qasem Wafi qui est le responsable de la
mosquée Jamkaran. Ces dernières années, le nombre de pèlerins a considérablement
augmenté pour se monter à quelque six millions.
31 Cf. Delphine Minoui, « Ahmadinejad pousse les feux de l’extrémisme », in Le
Figaro, 10 décembre 2005.
32 Cf. Mouna Naïm, « M. Ahmadinejad attend le retour du Mahdi », in Le Monde,
1er décembre 2005.
33 Cf. Daniel Pipes, « The Mystical Menace of Mahmoud Ahmadinejad », in New
York Sun, 10 janvier 2006.
34 Cf. Amir Taheri, « The frightening truth of why Iran wants a bomb », in The Daily
Telegraph, 16 avril 2006.
35 Cf. Semih Vaner, « L’effroi de l’Iran et la mystique de l’imam caché », in Le
Figaro, 15 octobre 2007.
36 Har Mégiddo, en Galilée, lieu de la lutte finale avant l’ère du Messie, d’après
l’eschatologie chrétienne de l’ « Apocalypse » selon Saint Jean.37 Cf. « Al-Isra wa al-miradj », Coran, Sourate XVII, Verset 1.
38 Cf. Bernard Lewis, « August 22 : Does Iran has something in store ? », in
the Wall Street Journal, 8 août 2006.
39 Cf. Delphine Minoui, « Ahmadinejad pousse les feux de l'extrémisme », in Le
Figaro, 10 décembre 2005.
40 Président de l’Association pour la défense des prisonniers d’Iran et lauréat à ce
titre du prix des droits de l’homme de la République française en 2005.
41 Cf. « Ahmadinejad Thinks He Is Messiah’s Deputy, in DEBKA-Net-Weekly,
septembre 2010 (http://www.debka.com/article/9040/).
42 Cf. MEMRI, « Ahmadinejad aussi critique la ‘théorie occidentale du
développement’ et propose une alternative iranienne basée sur les valeurs du Mahdi »,
in Dépêches spéciales, n°2535, 15 septembre 2009.
43 Cf. Press TV, 12 mars 2010 via MEMRI, 12 mars
2010. http://www.thememriblog.org/iran/blog_personal/en/25603.htm
44 Cf. Ayelet Savyon, « Iran a Second Islamic Revolution : Fulfilled by Election of
Conservative Président », in MEMRI, Inquiry et Analysis Series Report, n° 229, 28 juin
2005 (http://www.memri.org/report/en/0/0/0/0/0/0/1402.htm).
45 Il convient de noter que le quotidien Hayat-e No de Hadi Khamenei a été fermé
par le régime en décembre 2009 en raison de son opposition au président Mahmoud
Ahmadinejad.
46 Cf. A. Savyon et Y. Mansharof, « The Doctrine of Mahdism: In the Ideological
and Political Philosophy of Mahmoud Ahmadinejad and Ayatollah Mesbah-e Yazdi », in
MEMRI, Inquiry & Analysis Series Report, n° 357
(http://www.memri.org/report/en/0/0/0/0/0/0/2217.htm).
47 Cf. « Le frère de Guide suprême Ali Khamenei met en garde contre une
Seconde révolution islamique », in MEMRI, Dépêches spéciales, n°3044, 18 juin 2010.
48 Cf. ILNA (Iran), 31 mai 2010.
49 Un livre récent, écrit en arabe, par un certain Shahdi Faqih, de son état
journaliste chiite laïc de Beyrouth, et intitulé Ahmadinejad wa al-Thawra al-alamiyya al
muqbila (« Ahhmadinejad et la Révolution mondiale qui vient »), établit insidieusement un
lien pour le moins problématique entre ces deux éléments a priori antinomiques
puisqu’une fawta de l’imam Khomeyni l’avait qualifié l’arme nucléaire d’« arme diabolique
» et qu’une autre, de son successeur, l’Ayatollah Khamenei, en date du 9 août 2005 avait
statué « contre la production, le stockage et l’utilisation des armes nucléaires ». Il reste
que l’une des premières phrases du livre, qui n’engage à cet égard que son auteur, même
si la publication a semble-t-il bénéficié d’un soutien éditorial et financier du gouvernement
iranien, se veut explicite : «
Quand l’Iran annoncera officiellement qu’il dispose de la bombe nucléaire, le
monde entier sera dans la joie ». Parallèlement, l’auteur qualifie le président Ahmadinajed
de « général du Mahdi » et affirme que le Mahdi lui-même va bientôt arriver car treize des
quinze conditions préalables à sa réapparition auraient d’ores et déjà été remplies :
l’affaiblissement des Juifs en Palestine ; l’apparition d’un leader islamique charismatique
en Iran que fut, en l’espèce, celle de l’Imam Khomeyni ; l’établissement du Corps des
Gardiens de la Révolution qui serait la seule armée musulmane authentique ; le
renforcement d’un houkhoumat islami (« gouvernement islamique ») à Téhéran ; le
développement de la descendance héréditaire du Prophète ; l’amplification
d u djihad contre les ennemis de l’islam en Palestine ; l’affaiblissement de la puissance
américaine en Irak. Ne resteraient plus pour parachever le tour que l’obtention de la
bombe pour faire de l’Iran une « grande puissance « apte à traiter à « armes égales »avec les autres grandes puissances, avant la réapparition effective du Mahdi préparée
depuis Jamakaran. Cf. « Why Iran has a pressing nead ffor a nuclear bomb », in
Debkanet-Weekly, Vol. 10, n°473, 10 décembre 2010.Chapitre 2 – L’approvisionnement en essence
de l’Iran : Le talon d’Achille perse
« L’Iran, s’il continue sur sa lancée, fournira l’impulsion à une prolifération plus importante
et, Dieu nous en préserve, verra la région remplie d’armes atomiques ».50
« Maintenant que nous nous éloignons de la voie du dialogue, qui n’a pas produit les
résultats que d’aucuns espéraient, et que nous faisons avancer la piste des pressions et des
sanctions, la Chine va être sous très forte pression pour reconnaître l’impact déstabilisateur qu’un
Iran doté de l’arme nucléaire aurait dans le Golfe, d’où elle reçoit une part importante de ses
fournitures en pétrole ».51
« Les sanctions prévues dans ce projet de loi, et le blocus de l’Iran nécessaire pour bien les
appliquer, sont en eux-mêmes des actes de guerre selon le droit international. Un vote des
sanctions contre l’Iran est un vote pour la guerre contre l’Iran »52.
« Nous devrions travailler avec l’Europe, le Japon et les Etats du Golfe pour explorer toutes
les voies en dehors des Nations unies permettant d’isoler le régime iranien en coupant les
garanties de prêts et en élargissant le volet des sanctions financières, afin d’interdire l’exportation
de pétrole raffiné vers l’Iran53.
« En politique, rien n'arrive par hasard. Chaque fois qu’un événement survient, on peut être
certain qu'il avait été prévu pour se dérouler ainsi »54.
Introduction
Alors que l’Administration démocrate de Barack Obama est sans doute celle qui a manifesté la
plus grande ouverture jamais proposée à la République islamique depuis l’avènement de cette dernière
en 1979, cette stratégie de conciliation semble de plus en plus remise en question devant
l’intransigeance affichée par le régime iranien sur la question de l’enrichissement de l’uranium, laquelle
est présentée à l’opinion iranienne comme un défi à caractère « nationaliste ». La situation de blocage
est telle - en dépit de l’adoption par l’ONU de plusieurs résolutions de sanctions progressives - que
l’Administration américaine est en passe de se diriger, presque malgré elle, vers l’imposition -
unilatéralement ou non - de sanctions renforcées qui pourraient comprendre un embargo sur les ventes
d’essence à l’Iran. Le président Obama en personne avait déjà vanté les mérites d’une telle mesure
comme une alternative à l’option militaire agitée par son prédécesseur George W. Bush, lors du dernier
débat durant la course à la Maison Blanche, le 7 octobre 2008 : « L’Iran est aujourd’hui importateur
d’essence alors même qu’il est simultanément producteur de pétrole parce que son infrastructure
pétrolière est obsolète. Si nous pouvons les empêcher d’importer l’essence, ainsi que les produits
pétroliers raffinés, dont ils ont besoin, cela commencera à modifier leur analyse en termes de coûts par
rapport aux bénéfices », avait-il déclaré. Et d’ajouter : « Pour commencer, il faut leur mettre la pression ».
Le paradoxe économique iranien d’une puissance
exportatrice de pétrole mais importatrice de produits
raffinés
Le principal paradoxe de l’économie iranienne réside dans le fait que ce pays qui se classe à la
fois au deuxième rang des pays de l’OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole) et au
quatrième rang des exportateurs mondiaux de pétrole (avec quelque 2.5 millions de barils sur un total
d’un peu moins de 4.5 millions produits, soit environ 5 % de la production mondiale), et qui dispose en
outre des deuxièmes réserves de brut au monde (de l’ordre de 140 milliards de barils55) derrière l’Arabie
saoudite et devant l’Irak, se voit contraint d’importer plus de 40 % de son essence56 du fait de la vétusté
et de la médiocrité de son infrastructure de raffinage.
Il n’en a pas toujours été ainsi. L’Iran du Shah qui exportait quotidiennement 635.000 barils par