La Guerre secrète des OGM

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Entre 1973 et 2003, nous avons vécu un phénomène nouveau pour la première fois depuis les débuts de la Révolution industrielle, la société humaine a refusé une mutation technologique. Alors qu'elle promettait de transformer le monde, la dissémination dans l'environnement des organismes génétiquement modifiés (OGM) s'est heurtée à une contestation planétaire. Les OGM sont maintenant confinés pour l'essentiel en Amérique du Nord, et les firmes qui les promeuvent s'enfoncent dans la crise.


Personne ne peut prédire l'avenir des OGM, des plantes transgéniques. Mais l'échec de leur lancement est riche d'enseignements: sur l'Europe, qui y a manifesté son unité, sur les États-Unis, qui y ont montré la maladie de leur démocratie, sur la redécouverte de l'agriculture par un monde urbanisé, sur les rapports entre la politique et la science. Mais l'histoire des OGM est d'abord une incroyable aventure, une véritable "guerre de trente ans" mêlant la passion et la cupidité, le commerce et la manipulation, l'enthousiasme scientifique et l'imprudence. Cette guerre fut aussi une guerre secrète et ce livre lève une partie du voile.



Publié le : mercredi 17 avril 2013
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EAN13 : 9782021015034
Nombre de pages : 347
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La Guerre secrète des OGM
Extrait de la publication
Du même auteur
L’Économie à l’épreuve de l’écologie Hatier, 1992
La Baleine qui cache la forêt. Enquête sur les pièges de l’écologie La Découverte, coll. « Cahiers libres », 1994
La Révolution biolithique. Humains artificiels et machines animées Albin Michel, 1998
La Guerre secrète des OGM Seuil, coll. « L’Histoire immédiate », 2003
Gaza, la vie en cage (Photographies Jérôme Equer) Seuil, 2005
Comment les riches détruisent la planète Seuil, coll. « L’Histoire immédiate », 2007
Hervé Kempf
La Guerre secrète des OGM
ÉDITION MISE À JOUR
Éditions du Seuil
Extrait de la publication
LA PREMIERE ÉDITION DE CET OUVRAGE A ÉTÉ PUBLIÉE DANS LA COLLECTION«LHISTOIRE IMMÉDIATE»
978-2-0210-1829-5 ISBN (ISBN2-02-054944-1, 1republication)
© Éditions du Seuil, mai 2003 et avril 2007 pour les deux chapitres inédits.
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«Rien ne presse, absolument rien ne presse.» ERWINCHARGAFF
Extrait de la publication
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Prologue
Entre 1973 et 2007, nous avons vécu un phénomène nouveau: pour la première fois depuis les débuts de la Révolution indus-trielle, la société humaine a refusé une mutation technologique. Alors qu’elle promettait de transformer le monde, la dissémina-tion dans l’environnement des organismes génétiquement modi-fiés (OGM) s’est heurtée à une contestation mondiale. Les OGM ne se sont imposés, partiellement, qu’en Amérique du Nord, en Argentine et au Brésil, et les firmes qui les promeuvent sont rela-tivement peu puissantes. Personne ne peut prédire l’avenir des OGM, des plantes transgé-niques. Mais leur échec à s’imposer universellement est riche d’enseignements: sur l’Europe, qui y a manifesté son unité, sur l’Amérique, qui y a montré la maladie de sa démocratie, sur la redécouverte de l’agriculture par un monde urbanisé, sur les rap-ports entre la politique et la science. Mais l’histoire des OGM est d’abord une aventure vibrante, riche de passion, d’idéal, de larmes, et d’argent.
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Le mystère des hybrides
Racines
Mitchell. Une ville américaine comme tant d’autres: des blocs qui se croisent à angle droit, un centre assoupi, des maisons sage-ment alignées le long des routes partant vers l’horizon, de nom-breuses églises. À la sortie de l’autoroute, stations-service, motels, supermarchés indiquent que l’on ne fait ici que passer. Mais Mit-chell, bourgade de 14 000 habitants posée sur la Prairie, dans le Sud Dakota, a sa fierté, son joyau qui la rend unique: le Palais du Maïs. C’est une grande salle de spectacle dont toutes les façades extérieures sont savamment recouvertes de tiges de maïs, de blé, d’avoine, de seigle, de grain, de paille, qui forment une peau vivante et renouvelée chaque année, surmontée de bulbes colorés qui semblent provenir d’églises russes. Tous les ans, depuis 1892, après la moisson, on refait la peau ocre, brune et jaune du palais de Mitchell, en composant des scènes aux thèmes variant selon l’ins-piration du moment: Indiens chassant le bison, paysan poussant la charrue, caravane traçant la piste. L’édifice, qui attire plusieurs cen-taines de milliers de curieux chaque année, témoigne de la recon-naissance des habitants de la Prairie envers ce qui, depuis plus d’un siècle, les fait prospérer: le maïs. En 1892, Mitchell n’a que douze ans. Le Sud Dakota existe à peine, et n’a pris vie – du moins aux yeux des Blancs venus de l’Est – que depuis que le chemin de fer a creusé son sillon jus-qu’au Pacifique, posant, de loin en loin, un arrêt qui servait de pôle aux nombreux immigrants, souvent allemands ou scandi-naves, venus dans ces contrées inconnues chercher une terre où 11
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LA GUERRE SECRÈTE DES OGM revivre. Au début du siècle, les explorateurs Lewis et Clark ont prétendu que la plaine du Dakota n’était bonne qu’à nourrir les bisons. Voilà une réputation que déplorent les fiers habitants de Mitchell, dont les récoltes prouvent l’excellence des nouvelles terres, et qui ont bâti en quelques années une bourgade de plu-sieurs milliers d’âmes. Pour démentir, dit-on, le jugement des aventuriers – et aussi tenter d’arracher le statut de capitale du nou-vel État –, ils décident de bâtir leCorn Palace, illustration vivante des bienfaits de la nature. Les décennies qui séparent l’arrivée du chemin de fer de la fin de la Première Guerre mondiale constituent l’âge d’or de l’agriculture américaine. La population explose – passant, par exemple, dans les deux Dakota, du Sud et du Nord, de moins de 10 000 habitants en 1870 à plus de 1 200 000 en 1920. La production s’épanouit, trou-vant des débouchés par le port de Duluth, sur le lac Supérieur, vers les métropoles de l’Est et vers l’Europe. La plaine présente un visage monotone et régulier: une ligne horizontale, que rompent à peine quelques arbres, des champs parcourus par des paysans équi-pés des premiers instruments mécaniques – mais tirés par des che-vaux –, de grands silos où les trains viennent s’alimenter après la moisson et, autour des silos, une ou plusieurs églises, un bazar, un maréchal-ferrant, unsaloon. Les Indiens? Plus d’Indiens – sinon, parfois, un tomahawk déterré par le soc de la charrue. Sous le souffle du vent, le maïs et le blé dessinent pour des familles unies, travailleuses, pieuses, un certain idéal américain. Les paysans défricheurs ne se préoccupent guère de sélectionner les semences. Ils ressèment chaque année les grains de ce qui leur paraît les meilleurs épis de la moisson. Dans tout le Middle West, du Dakota à l’Iowa ou à l’Illinois, l’habitude se prend à la fin du siècle de célébrer descorn shows, «festivals du maïs», joyeuses foires agricoles à l’occasion desquelles les agriculteurs présentent leurs plus beaux échantillons. Sont considérés comme les plus réussis les épis de maïs d’une certaine taille (27 cm de long sur 19 cm de cir-conférence sont des mensurations idéales) et dont les grains seraient rangés proprement sur une vingtaine de rangs. En ces temps où la génétique n’existe pas encore – les travaux de Mendel restent igno-rés –, la sélection des meilleures semences relève de l’art, du coup de main, du jugement. Et les rendements du maïs ne progressent pas. 12
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