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La sexualité féminine africaine en mutation

De
210 pages
Après La parole aux négresses, Awa Thiam aborde, dans ce nouvel ouvrage, la question de la reproduction sociale du côté des femmes, par le biais du marquage du corps, des scarifications, des mutilations sexuelles féminines, de l'habillement, de la coiffure, de la contraception, de l'avortement... et de la sexualité féminine.
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Awa ThiamLa sexualité féminine africaine en mutation
L’exemple du Sénégal
Après son best-seller, La Parole aux négresses (Denoël), traduit
en anglais, en allemand et en italien et Continents noirs (Tierce),
Awa Thiam publie un nouvel ouvrage, La Sexualité féminine africaine
en mutation. L’exemple du Sénégal. Il y est question de la reproduction
sociale du côté des femmes, par le biais du marquage du corps,
des scarifi cations, des mutilations sexuelles féminines, de l’habillement,
de la coiffure, de la contraception, de l’avortement... et de la sexualité féminine.
Philosophe de formation, docteur de troisième cycle de philosophie,
et docteur « nouveau régime » d’anthropologie, Awa Thiam est la cheffe du
Laboratoire d’anthropologie culturelle de l’Institut fondamental d’Afrique
noire Cheikh Anta Diop (IFAN CAD).
En 1985, elle reçut la médaille des Droits des femmes de l’État français.
En 2005, elle fut nommée directrice du Centre national d’assistance
et de formation des femmes (CENAF) et des Centres départementaux
d’assistance et de formation des femmes (CEDAF), structures dépendantes
du ministère de la Femme et de la Famille du Sénégal.
Préface d’Amady Aly Dieng
La sexualité féminine
africaine en mutation
L’exemple du Sénégal
Illustration de couverture : Catherine Boucher,
Abdoulaye Diop et Awa Thiam
ISBN : 978-2-343-03998-5
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La sexualité féminine africaine en mutation
Awa Thiam
L’exemple du Sénégal


















La sexualité féminine africaine en
mutation
L’exemple du Sénégal
















Awa Thiam

































La sexualité féminine africaine en
mutation
L’exemple du Sénégal








Préface d’Amady Aly Dieng










































































































































© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-03998-5
EAN : 9782343039985








Avec la paille et le temps se murissent les nèfles et les glands.
Proverbe





REMERCIEMENTS
Nos remerciements vont à tous ceux et à toutes celles qui ont rendu
ce travail possible :
- l'IFAN pour avoir permis nos maintes missions à travers le Sénégal,
- Oumar Guèye - "Parisien", illustre technicien-informateur de l'IFAN,
qui nous a facilité l'accès à certains milieux au Sénégal ;
- MM. Mamadou Mbaye, Lacky Thiam et Fallou MBacké Diakhaté
chauffeurs de l'IFAN qui nous ont aidée à parcourir le Sénégal en long
et en large ;
- Mmes Khadija Georges Djodj, Fatou Camara, Fadiaw Dièye, Néné
Aïssata Tall et M. Malick Sy pour la saisie de ce texte ;
- toutes les personnes qui nous ont aidée dans le cadre de nos enquêtes.



A
- Alpha-Abdoulaye, Khadidiatou, René-Seydou-Nourou,
MouhamedAlpha-Frédéric, Néné-Satourou, Seynabou, Fatoumata, Nafissatou,
Gnagna, Banthini, Gisèle, Tassoum, Mariam, Kani... pour leur soutien
indéfectible ;
- toute notre famille élargie : Tall, Sy, Sao, Diallo, Thioye, Camara,
Sylla, Hamoud, Samb, Guèye, Diouf, Ly, Nury, Diop, Aïdara, Thiam ;
- la galaxie "Jibia" de Guinée, du Mali, de France, de Belgique, du
Canada, des États-Unis, d'Arabie Saoudite, du Sénégal ;
- toutes les femmes et à tous les hommes qui, de par le monde, ont eu à
s’impliquer et/ou s'impliquent dans la lutte pour la défense et pour
l'extension des droits des femmes. Entre autres. Avec une mention
spéciale pour :
- les associations de féministes historiques occidentales et autres qui
nous ont permis de découvrir et le féminisme et la solidarité
internationale ;
- Simone de Beauvoir, Benoîte Groult, Yvette Roudy, Michèle André,
Edmond Kaiser, Renée Saurel, Paul et Carole Roussopoulos, Claude et
Olivier Revault d'Allonnes, Pierre Fougeyrollas, Sonia Dayan, Simone
Iff, Dagmar Schultz, Tobe Levin, Alice Walker, Aïssatou,
MarieJosèphe Dhavernas, Oumou, Hallouma, Khady, Adiara, Amy, Aïcha,
Denise, Mes Monique Antoine, Catherine Zviloff et Linda Weil-Curiel ;
- toutes les filles et femmes victimes des maux ci-traités ;
- toutes les membres de la CAMS internationale et du MOFEM’S ;
- Hady, Xore, Seydou Nourou, Moustapha, Lamine, Souleymane, Aziz,
Cheikh ;
- tous les chefs religieux du Sénégal.

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SOMMAIRE
SOMMAIRE .................................................................................................... 11
PRÉFACE ........................................................................................................ 13
INTRODUCTION ............................................................................................. 17
I. Des pratiques mutilatoires sexuelles féminines ......................................... 21
II. Une autre forme de mutilation : l’incision des sotiate ou gabbe au
Sénégal ........................................................................................................ 143
III. La contraception ................................................................................... 147
IV. L’avortement en tant qu’interruption volontaire de grossesse .............. 151
V. De l’acte d’amour à l’infanticide ............................................................ 163
VI. La stérilisation forcée ou frauduleusement induite .............................. 171
CONCLUSION ............................................................................................... 179
BIBLIOGRAPHIE ........................................................................................... 189



PRÉFACE
Le livre de Mme Awa Thiam a l’immense mérite de traiter
courageusement d’un sujet tabou au Sénégal : les mutilations sexuelles
féminines (excision et infibulation).
Dans la période postérieure aux indépendances des pays africains,
les mutilations sexuelles se sont renforcées. Même des ethnies qui ne
les pratiquaient pas auparavant les ont adoptées pour préserver une
certaine forme d’identité culturelle. Ces pratiques sont apparues à
certaines personnes comme un bouclier contre les menaces et les
agressions des civilisations non africaines. Le blanchiment de la peau
des femmes, le port des perruques, même en période de grande chaleur
ne troublent pas outre mesure les hommes à quelques exceptions près.
Par contre, demander l’abolition des mutilations sexuelles féminines est
un scandale aux yeux de beaucoup d’Africains et d’Africaines.
Mme Awa Thiam ne se contente pas d’énumérer, de débiter des
généralités sur son sujet. Elle se livre à un travail de terrain au Sénégal.
Ce choix méthodologique lui a permis de recueillir beaucoup de
données qu’elle a su analyser avec bonheur.
Elle a su évoquer la dimension internationale de la question. La
campagne en faveur de l’abolition des mutilations sexuelles féminines a
pu atteindre une grande ampleur avec la Conférence de la décennie des
Nations Unies pour la Femme à Copenhague et avec la Conférence de
Nairobi (Kenya). Les pressions internationales exercées sur les pays où
se pratiquent l’excision et l’infibulation ont permis d’organiser deux
rencontres internationales d’une grande portée : celle de Khartoum en
1979 et celle de Dakar en 1984 ; une grande rencontre a eu lieu à Dakar
en 1982 sur l’initiative de la Commission internationale pour l’abolition

des mutilations sexuelles (la CAMS internationale) et de sa section
sénégalaise.
Si l’Angleterre officielle, la Suisse et la France ont eu à soutenir la
campagne en faveur de l’abolition des mutilations sexuelles féminines,
les autorités sénégalaises n’apportèrent qu’un soutien verbal en 1983.
Mme Awa Thiam ne manque pas d’aborder d’autres questions liées
à l’émancipation des femmes africaines comme les grossesses non
désirées, l’abandon d’enfants, les infanticides, les tentatives meurtrières
d’avortement faites par les jeunes filles, les mortalités maternelles et
infantiles croissantes, etc.
Mme Awa Thiam donne un aperçu détaillé et intéressant du corpus
dans lequel s’inscrivent les mutilations sexuelles ou de la reproduction
sociale, par le marquage du corps humain de la naissance à
l’adolescence. Elle étudie le processus de socialisation du corps féminin
chez les femmes torobe de Halwar. Ce processus peut être saisi à partir
de certaines pratiques qui participent de la différenciation sexuée des
êtres humains comme le tatouage des gencives et des lèvres, le perçage
des oreilles, la coiffure, les scarifications, etc.
Les différentes formes de l’excision et de l’infibulation chez les
Bambara, Soninké, Wolof et Diola sont passées en revue ainsi que leurs
conséquences de plusieurs ordres : hémorragies, infections diverses,
dystocies lors d’accouchements, éclatement de veines entraînant décès
de parturientes en accouchement, frigidité, etc. Mme Awa Thiam
s’appuie sur des témoignages provenant du milieu médical
(sagesfemmes, infirmières, médecins, etc.).
Ce livre est une contribution majeure à la connaissance de la
signification et des conséquences de mutilations sexuelles. Certaines
personnes lui reprocheront probablement son silence sur la circoncision
considérée par des adversaires de cette pratique comme un « sacrifice
métaphysique ».
Amady Aly DIENG.


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15
INTRODUCTION
L’Afrique est le théâtre de mutations diverses. Et cela, dans les
domaines économique, politique et culturel. Nous limiterons,
cependant, cette étude à la société sénégalaise essentiellement. Celle-ci
se caractérise par les phénomènes suivants :
● Passage du monopartisme au multipartisme intégral de 1960 à
1981 ;
● Développement du sous-développement depuis les années de
sécheresse (années 1970) ;
● Métissage culturel progressif.
Ces mutations n’ont toutefois, pas toujours empêché une sorte de
reproduction sociale. S’agit-il d’une reproduction à l’identique ? Nous
nous sommes fixée pour tâche, ici, de tenter de déterminer ce qu’il en
est du côté des femmes relativement à leur corps. Pour ce faire, nous
avons procédé à des enquêtes multiples. C’est ainsi que, partant de
résultats d’enquêtes effectuées au Sénégal, en 1975, et approfondies,
par intermittence, entre juillet 1981 et septembre 1984 d’une part et
d’autre part entre mai et juin 1991, cette étude est spécifique à la société
sénégalaise. L’approfondissement de certaines données, ici utilisées,
nous a amenée à faire, dans le cadre de l’Institut fondamental d’Afrique
1noire (IFAN ), une première mission à travers toutes les régions du
Sénégal, entre décembre 1983 et janvier 1984, et une autre entre mai et
juin 1991. La première devait porter sur les mutilations sexuelles
uniquement, mais elle fut partiellement élargie à des pratiques telles que

1 IFAN devenu, depuis 1986, années du décès de Cheikh Anta Diop, IFAN Cheikh
Anta Diop (IFANCAD)

l’avortement, l’infanticide, la contraception, la stérilisation forcée,
l’incision des crêtes de coq. La seconde fut strictement limitée aux
mutilations sexuelles.
POURQUOI UN TEL CHOIX ?
Il résulte d’abord d’une prise de conscience de maux féminins qui
2
conduisit à une première étude , ensuite de réactions d’hommes et de
femmes d’Afrique relativement à la parution de celle-ci, enfin, de
réactions auxquelles bien souvent, nous n’avons pas eu à répondre,
étant donné leur nature.
Sur ce plan, nous rapporterons une anecdote : un homme qui, la
première fois qu’il nous a rencontrée, après avoir lu (soutenait-il)
l’étude précitée, nous a apostrophée en ces termes : « Vous racontez des
histoires ! Avez-vous déjà vu un sexe cousu ? Qu’est-ce qu’un « sexe
3infabulé ? »
À l’époque, nous n’avions pas cru bon de lui répondre. Cet homme
ne savait apparemment même pas nommer ce dont il prétendait vouloir
parler. Plus tard, nous nous revîmes incidemment. Son premier geste à
notre endroit fut de nous présenter, sur un ton mi-plaisantin, mi-gêné,
des excuses. Sans doute avait-il pris le temps de s’informer. Nous
n’exigions rien. Mais nous en tirâmes de là la conclusion qu’il n y a pas
lieu de désespérer de certain(e)s Africain(e)s, et plus généralement de
certaines gens. Cela renforça notre conviction selon laquelle il fallait
une étude approfondie des maux de nos sociétés pour arriver à informer
tant de leurs existence et ampleur, que de leur inanité donc par
làmême, de la nécessité de les éradiquer. Il fallait se donner les moyens
de tout dire, même des pratiques perçues par une fraction de la
population concernée dans sa chair, comme honteuses à dévoiler, étant
entendu qu’il s’agit de pratiques enrobées sous le sceau du tabou. Cette
anecdote me rappela que le Président Senghor qui, en 1980, niait dans
4la Poésie de l’action , l’existence même de pratiques mutilatoires

2 Il s’agit de la « Parole aux Négresses », Paris, Denoël/Gonthier, 1978
3 « Infabulé » (?) au lieu d’infibulé.
4 Ouvrage publié chez Stock, à Paris, en 1980
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sexuelles au Sénégal, insiste sur la nécessité de reconnaître aux femmes
leurs droits, sans doute pour avoir peut-être pris le temps de
s’imprégner de la culture des luttes récentes de libération des femmes.
Aussi, après un premier colloque organisé sur le thème « LES
FEMMES DANS LEURS SOCIÉTÉS », en décembre 1982, par les
femmes d’une organisation non gouvernementale – la Commission
internationale pour l’abolition des mutilations sexuelles (CAMES e) – et de sa section sénégalaise, le mouvement
« FEMMES ET SOCIETE » dont nous sommes membre, nous avons
voulu aller plus loin dans l’appréhension des problèmes féminins
énoncés et dans la recherche de leur(s) solution(s). Des années de
travail ont été nécessaires, après les enquêtes menées sur le terrain. Des
années dont une passée au Laboratoire d’anthropologie sociale commun
au Collège de France, au CNRS et à l’EHESS à Paris. Mais pour quelle
satisfaction ? Aucune sinon celle d’en avoir appris un peu plus sur le
sexe et le genre féminins en Afrique et dans le reste du monde, et celle
de pouvoir communiquer sur ce qui a trait aux Sénégalaises, ou du
moins à bon nombre d’entre elles.
Notre ambition, si grande fût-elle, tout au long de nos recherches a
été de rendre manifestes des réalités occultées mais existantes au
féminin en Afrique, tout en partant de l’exemple du Sénégal.
Nous traiterons d’abord des mutilations sexuelles hier et aujourd’hui,
ensuite de l’incision des crêtes de coq, de l’avortement, de la
contraception, de l’infanticide et de la stérilisation forcée.

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